‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 13 sur 71 · C. La décoloration de la peau · texte numérisé non relu

C. La décoloration de la peau

D. La perte de transparence de la main ;

E. L'absence de phlyctènes et d’auréole inflammatoire à la suite des brülures cutanées.

À. Absence des battements du cœur à l’auscultation.

L'absence prolongée des battements du cœur à l’auscultation indique, d’une manière très cer taie , la cessation des fonctions de cet organe. C’est là le plus important des signes de la mort.

Il était impossible aux anciens médecins d'accorder beaucoup de valeur aux résultats de l’exploration d’un organe, qu'ils ne pouvalent atteindre, cet dont ils ne pouvaient pa-

précier l’intégrité ou la vie, que par la palpation. On comprend même que, rebutés par les fautes que cette méthode leur faisait journellement commettre dans le diagnostic de la mort, ils aient tenu assez peu de compte de ses résultats. Mais pouvaient-ils mieux faire, privés qu’ils étaient des ressources de l’auscultation ? Ils ont accompli leur tâche avec scrupule et tout aussi complétement que le permettait l’état de la science à leur époque. La critique aurait donc tort de se montrer sévère à leur égard, et il serait injuste de leur reprocher lignorance d’un sujet qu'ils ne pouvaient véritablement pas connaître. Nous n’avons pas le droit d'interroger le passé sur les découvertes de la science moderne ; et qui pourrait en vouloir à Celse, à Pline, à Galien, à Sauvages, à Bruhier , à Winslow, à Haller, s’ils n’ont pas connu les admirables travaux de Laennec !

Que les descriptions des signes de la mort réelle et de la mort apparente , publiées avant la découverte de l’auscultation, soient incomplètes relativement à l'examen du cœur, nous l’acceptons volontiers; mais que les ouvrages récents soient insuffisants au même degré, c’est peut-être plus difficile à croire, et cependant rien n’est plus vrai. Ainsi, dans des travaux fort remarquables

CESSATION DES BRUITS DU COEUR. 5Ÿ d’ailleurs par les aperçus nouveaux qu’ils renferment, l’on trouve reproduits sans discussion Îles arguments des anciens médecins contre les résultats de l’examen du cœur. On parle de l’absence des battements de cet organe, à une époque où lon connaît l’auscultation, dans les mêmes termes qu'au temps où l’on en était privé. On semble regarder ce fait comme la chose la plus simple et la plus naturelle, et, sur l’autorité de Haller qui rapporte indirectement, etsans les garantir, quelques observations de cette nature, recueillies dans des ouvrages à peu près inconnus, on répète que la cessation des battements du cœur n’a aucune valeur comme signe de la mort. — Les médecins dont je parle n’ont pas fait attention sans doute que ce langage est celui d’un autre temps et que, pour être bien placé dans la bouche de ceux qui ne pouvaient juger de l’état de la circulation que par le toucher sans intervention de l'oreille , 1l ne saurait être accepté de nos jours. C’est un langage qui doit disparaitre avec l'opinion qu'il représente, et l’on a vraiment lieu d’être étonné qu'il n’en ait pas encore été fait justice. Cela nous eût évité de voir reproduire, si souvent et sans commentaires , dans un grand nombre d’ouvrages, la fameuse histoire du colonel Towunshand qui, par

gageure, devant mourir et renaître en présence des docteurs Cheyne et Baynard, suspendit durant une demi-heure , par un effort de sa volonté , sa respiration et les battements de son cœur, reprit ensuite ses sens, mais succomba bientôt après victime de son imprudencê. Je n’accuse point les auteurs de ce récit, mais il m'est impossible, avec la meilleure volonté du monde , d’y ajouter foi, et Je déclare que si pareille chose se passait en ma présence, je voudrais, par l’oreille , faire constater à tous les assistants la présence des battements du cœur.

Toutefois si, jusqu’à présent , les auteurs ont négligé de recourir à l’auscultation pour donner au diagnostic de la mort toute la précision qu’il devrait avoir acquis , des médecins et des physiologistes avaient déjà fait entrevoir dans les prévisions de leur science toute l'utilité d’une pareille découverte.

GOT oi TAYAL DÜoroc avbewrrou, xat oi TÔTAULOL ) CN \ ms DT 2. \ S éVTaÜUX dvx Td cüpua, roïouv doÔETOr To cxñvoc. 5 Na Na \ 72 a ° / ù oùrot 07 xat Con péooucr ri avbboTe nv aday-

béwoty, drébavey avbocToc.

«Ce sont les sources de la nature humaine, les » fleuves qui parcourent le corps et qui l’arrosent,

CESSATION DES BRUITS DU COEUR. 59 » ce sont eux qui portent la vie, et s'ils viennent » àse dessécher, l’homme succombe (1). »

Haller n’a-t-11 pas exprimé cette pensée que la vie de l’homme commence par les fonctions vasculaires, cor primum vivens, ultimum moriens.

« Le mouvement de ce viscère est le principe de » la vie ; 1l est le lien fragile de l’âme et du corps; » c’est ce mouvement, dit le célèbre Louis, qu » entretient le feu qui anime nos tissus. Avec lui » cesse notre existence. »

Tant que le cœur est en mouvement, le corps sera en vie, cela est incontestable. Aussi la première recherche que l’on doit faire auprès d’un homme réputé mort, c’est, d’après Louis, de lui tâter le pouls, et j'ajouterai, pour compléter la pensée, d’ausculter son cœur.

« Qu’on ne sente pas le mouvement des artères » et que la main portée contre la région précor- » diale ne puisse sentir de battements, ce n’est » pas un signe que le principe vital soit entière- » ment étemt...... En ellet, le cœur peut rester » assez de temps dans un état languissant et avec » des mouvements imperceptibles (à la main); 1 » ne faudrait pas conclure que toutes les recher- » ches pour s’assurer de l’état des organes qui

(1) Hippocrate, Du cœur, traduction de Littré,

» scrvent à la circulation du sang auront été in- » fructueuses. » Évidemment Louis, bien INSpiré par ses connaissances physiologiques, avait entrevu la vérité ; 1l ne lui manqua que lauscultation pour démontrer toute lexactitude de son hypothèse.

C’est en vain qu’on chercherait dans la science un seul fait avéré, capable d’établir la possibilité de Ja persistance de la vie après la cessation des battements du cœur à l'oreille. Je n’en ai point trouvé et J'oserai préjuger assez de l’avenir pour croire à lPimpossibilité d’une pareille décou-

verte (1).

(1) I est évident que je n’entends point parler ici des cas où un corps étranger solide ou liquide viendrait à se trouver interposé entre les parois du thorax et l'oreille de l'observateur.

