‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 12 sur 71 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des signes de la mort.

Les discussions soulevées par l’importance des signes de la mort, et leur degré de certitude, ont été bien longtemps stériles. Trop de zèle d’une part, et de Foutre une indifférence poussée peut-

être jusqu’au dédain, ont suffi pour amener ce résultat et pour laisser la question un peu en dehors du véritable domaine scientifique, aux prises avec la superstition et la terreur. Jusqu’à Papparition des Lettres de Louis qui ont révolutionné cette partie de la science, les médecins, placés sous l’empire de la tradition, soutenaient la thèse de l’incertitude des signes de la mort, et les auteurs se bornaient à transcrire servilement ce qu’on avait dit avant eux, sans apporter de nouvelles recherches à l’appui de leurs opinions. Quelques uns cependant, plus timorés ou plus convaincus que les autres, n’ont pas craint d’altérer le sens de certaines citations, pour abriter ainsi d’un nom illustre leur ignorance et leur crédulité. C’est ainsi que certains auteurs ont été rendus responsables d’opinions toutes différentes de celles qu’ils ont défendues, et, ce qu’il faut dire, c’est que d’honnètes écrivains ont reproduit, de nos jours, les mêmes citations sans les vérilier, de sorte qu’on pourrait, avec la meilleure foi du monde, ranger Asclépiade, Celse, Zacchias, À. Paré, Lancisi, Kirchmann, parmi les défenseurs de lincertitude des signes de la mort, tandis qu’ils professaient précrsément l’opinion contraire.

Bruhier est le principal auteur de ces fâcheuses

méprises, dans un ouvrage plein de bonnes intentions, mais rempli de citations inexactes, ou mal comprises. Ainsi, Celse rapporte un passage de Démocrite dans lequel il est dit que les marques de la mort ne sont pas suffisamment certaines ; mais 1] se hâte d'ajouter que ce n’est pas là son opuuion, et que des médecins ignorants, ou mal instruits, sont les seuls qui puissent se méprendreà ces marques. Îl continue: « Asclépiade, ayant ren- » contré un convoi, reconnut que celuiqu’on por- » tait en terre n’était point mort, et il s’écrie qu’il » est injuste d’imputer au défaut d’un art les délits » de ceux qui lexercent.» 4dversùs quos ne ulud quidem dicam, quod notæ positæ non bonos, sed 1mperitos medicos decipiunt; quod Asclepiades, funeri obvius, intellexæit eum vivere qui efferebatur, ne protinus crimen artis esset, si quod professoris est, (Celse, liv. IE, cap. 6).

C’est d’après ce passage si net dans sa pensée, si précis dans son expression qu'Asciépiade et Celse sont condamnés et placés par Bruhier parmi les défenseurs de l'incertitude des signes de la mort. On ne saurait donner une preuve plus éclatante de son défaut de jugement ou de bonne foi.

Un autre fait, rapporté par le même auteur, compromet injustement la réputation d' Ambroise

Paré. Ce chirurgien fut appelé près de deux hommes réputés morts. « Parce que, outre ce qu’il n'y avait aucune apparence de poulx en eux, ils avaient une froideur de tout le corps , sans parler el sans mouvoir aucunement ayant à la face de couleur plombine , de fait que lorsque je les pinçois ou trois le poil rudement, ils n’en sentaient rien, tellement que tous les assistants les estimoient estre morts (1).» Paré, déterminé principalement par la face teinte de couleur plombine, les jugea asphyæiés par le charbon ; il administra à ces deux hommes les remèdes convenables à leur état et il leur sauva la vie.

Évidemment Paré ne erut pas que ces hommes fussent morts, la nuance plombine de la face lui lit même penser le contraire ; la cyanose lui fit deviner Pasphyxie et il mit en usage des moyens de guérison qui eurent un plein succès. On a peine à voir dans ce fait un exemple de Pincertitude des signes de la mort; mais ce qui étonne encore plus, c’est de voir le nom de Paré couvrir de sa gloire cette absurde doctrine.

