LIVRE PREMIER
PROLÉGOMENES, .
Un rnot sur les auteurs qui ont traité de
la folie:
} médecins de l'antiquité n'ont point laissé échapper , à leur observation, les désordres de l’esprit On trouve dans leurs écrits ; différens articles concernant ces aflections, et des observations, souvent très curieuses , qui comme fruits d’une longue expérience, serviront; freqemment, de guide à celui qui s'applique à la connaissance des moyens curatifs de l’aliénation mentale, | L'époque où l'art de guérir prit naissance est irès obscure; et celui qui prétend interroger les premiers hommes connus, sur la science médicale, doit inévitablement désespérer de ces entreprises: Mais, à peine, voit-on disparaître ces ténèbres, que, déjà, il se présente, et des notions sur l’aliénation mentale, et l'indication des moyens curatifs de cette affection. La postérité a conservé le nom de MÉLAMPE, célèbre par ses connaissances, et per la cure dont il a fait usage, dans laliénation
À. men
mentale (1). Cependant, on est loin de pouvoir le prendre pour modèle, dans le sujet que nous avons à traiter Ici. Le même jugement peut être fait à l'égard d’'Hippocrate. Ce grand homme ne nous à laissé que des notions éparses sur le désordre de lesprit, et sur les moyens curatifs de cette maladie (2). Galien est le premier qui ait fait sur la folie une doctrine spéciale. Il est à plaindre, cependant, que Galien, vraiment doué d’une rare intelligence, n’ait pu se défendre contre les théories vagues de son imagination fertile. Cet objet a été traité, avec non moins de latitude, par Cælius Aurelien (3); mais, les observations que cet auteur a recueillies dans les écrits de ses devanciers, portent le timbre d’une théorie, (strictum, laxum, et mixtum), qui ne trouve de juste application que dans les systèmes des méthodistes de ce temps. Ærétee de Cappadoce, dans son traité de furore, Oribase, de ïinsania, Paul d'Egine, et Avicenne, ont également eu d’excellentes notions sur la manière de traiter les aliénés. Partout recommandable par une justesse dans la description des maladies, Alexander de T'ral-
les
(1) Au rapport des historiens , Mélampe vecut 130 ans avant Æsculape le Grec. voyez Etienne Tourtelle, hist. de la médecine, T. 1. p. 32.
(2) Lib. de Cris; SAS de insania; de morbis sacrise
(3) Lib. de loc. aflect. Cap. 7.
(4) Morb, Chron, L. 1. Cap.5, 6. Tractat. de mania,
des (1) est supérieur dans celle relative Et laliënation mentale. Enfin, Celse (2), célèbre à juste ütre, offrira toujours aux médecins un fonds de connaissances précieuses, et plus d’une fois nous aurons, dans le cours de cet ouvrage, occasion de parler des préceptes, qn’il a établis pour la cure du désordre de l’espritt Acquérant successivement des connaissances de plus en plus étendues, l’art médical à vu s’agrandir, dans celles relatives à l’aliénation mentale. Jason & Pratis (5), Wier (4), L. Lemnius (5), Tulp (6), P. Forestus, Boerhaave (7), Fréderic Hofjman(8), van Zwieten (9), Sauvages(10), Cullen (11) et d’autres, ont donné d’excellentes remarques sur le désordre de lesprit; et les différens moyens curatifs, dont ils ont fait emploi dans cet-
{1) Lib. 1. Cap. 16, 22.
(2) Lib. 3. Cap. 18.
(3) Jason a Pratis de afectionibus Cerebri, Basiliae A9. 1545.
(4) J. Wier, de Praestigiis Daemonum et de Incantationibus ac Veneficiis in Oper. ed. a P. van den Berge , Amst. 1660.
(5) Lib. de Naturae miraculis,
(6) Obs. medicin.
(7) Aph. |
(8) De medic. offic.
(9) Comment. in aphor. Boerhaavi
(10) Nosol. method.
