ÉTUDE DES ORGANES THORACHIQUES DANS L'ALIÉNATION MENTALS
Poumons.
Au rapport du Docteur Esquirol (1), les maladies des organes thorachiques sont, dans l’aliénation mentale, comme deux sont à huit; et Georget assure qu’il a trouvé, sur plus des trois quarts des cadavres d’aliénés ouverts par lui, des affections organiques des poumons: telles que des pneumonies chroniques, la suppuration, ou l’état tuberculeux de ces organes. | Î'est à supposer que, dans le plus die nom bre de cas, ces maladies doivent être considerées comme accidentelles au trouble intellectuel.
Il y a cependant des circonstances où il est fa-
cile
{1) Art. Folie du dictionnaire des gcienc, médic,
selle de ‘reconnaitre une influence particulière du “cerveau sur les poumons, et de ces organes sur le “cerveau. On a vu la phthisie arrêter le cours de da folie, et la folie se développer dans le eours de a phthisie. Mais je réserve des :considératious qui -oht rapport à ce phénomène pour un autre artide. Nous allons parler du
Cœ ur: 7
Nasse (1) vient de fixer l’attention des médecins sur les altérätions organiques du cœur dans l’aliénation mentale. Il a réuni toutes les notions émises, à cet égard,dans les temps anciens et moderness et ce qu'il a dit sur ce sujet porte le sceau d’un savoir peu commun. Depuis longtemps, On ayaittrouvé des vices organiques au cœur, dans les corps des individus qui ont succombé À l’aliénation mentale; mais tout avait été décrit va- -ÿuement, qu.se.bornait à des notions éparses. On faisait une autopsie ; on découvrait un vice des viscères. dans le cadavres et presque ‘toujours la recherche de la véritable origine de cette altération était. passée sous silence. Sezertus(2) parle de vices organiques du cœur dans la folie. 7 Bartholin s'attache particulièrement à décrire la défectueuse
po-
(1) Vovez Archiv. f. med. Erfahr. und Zeïtsch: (2) Lib. IL. ingt. p. 111. sect. 2 c'e
position du cœur, dans quelques cas ‘de trouble intellectuel (1). Regnier, et Cattier, ont observe le même phénomène. Forestus (2), Liéutaud (3), Sœmmering (4), Cruishant (5), Severinus, Wepfer, Greding, et d’autres, ‘ont parlé d’altérations organiques du cœtür dans la folie, fais d’une manière très superficielle, Quelques observateurs ont mieux joint le raisonnement à Pexperience , sas qu'on puisse cependant affirmer que des argumens décisifs aient été rapportés sur cet article. On a trouvé, dans quelques cadavres d’aliénés, de mauvaises configurations ou des vices RE du cœur; mais tout ce ue on rapporte à ce sujet se borne presque toujours à la seule description de ces affections : le reste n'est plus que conjecture, et les mêmes observations. que nous avons faites sur les causes et la suite de la folie, me Re ) trohvent place ici.
Les maladies du cœur sont-elles, dans Padiénation mentale, causes ou effets: ou bien, ne sont-elles qu ’accidentélles au trouble nr « tellectuel?
Tous les auteurs qui ont décrit les altérations ‘de cet organe, paraissent avoir passé légèrement sur
Cet
(1) Nasse Zeitsch.
(2) Lib. X, obs. 12.
(3) Hist, anat. Vol. IL. N. 448; 456, 493, Go 619, 624, 705.
(4) Notes à Baillie, N. 1.
(5) Neueste Beytrage.
F pe )
cet important article. Bonet, par exemple, nous parle de sécheresse du cœur dans l’aliénation mentale; de ramolissement considérables d’aridité de cet organe (1). Il a trouvé un anévrisme de l’ar-
tère sous-clavière droite (2), dans un individu mort d’aliénation mentale. Mis tous .ces récits laissent un grand vide: ils ont le mérite d’exciter la curiosité, mais n’apprennent rien, quant à la cause du mal. Âermogènes de Tarse, ‘après avoir enseigné, dit-on, la Rhétorique à quinze ans, et après avoir composé , à dix-huit, plusieurs ou- -vrages, oublia tout ce qu'il savait, à vingt-quatre. I mourut, et on trouva à l’ouverture de son eadavre, le cœur d'une grandeur prodigieuse: on a ajouté que cet organe était velu (3) Ce récit, comme on voit, est peu satisfaisant. Frank (4), en, donnant le cas d’un cœur dilaté et enflammé rencontré dans le cadavre d’un criminel, tombe dans. le: même .éeueil: en effet, l’existenee «le ces maladies. ne prouve rien pour l’aliénation mentale, ou pour l'influence du cœur sur.les fonctions intellectuelles. Nasse (5), pour établir cette influence du cœur sur le cerveau, rapporte une observation
de
… (1) Voyez sepulc. obs. 5, 7, 8. sect. IX. obs. 15, TE p. a
(2) Obs.