En pareille circonstance, les conditions ordinaires sont changées, et les battements du cœur peuvent être inappréciables à la région de cet organe sans que pour cela ils aient cesséet sans qu’on doive juger de la mort des individus. Ces battements ne sont quelquefois que déplacés , et on peut les entendre dans le côté droit ou dans le dos,

Dans les conditions ordinaires, lorsqu'il n'existe pas d’obstacle mécanique qui empêche d'entendre les bruits du cœur, leur cessation est un signe certain de la mort.

Lorsqu'il existe à la région du cœur un obstacle mécanique capable d’anéantir le bruit de ses mouvements, on peut juger de sa vitalité persistante par le.pouls des grosses artères ou par le jeu continu des autres fonctions, principalement celle du cerveau , qu’il est possible d'apprécier par l’état de la pupille et des autres sphincters,

Eneffet, les observationsrecueillieschez l’homme, et les résultats des nombreuses expériences sur les animaux prouvent d’une manière incontestable que la vie existe là où l’on perçoit les battements et les bruits du cœur, tandis qu’au contraire Ja mort coïncide toujours avec leur cessation.

Observations chez l’homme,

a. Mort apparente des nouveaux-nés. L'état des nouveaux-nés qui à reçu les noms d’asphyxie et d’apoplexie, est également désigné sous le nom de mort apparente, en raison de ses principaux symptômes. Le refroidissement , l'absence de mouvement, de sensibilité, de respiration, etc., peuvent faire croire à la mort des enfants. Mais la présence des battements du cœur, affaiblis, dédoublés, très ralentis, doit dissiper cette crainte. C’est du moins ce qui m'est arrivé dans plusieurs circonstances.

Au contraire, lorsque les battements ont disparu, Pasphyxie est complète et la mort bien réelle.

Je proclame ici ce fait important qui n'est peut-être pas encore généralement accepté, et qui ne repose que sur quelques observations, espérant toutefois que des recherches ultérieures viendront confirmer son exactitude. Déjà dans des commu nications orales dont je puis me servir sans indis-,

fi

crétion , j'ai appris que cette opinion appartenait à des hommes spéciaux fort habiles qui, bien avant moi, étaient arrivés au résultat que jai annoncé. En pareille situation, MM. Moreau, Cazeaux et Chailly n’ont rappelé à l'existence que des enfants chez lesquels des battements se faisaient encore entendre à la région précordiale. Ils n’ont au COntraire Jamais pu réussir, dans des circonstances opposées, c’est-à-dire lorsque ces battements avaient complétement disparu. Alors, comme me le disait M. le professeur Moreau en insistant beaucoup, tous les moyens préconisés pour ranimer les enfants demeurent inutiles.

b. Syncope. — Dans la syncope, l’un des états morbides qui retracent le plus fidèlement l’image de la mort , la plupart des auteurs affirment que les battements du cœur sont suspendus. Heureusement ce n’est là qu’une assertion sans preuves, et que l'expérience repousse, mais enfin c’est une opinion généralement acceptée.

Ceux des médecins qui ont contribué à la répandre n’ont guère parlé de la syncope qu’en se guidant sur des vues théoriques, et pas assez peutêtre sur les résultats de l’observation clinique. Presquetous, inspirés par le travail de Culien, dont ils ont pris la définition, m'ont paru ne pas tenir

CESSATION DES BRUITS DU COEUR, 63 assez de compte des progrès de la science depuis la publication de cet ouvrage.

En définissant la syncope une suspension des battements du cœur, Cullen avait dit une chose très juste, puisque de son temps la main était seule employée dans l'exploration de cet organe, et que véritablement à la main dans la syncope les battements du cœur sont suspendus ; mais depuis que l’auscultation nous a permis d'étudier autrement les mouvements de ce viscère, il aurait fallu modilier cette définition et dire : La syncope est un état morbide caractérisé par la diminution de la force et de la fréquence des battements du cœur.

La première observation que je fis à cet égard remonte à une époque assez éloignée, mais elle lut entourée de circonstances tellement extraordinaires qu’elle ne sortira jamais de ma mémoire. Dans la nuit du 47 avril 4849, le lundi de Pâques, M. le docteur Pidoux vint me demander assistance pour sauver un homme jeune et vigoureux, qui avait l’artère brachiale entièrement divisée, et qui était menacé de périr d’hémorrhagie.

Nous ne pümes réussir à faire la ligature des deux extrémités de l’artère dans la plaie. Un seul bout fut lié, mais il nous fut impossible de trouver le bout supérieur rétracté dans les chairs. Pendant

ces recherches, et après une perte de sang considérable impossible à apprécier (4), il y eut plusieurs syncopes fort graves. Le blessé était privé de connaissance , insensible aux excitants, blanc comme le marbre , presque entièrement refroidi , sans respiration , les pupilles contractées comme dans l’agonie , dans un tel état enfin que la mort paraissait imminente à nos yeux, et probable pour les assistants dont les murmures commençaient à se faire entendre.

Inquiet du résultat de cette situation, j’examinai le cœur ; ses pulsations étaient imperceptibles à la main, mais il continuait à se mouvoir et à se faire entendre à de longs intervalles dans la profondeur de la poitrine.

La vie était conservée, mais il n’y avait pas de temps à perdre. Notre parti fut aussitôt pris, etsans consacrer plus de temps à la recherche de Pouverture supérieure du vaisseau divisé, nous fimes en quelques secondes la ligature de l'artère brachiale, au niveau du tiers inférieur du bras. Cette

(1) Le sang avait successivement imbibé la chemise du malade qu’on avait serrée autour de sa blessure, une chemise de femme, un jupon de toile blanche, les grands rideaux de percale de deux fenêtres, et un drap de lit que l’on avait surajoutés. Le poids de tous ces linges ensanglantés était énorme et peul donner une idée de l'abondance de cette hémorrhagie.

opération fut aussi facile que sur un cadavre , où l’on reconnait chacun des tissus qu’on divise, sans être gêné par le sang. Ici nul écoulement sanguin ne vint contrarier notre recherche, nous n’eûmes pas même besoin d’éponger la plaie ; le blessé était blanc, ses capillaires étaient vides, et il n’y avait plus de sang que dans les gros vaisseaux artériels. Le malade à guéri , et il a été visité dans sa convalescence par M. le professeur Morean qui avait quelques relations avec lui et qui a été comme nous fort surpris de ce résultat.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que jamais une syncope ne fut plus complète ni mieux caractérisée que chez le malade dont il vient d’être question ; il est même rare d’en observer d’aussi graves, par conséquent , nous pouvons la choisir comme un type d’après lequel nous jugerons les autres faits analogues.

Or, ici les bruits du cœur, quoique affaiblis et fort éloignés de l’oreille, sont restés assez disüncts pour chasser les craintes qu’on pouvait concevoirrelativementàlamort du blessé. On pourrait, d’après ce seul fait, croire à l'impossibilité de la suspension des mouvements du cœur dans la syncope ; mais en voicid’autres non moins curieux consulter,

Pendant mon séjour à la Charité , j’ai observé 4,

dans les salles où je remplissais les fonctions d’interne, et à la consultation de cet hôpital, un assez grand nombre de lipothymies et de syncopes à la suite de saignées du bras.

