‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénésChapitre 19 sur 39 · RL 20 6 2 SD NET RP · texte numérisé non relu

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(1) La Romiguière T, IL. pag. 58,

qu’on ‘doit nommer impressions dans le nouveanné. ‘Immédiatement après la naïssance ; les muscles soumis à l’influence du cervean sont déjà en action ; donc, il agit. L'enfant prend le sein, parceque tous ses viscères communiquent au cerveau l'impression de leurs besoins. Cet organe envoie leur principe d'action dans les muscles des lèvres et de Ja langne; mais, peut-on dire que le noûveau+né sait ce qu'il fait, que lame est déjà intelligente, et perçoit «e mécanisme? On ne saurait voir dans ces éiranges combinaisons intellectuelles que des phénomènes qui sont également propres à la vie intérienre. L'estomac, le cœur, le foie, et tous les viscères, en un mot, sont mis en jeu par des impressions ; ils exéentent des fonctions à linseu de l'ame. Le centre intellectuel ne sént point le passage du sang par le cœur, ni Pimpression des alimens sur l'estomac; cependant, tout comme Île nouveau-né qui distingue le lait de toute autre substance, nos viscères doivent éprouver, lorsque la sensibilité en est mise en jeu, un sentiment de bien-être ou de malaise; puisqu'ils rejetent ce qui leur est nuisible, et s'approprient de tout ce qui convient à leur action. Donc, si le nouveau-né prend Île sein, et distingue le lait d’une substance amère par exemple, ec n’est pas son centre intellectuel, son ame, qui préside à cette fonction; c'est le mème prineïpe qui veille à l’action des viscères internes. Brchat, comme on peut voir par ce prineipe, a été trop exelusif quand il a divisé les fonctions en animales et or-

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ganiques. Tout s'enchaine dans les fonctions de notre organisme, et nous pouvons trouver , dans les actes cérébraux , le mème caractère qui est propre aux fonctions des organes internes.

Ces considérationse exigent de plus grands dévelo ppemens.

: De telles actions ne sont pas toujours instinctives: elles ont maintefois leur source dans .les sens externes. Quel est l’homme qui, fortement préoccupé d'une idée, n'ait traversé des espaces, fait de longs détours pour arriver à sa destination, et qui, chemin faisant, n’ait pas eu la moindreidée des objets qui se présentaient sur son passage, et par où il devait juger qu'il était en bonne voie: il suffit que cet homme se dise, en sortant de sa demeurc : je dois me rendre en tel endroit, pour que le cerveau exécute le reste. Le centre intellectuel , tout absorbé dans l’idée qui l'occupe , a totalement perdu de vue les objets externes. On pourrait, en quelque sorte, dire que le cerveau voit, pense , et agit en conséquence , Sans que ame , qui est préoccupée d'un autre objet, y prenne attention. Il y a donc là évidemment deux séries d'opérations intellectuelles ; une qui est perçue, et une autre qui s'exécute à l’inscu de lindividu. Encore, le nouveau-né ne clignote-t-1l pas à l’approche d’une lumière plus ou moins vive? Il est bien évident que, dans cette opération, il n’y a pas la moindre intelligence; et cependant une action cérébrale y est manifeste, et s'exécute en vertu d’un stimulus appliqué sur les nerfs sensiti’s de l'œil.

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Les muscles inspirateurs , le diaphragme prineipalement. ne sont-ils pas en activité du ‘premier moment de fa naissance? Leur principe d’action ne dérive-t-il pas du cerveau, et le besoin d’une sensation interne n'est-il pas la cause occasionelle de la contraction de ces muscles ? bé

On sort par un temps froid, et sans le savoir, sans s’apercevoir de cette intelligence obscure, on accélère le pas: le centre de perception ne préside pas à cette opération: nous marchons vite, sans en connaître Îe motifs: un besoin intérieur. nous force à contracter les muscles locomoteurss et, cependant, cet acte est un signe évident de la sagesse qui veille à notre conservation, à l’inscu de, notre mol. |

Le changement de position que l’on prend étant endormi, n'est-il pas aussi une action musculaire qui a sa source dans une sensation externe , dans le sentiment d’une position douloureuse ou dificile ?

Les actions diverses que les muscles prenneut dans les maladies du cœur pour diminuer un état d’anxiété, ne sont-ce pas là des combinaisons d'idées non perçues, et n’y trouve-t-on pas un esprit indépendant de notre centre de perception ?

Qu'on analyse les actions de cet homme occupé de quelque opération scientifique; les premiers mouvemens qu'il fait, c’est de soustraire ses sens à tous les objets extérieurs de distraction : il ferme les yeux; il cherche une position commode il reste sans parler, sans voir, sans entendre, sans agir:

c'est

c'est alors qu'il médite à son aise: mais, dira-t-on que cet homme, ainsi plongé dans des rèveries, se rende raison de ce qu il fait pour concentrer la pensée sur son objet d'étude? N'y. at-il pas là une autre série d'idées ) une force intellectuelle, une volonté qui envoie des ordres dans les muscles et règle leurs mouvemens , tandis que l'ame ; le moi, est occupé d objets tout différens chez cet individu ? De à ing