(11) Médecin. pratiq. trad. de Bosquillon
cette maladie, sont encore, de nos jours, nris em usage avec succès. Cependant, laliénaton mentale n’a point été pour eux un objet d'étade spéciale : l'Angleterre, la France , et l'Allemagne virent naître, dans les dernières années, des hommes éclairés et philantropes, qui surent éveiller Fattention des médecins, et de tout coeur sensible, sur le sort des. aliénés. C’est ainsi que la du de l'aliénation mentale devint bientôt un sujet d’étude particulière. Depuis :ce temps, on a compris que le malheureux insensé ne cesse point d'être homme, et qu'il ne diffère de son semblable que par le désordre qui s’est emparé de la partie la plus précieuse de son être. Avant cette importante révolution, on avait bien étudié la folie, proposé et employé des moyens curatifs en conséquence ; mais, les établissemens, où séjournaient les infortunés atteints de cette affection, les soins hygiéniques assidus que leur pénible état exige, les incalculables avantages qu’on retire d’une cure morale, étaient, ordinairement, passés sous silence.
Les auteurs qui dans les dernieres années, ont contribué le plus à répandre de la lumière sur l'étude des aliénations mentales, sont:
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Harper: a traetise of the real canse and cure of insanity. Lond. 1789.
Perfect: annals of insanity &c. STE
a | Mars=
Marshal: on insanity.
Pargeter: observat. on maniacal disorders, Lond. 1792.
Crichion: inquiry into the nature and origin of mental derangement. Lond. 1798.
ÎHaslam : Observat. on insanity. Lond. 1798.
Illustrations of madness. Lond. 1810.
Considerat. on the moral menagement of insan persons. Lond. 1817, &c. &c.
Sound mind. 1819.
Rowly: a teatise on madness and suicide.
Lond. 1604. |
Cox: practical observ. on insanity. Lond. 1805.
Ffallaran : practical observ. in the cause and cure of insanity. Lond. 1810.
Crowther : on insanity. 1811.
B. Rush: on mental. derangement. Berl, 1812.
fTill: essay on the prevent, and cure of insan, Lond. 1814. |
Mayo: John et Thomas, remarks on insanity.
Lond. 1817.
“Burrow: cGursory remarks on a bill now &c.
Lond. 1819. de *
an inquiry into certain errors. Lond.
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À 3 | Hoff-
eme |
Hofftauer : Psychologische Üntersuchungen üler den Wahnsinn. Halle 1807.
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Vering: Psychische Heïlkunde, Th. IT.
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(tx)
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Dufour: essai sur les opérations de l’entendement humain et sur les maladies qui les dérangent. Amsterdam 1770.
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Amard: traité analytique, de la folie. Lyon
Andry Matthey : nouvelles recherches sur les maladies de l'esprit. Paris 1816.
Cabanis : rapport du physique et du moral.
Pinel: de l’aliénation mentale. 1801.
À 4 Dus=
*' Dubuisson: des vésanies ou maladies mentales, Paris 1816.
F'oderé: traité du délire. Paris 1817.
Anseauime : sur la mélancolie. Paris 18:68.
ÆEsquirol: art. manie, mélancolie, démence, Idiotisme &c, du dict. des scienc. médie.
des établissemens des aliénés en france et des moyens d'améliorer le sort de ces infortunés. Paris 1619.
Luce Roubaud: vxecherches médico-philos. sur la mélancolie.
Scipion Pinel: thèse inaugurale. Recherches aux quelques points de Paliénation mentale. 1819. | Georget: de la folie. Paris 1820.
—— Physiologie du syst nerv.
Desportes : rapport sur les aliénés. Paris 2825, Falret : suicide. 1822.
Division des aliénations mentales.
U, article sur la classification des aliénations mentales ne parait point, au premier abord, appartenir à notre question ; mais, il est impossible de traiter un tel objet, même de se faire comprendre, sans avoir des notions préliminaires sur les différences que les aliénations mentales présentent entre elles: l’utilité de ces recherches n'aurait rien d’urgent, si la cure de ces affections n’en recevait de nombreuses modifications.