La lipothymie n’est que le premier degré de la syncope et ne mérite pas de fixer notre attention. Il sera plus utile de nous occuper immédiatement des changements que subissent les mouvements du cœur dans la syncope.

Chez tous les malades ces mouvements étaient ralentis et avaient perdu leur impulsion et leur force habituelles. Les uns conservèrent le pouls, extrèmement réduit, et l’on pouvait saisir à la région précordiale, avee la main et avec l’oreille, les mouvements des ventricules. D’autres, dont le pouls avait disparu, conservaient encore des battements précordiaux faiblement appréciables avec la main. Enfin, un bien petit nombre ne m’a of fert ni pouls, ni impulsion précordiale sensible au toucher, mais seulement des contractions du cœur perceptibles à l'oreille.

Lorsque la syncope est complète, comme chez les malades de cette dernière catégorie , et nous n’en avons observé que deux, les pulsations du cœur sont très faibles et très sourdes , elles sont ralenties et se répètent à des intervalles inégaux ,

on n'entend plus qu’un simple battement toutes les deux ou trois secondes, mais enfin ce mouvement existe et 1} empêchera toujours de prendre l’état de mort apparente de la syncope pour la mort réelle. Cor ultimum moriens.

À cette occasion je rappellerai que j’ai souvent entendu l’un de mes maîtres raconter l’histoire d’une jeune dame qui, à la suite d’une saignée, tomba en syncope et offrit pour sa famille la terrible image de la mort. Il fut, à la première vue, dominé par la même idée que les assistants ; mais s’étant approché, 1l put, malgré l’absence du pouls et de battements précordiaux à la main, entendre sous son oreille le cœur s’agiter encore et battre lentement à de longs intervalles.

Les livres ne renferment pas beaucoup d’observations de ce genre , et cependant il est peu de médecins qui n’aient assisté au spectacle de pareilles frayeurs dans l’intérieur des familles. Heureux les habiles qui ont alors pu dissiper par le résultat de l’auscultation les craintes que font toujours naître, avec tant de raison , ces fâcheux et tristes accidents !

Dans quelques circonstances, les affections nerveuses donnent lieu à des phénomènes qui peuvent à la rigueur simuler Ja mort. Ainsi, dans ce qu’on

appelle syncope hystérique, la chaleur abandonne les malades qui sont, dit-on, froids, pâles, sans mouvement, et tout à fait semblables à des cadavres. Cela peut être , mais la présence de battements du cœur à l’auscultation suffit pour dissiper toutes les cramtes qu’on pourrait concevoir. En voici la preuve dans un fait que je dois à l’obligeance d’un de mes amis, M. Routier, et que je me plais à rapporter 1ci. {l est relatif à une jeune fille qui eut une violente attaque d'hystérie, et qui tomba dans un état syncopal fort grave. Il a été recueilli à l’hôpital Beaujon, dans le service de M. Martin-Solon. à

Cette jeune fille, âgée de dix-neuf ans, mal réglée, ayant habituellement un léger bruit de souffle dans les carotides , avait déjà eu plusieurs pertes de connaissance de courte durée. Ce jourlà , sans aucun symptôme précurséur , elle tomba sans mouvement et sans cris sur le carreau de la salle, les traits non altérés, la peau du corps insensible à tous les excitants, de même que la con- Jonctive et la muqueuse nasale, les membres dans la résolution la plus complète, et les sens entièrement fermés aux impressions extérieures.

La pupille était légèrement dilatée et insensible à la lumière. L’éther et l’ammoniaque ne pro-

CESSATION DES BRUITS DU COEUR. 69 duisaient aucun effet sur la muqueuse olfactive , les sons ne parvenaient plus à l'oreille, et la douleur que durent causer des piqûres , des pinçons, et l’excitation de la peau par des sinapismes, ne put réveiller le système nerveux engourdi.

La malade ne poussait aucun criet ne faisait aucun mouvement. On l’aurait crue morte, si de

temps à autre une inspiration presque imperceptible (8 par minute ) et la persistance de battements du cœur à l’auscultation (68) n’eût démontré l'exercice de la vie dans ce corps privé d'intelligence, de mouvement et de sensibilité. Au bout d’une heure la malade n’avait pas encore fait de mouvement, et 10 centigrammes de tartre stibié qu’on fit alors couler dans l’estomac ne produisirent aucun résultat. On attendait tou- Jours, lorsqu'un assistant s’avisa de porter le doigt dans l’arrière-gorge, ce qui occasionna des nausées, des vomissements et le retour à la vie. Enfin, quand, sur des animaux , on détermine par la soustraction du sang les symptômes de la mort apparente par syncope, on arrive à diminuer le nombre et la force des battements du cœur , mais on ne peut réussir à les suspendre et à faire disparaître leurs bruits sans occasionner la mort. MM. Magendie et Rayer ont

ajusté une seringue à la carotide d’un animal, pour lui enlever une certaine quantité de sang artériel. « Cette soustraction a été répétée plusieurs » fois , jusqu’à ce que l’animal ait été jeté dans » un état de mort apparente quelquefois tellement » prononcé, que la sermgue ôtée de lartère caro- » tide ce vaisseau non seulement ne donnait plus » de battements, mais encore son ouverture laissée » béante ne fournissait que peu ou point de sang. » Dans cet état, l’animal , tout à fait imsensible, » rendait l’urine et les matières fécales comme les » animaux à l'instant de ja mort; les gencives et » la face interne des lèvres étaient pâles et froides ; » les membres contractés ; la cornée et la surface » du globe de lœil étaient insensibles au toucher, »et la respiration était peu ou point apparente. » Or, dans cet état de syncope , les battements du »cœur pouvaient être facilement perçus à l’aus- » cultation ; seulement 1l n’était pas toujours facile » de distinguer les deux temps et le éic-tac était » quelquefois représenté par un simple ac, très » net et très distinct.

