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du cœur, elles sont également du domaine de toute maladie, de tout vice organique. La mort apparente, la syncope, la pâleur subite, sont des phénomènes rares dans l’aliénation mentale: et quant au sentiment d’anxiété que quelques aliénés rapportent à la région du cœur, c’est un des symptômes les plus illusoires de tous. Si le malade éprouve un sentiment désagreable au cœur, il ne donne pas la certitude que, ce que lui nomme so7 cœur, le soit en réalité. Cette souffrance n’appartient-elle pas plutôt à une altération du nerf grand sympathique abdominal, et notamment du plexus solaire? On dit: le cœur me fait mal, il s’épanouit de joie, il est navré de douleur, soulagé d’un fardeau ; mais ces expressions ne se rapportent-elles pas à toute la région épigastrique ?-
Si nous faisons voir ici les points où la théorie ‘de l’influence morbide , entre le cœur et le cerveau, parait défectueuse, il est nécessaire de produire également tout ce qui vient à l’appui de ce point de doctrine: On a dit avec justesse, que c’est du choc des opinions que doit jaillir la lumière. Cette méthode de raisonner est celle que nous avons
adoptée dans tout le cours de ce mémoire. Nous
‘demanderons donc :
Ÿ a-t-il une influence physiologique et morbide du cerveau sur le cœur ?"
D'abord, la disposition du nerf de la huitième paire; celle du grand sympathique relativement au cœur ; l’entrelacement des extrémités de l’un, avec
les
les plexus de l’autre ; l'épanouissement de ces nerfs dans le cœur; l’origine de la huitième paire dans le cerveau; la communication du cerveau avec le grand sympathique; toutes ces dispositions, disje, nous font voir un flux nerveux entre le cerveau et le cœur. La huitième paire nous fournit l’idée d’une direction du cerveau vers le cœur: le grand sympathique, celle d'un mouvement du cœur vers le cerveau.
Si les autopsies cadavériques, en démontrant, dans quelques cas de folie des vices organiquis du cœur, n’ont pas produit des résultats satis{aisans, il n’en est pas moins vrai, que l'existence de ces désorganisations n’est pas indispensable pour admettre l'influence réciproque du cerveau sur le cœur, ou de celui-ci sur le cerveau: un trouble das les fonctions des nerfs peut en être seul la cause. C’est ainsi que nous n’avons pas besoin de squirre au pylore, d’inflammation de la muqueuse gastrique, pour prouver la sympathie entre l’estomac et l’organe encéphalique.
Personne ne révoquera en doute que le moral influe puissament sur les organes internes, et que le cœur n’est, aucunement, étranger à ce phénomène. Quelques cas pathologiques laissent voir cette influence dans tout son jour. Un anatomiste, d’illustre mémoire nous à laissé l’intéresant récit d’un individu chez qui un violent chagrin exerca la plus facheuse influence sur le cœur: un homme rspcctaile, dit Har-
vée
vée (1), éprouva un sensible affront de la part d’un dignitaire; dans l’impuissance où il était de s’en venger, il renferma dans son cœur les violens emportemens qu’aurait, en toute autre occasion, provoqué cette injure: une cruelle oppression de poitrine, jointe à une douleur obtuse dans la région du cœur, en fut bientôt le résultat: le malheureux y succomba. On fit l’ouverture du cadavre, et le cœur avait tellement augmenté de volume, qu’il égalait, en grosseur, un cœur de bœuf; ce viscère, ainsi que l'aorte, étaient gorgés de sang.
On trouve, dans les Mzscellanea curiosa (2), ce récit de f’ater: un militaire donne rendezvous à une fille qu'il aimait vivement; ne la voyant point arriver à l’heure convenue, il se 1ève, se promène, s'arrête, et la voit enfin venir à sa rencontre: il vole à elle, l’embrasse, jette un cri de douleur , et expire aux pieds de son amie, On fit l’ouverture du cadavre, et une transudation considérable de sang se fit apercevoir dans le sac du péricarde. L’auteur de ce récit ajoute que ce fluide avait transudé à travers les parois du cœur. Æernel parle d’une femme qui tombait en syncope, chaque fois qu’elle entendait un son un peu fort.