La diversité d'opinion qui regne à Pégard de la classification des aliénations mentales est, en quelque sorte, le prélude de la difficulté que l’on doit trouver, aussi souvent qu'on s'occupe d’un tel objet. Il en est des aliénations mentales, comme d’une infinité d’autres affections, quant à la classification qu’on leur impose: on veut les contenir dans le cercle d’un système nosologique; on les groupe; on les classe vainement: toujours la nature franchit nos limites Il faut néanmoins, autant que la similitude des maladies le permet, ow selon que les différences en sont physiquement connues , se servir d'une classification : établie sur de telles
À 5 ba-
bases, elle est non seulement utile, mais même indispensable.
Les aliénations mentales, en général, peuvent se ranger sous quatre chef principaux. Ce sont:
1°. la mélancolie, (monomenie d'Esquirol) : 2°. la manie ; 5%. la Démence (amentia de Sauvages): et 4°. l'Idiotisme. (démence innée de Culler : Idiotie d'Esquirol).
Cette classification, d’abord établie par Pine/, a été généralement adoptée, et principalement en France. Elle me parait lumineuse, parcequ'elle émane, et de la nature de la folie, et des phénomènes les plus saillans qui s'y remarquent invariablement.
Les anciens ont eu une idée peu exacte de la nature de l'aliénation mentale qu'ils ont nommée mélancolie, Ce terme composé de méAæe noir, et de xexé bile, désigne une maladie ayant généralement sa source dans un vice de la sécrétion biliaire; maladie qu'on n'a plus reconnue pour telle, depuis que les autopsies cadavériques sont devenues plus fréquentes et plus soignées. Le terme de monomanie que lui a substitué le docteur Esquirol(5), renferme plus de vérité : dérivatif de govos seul et de maæwx manie, il exprime, l'idée d’une aliénation mentale, et le caractère d’un délire qui se rapporte à une série isolée d'idées. Cette dénomination, comme on voit, émane du symptôme principal de l'aflection. Done, la monomanie se distingue des autres aliénations mentales , par un délire sur un objet exclusif. Il est nécessaire, au- | tant
tant que la chose est possible, d'en connaître les principales variétés: on peut les rapporter aux suivantes.
Toutes les facultés, morales et physiques du
malade sont absorbées dans le dessein de
nuire à sa propre personne, ou de porter atteinte à sa vie: cet état constitue le SpÆen, le suicide , ou le Zaedium vitae.
Quand la monomanie est accompagnée d’aversion pour le genre humain, on la nomme Misantropie.
Si la crainte et la terreur assiègent les monomaniaques, Si Ces passions s'étendent à tout objet indistinctement, on l'appelle Panophobie (de Sauvages et de Cullen).
Quand le délire isolé roule sur les événemens de l’autre monde, on le nomme Démonomanie ; Monomanie religieuse.
Le désir et lespérance occupent, quelquefois seuls , les idées des monomaniaques: ces sentimens agréables se rapportent-ils à l’amour Ou à la volupté, on appelle le délire Érotomanie (de Linné).
Le malade manifeste une foule de passions agréables; il rit, chante sans cesse et ne témoigne aucun chagrin: Cet état est la monomanie joyeuse. (Melancholia moria de Sauvages ; mania moria de Joseph Frank ; Chaerophrognia de Zwédiaur).
La monomanie a souvent pour caractère un vice de l'imagination qui se rapporte à un sup-
supposé changement d’état du corps: dans la uppo h t d’état d p d Î
Zoantrophie (dict. des scene. Médic.) laliéné est en erreur sur les qualités de son individu ; il y a des cas où il se croit Dieu, Roi, Empereur, Ou un autre personnage; dans lPhypocondrie(1}, GORE hypocondriaca de Joseph
à rank ,
(1) l'Hypocondrie doit se distinguer de toute attention soutenue sur létat sanitaire du corps dépendant d'un vice organique réel; telles sont les maladies organiques du coeur et des gros vaisseaux, les vers intestinaux , les calculs hépatiques &ce. (1).