» Une grande soustraction du sang veineux a » donné les mêmes résultats. Pour déterminer les » symptômes de la mort apparente chez les animaux » par la soustraction du sang veineux , 1l faut ou-

CESSATION DES BRUITS DU COEUR. 71 » vrir une des grosses veines du col, introduire » un tube Jusque dans la cavité du cœur droit, et » aspirer le sang avec une seringue en ayant soin » de ne pas laisser pénétrer l'air dans les cavités » du cœur. Un de ces animaux, après Paspiration » du sang veineux , fut jeté dans un état de syn- » cope si profond, que la cornée était insensible » au toucher; que la pupille , d’abord contractée » comme dans l’agonie ordinaire, s’élargit comme » au moment de la mort. Chez cet animal, com- » plétement insensible et complétement nnmobile, » quoique débarrassé de ses liens et excité par de » nombreuses piqûres, on put entendre pendant » quelque temps encore de rares battements du » cœur.— Deux minutes après le dernier batte- » ment perçu à lauscultation, la poitrine ayant » été ouverte, le mouvement vermiculaire des » oretllettes, tel qu’on l’observe sur le cœur même » extrait du corps d’un animal, était à peine sen- » sible. »

J'ai aussi fait quelques expériences de ce genre dont les résultats ont été semblables à ceux qu’on vient de lire; seulement, afin de leur donner encore plus d’importance, j’ai voulu apprécier les battements du cœur de deux manières, directement par lauseultation, et indirectement au moyen d’un

manomètre placé dans une carotide, de façon à pouvoir étudier la force dynamique du cœur, l'intensité de chaque contraction ventriculaire et la fréquence de ces contractions, Il m'a semblé qu’en agissant ainsi, et en contrôlant les résultats de l’auscultation par l’inspection des variations de la colonne mercurielle d’un manomètre très sensible, on devait rendre toute erreur impossible.

Un jour, que j'étais aidé par un de nos plus éminents physiologistes, M. Bernard (de Villefranche), nous ouvrimes l’artère crurale d’un chien de taille moyenne, après lui avoir ajusté à la carotide droite un manomètre extrêmement sensible.

L'animal avait 128 pulsations par minute; la colonne de mercure, élevée à 1222 environ, oscillait largement entre 115° et 130°.— Elle s’abaissa rapidement sous l’inflaence de l’hémorrhagie, et au bout de cinq minutes elle oscillait entre 40 et 50°, et les battements étaient tombés à 40 par minute; de sorte qu'il y eut ainsi très promptement diminution considérable de la force dynamique du cœur et en même temps diminution de l'intensité et de la fréquence des contractions ventriculaires.

À la huitième minute l’hémorrhagie s'arrêta ; cinq palettes environ avaient été recueillies. Alors

la colonne mercurielle remonta et osacillait entre 90 et 600.

M. Bernard introduisit alors par la jugulaire une sonde flexible jusque dans le cœur, et retira le sang qui s’y jetait au moyen d’une seringue.

Vingt minutes s'étaient écoulées depuis le commencement de expérience ; les battements étaient tombés à 30 par minute, et la colonne mercurielle oscillait entre 40 et 50°. La respiration s’accomplissait encore, mais elle était rare et comme suspirieuse , puis elle parut cesser.

À Ja vingt-troisième minute, l'animal resta entièrement immobile, insensible à la douleur, la respiration suspendue ; 11 était en syncope, et on aurait pu, à distance, le considérer comme mort. La colonne mercurielle était tombée à 0°, mais

elle s’agitait légèrement et oscillait de À à 2 degrés à chaque contraction du cœur. Il y en avait encore 20 par minute, révélées à Pauscultation par un bruit faible et lointain , qui devint de plus en plus rare:

Enfin , à la vingt-cinquième minute, les battements cessèrent dese faire entendre : une première minute, puis une seconde s’écoulent; nul bruitne

vient plus frapper | oreille ; la colonne de mercure

du manomètre est tout à fait immobile ; l'animal est mort.

Il n’est resté que deux minutes en état de mort apparente, et pendant ce temps les battements du cœur n’ont pas cessé d’être appréciables à l’auscultation. Îls sont tombés au chiffre de 20 par minute, et n’ont pu descendre plus bas sans disparaître tout à fait et sans déterminer la mort. Cela se conçoit, puisqu’à ce degré d’abaissement les contractions ventriculaires s’opèrent sans pouvoir expulser la moindre quantité de sang hors du cœur, comme on en peut juger par la colonne du manomètre , à peu près immobile au zéro de son échelle.

Ainsi, dans la syncope, si les fonctions de la vie animale sont interrompues en apparence, ce serait une erreur de croire, sur la foi des anciens médecins, qu’elles sont complétement suspendues. Les battements du cœur, en particulier, restent toujours appréciables à l’auscultation et ils ne s’interrompent qu’à l'instant de la mort. [ls sont plus faibles, plus rares, plus difficiles à entendre que dans l’état normal, à cause de leur dédoublement, mais 1ls existent , et c’est là le point que nous tenions à établir. Chez l’homme et chez les animaux, ce fait est le même ; comment pourrait-on

se méprendre à son égard et comment douter de la vie dans ces circonstances, alors qu'il suffit d'appliquer l’oreille sur la région précordiale pour dissiper toute inquiétude ?

c. Léthargie. Un état morbide qui a, dit-on, toutes les apparences de la mort, et qui, jusqu'à ce jour, en a imposé à cet égard, la léthargie, ne peut être reconnu que par l'auscultation du cœur et par l’examen de la pupille.

Disons d’abord que ce mot de léfhargie, qu jadis avait une signification fort étendue, trouve rarement son application à notre époque. On rcgardait autrefois comme léthargiques tous les Individus affectés de maladies soporeuses, tombés dans un état comateux plus ou moins prononcé, ou frappés d'attaques hystériques accompagnées de perte de connaissance. De nos jours, le mot de léthargie doit s'appliquer, d’après son étymologie, à tout exemple de sommeil opinitre dont on ignore la cause organique. Or, ces faits sont très rares.

Les seuls exemples de léthargie dont je doive parler ici sont relatifs aux phénomènes de somnolence observés soit chez les épileptiques et les hystériques à la fin de l'attaque, soit chez l’homme prèt à périr par le froid, soit enfin dans les ant-

maux hibernants, chez ceux qui passent cinq ou six mois de l’année dans un état d’engourdissement ou d’asphyxie incomplète qui a reçu le nom de sommeil.

Dans tous ces cas, la torpeur, Pengourdissement, l’insensibilité, le refroidissement et l’immobilité peuvent bien en imposer sur l’état de vie ou de mort de lindividu ; mais la persistance des battements et des bruits du cœur ne laisse aucun doute sur Ja conservation de l'existence. Cor ullimum moriens.

J'ai vu plusieurs femmes , après une attaque d’épilepsie, accablées pendant plus de vingt-quatre heures d’un lourd et profond sommeil que rien ne pouvait imterrompre. Leur extérieur représentait le calme et Pimmobilité de la mort ; l'absence de mouvement et de sensibilité étaient en rapport avec cet état, et cependant on ne pouvait se méprendre : la chaleur conservée, la contraction de la pupille comme dans le sommeil, une légère apparence de respiration, le pouls et les pulsations précordiales bannissaient toute inquiétude.