On ne saurait donc nier cette influence des
pas-
(1) Exercit. anatom. 3.
(2) Décad, 3, an 9, pag. 293.
passions sur le cœur. Comme nous devons encore revenir sur cet article, il suffira d'ajouter ici, que, dans la tristesse, dans toutes les passions nommées froides par les anciens, le sang se concentre à l’intérieur, et, par conséquent, est susceptible de produire des distensions, et d’autres maladies du centre de la circulation.
Nombre d’aliénés, avons-nous déja dit, ne présentent pas le moindre signe d’affection morbide du cœur.
On peut ajouter, que des maladies du cœur peuvent exister chez les aliénés, sans qu'ils en offrent le moindre indice (1): circonstance qui fait présumer que les altérations du cœur ne se forment parfois que pendant le cours de laliénation mentale. Alors, le centre de perception est fermé pour les soufilrances, et ne peut plus laisser voirles désordres qu’il dépeint, si bien , dans l’état de santé morale de lindividu. |
Voilà pour ce qui est de linfluence du moral sur le cœur: voyons maintenant influence de cet organe sur le moral.
Coxvisart (2) nons fait entrevoir l'influence du cœur sur les opérations de F'entendement : à latroisième période de l’anévrisme du cœur, dit cet auteur, le malade est souvent pris de délire furicuxe.
Jai traité un indiidu atteint d’hydropisie du
pédome at-il cut. ep mé juives
(1) Nasse. Marchal.
(2) Essai sur le maladies du cœur, 2e édit,
péricarde qui, de temps-en-temps, était sujet À une espèce de délire joyeux. |
Nasse dit (1) -que l’aliénation mentale est parfois le résultat d’une inflammation du cœur. Il s'appuie sur le témoignage de Salius Diversus, de Davis, de Kreïsig et de T'esta I assure que le trouble intellectuel est ici la suite de Vaflection du cœur, parceque dit-il les ouvertures de corps ont prouvé que le cerveau n’a pas offert la moindre trace d’infilammation, ou de vice organique.
Le même auteur a connu un jeune homme (2) qui, six ans de suite, montra les indices les plus marquans d’une maladie du cœur: au bout de ce temps, une mélancolie se déclare; le malade est d’une inquiétude extrème, se croit empoisonné, et reste dans cet état, plus de trois ans. k
D'après la remarque de diilérens écrivains, les maladies du cœur seraient susceptibles d'imprimer au moral des altérations d'un caractère distinctif, et plus ou moins invariable. On a cru observer que le désir de la vengeance, la propension au crime, au suicide, au vol, à verser le sang, et les violentes passions, sont particulièrement propres aux maladies de cet organe.
Nasse a réuni, avec un soin extrème, toutes les observations relatives à cette modification du
moOo-
(1) Archiv für med. Erfahr. Jul. Augst. 1817. page 171+ (2) Archiv für med. Erf. 1817.
moral, dans des maladies du cœur (1). Ces remarques se trouvaient citées d’une manière éparse, dans différens ouvrages, et c’est un grand service rendu à fa science que de les avoir réunies en un seul corps.
Æmatus le Portugais (2) rapporte l’autopsie cadavérique faite sur un individu qui avait été remarquable de son vivant par une propension au vol et aux querelles, et chez qui on a trouvé le cœur couvert d’excroissances capillaires.
Soultetus et Bornet ont vu des cas semblables. Ce dernier a trouvé dans le cadavre d’un bandit différentes in ne pierreuses au cœur: cet homme avait été sujet à de fortes palpitations du cœur (3).
Larrey a trouvé la position inverse de tous les organes thoraciques sur un homme condamné aux galères.
Béclard et Cloquet (4) citent le cas d’une autopsie faite sur le cadavre d’un criminel, dans lequel ils ont trouvé la veine’ cave supérieure bifurquée.