On doute encore si l’hyponcondrie doit trouver place dans les aliénations mentales , ou dans les maladies nommées nerveuses, et particulièrement dans celles qui appartiennent au tube digestif. Pinel (2), Villermey (3) et d’autres, pensent que l’hypocondrie est une névrose du canal digestif , et Formey (4) y donne le nom de névrose ganglionaire abdominale. Je ne prétends pas nier que cette maladie n’offre , en beaucoup de circonstances , des indices qui font entrevoir un déransement dans les fonctions du canal pastro-intestinal ; mais on a droit de dire que» presque toutes les aliénations mentales présentent ce phénomène, et qu’on cst lom de pouvoir déterminer, avec justesse, si ces prétendus phénomènes ngrveux
sont
(1) Frank: Praxeos medic. univers. praecept. art dé manuce (2) Nosograph. Philos.
(5) Traité de l’hypocendrie.
&é): Verm, schr. s, 112.
tn nn
L'rank : Mélancolie des malades imaginaires de Cutllen), laliéné n'a qu'une solicitude :
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sont invariablement et réellement le résultat d’un dérangement primitif dans les fonctions nerveuses du tube digestif, ou s’ils ne dépendent point d’une autre maladie existant dans ce système d’organes dont ils ne sont que l'effet, le symptôme.
Passons en revue les causes de lhypochondrie et celles des autres variétés de la monomanie: À quel ques légères exceptions près, elles sont toutes de méme nature. Partout, ce sont des peines morales; paxtout, ce sont des canses qui déterminent, dans l’organe intellectuel, des impressions tristes et pénibles : le chagrin, les travaux de cabinet, la culture des beans arts et des sciences, les méditations profondes, toutes sortes d'actions fortes et durables de l’ame, la vie inactive, une éducation trop moile, la fréquentation de malades, certaines professions , surtout celle de la médecine, et d’autres, appartiennent comme causes , soit à l’hypochondrie, soit aux autres varictés de la monomanie. % ne
Passons aux symptômes: des terreurs relatives à la santé sont propres aux hypochondriaques: des séries d'idées qui roulent sur un objet'isolé ét particulier, sont également du caractère général de la monomamie; tantôt la relston, fantôt l’amour, ou un autre objet imaginaire, est l’attribut dominant de cette affection, Or, cette différence ne consiste que dans le mode d'être du délire : lhypochonäriaque est absorbé dans des soins et des inquiétudes continuelles relafives à sa santé; le démonomaniaque me voit qne
Phor-
CPE 2)
celle de la conservation de sa santé, qu'il croit bien plus délabrée qu’elle ne Pest en effet.
Telles sont les principales divisions de la Monomanie.
On voit, par cet aperçu, que quelques unes des variétés de la monomanie se rapportent particulièrement à un vice des passions, tandis que d’autres admettent, comme caractère dominant, un trouble de limagination. Le vide que cette distinction laisse encore n’est point du tout facile à remplir. Cependant, on peut dire que de toutes les différentes
es
l'horreur de l’enfer; un autre, tout occupé de. sa fausse imagination, se croit Empereur, Roi, Mort &c. et agit en conséquence.
En dernier lieu, que l’on examine le traitement adapté à l’hypocondrie, on trouvera que sa principale essence consiste dans les moyens moraux: si le siège primitif de l’hypocondrie était invariablement, tel qu'il est établi par les auteurs, dans les plexus nerveux abdominaux, alors , toute la série des moyens dont se compose la cure morale, devrait être de peu d'efficacité dans cette maladie. L'expérience atteste cependant le contraire, Je ne veux pas nier que l’hypocondrie n’ait, dans quelques cas, son origine dans une altération morbide d’un organe quelconque de l’abdomen; mais, ce phénomène n’est point exclusif à l’hypocondrie; il est propre à toutes les variétés de la monomanie : Notez aussi, que l’hypocondrie se change souvent en une autre variété de la monomanie. — Ces réflexions m'ont déterminé à placer l’hypocondrie dans les aliénations mentales, "