Si les rapports publiés par le baron Larrey, le capitaine Ross et tant d’autres voyageurs sur l'action du froid sur l’économie avaient été faits à une autre époque, après la découverte de l’aus-

cultation, par exemple, nous pourrions peut-être les consulter en ce moment pour éclairer la queson qui nous préoccupe. Malheureusement, ces travaux nous sont à peu près Imutiles, vu l’époque de leur publication. [ls nous font connaître les phénomènes de la mort par le froid, mais ils ne renferment absolument rien sur l’état des bruits du cœur dans ce genre d’agonie. Le ralentissement du pouls s’y trouve indiqué, mais il n°y est nullement question des battements du cœur à la région précordiale.

T'oûtelois, à défaut de recherches antérieures sur l’état du cœur dans lasphyxie par le froid, je vais rapporter quelques observations qui pourront suppléer au silence des auteurs à cetégard, et justilier davantage la proposition que nous avons pris à tâche de démontrer.

Chez l’homme qui va périr sous l’influence d’un froid trop rigoureux, il vient un moment où le sommeil s'empare de lui, et où il tombe dans un état d’engourdissement plein de charme, d’insensibilité , de torpeur, et d’idiotie difficile à décrire. QUICONQUE S’ASSIED S’ENDORT , ET QUI S'ENDORT NE SE RÉVEILLE PLUS (1). Dans cet instant, il offre la plupart des signes de la mort, et il sera jugé

(4) Solander, Histoire des voyages, t, XIX,

comme tel par tous ceux qui n'auront pas le soin d’ausculter le cœur et d’examiner sa pupille.

Un homme fut apporté dans une des nuits de décembre 1843 à l’hôpital Necker. Il avait été recueilli sur la voie publique, dans la neige, où, après s'être assis pour dissiper les fumées du vin, il s'était laissé aller au sommeil. Il était dans un état d’engourdissement qui aurait pu être qualifié de mort apparente. La peau des membres était froide et couverte de vergetures livides, mais le tronc conservait un reste de chaleur; le visage était violet, le nez gonflé ainsi que les mains, etil n'y avait aucun signe de conservation de l’intelligence et de la sensibilité. Les membres étaient d’ailleurs dans la résolution la plus complète, la respiration à peine apparente; pas de pouls, mais on trouvait à l’auscultation trente-deux battements du cœur, et la pupille était fortement contractée comme dans le sommeil. Tout fut mis en œuvre pour rétablir la calorification détruite par le froid, et l’on vit peu à peu les fonctions reprendre leur cours naturel.

J'ai voulu m’assurer expérimentalement des effets du froid sur la circulation générale et sur la vie des mammifères soumis à cette influence. Quatre expériences sur des lapins m’ont donné des

CESSATION DES BRUITS DU COEUR, 79 résultats à peu près semblables. L'animal s’endort, les pupilles se contractent, le cœur se ralentit ainsi que la respiration, puis viennent des convulsions, la dilatation de la pupille, la cessation des mouvements respiratoires, et les derniers battements du cœur.

Voici le procès-verbal d’une de ces expériences: À midi vingt minutes, un lapin fut placé dans un récipient déjà occupé par un mélange de glace et de sel. Il avait alors de 25 à 30 battements du cœur en 5 secondes, ce qui donne 300 ou 360 pulsations par minute.

I parut alors bientôt s’assoupir. À une heure, contraction de la pupille et embarras de la respiration, 140 pulsations. À une heure cinq minutes, érection du pénis, spasme continuel des membres inférieurs et du bassin, éjaculation, déjection des matières excrémentitielles , respiration pémible ; 100 pulsations.

À une heuredix minutes, respiration laborieuse et profonde , 16 par minute; AO pulsations du cœur ; yeux saillants, iris congestionné comme dans l’asphyxie ( cyanose de l'iris), la pupille se dilate ; convulsions générales du corps et des pattes pendant 8 minutes.

À une heure et quart la respiration cesse, ainsi

que les convulsions. On entend encore le cœur, irrégulèrement, toutes les 4 ou 5 secondes, enfin tout disparait.

À une heure vingt minutes, c’est-à-dire cinq mainules après la cessation des mouvements du cœur, ouverture de la trachée, insufflation pulmonaire inutile, la vie est éteinte.

Léthargie des animaux hibernants. Le sommel des animaux hibernants est certes l’image la plus complète de la mort. Il est difficile de trouver, la vie persistant, un exemple de suspension générale et passagère des fonctions aussi compas rable à la suspension définitive qui a lieu à l'instant de la mort. Il est impossible même de comparer ensemble deux états qui aient autant de similitude extérieure , et l’on est tout naturellement disposé à excuser une méprise. Cependant un seul caractère doit les séparer par une distance infranchissable : ce signe c’est la persistance des batte ments du cœur à lauscultation; tant il est vrai qu’un principe exact, une foisdécouvert, ne saurait Jamais avoir tort.

Dans les marmottes, la température est toujours de + 1° que la température ambiante.

Dans Pétat de veille, elles ont 90 pulsations du cœur, et dans l’état d’engourdissement au contraire

ce nombre est réduit à 8 ou 10 par minute.

La respiration est insensible, mais à une température de + 15°, elles ont 3, 4 ou 5 respira= tions par minute, et il s’écoule un intervalle au moins égal avant que ces inspirations recommencent.

Ces faits sont empruntés à un excellent travail de M. Prunelle (1) ; voici, parmi ses conclusions, les plus importantes à notre sujet.

La respiration est invisible, mais on peut supposer qu’elle n’est que suspendue, puisque les marmottes endormies périssent dans les gaz non respirables, l’acide carbonique par exemple.

Les battements du cœur sont singulièrement diminués et ils sont réduits à 8 ou 40 par minute, Ce ralentissement de la circulation explique pourquoi le sang coule -si lentement de lartère qui vient d’être coupée chez un animal engourdi, et alors le sang se rapproche beaucoup du sang veineux par la couleur.

Aïnsi, dans ce qu’on appelle léthargie, c’est-àdire dans les divers états de sommeil qui offrent toutes les apparences de la mort, dans le sommeil épileptique, dans le sommeil produit par le froid,

(4) Annales du museum d'histoire naturelle, Paris, 1814, £s XVIII, in-4»,

et dans l’état de torpeur extrême des animaux hibernants, les battements du cœur ne cessent pas de se faire entendre.

Je ne finirais pas si je voulais passer en revue toutes les maladies qui , arrivées à certaines périodes de leur développement, et par quelques uns de leurs symptômes, ont pu jadis représenter l’état léthargique et simuler la mort de la manière la plus saisissante. Jai dû examiner les plus importantes, celles qui ont, dit-on, donné lieu à un grand nombre de méprises, et c’est en cherchant à vérifier le principe de la persistance des battements du cœur, dans ses rapports avec la vie, que nous sommes arrivé à démontrer qu'il n’y a pas d’erreur possible entre la mort apparente et la mort réelle, l’une caractérisée par la présence et l’autre par l’absence des battements du cœur à l’auscultation.

d. Léthargiedesinhalations stupéfiantes d’éther, de chloroforme , etc. On connaît les merveilleux effets produits sur l’homme et sur les animaux par l’inhalation de lPéther, du chloroforme, et des autres agents anesthésiques employés jusqu’à ce jour (1).