Bartholin et Haller avaient déja fait la mème remarque. Le premier a trouvé le cœur divisé en deux, de manière que les deux ventricules étaient isolés l’un de Pautre. aller parle de deux voleurs, chez qui le cœur offrait une position inverse (3).
r'ob:s 1
(1) Zeitsch. H. 1. S. 58.
{2) Curat. medic. VI. curat. ne
(3) T. IL. pag. 82.
(4) Bulletin de la faculté de médécine de Paris. 1816.
(5) Element. phys. Vol. F pag: Le. et de: no pmin, fab. Vol, Il. pag. 83. noi
-P. Frank (1) à découvert dans le cadavre d'un individu qui avait subi la peine capitale, une infl:mmation du cœur jointe à un état anévrismal du même organe. ais
T'esta (2) dit qu’il a vu, à sant dé reprises ; dans des cadavres de éd , le cœur couvert d’une fausse membrane. Il a observé que, dans ces cas, cet organe était remarquable par rapport à son extrème dureté.
Les observations qu'on a recueillies pour con stater l’altération du cœur dans le suicide, ne sont pas moins nombreuses,
Lieutaud (5) rapporte le cas d’un homme qui s'était suicidé, et chez qui le cœur était d’une petitesse remarquable.
Le Dr. T'hyssen d'Amsterdam a trouvé cette petitesse accompagnée de dureté chez une garde-malade d'une taille gigantesque, qui s’etoit percée le cœur après une légère querelle. Il possède le cœur d’un suicide remarquable et par une vie dereglée, et per la position. droite du cœur, dont les ventricules et grandes vaisseaux offraient des ossifications partielles.
Duvernay donne une observation du mème genre, |
Ostander (4) parle de PiRarmnation du cœur
dans le suicide.
Un
(1) De curand. homin. ms Lib. I]. pag. 175, ‘ (2) Vol: HT. pag. 422.
(3) Observ. anatom. obs. 454:
(4) Dans son traité du suicide,
Un élève en pharmacie, dont paile Corvrsart (1), depuis plusieurs années sujet à de profondes inquiétudes, s’empoisonna par Popiuï : on trouva, à louverturé du corps,un vite organique du cœur. Le symptôme caractéristique de la troisième période de l’anévrisme du cœur, est re+ marquable, au rapport de cet auteur, par un désir que le malade éprouve de voir finir son existence.
Sennert (2), Meckel (5), T'esta (4), et d’antres, ont également eu occasion de rencontrer les vices organiques du cœur dans le suicide,
Nasse (5), rapporte que les maladies du cœur sont fréquentes dans la maladie bleue , et que les ænfans atteints de cette affection, sont remarquables par des accès d’emportemens de colère. Sandifort, Obet, Farre, Bertholetti, e roi ont fait la mème remarque.
Les emportemens de colère et limpatience sont encore, d’après Corvisart, les indices d’un anévrisme du cœur.
Le Docteur Romberg de Berlin (6) a donné
ses
(1) Ouv. cité, pag 45.
(2) Pract. medic. L. IT. pag. 2. c. 15. pag. 703e edit. Lusd.
(3) Mémoires de l’académie de Berl. 1775. pag. 76e
(4) Della malat. de cuore, Vol. Il. pag. 176.
(5) Archiv für medecin Erfah. 1817.
(6) Nasse Zeitsch. 1822. Heft 1.
(CH
ses soins à une femme qui éprouyait une forte dou- Jeur dans la région du cœur, laquelle s’étendait jusque dans l’épaule du coté gauche; cette douleur revenait par paroxismes, et.la malade avait, lors de l’exacerbation de ses souffrances, un penchant irrésistible au meurtre: tantôt elle désirait vivement d’immoler ses plus chers amiss tantôt elle dirigeait ses funestes desseins sur son propre individu. | Nos connaissances, cependant, n’en sont pas encore à pouvoir établir si un caractère spécial d’aliénation mentale est propre aux maladies du cœur; il est même à supposer, s’il est vrai qué les aflections de cet organe donnent lieu à la folie, que le désordre mental doit varier suivant la nature de ces maladies. Une inflammation du cœur ne produira point, dans l’entendement, les mêmes aberrations qu’ y déterminerait une névrose de cet organe: la folie qui résulterait d’un anévrisme de laorte ou du ventricule ganche, devra encore être d’une autre nature.