(8) RUN méthodiq. art. aff. de Vame.
(4) Epitom, du curand. Homin, morb. pag. 175.
(5) Zeitsch. 1818. St, 2. eat
de Cox : il s'agit d’un homme-qui, avec un pouls de quarante pulsations, était à moitié mort; à cinquante, . mélancolique ; à soixante-dix, parfaitement raisonnable, et à quatre-vingt, maniaque. Eh bien, je demande si cet individu était mélancolique, raisonnable, et maniaque, parceque son pouls’ avait plus ou moins de pulsations ; ou st son pouls avait quarante, cinquante, soixante, ou plus de pulsations, seulement parceque le moral influençait le système circulatoire ?
Depuis quelque temps, on a beaucoup parlé de sécheresse, de mollesse, de grandeur de volume du cœur: combien tout médecin, à qui les ouvertures cadavériques d’aliénés, et d’autres malades sont familières , ne doit il point s’étonner de pareilles assertions! Le Docteur Æomberg de Berlin {1) a fait l'ouverture cadavérique de sept eliénés, et sur cinq de ces individus, il a trouvé une mollesse extraordinaire du cœur ; chez un autre, il a rencontré une atrophie complète du ventricule aortique, Mais si j’examine Île cœur de vingt personnes mortes wimporte de quelle maladie, il ne me sera nul- Hement difficile d’y trouver, soit une mollesse , ‘soit une sécheresse ou tout autre état non naturel. Tant de modifications se présentent dans la structure de nos tissus, et les derniers momens de la vie y apportent des changemens si inattendus, qu’il est, parfois, très difficile de connaître ce
qui
(1) Zeïitsch, von Masse. 1822.
As
qui. appartient à l’état naturel ou 4 la maladie. Celui qui est habitué à voir des corps morts a seul le droit d’en juger. Îlen est autrement de l’atro= phie du ventricule aortique dont parle le Docteur Romberg: c’est une maladie qui se reconnait facilement : aussi Marchal Va-t-il trouvée souvent dans les cadavres des ‘honimes -qui ont snecombé à la folie; et l’extrème atrophie des deux ventricules est, selon lui, un phénomène qui n’est pas rare dans l’aliénation mentale. Avec plus de notions sur l’origine du mal, ces observations seraïent d’un vrai mérite. R
On. est donc encore bien éloigné de pouvoir dire quels sont les vices organiques du cœur qui peuvent être considérés comme causes d’aliénation mentale, ou quels sont, d’un autre côté, les desordres intellectuels qui produisent un tel état du cœur. Lies raisonnemens qu’on a faits à cet égard, sont ingénieux; mais peu de faits positifs vienment à leur appui. Sans notions préliminaires sur les causes, du mal, à quoi sert une autopsie cadavérique quelconque? Si je trouve un rétrécissement, une augmentation de volume, une inflam-
mation, une ulcération du cœur, daris le cadavre
d’un aliéné, ai-je bien le droit, par ce seul apercu, et parceque cés affections se présentent dans cet individu ; d’en déduire que le désordre de l'esprit soit la cause, ou l’effet de la folie? Il est de fait qu’un grand nombre de maladies du cœur existent sans altération au moral; il est aussi de fait que nous trouvons beaucoup d’aliénés chez lesquels le
CŒUX
cœur n'offre aucun changement dans sa structure. Ces verités suffisent pour nous prémunir contre toute erreur. Pourquoi une maladie du cœur ne pourrait-elle exister dans l’aliénation mentale, ét être indépendante de cette affection ? d’ailleurs connait-on bien les causes des maladies du cœur, et n’attribue=t-on pas souvent au cerveau, ce qui dérive d’une autre cause? Un vice du cœur ne peut-il pas être l'effet de l'influence morbide d’ün organe autre que le cerveau ? Les efforts de respiation chez les aliénés, les mouvemens que ces malades se donnent, les longues inspirations qu’ils effectuent, toutes ces actions ne laissent-elles pas entrevoir de grands obstacles dans la circulation pulmonaire, qui entrainent à leur suite, des maladies du cœur? Ces affections sont purement acCidentelles.
On a cru rendre cette question moins obscure , en alléguant que, parfois, on trouve dans l’aliénation mentale des symptômes qui appartiennent aux maladies du cœur; que la tristesse et l’abattement, si familiers à la folie, sent particulièrement propres à ces maladies; qu’il n’est pas rare de vencontrer dans la folie, comme dans les maladies du cœur, des syncopes, des morts apparentes, une pâleur subite, des frissons alternant avec des bouffées de chaleur; et que les aliénés rapportent parfois à la région du cœur un sentiment de malaise, qui leur est difficile à décrire etc. Mais de pareils argumens sont de peu de valeur. Si l’on
irouve a tristesse et l’abatiement dans les maladies du