(a) Le nombre de ces agents est plus considérable qu’on ne

pense. Le protoxide d'azote, l’essence de roses et de tuhéreuses ,

Un sommeil profond , lourd et de courte durée succède à cette asphyxie passagère ou plutôt à cet empoisonnement fugace. Mais quel sommeil , et comme il est effrayant ! Il a quelquefois toutes les apparences de la mort; et l’observateur ne le voit jamais venir sans étudier ses progrès avec une sorte d'inquiétude. On est effrayé de l’anéantissement des malades, de leur insensibihité complète, des mouvements quelquefois si affaiblis de leurs muscles respiratoires, et l'expérience a déjà justifié ces craintes que peut seule dissiper lPauscultation du cœur.

Les effets et les caractères du sommeil provoqué par l’inhalation des agents anesthésiques, éther ou chloroforme, sont variables aux diverses époques de l’opération, et doivent être étudiés, dans livresse initiale , dans le sommeil anesthésique , dans le coma, et au moment dé la mort, qui arrive imévitablement si l’expérience est par trop prolongée.

Celui qui s’abandonne sans crainte au plaisir de respirer du chloroforme éprouve en quelques secondes un agréable sentiment de vertige , mêlé

les vapeurs d’opium, les vapeurs du raisin qui cuve et du vin qui bout, l’ingestion de l’ivraie et du vin de mandragore, produisent des effets analogues à ceux de l’éther et du chloroforme, Autrefois même les chirurgiens employaient le vin de mandragore quand il fallait couper quelque membre aux malades.

d’une impression générale de bien-être. Le charme augmente, les yeux se ferment doucement ; lodorat et le goût, satisfaits par une odeur enivrante et par une saveur délicieuse, savourent ces impressions, les prolongent et les augmentent par des respirations plus fortes. Un vague frémissement, douce impression cutanée, parcourt le corps et les membres abattus. Le monde extérieur commence à disparaitre avec le sentiment du mal qui s’y trouve. À ce moment, la sensation est à son comble ; le cœur, sans nulle méfiance, est vraiment heureux. Ce qu’on appelle le moi, c’est-à-dire la conscience de soi-même, éprouve alors un plaisir indicible et sans mélange, 1l sent le bonheur d’étre avec une vivacité imouie ; entièrement abandonné à la satisfaction de goûter et de sentir les émanations parfumées du chloroforme , il respire plus vite et plus fort, il se presse , bientôt c’est de la fureur, car le plaisir semble augmenter avec chaque effort , et d'aspiration en aspiration , poursuivant une sensation plus vive qu'il paraît comprendre et qu'il croit pouvoir atteindre, il se précipite ; mais en vain, car 1l touche au terme de son bonheur ; un bruit métallique éloigné, rapidement incommode , se fait entendre et vient l’étourdir,

le sol manque sous les pieds, l'appui sous le corps,

la conscience disparaît et le sommeil se déclare, aussi lourd et aussi prolongé que le sera l’imhalation , jusqu’à la mort même, si on ne se hâte d'interrompre.

À cette période d’anéantissement, l’insensibilité est complète, le plaisir et la douleur ne sont plus que des mots, et pendant un court instant, rien ne peut interrompre le sommeil qui s’est emparé des individus.

Ce sommeil est tantôt calme et tranquille, tantôt bruyant et troublé par des cris ou des mouvements difficiles à contenir, causés par les hallucinations des sens.

C’est le sommeil anesthésique calme qui, par l’immobilité du corps et des membres, par l’insensibilité générale de la peau, et par l’absence apparente de respiration, donne tant d'inquiétude et fait à chaque instant songer à la mort.

Je ne sais si l'absence de la respiration est aussi complète et aussi réelle qu’on veut bien le dire , mais je ne puis le croire, et mes observations me portent à penser au contraire que, si faible qu’elle soit, la respiration continue de s’accomplir. Peu importe ; en ce moment, d'ailleurs, l’état du cœur doit seul fixer notre attention.

Sous l'influence des inhalations stupéliantes et

anesthésiques, les mouvements du cœur sont d’abord accélérés, puis ralentis au-dessous du chiffre normal, à 60 ou 70 environ, et lorsque la stupéfaction se dissipe, ils reprennent leur activité et leur fréquence ordinaires.

Ce fait n’est cependant pas général. Un assez grand nombre d'observations , parmi lesquelles se trouvent celles de la Société des médecins allemands de Paris, prouve, au contraire, que l’inhalation stupéfiante éthérée a pour résultat l’augmentation de la fréquence des battements du cœur à la période d'ivresse, leur diminution dans la période léthargique, puis leur nouvelle augmentation après le réveil, le chiffre des pulsations restant toujours supérieur à ce qu'il est dans l’état normal , dans les limites de 99, 96 à 120, 130 et même 17/4 par minute (4). Il est certain cependant qu’une inhalation prolongée aurait eu pour résultat de faire descendre le nombre des pulsations au-dessous des chiffres que nous venons d’indiquer.

Le ralentissement des battements du cœur est donc le résultat constant des inhalations stupéfiantes à la période de léthargie ou de sommeil

(4) Gazette médicale, 4847, p. 454.

‘ CESSATION DES BRUITS DU COEUR. 87 Absolu ou relatif, selon des circonstances qu’il nous est impossible de déterminer, 1} existe et peut toujours être assez facilement apprécié.

Au bout de quelques minutes , le sommeil se dissipe ; la sensibilité et la conscience se réveillent, il ne reste bientôt plus aucune trace de cet emposonnement, surtout si l’on a employé le chloroforme de préférence à l’éther, qui laisse après Qui une odeur fort désagréable.

S; les inhalations continuent , le sommeil devient si profond qu'il est impossible de réveiller les malades ; ils tombent dans un coma complet fort inquiétant, et je dirai même {ort dangereux ; car, aux signes précédents, il faut alors ajouter la disparition totale du pouls , mème jusque dans l’aisselle, comme l’a observé M. Heyfeider, et l’abaissement des contractions du cœur au chiffre de A0 et de Ah, comme la indiqué M. Tufnell.

(Dublin Med. press. 1847.) Dans ces circonstances , la situation est très grave et très périlleuse ; il ne faudrait pas la prolonger beaucoup pour obtenir très rapidement un chifire inférieur incompatible avee la vie. C’est peut-être faute d’avoir suivi par l’auscultation du cœur les progrès de lintoxication chloroformique ou éthérée que nous ayons à déplorer des morts causées par l'usage

de ces agents anesthésiques (1). Plus tard, sans doute mieux instruits, éclairés par de si Nine résultats, les médecins essaieront de graduer les inhalations stupéfantes sur la dépression du cœur, comme aujourd’hui l’on règle la dose de certains contre-stimulants sur la force et la fréquence des pulsations radiales.