Concluons de tout ce qui précède sur les altérations organiques ou dynamiques du cœur:
1°. que quelques phénomènes démontrent une influence du cœur sur le cerveau :
2°. que linfluence qui a lieu du cerveau vers le cœur, est plus évidente et mieux connue ‘que celle du cœur sur le cerveau:
5°, comme les, maladies du cœur sont rares, qu'il est à supposer que la folie, qui nait de ces
ce affections ,doit également ètre peu com mune : | les maladies du cœur etant la suite fréquente de fortes commotions morales, nous devons croire, que, si l’on rencontre ces affections dans la folie, elles y sont, dans le plas grand nombre de cas, l'effet de l’aliénation mentale, c’est-à-dire d’une influence du cerveau sur le cœur:
que tout ce qui a rapport à cette influence mutuelle du cerveau et du cœur est assez bien prouvé physiologiquement, mais
‘que Part manque encore de faits nombreux
et bien décrits, qui démontrent que les maladies du cœur appartiennent réellement à l’aliénation mentale, et ne sont point l'effet de quelques causes accidentelles :
que les maladies du cœur sont parfois, au rapport de quelques auteurs dignes de foi, accompagnées de manie ou de délire; mais qu'un grand nombre de faits pourraient également attester que ces maladies parcourent leurs périodes sans la moindre altération au moral:
qu'il s’agit encore d’établir, lorsque les ma= ladies du cœur donnent lieu à la folie, quelles sont les affections de cet organe qui la produisent; quels en est la nature, le ca= ractère &c.
que les variations de volume, de consistanec, de sécheresse, ou de flaccidité du cœur 12 sont
sont des dispositions qui ne donnent pas toujours des résultats positifs sux l’état morbide de ce viscère, ou sur la variation dans la structure de nos organes, et les modifications qu’y apporte la mort:
g: qu'on ne mous à pas encore démontré, avec. justesse, si quelque altération morale ayant des attributs particuliers, comme le -suicide , les passions violentes, la tendance à l’emportement, aux crimes, au meurtre &c. appartiennent particulièrement aux maladies du cœur :
20°. que les symptômes généraux appartenant aux maladies du cœur: sont fort illusoires ; que, cependant si ces smptômes ont existé avant l’aliénation mentale, et si l’autopsie cadavérique confirme, sur le mèmesujet, l’existence d’une maladie du cœur, ils sont alors un objet de grande importance:
21°. que sans cette dernière condition les symptômes de maladie du cœur ne mènent à aucun résultat satisfaisant, parcéque les sensations que le malade rapporte au cœur, appartiennent également au eentre épigastrique, et parceque les lésions dans la respiration peuvent dépendre d’une maladie des poumons: toutes choses égales d’ailleurs, de fortes palpitations, une irréguiarité dars le pôuls seront les indices les plus surs de maladie dn cœnv:
C Yy 12% que, cependant, Les maladics du cœur peuvent être, dans la possibilité des choses, une simple névrose, et ne laisser après la mort, la moindre trace de leur existence : nr 4 13°. que, dans ce cas, il sera toujours difficile de distinguer les altérations qu’elles produisent au moral, des aflections nerveuses de l'estomac. | Si les considérations dans lesquelies je viens d'entrer sur les maladies du cœur, sont plutôt négatives que positives ; elles démontrent l’état de la science relativement à cet objet. En marchant dans le labyrinthe d’un mystérieux enthousiasme , la vérité est échipsée ou obscurcie,et cette maxime de jurisprudence, que la vérité du témoignage doit être plus évidente que le soleil qui nous éclaire, devrait être constante en médecine plusque dans aucune science.