‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 18 sur 71 · CESSATION DES FONCTIONS DU CERVEAU. A · texte numérisé non relu

CESSATION DES FONCTIONS DU CERVEAU. A

les chercher. Pour moi, je n’ai encore pu constater leur entière disparition la vie persistant, et chez les animaux, la décroissance de la respiration m'a toujours paru suivre exactement la décroissance de Pactivité du cœur, depuis le premier degré d’abaissement jusqu’à la cessation définitive.

3° Cessation des fonctions du cerveau.

Ïl est assurément beaucoup plus difficile d’apprécier avec certitude le moment précis de la cessation des fonctions du cerveau, que le moment de la cessation des fonctions du cœur. S'il nous à été facile de prouver la mort de ce viscère par l’absence prolongée de ses battements, il n’en sera pas de même pour le cerveau, dont les fonctions dynamiques sont restées jusqu’à présent impénétrables à tous nos moyens d'observation.

On ne peut juger de son repos définitif, et de sa mort, que par les troubles qui en résultent, mais nullement par l’absence de phénomènes mécaniques et de mouvements qui lui seraient particuhers.

Les signes immédiats de la cessation des fonctions cérébrales sont :

1° Le défaut d'action des sens et des facultés intellectuelles ;

90 Le relâchement simultané de tous les sphincters ;

3° L'affaissement des yeux et leur obscurcissement à la suite de la formation d’une toile glaireuse sur la cornée lucide ;

l° L’immobilité du corps ;

5° L’abaissement de la mâchoire inférieure ;

6° La flexion du pouce dans le creux de la main.

À, Défaut d'action des sens et des facultés intellectuelles.

Ces phénomènes, qui peuvent dépendre de la mort du cerveau, se rattachent également à certains troubles survenus dans les fonctions de cet organe. On les observe alors pendant la vie, comme symptômes de quelques maladies du système nerveux, et ils ne sauraient avoir aucune importance dans le diagnostic de la mort.

La suspension momentanée de l’activité cérébrale et des facultés intellectuelles est un phénomène pathologique extrêmement commun. il en est de même de la perte d’action des sens, de la vision, de l’ouie, du toucher, etc., que l’on observe dans une foule d'états morbides, la syncope, l’hystérie, quelques asphyxies, le sommeil , les inhalations stupéfiantes et anesthésiques, etc.

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L’abolition de la sensibilité cutanée a été surtout l'objet de recherches suivies avec soin, mais il a été impossible d’en faire un signe certain de la mort. Winslow, qui aurait voulu donner de l’mm= portance à ce caractère, a été lui-même obligé de l’abandonner. Îl reconnut que la sensibilité eutanée pouvait disparaitre chez certains mdividus qui n'avaient de la mort que les apparences, et 1l vit bien qu’on serait souvent exposé à se tromper si l’on jugeait de la mort par ce phénomène. C’est alors qu’il dit en terminant sa thèse : £rgo mortis incerlæ signa non minus incerta à chirurgics, quam ab aliis experimentis. «Les épreuves chirurgiques ne donnent pas de signes plus certains d’une mort douteuse qne les autres épreuves. » Il entendait par épreuves chirurgiques les piqûres, les incisions, les brûlures et toutes les opérations qui avaient pour but de constater la paralysie cutanée, ce qui était pour lui un des moyens d’apprécier la réalité de la mort.

B, Relàächement simultané des sphincters.

Ce signe, qui n’a jamais été indiqué que fort légèrement, mérite cependant d’être pris en sérieuse considération. Îl se rattache évidemment à

Ja cessation des fonctions du cerveau et 1l indique d’une manière certaine la mort de lindividu.

