EFFETS DE LA BRULURE
Respiration haute, pénible, accompagnée d’un gargouillement très prononcé, 2/ par minute.
Les battements du cœur étaient appréciables à la main ; le pouls petit, filiforme, battait 92 fois par minute.
Dans l’espoir de ranimer ce malade, je lui appliquai trois vésicatoires de chaque côté de la poitrine, sous Ja -clavicule à l’aide du marteau échauffé.
Nul mouvement ne trahit la moindre douleur.
Cependant l’épiderme fat immédiatement décollé et le derme devint aussitôt blanc comme du linge. La surface cautérisée se dessinait très nettement sur le fond de la peau cyanosée.
Nulle rougeur , nul érythème, n’apparut aytour de ces brülures pendant une demi-heure que je restar près du malade , et quand je revins au bout de cinq heures, elles étaient encore dans le même état.
Deux heures plus tard, à l’instant de la mort, même pâleur des surfaces cautérisées, même absence d’auréole inflammatoire , pas une goutte de sérum sous l’épiderme décollé. Ces brûlures faites pendant la vie n'avaient déterminé aucune espèce de réaction locale.
Sur le cadavre les effets de la brûlure, au pre-
mier ou au deuxième degré, sont modifiés par l'âge des individus, par la maladie qui a causé la mort, et par le siége élevé ou déclive de la cautérisation.
Sur un sujet sain en apparence, la brûlure dans un lieu élevé da corps détermine Île décollement de l’épiderme, et la décoloration du derme qui se dessine par sa pâleur sur la teinte plus foncée des parties voisines. L’épiderme reste plissé à la surface de la peau et s’y dessèche. Le derme durcit au bout de quelques heures, devient jaunâtre, rougeâtre quelquefois, demi-transparent et laisse voir dans sa trame des capillaires remplis de sang coagulé.
Jamais, dans les circonstances ordinaires, la brülure ne détermine d’autres phénomènes que ceux que nous venons d'indiquer, mais sur des sujets infiltrés, et sur le corps en putréfaction, dont les tissus sont gorgés de liquide, elle détermine des ampoules semblables à celles qui se forment pendant la vie. Chaque brülure est l’occasion d’une phlyctène; car, une fois le décollement de l’épiderme accompli, rien n'empêche plus la sérosité de couler à travers les ouvertures de la peau pour se jeter au dehors.
Première expérience. Sur une femme morte de cancer du foie, des brûlures faites 22 heures
EFFETS DE LA BRULURE. 109 après le décès, amènent la production de builes parfaites remplies de sérosité jaunâtre, et sans qu’il y ait coloration du tissu même de la peau.
Deuxième expérience. Sur un homme atteint d'emphysème et mort de bronchite capillaire aiguë, des brülures en grand nombre, faites au bout de 12 heures, présentèrent le lendemain, sur quelques unes d’entre elles, principalement sur celles qui sont situées dans les parties déclives, des bulles remplies de sérosité jaunâtre.
Troisième expérience. Femme morte de pur: pura hémorrhagica. Une seule brülure faite 12 heures après le décès, sur une partie infiltrée de sang à la face interne et postérieure de la cuisse gauche, donua lieu à une ampoule remplie de sérosité sanguinolente.
Quatrième expérience. Homme mort de néphrite albumineuse chronique, et dont le corps est généralement infiltré de liquide. 18 heures après, je fis 20 brülures et le lendemain 45 d’entre ces brülures , situées à la face interne des cuisses et sur les parties déclives, étaient recouvertes de bulles remplies par de la sérosité incolore et transparente.
On peut donc produire sur le cadavre des am poules semblables à celles que l’on observe durant
la vie. — Quant à l’auréole rouge indiquée par M. Champouillon, elle m'a constamment fait défaut dans mes expériences, et je crois, au contraire, que son développement est impossible après Ja mort, la brülure ayant pour eflet la constriction du derme, et sa décoloration par le reflux du sang. Les résultats de l’accumulation très considérable de calorique dans une partie de la peau sont différents de ceux que nous venons d’indiquer. Au troisième et quatrième degré, la brülure détermine à l'instant le décollement de l’éprderme et sa dessiccation, Île reflux du sang contenu dans le derme, et la mortification 1mmédiate de ce tissu. Ces désordres sont les mêmes sur le vivant que sur le cadavre, Une fois l’escarre établie, le tissu mortülié passe de part et d'autre par les mêmes modifications sous l'influence de la chaleur. Ce n'est bientôt plus qu’un lambeau de substance animale qui se transforme en charbon par le feu, et où il est impossible de rien découvrir qui indique l'instant de la combustion pendant la vie ou après la mort. Ce caractère ne peut donc exister dans l'escarre ; il faut le chercher ailleurs, dans les parties vivantes où le sang s’accumule et où commence le travail inflammatoire de l’élimination. Alors un
EFFETS DE LA BRULURE, 444 liseré rouge révèle la puissance de la vie persistant encore après la brûlure ; mais, malheureusement, comme nous l’avons déjà dit, ce liseré peut manquer et l’on ne peut plus rigoureusement savoir si la combustion a précédé ou suivi la mort.
En résumé :
Les effets de la brülure ne fournissent aucun phénomène qui puisse être considéré comme un signe certain de la mort.
La brülure au premier et au second degré donne lieu à des phénomènes plus importants que ceux qui résultent d’une application de calorique plus considérable.
On peut, en général , savoir si une brûlure a été faite peudant la vie ou après la mort.
Au premier etau deuxième degré, les premières présentent presque toujours une phlyctène entourée d’une auréole inflammatoire , ou seulement cette auréole; tandis que celles qui ont été faites après la mort ne présentent rien de semblable.
Il y a de ces brülures, faites pendant la vie, qui n’ont cependant ni auréole ni ampoule, qui ont pour caractère le décollement de l’épiderme et la décoloration du derme et que rien re peut faire distinguer des brülures faites après la mort. T'elles sont quelquefois celles que l’on opère chez les
vieillards ou chez des sujets très faibles et très épuisés dans le cours de lPagonie.
Sur le cadavre, la brûlure au premier et au deuxième degré détermine toujours le décollement de l’épiderme et la décoloration du derme. Elle ne produit d'ampoules que dans les cas d’infiltration du tissu cellulaire par la sérosité ou par l’épanchement des liquides qui résulte d’un commencement de putréfaction.
Au troisième degré , la brülure détermine sur le vivant comme sur le cadavre, lescarrification ou plutôt une sorte de carbonisation de la peau. Les désordres sont les mêmes de part et d’autre, et la présence d’une auréole peut seule faire reconnaitre que la brülure a été faite pendant la vie. S1 cette auréole manque, ce qui peut arriver, chez une personne affaissée, à la fin d’une lente et pénible agonie, il n’y a nul moyen de déterminer avec certitude l’époque de la brülure.
20 Cessation des fonctions pulmonaires.
On n’a pas encore découvert de signe certain de la cessation des fonctions du poumon, et les épreuves conseiilées dans le but d’apprécier la suspension définitive des mouvements respiratoires n'ont aboutià aucun résultat satisfaisant, Winslow,