‹ Traité signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 8 sur 71 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

» J'ai l’honneur de vous informer que l’article inséré dans /a Presse sur le fait d’une inhumation prématurée à Cluny est complétement faux.

» Get article n’a de vrai qu’une seule circonstance, la mort du tailleur de pierres, VALLET.

» L'autorité ayant été instruite que le bruit public imputait la cause de la mort de cet homme à des coups

qu’il aurait reçus huit jours avant son décès dans une rixe particalière, pria M. le docteur Simyan de se rendre auprès du cadavre pour vérifier le fait. La cause du décès fut attribuée à une pleurésie aiguë, et l’examen du corps ne révéla la présence d'aucune contusion. Cependant , et attendu les bruits qui avaient circulé, l’autorité, malgré que M. Simyan eût constaté la mort de Vallét, jugea à propos de ne faire procéder à son inhumation que quarante-huit heures après le décès , inhumation qui eut lieu comme de coutume et sans être accompagnée d’aucune circonstance extraordinaire... , etc.

» Agréez , etc., » AMÉDÉE BRUYS, » Maire de Cluny.»

Le Journal des Débats du 3 décembre 1846 renfermait un récit du même genre.

« Une riche fermière de Lansac, près de Bourg-sur- Gironde , après une courte maladie , parut avoir rendu le dernier soupir. Elle resta dans cette situation plus de vingt-quatre heures, et après toutes les formalités accoutumées, on procéda à l’inhumation.

» Deux ou trois heures après que la fosse eut été recouverte, le sacristain en passant dans le cimetière crut entendre des gémissements sortir de dessous terre. Il se hâta d’avertir le curé qui fit creuser la fosse , retirer le cercueil, qui fut ouvert et porté dans l’église. La malheureuse qui y était renfermée donna des signes de vie, sans toutefois recouvrer la connaissance. On voulut immédiatement la porter dans une maison la plus voisine ; mais, par suite d’un préjugé barbare, toutes les maisons

se trouvèrent fermées. On fut obligé de déposer dans un pressoir cette pauvre femme que l’on avait débarrassée de son suaire. Sur ces entrefaites arriva le médecin qu’on s'était hâté d’avertir ; mais au moment où il prescrivait les premiers secours à administrer , l’infortunée victime succomba à une mort cette fois bien réelle. »

À la date du 7 décembre le maire m’écrivait une lettre où se trouvent ces mots :

«… M. le curé, malgré le trouble où il se trouvait, m’envoya un exprès pour me prévenir de ce quise passait. Il m'a rapporté, ainsi que les personnes présentes, qu’au moment de l’exhumation, cette femme était encore chaude et que ses membres étaient encore flexibles (comme si la flexibilité des membres et la chaleur du corps étaient un signe de vie).

» .. Je reconnus en effet moi-même, à mon arrivée, qu’elle était un peu suivant qu’on mel’avait rapporté; pour lors je crus remplir mon devoir en appelant le médecin, qui vint au bout de deux heures et déclara que cette femme était véritablement morte...

« Signé : le maire DUREAU. »

Îl ne faudrait pas, en présence de ces faits, où le merveilleux fait si bon marché de la vérité, croire que la province est seule capable d'inventer de pareils contes, Paris ne laisse rien à désirer à cet

égard,

Voici ce qu’on lisait dans le Constitutionnel du 26 février 18/6.

« Le fait suivant, qui vient de se passer à Paris , est une nouvelle preuve du danger des inhumations précipitées. Dimanche matin , après plusieurs jours d’une maladie grave, le sieur Niderer, marchand de plumes, demeurant rue Saint-Antoine , 62, fut atteint d’une crise violente, à la suite de laquelle il fut considéré comme mort. Le décès fut constaté suivant les formes ordinaires. Tout était commandé pour que les obsèques eussent lieu avant-hier , lundi, à dix heures du matin. Une grande partie de la compagnie de grenadiers de la garde nationale à laquelle le sieur Niderer appartenait, attendait que l'heure du convoi sonnât pour aller rendre les derniers devoirs à un camarade. Mais, au moment où les ensevelisseurs allaient mettre le corps dans la bière, ils crurent remarquer, sur la face du sujet, l'effet d’une contraction musculaire. Ils s’arrêtèrent et palpèrent avec anxiété la région pectorale ; le cœur battait, et, quelques secondes après , le sieur Niderer rouvrait les yeux et sortait de la léthargie dans laquelle il était plongé depuis vingt-quatre heures. Les invités ont vu, avec une grande satisfaction, suspendre les apprêts de la triste cérémonie à laquelle on les avait conviés. »

Voici maintenant la rectification de cette fable par l’autorité municipale :

Au rédacteur,

«Le sieur Niderer, négociant en plumes, demeurant à Paris, rue Saint-Antoine , n° 62, a succombé à un ané-

28 DES FAITS DE MORT APPARENTE vrisme interne , le 22 février courant, à cinq heures du matin.

» La déclaration du décès a été faite à la mairie le même jour , à neuf heures, et le médecin vérificateur a été faire la visite du corps à onze heures et demie.

» Il a apporté dans cette constatation d'autant plus de précaution que deux personnes présentes semblaient ne pas croire que le sieur Niderer fût mort.

» Un autre médecin de notre arrondissement, qui avait été appelé aussi le même jour, à cinq heures du matin, avait déclaré la mort consfante.

» Cependant comme le corps était encore chaud dans certaines parties, il crut devoir en donner connaissance à la mairie.

» D'après ces motifs , M. Locquet, député et maire de cet arrondissement, a ordonné que l’inhumation fût retardée jusqu’au surlendemain, c’est-à-dire quarante quatre heures après la déclaration du décès ; et ce ne fut qu'après avoir acquis la certitude que les signes de la mort étaient arrivés, et notamment la putréfaction, que ce fonctionnaire a fait procéder à l’inhumation.

» Certifié véritable, Paris, le 28 février 1846.

» Le secrétaire, chef des bureaux de la 9° mairie,

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