Ainsi, jamais on n’observera sur l’homme vivant le relâchement simultané des muscles sphincters du rectum, du vagin, de Porbite et de la rétine, Il n’a lieu, en effet, qu’au moment de la mort. Un seul de ces muscles peut ètre relâché pendant la vie par suite d’une affection locale, le sphincter de Janus dans certaines paraplègies, l’orbiculaire des paupières dans les paralysies de la face, l'iris dans la paralysie de la troisième paire ; mais je parle ici du caractère fourni par l’ensemble des troubles survenus au même instant dans tous les muscles sphincters. Or, je le répète, ce caractère est un excellent signe immédiat de la mort générale.

a. Dilatation du sphincter de l'anus. C’est à la fin de l’agonie, ou au plus tard quelques minutes après la mort, que le relâchement du sphincter de l’anus a lieu. On peut s’en assurer par le doigt qui pénètre dans le rectum très facilement, et sans éprouver de résistance comme à l’état naturel. Il suffit même d'y regarder pour voir l’ouverture anale béante, et dilatée chez les sujets amaigris, au point d’avoir un centimètre et demi de diamètre. Il y a en outre un phénomène

RELACHEMENT SIMULTANÉ DES SPHINCTERS. 121 bieu connu du vulgaire, quoique peu constant, qui témoigne de ce relâchement ; c’est l’évacuation toute naturelle des matières contenues dans lintestin. Les gardes-malades et les personnes qui ont assisté au spectacle de la mort, expriment ce phépomène en disant que le cadavre s’est vidé. Elles ont raison, ear, en effet, le corps se vide, si l’on peut parler ainsi, à l’aide du mouvement péristaltique de l'intestin qui continue assez longtemps après la mort et qui pousse sans cesse vers anus des manières destinées à être retenues par Îles muscles soumis à l'empire de la volonté. Or, comme leur action est paralysée, il n’y a plus d'obstacle à la sortie des matières qui s’échappent plus ou moins rapidement , quand elles s’échappent selon qu’elles sont plus où moins liquides. Du reste, le relâchement du sphincter anal n'aurait aucune signification absolue, si on voulait Île considérer comme un phénomène isolé. C’est, comme je l’ai dit, parce qu’on l’observe en même temps que le relâchement des autres sphincters, qu’il acquiert une valeur significative aux yeux du médecin.

b. Dilatation du sphincter de la vulve. Le relâchement du constricteur du vagin est assez difficile à apprécier dans Pespèce humaine, et Je

doute qu’on puisse sûrement reconnaître sa paralysie. Il n’en est pas de même chez certains animaux. Ainsi, sur deux juments qu’on venait d’abattre , le relâchement de ce muscle était si marqué, que louverture de la vulve avait acquis des dimensions énormes. Elle était toute déformée, et les lèvres, flasques, pendantes et flétries, n'avaient plus aucun soutien que la fesse de lPanimal, reposant sur le sol.

c. Sphincter de l'orbite. Le relàächement de l’orbiculaire des paupières et de l’orbiculaire des lèvres se produit, le premier de très bonne heure, durant l’agonie, le second au moment même de la mort. Ainsi, à mesure que les sens se ferment aux impressions extérieures, les paupières se ferment à demi, et couvrent l'œil avant que l'iris se soit contracté pour empêcher les rayons lumineux d’exciter la rétine, et de communiquer au cerveau des impressions qu’il n’est plus en état de supporter. Les lèvres ne tombent qu'au moment de lamort, et c’est alors qu’elles contribuent à l’affaissement destraits età l’allongement du visage.

d. Relâchement du sphincter de la rétine.

L’iris est un muscle singulier dont la physiologie est encore peu connue, Ses mouvements dépendent de quatre nerfs, la deuxième , la troisième , la

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cinquième paire et le grand sympathique. C’est le sphincter de la rétine. Contrairement aux lois qui président à l’action de cette sorte de muscles, et qui les placent sous Pempire de la volonté, celui dont nous parlons lui échappe, et ses mouvements paraissent involontaires, 1l ne serait cependant pas impossible, comme le professe M. Magendie, que la volonté eut sur lui une certaine influence, ce qui est assez difficile à démontrer. Toutefois, à l'exemple des autres muscles dont les mouvements sont volontaires, il se relâche à l’instant de la mort, ce qui détermine la dilatation si considérable de la pupille dont nous avons à parler. La pupille est la fenétre de l'âme (Guéroult).