Depuis Bruhier on a toujours répété les mêmes assertions, quoiqu’elles eussent été réduites à leur

(4) Ambroise Paré , Traité des rapports, OEuvres complètes , & III, p. 662. — Brubhier, t, II, p, 347,

propre valeur par Îles Leitres si justement célèbres de Louis. Toutefois les médecins qui se sont chargés de les reproduire, n’ayant pour la plupart publié que des brochures sans importance et sans valeur scientifique, nous n’avons point à nous en occuper 11.

Ge sontles Lettres sur la certitude des signes de la mort de Louis qui ont donné le signal de la réaction contre ceux qui, entraînés par exemple, soutenaient l’incertitude des signes de la mort. L'opinion contraire fut presque aussitôt proclamée et restera désormais comme un témoignage du succès remporté par la raison et l’expérience, sur l'ignorance et la mauvaise foi. Cet ouvrage, quoique fort incomplet aujourd’hui, reste encore, cependant, le plus remarquable de ceux qui enseignent la certitude des signes de la mort, Il sera difficile de lui enlever ce mérite. Ce sera toujours un modèle de science, de critique et d’observation.

La plupart des médecins qui ont cherché dans Ja mort les preuves de sa réalité ont commis une grave erreur, celle de rester purement anatomistes, là où il fallait s’éclairer des lumières de la physiologie et de la médecine. Près d'un cadavre, ils surveillaient avec impatience l'apparition des

premières traces si souvent tardives de sa décomposition, s’estimant ainsi très heureux de pouvoir reproduire ces phénomènes avec fidélité. Qu’estil arrivé de là ? C’est que les signes de la mort sont réduits , pour ces observateurs , à de simples modifications matérielles dont le temps seul peut donner connaissance.

Si, au contraire, animés d’un esprit différent, les médecins eussent cherché, comme Louis le conseille, dans l’homme vivant le guide nécessaire à l’étude de la mort; si en s’interrogeant sur le mécanisme de la vie, ils se fussent demandé : Les causes qui l’entretiennent peuvent-elles suspendre un seul mstant leur action sans danger pour l’individu ? ils eussent compris que dans l’étude raisonnée des phénomènes de la vie, se trouvait l’indication des premiers signes de la mort.

C'est ainsi que nous allons procéder. La vie est un fait, et ce fait n’est autre chose qu’un acte de nutrition moléculaire, accompli sous l'influence mystérieuse et réciproque du cœur sur les poumons et sur le cerveau.

La vie s'éteint, et cet acte cesse de s’accomplir lorsqu'un des trois organes, que nous venons de citer, suspend sa fonction, les autres ne tardant pas à l’interrompre à leur tour.

Il faut, en conséquence, s'appliquer à découvrir le moment précis de la mort particulière du cerveau, du poumon et du cœur, pour bien juger de la mort générale d’un individu. Or, il existe plusieurs phénomènes faciles à saisir qui annoncent la cessation définitive du jeu de ces organes. Ces phénomènes sont évidemment les premiers et les plus importants des signes de la mort. Ils sont certainement beaucoup plus utiles à consulter qu'aucun de ceux qui ont été signalés jusqu’à ce jour. On doit s'étonner de ne pas les voir occuper la première place dans les divers mémoires qui ont rapport à ce sujet.

Je diviserai tous les signes de la mort en deux catégories, d’après l’instant de leur manifestation. La première comprend les signes immédiats, et le terme que j'ai choisi me dispense de tout commentaire ; la seconde renferme, au contraire, les signes qui se manifestent un peu plus tard, et que pour cette raison j’appellerai signes éloignés.

Je m’efforcerai d'mdiquer, en passant, la valeur de chacun de ces signes et leur degré de certitude, alin de spécifier, d’après leur importance, la place qu'ils doivent occuper les uns à l’égard des autres.

$ L. signes nnmédiats de la mort,

Les signes immédiats de la mort résultent de observation attentive et réfléchie des phénomènes qui annoncent la cessation des fonctions du cœur, du poumon et du cerveau.

1° Signes immédiats de lu cessation des fonctions du cœur,

Les signes immédiats qui annoncent la cessation des fonctions du cœur sont :

A. L'absence prolongée des battements du cœur à l’auscultation :

B. La face cadavérique ;

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