‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 26 sur 71 · DE LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

DE LA PUTRÉFACTION

les cadavres, s'ils sont placés sur une surface un peu dure, présentent en effet, à une époque plus ou moins éloignée de la mort, un aplatissement considérable des fesses et des mollets, du ventre, de la poitrine et du nez, suivant qu’ils sont restés couchés sur l’une ou sur l’autre de ces parties. Mais ce caractère suppose nécessairement le séjour des corps sur un plan solide et dur, condition exceptionnelle, qui ne se rencontre que dans les amphithéâtres d’anatomie, et, nullement dans l’intérieur des familles, où la personne décédée reste dans son lit jusqu’au moment de V’inhumation. Dans le premier cas, les parties molles sont écrasées sous leur poids, et dans le second, au contraire, elles éérasent sans s’aplatir le lit qui les supporte. Par conséquent, l’affaissement des parties molles n’est pas un signe constant de la mort. Quand il existe, ce n’est pas même un de ses signes les plus certains, car on “speut penser , à priori, qu’une personne vivante, affectée d’anasarque, présenterait le même phénomène s’il était possible de la faire rester quelque temps couchée sur une table. |

B. De la putréfaction.

On donne ce nom à l’ensemble des phénomènes de décomposition offerts par les corps

organisés qui ont perdu l'exercice de leurs propriétés vitales.

Il serait peut-être intéressant de suivre ces phénomènes dans leur évolution, au milieu des circonstances s1 différentes où les corps peuvent être placés, mais cette étude nous entrainerait peutêtre un peu trop loin. Elle n’ajouterait en rien à la certitude de ce dernier des signes de la mort, et nous ne pourrions IG que reproduire, en les amoindrissant peut-être, les importants travaux de M. Orfila sur ce sujet. I nous suffira, je pence, d'indiquer, dans les limites exigées par la forme de notre travail, les principaux caractères de la putréfaction et la manière de les bien apprécier à leur début.

La putréfaction se reconnait à la coloration bleuâtre, verdâtre ou brune des parties qu’elle occupe, au ramollissement des tissus, à l'odeur particulière qui l'accompagne.

La putréfaction ne pourrait être confondue qu'avec une contusion violente suivie d’ecchymose ou bien avec la gangrène. Mais, dans les contusions 1l n’y a pas d’odeur putride. Dans la gangrène, il existe bien , il est vrai, une odeur désagréable, coexistant avec un ramollissement plus ou moins prononcé des tissus; mais cette odeur

DE LA PUTRÉFACTION. 177 caractéristique diffère de celle que développe la putréfaction. Il sera d’ailleurs difficile de confondre ensemble ces deux états, si l’on réfléchit que le plus souvent la gangrène est limitée et circonscrite, tandis que la putréfaction n’a pas de limites aussi tranchées ; que le plus ordinairement la putréfaction se montre primitivement sur Île ventre, tandis que la gangrène affecte presque toujours les membres.

La putréfaction est considérée avec raison par les médecins comme un signe infaillible de la mort. Louis est peut-être le seul qui se soit abusé à cet égard et qui ait soutenu lopinion différente et contraire, sans doute pour rester en opposition avec Bruhier. Il aura sans doute été entrainé par sa polémique, et il aura cru, mais trop légèrement, triompher encore une fois de cet adversaire malheureux , qui jusque là ne lui avait jamais offert des erreurs à combattre. Ce fut une faute commise dans l’ardeur de la lutte, et si quelque chose peut l’atténuer, c’est le profit qu’en à tiré la science, car elle nous a valu Pappréciation la plus complète qui ait jamais été publiée des différents états qui peuvent en imposer pour la putréfaction.

« La putréfaction, dit Louis, n’est pas un

» signe tellement certain qu’il ne puisse induire » en erreur, et exposer des personnes à être en- » terrées sous les simples apparences de la mort. » Si l’on se contente d’un commencement de pu- > tréfaction, les taches livides de la peau et la » mauvaise odeur du sujet détermineront le juge- » ment. Mais les taches livides ne sont point des » marques certaines de pourriture, et l’on sait » qu’en maladie surtout, le corps peut exhaler » une odeur très fétide.....… La putréfaction par- » faite, à laquelle personne ne peut se méprendre, » ne met pas infailliblement à l’abri du danger » affreux de donner la sépulture aux vivants. Ne » YOyOons-nous pas tous les jours des personnes » survivre à la perte de leurs membres dont la » pourriture s'était emparée? La pourriture ne » peut-elle pas attaquer de même un sujet dans » l’état équivoque que M. Bruhier suppose, » c’est-à-dire, dans la situation où il pense que » sans avoir perdu la vie, elle ne se manifeste » néanmoins par aucune marque extérieure ?

» Ainsi, dire vaguement qu'il faut attendre la » putréfaction, c’est donner un précepte fort dan- » gereux pour les sujets mêmes en qui la putré- » faction se manifestera. »

De telles objections, de Ja part de Louis, sont

RCA

ABAISSEMENT DE LA MACHOÏRE INFÉRIEURE. 479 fort surprenantes, mais leur faiblesse étonne encore davantage quand on lit la suite de la discussion où règne une science si profonde et une vigueur d'esprit si remarquable.

« M. Bruhier, pour donner ja putréfaction » comme un signe infaillible de la mort , aurait » dû distinguer la pourriture qui attaque un corps » vivant, de celle qui s’empare d’un mort: car » chacune a des caractères qui lui sont propres. » Jamais la gangrène sèche n’a eu lieu sur un » COrps mort; parce qu'il n’y a dans un mort ni » la chaleur, ni l’action des vaisseaux par laquelle » les sucs se durcissent et deviennent avec les $0- » lides une masse homogène qui forme la croûte » solide que nous appelons escarre. La putréfac- » tion qui attaque les morts est toujours une gan- » grène humide, c’est une espèce de dissolution. » Mais cette gangrène est bien différente de celle » qui attaque les parties d’un corps vivant. Dans » Ce CAS-CI On voit une tuméfaction, une tension » et une rougeur inflammatoire qui séparent le » mort du vif. La surpeau se détache de la peau » et produit des vésicules remphes de sérosité. » Dans les morts, au contraire, Ja peau est d'a » bord pâle, elle devient d’une couleur blanche » grisâtre ; elle prend après des nuances plus

» foncées ; elle devient d’un bleu qui tire sur Îe » vert et ensuite d'un bleu noirâtre qu’on aper- » çoità travers la peau, qui prend enfin elle-même » cette dernière couleur. Ces observations sont » faites d’après la nature mème; et si l’on croyait » devoir attendre la putréfaction des sujets, il fau- » drait bien distinguer ces signes ; car la vie d’un » homme étant d’un prix mestimable, on ne doit » rien négliger de ce qui peut prévenir de donner » Ja sépulture à un homme vivant. Quand, dans la » révolution des siècles, il n’y aurait qu'une per- » sonne qui, par le défaut de ces connaissances, » pût devenir fa victime du sentiment que nous » réfutons, cela suffirait pour justifier les distmc- » tions caractéristiques que nous avons indi- » quées» (1).

Loin d’affaiblir la valeur séméiologique de la putréfaction, ces judicieuses remarques ajoutent encore à son importance, car ciles indiquent les causes d'erreur dont le phénomène pourrait devenir l’occasion dans l’esprit de personnes Imexpérimentces. La putréfaction est un signe très certain de la mort; mais, ici comme en toutes choses, ie jugement et la science doivent diriger le médevin, car il n’est pas de phénomène qui ne puisse

(4) Louis, De lu certitude des sigues de lu mort,

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