Je crus un instant avoir trouvé dans le fait de cette dilatation extrême de louverture pupillaire au moment de la mort, chez l’homme et chez les animaux, un signe du diagnostic de ia mort, aussi précieux que l’absence des battements du cœur, facile à constater pour tout le monde ; 1! me paraissait devoir acquérir une grande importance , mais je m’aperçus bientôt qu'il n’avait de valeur que comme signe immédiat de la mort, au moment même de l'accident, et qu’il disparaissait au bout de quelques heures. C’est un phénomène dont la présence vient ajouter à la signification du

relàächement général des autres muscles sphincters, mais 1l est impossible de Le placer isolément, en première ligne, comme un indice certain de l'extinction des fonctions vitales.

La dilatation de la papille, au moment de la mort, a été signalée par un grand nombre de physiologistes, mais il n’est encore personne qui en ait tiré parti pour éclairer le diagnostic de cet état, s'il se présent: quelque incertitude à son égard. La plupart de ceux qui, à l’exemple de Louis, ont examiné l’œil des mourants et des cadavres, n’y ont vu que l’aflaissement de l’organe et le voile glaireux de la cornée dont il sera bientôt question. Les mouvements de la pupille, à cet instant suprème, n’ont pas été aperçus, et n’ont été l’objet d'aucunes recherches particulières. Cependant, comme on pourra le voir, 11 y a là dans ce petit champ d’observation, une multitude de particularités fort intéressantes, qu'il est très important de connaître. Nous en parlerons avec quelques détails.

Parmi les auteurs qui ont parlé de la dilatation de la pupille à Pinstant de la mort, je dois citer Haller qui, dans ses éléments de physiologie, sur l’autorité d'autrui, et d’après ses expériences, s’exprime de la manière la plus explicite à cet

RELACHEMENT SIMULTANÉ DES SPHINCTERS. 125 égard. Dilatatur etiam in ipsa morte (1) et il ajoute : 84 aliquot a morte diebus pupilla iterum arctatur (2). Ts effectus est exhalantis humoris aquei, atque adeo minoris spalit, cui iris prætenditur. Dans une publication antérieure, 1l avait écrit, d’après Wbhytt, que la dilatation de la pupille n’était pas l'effet de la contraction musculaire puisqu'elle persistait après la mort , et 1l terminait en disant: ÂVunc coram in fele inter tormina excisa video, cui adèo patet pupilla ul iris penè nulla sit. (De parhibus corporis hum. irritabilibus (3).)

(4) Galen, De utile partium, liv.X, caput 5,— Fabric, liv. TT, c. 6. — Mery, p. 226. — Porterfield, t. IE, p. 95, — Zinn, p. 102. — Andreæ, De irritabil,, p. 31, — Whyit, Vital. mot., p. 144, — Expériences de Haller, n°* 203, 205, 210, 216, 218, 219.

(2) Andreæ, loc. cit, — Zinn, p. 102. — Whytt, Essais physiologiques, traduit de l'anglais. Thiebault, 1759, — Haller, Expériences, n° 205.

(3) Rien n’est plus vrai que celte expression, J'ai tué à coups de fusil plusieurs chats, qui, au moment du rut, attirés par une femelle, venaient ravager le jardin d’un de mes amis, et le remplir de leurs cris amoureux. J’en ai frappé quatre, et j'ai pu m'assurer : 4° de la cessation immédiate des battements du cœur à l’auscultation; 2° de la dilatation si considérable de la pupille, que l'iris semblait avoir disparu, xt iris pené nulla sit. Il formait une zone

demi-teinte de 4 millimètre autour de la noire ouverture pupiilaire, qui avait acquis jnsqu'à 8 millimètres de diamètre,

Robert Whytt, qui avait à cette époque une polémique engagée avec Haller, reproduit Îles mêmes faits et ne diffère que sur l'interprétation à leur donner. Îl s’exprime ainsi : Les fibres longitudinales de l’uvée retirent les bords de l'iris par leur contractilité naturelle , quand le muscle orbiculaire n’est pas excité à se contracter par l’action de la lumière sur la rétine. Par conséquent, à l’instant de la mort, l’œil devenant insensible , la prunelle doit rester très large. Si elle devient ensuite plus étroite , c’est que les fibres longitudinales perdent leur ton , deviennent flasques et s’allongent (Whytt. Essais physiologiques. Traduit par Thiébault).

