JACQUET
En voici une dernière dont l’exagération dépasse les limites du possible.
«Dans le courant de l’année 1837, un fakir se présenta à une station anglaise aux grandes Indes, annon-
çant qu'il avait pour métier de se faire enterrer vf et qu’il pouvait rester sous terre pendant plusieurs mots.
» Cette assertion rencontra autant d’incrédules parmi les principaux chefs Indiens que parmi les Européens devant lesquels elle fut faite, et le fakir offrit de se soumettre à l'épreuve, acceptant d'avance toutes les précautions que les témoins voudraient prendre contre la fraude dont ils pouvaient craindre d’être dupes.
» Au jour fixé, le fakir se fit envelopper dans un sac que l’on placa dans une caisse de bois cadenassée et scellée de sceaux appartenant aux assistants, et enfin la caisse fut descendue dans une tombe en maçonnerie, qui fut recouverte de quelques pieds de terre que l’on foula fortement. Les Européens restèrent ensuite plusieurs heures à veiller autour du tombeau. Dix mots après, on procéda à l’exhumation du corps, en présence des mêmes témoins, auxquels s'était joint l’agent diplomatique du gouvernement anglais. On retrouva toutes les choses dans leur état primitif, c’est-à-dire que les serrures et les sceaux étaient parfaitement intacts , et le fakir extrait de son cercueil, dans un état de mort apparente fut en peu d’instants rappelé à la vie. »
Cette mystification, ainsi que beaucoup d’autres analogues, attestée par des témoins oculaires , se trouve dans un ouvrage publié en 4840, per M. Osborne, sur les observations curieuses qu’il a faites pendant un long séjour dans l’Inde.
Résumé, La plupart des auteurs qu ont voulu
démontrer l’incertitude des signes de la mort ont donc été trompés par leur confiance dans les récits souvent merveilleux et toujours inexacts qui ont servi de base à leurs recherches et aux déductions scientifiques auxquelles elles les ont conduits.
De fâcheuses erreurs ont été commises. Des personnes onf été considérées comme mortes alors qu’elles n'étaient que dans un état de mort apparente. Mais il est bon de dire que le nombre fort restreint de ces erreurs se trouve augmenté du nombre de celles qui ne méritent pas ce nom et qui doivent être rangées dans l'immense volume des fables scientifiques.
Jamais Vésale n’a commis la faute qu’on lui reproche. J amais le couteau du chirurgien n’a pénétré dans les entrailles d’un homme vivant porté comme mort sur la table des autopsies. Seul entre tous, Philippe Peu aurait pu compromettre l'honneur des médecins ; mais, prêt à faillir, 1l a su s’arrôter. Sa précipitation est à peine sortie de son esprit, car elle n’a pas eu de suites fàcheuses.
Les erreurs commises par des personnes étrangères à la médecine, qui n’ont évidemment pas a capacité voulue pour juger des signes de la
mort, attestent d’abord le besoin d’une loi sur la vérification des décès, et prouvent ensuite, lorsque cette loi existe, qu’elle ne reçoit pas son exécuon, ce qui assurément est la faute des gouvernants et nullement celle de la science.
Aucune de ces erreurs ne peut ni lPamoindrir ni démontrer sa faiblesse; aucune ne prouve l’incertitude des signes de la mort. Rien de plus facile, au contraire, à reconnaître que cet état, où la vie est à jamais éteinte ; il ne manque que des personnes capables , spécialement chargées de le constater.
Non crimen artis quod professoris est,
Nota. Nous avons craint de fatiguer le lecteur en rapportant ici toutes les erreurs et les prétendues méprises auxquelles le diagnoslic de la mort a donné lieu ; mais nous nous serions reproché de ne pas faire connaître un plus grand nombre de ces observations, Nous les avons réunies dans la troisième partie de cet ouvrage , en ayant soin de ne choisir que les plus dignes, c'est-à-dire les plus extraordinaires et les mieux accréditées par les noms de leurs auteurs,