En résumé, nul agent anesthésique n’a encore pu suspendre les battements du cœur. I en ont diminué le nombre au point de le faire descendre à AO et Ah ; mais déjà, dans cette circonstance , tout semble indiquer la mort, et chacun dés aut s’y méprendre, si ces mouvements faibles et obscurs n'étaient là pour entretenir la vie et nous en révéler la persistance,

Expériences sur les animaux.

Quelques expériences sur les animaux donneront encore plus de valeur à cette loi. J’ai sacrifié beau Coup d’animaux, et j'ai vu dans les abattoirs de Paris immoler une quantité considérable de bœufs, de veaux et de moutons destinés : à la nourriture des habitants de la capitale. J’ai toujours vu, malgré les intoxications les plus terribles et les blessures les plus graves, la vie persister autant que les

(1) Bulletin de l'Académie nationale de médecine, Paris, 1848, £e XIV, Po PACE

battements du cœur et disparaître avec eux.

e. Empoisonnement par l'acide prussique. Un lapin qui respire de lacide prussique anhydre tombe aussitôt sans connaissance, immobile et insensible ; sa respiration paraît suspendue, mais 1l conserve de rares et faibles battements à la région précordiale. Cependant il va mourir, car voici déjà les convulsions ; les battements du cœur ne tarderont pas à disparaître. Un seul agent peut encore les entretenir et rappeler la vie prête à s'éteindre; mais il faut se hâter de l’employer. De nombreuses gouttes d’êther, jetées dans les narines et dans la bouche, peuvent faire revivre l’animal. En effet, au bout de quelques minutes, sous l’influence de cet antidote, les convulsions se calment, un léger effort respiratoire se manifeste , la sensibilité reparait, et l’animal essaie quelquefois de se relever. C’est là un fait dont j'ai été le témoin , et dont nous devons la connaissance à M. Bernard, auquel je m’empresse de le rapporter.

D’autres substances vénéneuses, tout aussi énergiques , ont encore été employées par les commissaires de l’Académie pour vérifier l’état du cœur dans des conditions nouvelles. Voici l’extrait du rapport de M. Rayer qui indique les résultats de leurs expériences.

f. Empoisonnement par le curare. « Un lapin > fut soumis à l’action d’un poison redoutable. » Un grain de curare fut mis sous la peau au pli » de laine; six minutes après, l'animal était dans » un état de mort apparente; les battements du » cœur étaient tombés de 220 à 72 par minute ; » bientôt ils devinrent de plus en plus éloignés , » puis ils ne se firent plus entendre. Deux minutes » après leur cessation, l’animal fut ouvert : les » ventricules du cœur étaient immobiles ; les » oreillettes seules offraient encore quelques con- » tractions vermiculaires, » :

8. Préparations de digitale. «Un décigramme de » digitaline dissous dans de l'alcool a été introduit » dans le tissu cellulaire sous-cutané du dos d’un » chien de moyenne taille. Au bout de quinze » minutes, aucun effet ne s’étant encore manifesté, » On à injecté lentement dans la veine jugulaire » un autre décigramme de digitaline dissous dans » 6 grammes environ d’alcool. Avant la fin de » l’injection, les battements du cœur, que l’un de » nous écoutait attentivement à l’aide du stétho- » scope, s’arrêtèrent tout à coup; ils n’étaient plus » perçus par lauscultatior, ni indiqués par une » aiguille préalablement enfoncée dans le cœur, à » travers les parois de la poitrine, Après une demi-

CESSATION DES BRUITS DU COEUR. 91 » minute de suspension des battements, un batte- » ment se fitentendre, puis leur nombre (perçu à » Pauscultation) s’éleva à 8 par minute, puis à 12 » (nombre toujours conforme à celui des oscilla- » tions de l'aiguille). Bientôt l'animal éprouva des » vomissements, des convulsions , et les batte- » ments du cœur cessèrent, pour ne plus se repro- » duire. L'animal était mort. Le cœur était énor- » mément distendu et remplide sang noir; le tissu » du cœur, même celui des oreillettes, ne se con- » tractait pas lorsqu'on l’excitait avec la pointe » d’une aiguille.

» Dans une autre expérience , injection de la » digitaline dissoute dans de lalcoo! arrêta subi- » tement les battements du cœur; pendant trois » minutes , l’aiguille enfoncée dans le cœur n’in- » diqua aucune contraction ; l’oreille ne distingua » aucun battement ; l’animal était mort. »

h. Empoisonnement par l'alcool. « Six gram- » mes d'alcool injectés dans le cœur d’un lapin » par la veine jugulaire, arrêtèrent presque tout » à coup les mouvements du cœur : l'oreille et » l’aiguille ne nous dénotèrent aucune contraction » de cet organe pendant deux minutes ; l’animal » était mort : la poitrine ouverte, on irrita le cœur » avec la pointe d’un scalpel sans provoquer ses

» contractions ; les cavités du cœur étaient rem- » phes de sang noir, »

. Asphyaie par l'électricité. La foudre frappe, brüle, et renverse l’homme en lui jaissant ses facultés, ou le jette, au contraire, privé desentiment au point de le faire passer pour mort, s’il ne l’est pas en réalité.

Cet état de mort apparente qu’on à si rarement occasion de voir, n’a pas été très bien étudié et nous paraït cependant mériter quelque attention. Si nous en jugeons par les effets de l'électricité sur les animaux, ce que nous appelons asphyxie ne serait peut-être qu’une Syncope, puisque, dans cetle circonstance, il y a seulement diminution de la force et de la fréquence des battements du cœur.

En effet, sur un lapin qu’on assomme par une forte décharge électrique ou qu’on jette dans un état de mort apparente par le courant d’un fort appareil électro-magnétique dirigé dans la tête, le stéthoscope permet de constater l’abaissement des battements du cœur à 30 et 40 par minute, puis l'animal revient par un peu de repos ; mais si l’on continue l’expérience jusqu’à la disparition, pendant plusieurs minutes, des battements du cœur à l’auscultation, la vie cesse, et il devient impossible de la ranimer.

Les frères Weber, dans des expériences nombreuses , que j'ai trouvées fort exactes, mais que je crois mal instituées et surtout mal comprises, sont arrivés à un résultat qui semble au premier abord très différent de celui que nous venons d’annoncer. En effet, ils affirment qne les agents galvaniques ont la puissance de suspendre les mouvements du cœur. C’est évidemment de leur part une erreur de méthode, car ce résultat, impossible sur un animal dans l’état physiologique , ne devient facile que sur un animal mourant, ou déjà mort et dont le cœur a conservé toute son irritabuité musculaire.

Ce n’est pas en ouvrant la poitrine d’un animal, en mettant ses poumons et son cœur à découvert, et en agissant sur ce dernier organe, ou sur Îles nerfs qui l’animent, qu’on peut savoir quelle est l'influence de l'électricité sur le cœur dans l’état physiologique.