Les observations en restèrent là, elles ne furent même pas reproduites par les auteurs qui se sont occupés du même sujet. Bichat ne dit que ces mots : Le mouvement de liris cesse à l'instant de Ja mort, etne peut plus être mis en action d’aucune manière quelques instants après, comme l’irritabilité musculaire, sur le cadavre. L'ouverture de la pupille se trouve dans des dimensions très variables et qui dépendent de l’état de l'iris à l’instant de la mort. C’est là une double erreur, d’abord parce que l'iris est sensible aux courants galvaniques après la mort, et peut-être aussi encore à

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d’autres agents, ainsi que l’a observé M. Brown- Sequard dans ses recherches sur les Batraciens , ct ensuite parce qu’a l’instant de la mort il s'opère dans la pupille une énorme dilatation. Nysten a fait de nombreuses expériences sur lirritabilité de l'iris, dont il a démontré l’existence à l’aide du galvanisme ;1l croit d’ailleurs, comme faller, que la cause qui fait contracter la prunelle ne subsiste que pendant la vie et aussi longtemps que la rétine est en bon état. Enfin de tous ceux qui ont écrit des traités de physiologie , ou des articles sur la mort, il n’en est aucun qui fasse mention du relàchement de l’ouverture pupillaire au moment de la mort.

Voici enfin le résultat de mes recherches que j'ai été heureux de trouver dans des ouvrages aussi recommandables que ceux de Whytt et de Haller , dont l’autorité est une garantie pour moi. |

Dans l’agonie, la pupille se contracte avec force comme dans le sommeil. Elle se Pupilie de l'homme

daus l’agouie, rétrécit d’une manière surpre-

nante, et son diamètre diminue au

point d’être compris entre un ct deux millimètres, ce qui donne à la pupille la dimension de cette figure.

À l'instant de la mort, tantôt quelques minutes avant les derniers battements du cœur à l’auscultation; tantôt après, elle se dilate, comme si véritablement la pupille était la fenêtre de l’âme, et, elle prend tout à coup un diamètre considérable RARE qui varie entre cinq et six millimètres. Elle offre l’aspect representé par la figure ci-jointe, qu’elle conserve pendant plusieurs heures, et qu'elle perd malheureusement

quelquelois un peu plus tard.

En effet, si ce phénomène avait plus de ténacité, ce serait un excellent signe de la mort, maisil disparait trop rapidement. Tel qu'il est pourtant, il peut servir à reconnaître une mort récente datant de deux ou trois heures. Passé cette époque, les yeux s’affaissent, la pupille revient insensiblement sur elle-même, de manière à prendre un diamètre ordinaire.

Ces phnomènes nous permettent de rapprocher l’agonie du sommeil , quant au caractère anatomique. Ainsi la pupiile est fort contractée dans l’un et l’autre de ces états, et elle se dilate à l’instant du réveil, comme à l'instant de la mort. Ils se confondent également par un autre caractère purement physiologique , puisque de part et d'autre

RELACHEMENT SIMULTANÉ DES SPHINCTERS. 129 la vue est abolie, et la paupière étant soulevée , une lumière placée devant la pupille ainsi rétrécie ne communique aucune sensation au cerveau.

L’homme endormi dont on ouvre Îes paupières, pas plus que l’homme agonisant, ne sont sensibles aux images qui les entourent.

C’est là un fait qui semble contraire aux lois physiologiques , mais qui ne prouve jusqu’à présent, qu'une chose; c’est que les lois imposées par la physiologie à l'iris ont besoin d’être révisées. II est surprenant en effet, de trouver liris contracté dans le sommeil, alors que recouvert par la paupière, ou placé dans l'obscurité, son ouverture semble devoir présenter une dilatation considérable. Il n’est pas moins étrange d'observer le pareil phénomène chez l'homme agonisant; car, si à cette période les sens sont abolis, si les impressions extérieures ne frappent plus la rétine, si en un mot cette membrane est paralysée, loin d’être rétréci, le diamètre de la pupille doit ètre plus large que de coutume. Il n’en est rien , dans le sommeil et dans l’agonie , la pupille est également contractée et la physiologie de liris est à refaire. Il semble que la nature ait voulu ajouter à ses moyens ordinaires de protection, et donner à

l’homme prèt à se reposer ou à l’homme qui va mourir, une ressource de plus dans le voile qui couvre ses yeux, et les garantit contre desimpressions désormais douloureuses.