On s’endort le soir tout en se dhignt - demain à telle heure je me lève : quand quelque grand besoin est attaché à ce réveil, il est rare qu'on n ‘ouvre les yeux à lheure marquée. Je demande me dans ce cas, le mécanisme mental, mot impropre pour désigner un état moral , n'a pas agi à l'insçu de l'ame endormie. H y a des circonstances où l’on a le sentiment confus de ce qui se passe dans nos facultés intellectuelles. Quel est celui qui n ait éprouvé des pi essentimens , qui n ait dit cent fois dans sa vie: je dois exécuter tel projet, et ne puis découvrir ce que c’est ? Maintefois , une idée nous tombe des nues, comme dit le vulgaire. fans du

Le somnambule nous offre. encore. l'exemple. le plus frappant de l’absence du moi. Cet homme se lève, parle, marche, 1 ‘organe du tact jouit d’une finesse admirable ; mais, il n’a pas la conscience de ce qu'il fait ; il ne voit pas son propre individu en réalité. |

Je crois utile d’obseryer que lhabitude mérite ici une grande attention. Plus on répète un acte

quelconque, plus est grande la facilité pour l’exé- M 4 cu-

cution 5 mais , comme chacun sait , 7 l'habitude émousse Je sentiment : cette action Pa consé— quent séra d’autant moins ressentie qu ’on la répétera plus souvent. Ïl n’est pas rare de voir que J'homme exécute, avec une agilité étonnante, un acte qu l'a souvent répété mais Ce même acte qui demanda tant d'efforts dans les premiers exercices, n’exige plus, à lafin, la moindre attention dans le centre intellectuel. C’ est encore. une preuve qu'il y a des actes de l’entendement indé pendans du sentiment de l'ame. En eflet, nous apprenons souvent avec une difficulté sans bornes ; ; une fois, cependant , que nous avons bien j jugé et calculé une opération ;: que nous avons, en quelque sorte , bien mesuré chaque partie dont se compose ce tout commun, on in non seulement à une exécution facile; mais, à la fin, le centre de | perceptibilité n’y prend plus aucune part. Le pianiste, par exemple, une fois qu'il est parvenu à bien placer ses doigts, à savoir quand il doit les relever , les changer de telle en telle position et suivant les règles indiquées , et qu'il a répété ce mécanisme un certain nombre de fois, ne voit à la fin, . plus que la musique qui ést devant lu, et c’est aussi le seul et unique objet qu'il voit; le reste de l'action proprement dite, l'exécution, se fait par un enchainement d’idées qui ne parvient pas jusqu'à

l'ame, jusqu’au centre des sensations.

Ce qui est digne de remarque, c’est que, dans de telles opérations, on trouve, par l'analyse, les plus

plus grandes complications de l’entendement: Je jugement , la mémoire, Pimagination ÿ jouent parfois le plus grand rôle, sans que l’action de ces facultés parvieune jusqu’ au centre des perceptions. Revenons encore au musicien, au chanteur : il voit des notes ; il chante; mais, il ne se dit pas : ceci est une croche, une double-croche , une noire, une blanche; il ne se dit plus : telle note a telle ou telle valeur; son cerveau a déjà aëquis cette connaissance, et n’en fait plus part à l'ame. Il hausse, il diminue, il accélère ou ralentit la voix à la vue des notes de musique ; mais, à chacun de ces signes il n'est point averti des jug éernens et autres opérations mentales qui s'y rattachent. Moi-même, au moment où j'écris ces lignes, je ne m'occupe que de mes idées; je cherche, dans ma mémoire, les mots les gré convenables à l'expression de ma pensée, et ne suis aucunement ‘averti des mouvemens qu’exé cute ma main pour tenir la plume. La composition même des mots, : la distribution des lettres, se font déjà à mon insçu , à moins que Ja volonté n°y dirige l'attention. Vous même, judicieux lecteur qui me Jisez, vous n'avez ED vue que fa : concéption de ce que j "exprime, et la connaissance des signes des lévtres, Sujet de tant de peines pour l enfance, semble ne plus toucher votre esprit. Elles y existent cependant gravées, pour m’exprimer ainsi, et, tout en lisant mot pour mot, chaque lettre produit, en vous, une image, un son, une figure. De ces impressions diverses réunies se forme le

M 5 mot;

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mots; et cest seulement de cet ensemble qne l'ame prend connaissance, - Jp âjouterai encore comme preuve de mes asser-

tions, le passage suivant extrait de la Zoonomie de

Darwin (à). «Je me rappelle, y est-il dit, avoir «vu la jeune et jolie actrice qui remplaça Mad. « Arne dans la pièce célèbre intitulée, the Padlock. « Elle répétait sa partie de chant, en s ’accompag- «nant du piano-forte, sous les yeux de son mat- «tre, avec beaucoup de goût et de délicatesse, « J’aperçus sur sa figure une émotion dont je ne «€ pus. définir la cause ; à la fin elle fondit en lar- « mes. Je vis alors que, pendant tout le temps « qu’elle avait employé à chanter; elle avait con— «templé son serin qu'elle aimait beaucoup, lequel « paraissait souflrir, et qui, dans ce moment, tomba « mort dans sa cage.” + arab nEle à |

En résumé , disons donc que ce que nous appelons ame, centre de perceptibilité, moi etc. parait être une faculté, un principe distinct d’autres combinaisons intellectuelles, , puisque le cerveau peut recevoir des sensations, les élaborer en quelque sorte dans son sein, en tirer des résultats, agir en conséquence sur les muscles, sans que l'individu, chez lequel ces opérations ont lieu, en soit averti, ni en ait la conscience :

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