C’est cependant ce qu’ont fait les frères Weber.

Dans des expériences fort intéressantes, à un point de vue différent de celui qui est en question, ces physiologistes ont, sur des grenouilles et sur des lapins, ouvert la poitrine, mis le cœur à nu et opéré soit sur cet organe, soit sur les pneumogastriques, ou sur Ja moelle près de l'origine de

ces nerfs avec les deux pôles d’un multiplicateur. Ïs ont vu, ce qui est vrai, les mouvements du cœur, ainsi découvert, s'arrêter peu après l’action du courant, reparaître au moment de son interruption et ainsi de suite à chaque alternative galvanique, comme cela aurait lieu sur toute espèce de muscle. C’est qu’en effet l’opération des frères Weber tue l'animal, suspend les fonctions du cœur comme organc de circulation, et le ramène à l’état de muscle, n’ayant plusque des propriétés de tissu, et en particulier Pirritabilité musculaire qui, on le sait, persiste quelquefois très longtemps après la mort. Or, et c’est là le côté faible de l’expérience que nous attaquons, dans les circonstances où le cœur se trouve placé par suite de l’ouverture de la poitrine, qui fait périr l’animal, ce n'est plus un organe qu’on galvanise, mais bien un {issu, un muscle qui réagit sous cette influence, comme tous les tissus analogues , comme le ferait tout autre muscle, le biceps, par exemple. L'action de l'électricité sur le cœur n’est plus, dans ce cas, comparable à celle de cet agent employé dans l’état physiologique , sur un animal bien portant, comme dans les expériences rapportées au commencement de ce paragraphe, Par conséquent il est impossible de conclure des phéno-

mènes observés sur le cœur demi-mort, privé de ses fonctions, aux phénomènes d’un cœur renfermé dans la poitrine et ayant le libre exercice de ces mêmes fonctions. Par conséquent, enfin, notre première conclusion reste entière, et l'électricité n’a pas la puissance de suspendre les battements du cœur sans amener la mort.

j. Asphycie par strangulation. Dans Pasphyxie des lapins par strangulation, 1l vient un moment où lanimal se débat, fait des eflorts inouïs pour respirer, soit avec la bouche, soit avec le ventre; il étouffe; son œil devient saillant, et l'iris très foncé en couleur, par suite de la congestion de ses vaisseaux, la pupille se contracte comme dans le sommeil; de violentes contractions musculaires ont lieu dans les membres et dans le torse; il y a éjaculation et quelquefois émission d’urme; puis vient un instant de calme dont la durée est fort courte; lanimal parait abattu , et 1l fait encore quelques mouvements de mâchonnement avec les lèvres; tout à coup le corps s’agite de nouveau, la face se contracte d’une manière étrange, l’œil se retire en arrière et s'enfonce dans l’orbite pour reparaitre dès que ce dernier effort musculaire est accompli; alors la pupille se dilate et tout semble terminé, car la main ne sent plusles battements de la région précordiale,

Ces phénomènes, auxquels on peut reconnaître la mort violente d’un lapin, sont cependant trompeurs. Si l’on juge sur l’apparence, qu’on laisse l'animal sans secours, 1l périt, car sa vie trop compromise ne peut triompher de l’épreuve qu'on lui a fait subir. Si, au contraire, après avoir ausculté le cœur qui bat encore 40 fois par minute, au heu de 350 ou 400, on insuffie la trachée-artère, la respiration se rétablit et la vie se réveille d’une manière définitive. Toutefois, si l’on pousse un peu plus lom l’expérience , jusqu’à mettre 30 secondes d'intervalle entre deux battements du cœur, et qu'on laisse ensuite écouler une minute entière sans pratiquer l’insufflation, celle-ci devient inutile, car la vie est irréyocablement brisée.

Quel que soit le genre de mort des animaux, les phénomènes qui annoncent la prochaine fin de leur existence sont, à peu de chose près, les mêmes. Ce sont : {a dilatation de la pupille succédant à une constriction très prononcée, les contractions musculaires ultimes de l’agonie, et ensuite plusieurs rares et faibles battements à la région précordiale, L’intervalle qui les sépare est d’abord de quelques secondes, bientôt d’une minute, et le silence s'établit pour toujours.

Nul état morbide, chez l'homme ou chez les animaux les plus élevés dans l'échelle, n’a donc

FACE CADAVÉRIQUE. 97 la puissance de suspendre les mouvements du cœur. Leur interruption est impossible , et au delà d’une ou deux minutes elle doit être considérée comme le signe de leur cessation définitive. L'absence des battements du cœur à l’auscultaion devient de cette manière un signe immédiat et certain de la mort. C’est même, on peut le dire, un de ceux qui méritent le plus de confiance.

B, Face cadavérique.

Au moment de la contraction générale de la peau et des muscles, qui a heu vers la fin de Pagonie, à l’instant même de la mort, la face change rapidement de caractère. Son immobihité et sa pâleur subites lui donnent un aspect grave et terrible, qui échappe peut-être au médecin, mais qui émeut profondément un ami.

J’ar assisté quelquefois à ce triste spectacle, et, les yeux attachés sur le visage des malades, jai en quelque sorte vu arriver la mort et commencer le deuil des familles. Sur le visage tourmenté, hvide et empourpré d’une maladie aiguë, j'ai vu descendre la pâleur, le teint prendre tout à coup cet aspect mat et blème de Ja cire longtemps exposée à l'air, les paupières s’abaisser sur les yeux dans des orbites presque subitement excavés, les

narines se rétrécir, les joues s’affaisser, les lèvres tomber et blanchir, et enfin les traits immobiles conserver cette expression de calme qu’on ne retrouve nulle part ailleurs que dans la mort.

Dans les maladies chroniques, et dans les fièvres graves, la face devient hippocratique : «Front ridé » et aride, yeux cavés, nez pointu bordé d’une » couleur noirâtre , tempes affaissées, creuses et » ridées, oreilles retirées en haut, lèvres pen- » dantes, pommettes enfoncées, menton ridé et » raccourci, peau sèche, livide ou plombée, poils » des narines ou des cils parsemés d’une sorte de » poussière d’un blanc terne, visage quelquefois » d’ailleurs contourné et méconnaissable. »

Dans les maladies accompagnées de cyanose de la face, comme dans quelques affections du cœur, et dans quelques asphyxies, les changements survenus dans le volume du visage, dans la régularité de ses traits et dans la coloration, sont les mêmes ; seulement la congestion des vaisseaux capillaires, qui diminue de beaucoup, ne disparait pas entièrement. C’est à ces différences de coloration qu'il faut attribuer les dissemblances offertes par le visage des personnes inanimées. Aussi, la face cadavérique n’a-t-elle pu devenir pour tout le monde un signe certain de la mort,

Page 1