La violente constriction de la pupille dans l’agonie , et la dilatation énorme qui lui succède à l'heure de la mort , se manifestent à peu près de la même manière , dans toutes les maladies de l’homme. Le phénomène est surtout bien évident dans les agonies de courte durée, et dansles cas de mort violente des animaux. Je l'ai observé chez eux dans l’asphyxie, la décapitation, la congélation, l’empoisonnement par diversessubstances, et même dans un cas d’empoisonnement par la belladone.

Ce caractère peut avoir une bien grande importance aux yeux du physiologiste et du philosophe, qui l’envisagent chez les animaux décapités , car, 1] indique, fait inconnu jusqu’à ce jour, combien de temps dure la vie dans la tête qu'on vient de séparer du corps. C’est ce phénomène qui fait connaître l'instant précis de la mort du cerveau puisqu'il dépend lui-même du cerveau. Ainsi l’on s’est évertué à chercher dans la tête des suppliciés, par la guillotine, des signes de vie ; On a regardé comme tels, les mouvements de l'œil et

RELACHEMENT SIMULTANÉ DES SPHINCTERS. 431 des lèvres observés sur ces victimes, la rougeur du visage de Charlotte Corday insultée par son bourreau , mais 1l à été impossible de rien affirmer à cet égard, et l’on n’a rien pu répondre à ceux qui regardent le fait de cette rougeur comme mensonger, et les mouvements du visage comme des mouvements convulsifs, involontaires, et par conséquent, sans valeur comme mimique de l'intellisence. On a été obligé d’avouer qu'il était impossible de préciser la durée de la vie dans Ja tête, après la décapitation. La chose est désormais possible et facile. On sait que sur un animal que l’on tue par le fer ou le poison, la pupille se dilate à l'instant de la mort, deux ou trois minutes avant que le cœur ait cessé de se faire entendre au stéthoscope. Or, la dilatation de la pupille, dans cette circonstance, est le résultat de la cessation des fonctions du cerveau, c’est-à-dire de la mort de cet organe , comme la cessation définitive des battements du cœur est le signe desa mort. Mais, les choses se passent exactement de la même manière chez un animal à qui l’on vient de trancher la tête ; par conséquent, on peut dire qu'après la décapitation, le relâchement de la pupille mdique encore la cessation de la vie du cerveau, de même

que la suspension des battements du cœur indique la mort de cet organe. Il suffit donc d’examiner l’œil chez un animal décapité, et d'observer sa pupille pour savoir combien de temps la vie se prolonge dans la tête séparée du corps. C’est ce que J'ai fait aux abattoirs, sur des moutons qu’on venait de sacrifier. Après leur décapitation, la face reste un imstant immobile, puis l’œil roule dans son orbite ; les lèvres semblent ruminer, la pupille se contracte très fortement et prend une forme elliptique semblable à celle de la figure ci-jointe ; les muscles respiratoires de la face entrent en exercice : on dirait que l’animal éprouve une dyspnée, violente et un impérieux besoin de respirer ; les lèvres, dont la commissure est entrainée en bas par le muscle triangulaire, aspirent Pair avec effort, puis tous les muscles se contractent dans le même but, et ils se crispent d’un commun ensemble pour satisfaire à ce besoin imaginaire. L’œil s'enfonce dans l’orbite, retiré en arrière par une forcemusculaire irrésistible, et revient presque aussitôt à sa place ; alors, et c’estentre la deuxième et la troisième minute de l'opération, la pupille se dilate , ses diamètres s’agrandissent dans tous les sens, et elle prend une forme à peu près circu-

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laire dont la voici la figure. C’est l'instant de la mort du cerveau.

Pupille du mouton dans l'agonie,. Pupille du mouton après la mort, (15 millimètres de long, (19 millimètres de long, 1 millim, de large.) 45 millim, de large.)

Si l’on examine aussitôt le cœur du mouton, ses battements persistent encore deux ou trois minutes ettout disparaît. Le cœur à son tour a cessé de vivre, L'animal est mort.

Je ne sais si, dans l’espace qui s'écoule entre la décapitation et le relàächement de la pupille , le cerveau, encore vivant, conserve l'intégrité de ses fonctions et l’exercice de la pensée ; mais st cela était, il faut convenir que ce court instant serait bien terrible pour lanimal. Je ne suppose pas qu’il en soit ainsi, et je pense, au contraire , que la décapitation le jette aussitôt dans l’agonie , c’est-à-dire dans un état de trouble tel qu'il n’a pas conscience de ce qui lui est arrivé. S'il en était autrement, nous devrions plaindre les malheureux que frappe le glaive de la loi, et dont la tète, tombée dans le panier du bourreau , aurait

encore à elle deux minutes pour penser à la vie qu’on Jui enlève.

En résumé, c’est à l'instant même de la mort qu’on observe le relâchement simultané du sphincter de l’anus, de la vulve, des paupières, des lèvres et de l'iris, le sphincter de la rétine. Cette série de phénomènes constitue un signe immédiat très certain de la mort, qu’on ne trouvera jamais dans aucune autre circonstance.

e. Appendice sur les mouvements de iris.

L'étude des mouvements de l'iris qui nous a fourni d'importants caractères applicables au diagnostic de la mort, du sommeil et de la veille, peut encore être utile dans certaines circonstances pathologiques, qüe nous croyons devoir faire connaître en rapportant les conclusions d’un mémoire particulier que nous publierons plus tard.

1° La pupille est contractée dans le sommeil ;

2° La pupille est contractée dans l’agonie;

3° La pupille se dilate à l'instant du réveil et oscille plus ou moins vivement selon le degré d'intensité des rayons lumineux qui tombent sur la rétine.

h° La pupille se dilate à l'instant de la mort et reste insensible à la lumière extérieure ;

5° La pupille se contracte dans le sommeil des

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amaurotiques, complétement aveugles, contrairement à opinion de Haller, et comme l'ont déjà vu Wedel, Robert Whytt, Porterfield et Petit. Jen ai vu trois exemples à la Charité, deux dans le service de M. Rayer, et un dans le service de M. Velpeau. Tous trois ont été constatés par M. Routier et par moi, les malades étaient complétement aveugles, et pendant ieur sommeil, nous avons trouvé très resserrée l’ouverture de la pupille qui était fort dilatée durant le jour.

6° La pupille est dilatée et sensible à l'action de la lumière chez les prétendussomnambules qui font semblant de dormirpour tromper la crédulité publique. On trouvera dans ce caractère un moyen de flétrir scientifiquement et sans pitié les fourbes qui, sousle nom de magnétiseurs, présententcomme parfaitement lucides des somnambules qui ne devinent ce qu’ils voient, ou ce qu’on leur demande, que parce qu'ils sont éveillés. J'ai assisté à des séances de magnétisme dans lesquelles les exercices ont été faits, sur ma demande, par le somnambule, ayant le visage et les yeux découverts. Jai pu me convaincre, et tout le monde pourra s’assurer comme moi, d’après l’état de la pupiile, que ces somnambules n'étaient point endormis et qu'ils n’étaient si Incides que parce qu'ils étaient

habitués à faire les yeux fermés les plus jolis tours de prestidigitation.

Les sujets magnétisés que j'ai vus bien endormis, la pupille contractée, ne purent dire un mot durant leur sommeil.

Chez ceux, au contraire, que le magnétisme a rendus lucides, j’ai toujours vu les yeux fuir sous la paupière supérieure, et la pupille, sensible à l’action de la lumière, offrir des alternatives de dilatation et de relâchement ;

7° L'examen de la pupille peut guider le chirurgien chargé de pratiquer lopération césarienne chez une femme grosse près de mourir. L’instant de la dilatation de la pupille et celui de la cessation des battements du cœur lui indiqueront la conduite à suivre ;

8° Les mouvements de la pupille peuvent être consultés avec avantage, par le chirurgien qui fait la trachéotomie, à la période extrême du croup. Les bruits pulmonaires empêchent d’ausculter le cœur ; il n’y a donc que la dilatation de la pupille qui puisse indiquer le moment de la mort. Il faut opérer dès que survient la constriction de la pupille dans le cours de l’asphyxie, car alors l’agonie commence, et si, l'opération étant commencée, à ce phénomène succède, comme cela nest arrivé,

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