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espèces d’aliénations mentales, la monomanie est celle dont les variétés se prêtent le mieux à lanalyse: c’est la fixité et l’invariabilité de ce délire qui fait qu'on peut en saisir les nuances avec assez de facilité. |
La Manie se montre sous des formes tout-àfait différentes: au lieu d’une détermination spéciale, fixe, et invariable, comme dans la monomanie, le délire maniaque s'étend sur une multitude d’objets divers, qui se rapportent à des idées vagues, incohérentes, se succédant sans ordre, sans liaison, qui se heurtent en tout sens, et qui, le plus souvent, expriment des images fantastiques, aecompagnées de passions violentes, de colère, de mépris, de haine, ou de fureur. C’est cette grande incohérence dans les actions des maniaques, ce tumulte, cette singulière diversité dans les idées, qui a été, peut être, la cause qu'on n'ait pu déterminer, toutes les variétés propres à la manie, En distinguant la manie en celle avec, et en celle sans délire, Pinel a beaucoup amélioré létude de cette espèce d’aliénation mentale. C’est ainsi que, par des observations excellentes, cet auteur a établi que, dans la manie avec délire, les rapports des sens avec les objets extérieurs sont complettement pervertis; en un mot, que l’aliéné agit au hasard ; tandis que dans la manie sans délire, les malades
ont le sentiment de leur état, de leur existence,
mais sont portés, par une impulsion aveugle, à des actes de violence ou de fureur-sanguinaire,
sans
sans lésion notable de l’imagination, de l'entende ment, on des sens Or, le délire maniaque sup pose une lésion dans Îles fonctions de l'entendement,; et une perversité dans les passions: dans la manie sans délire, la passion domine, et l’iniellect n'est que faiblement altéré. Gette distinc< tion est basée sur le caractère du mal; mais on 4 encore divisé la manie, d’après l’ordre et la succes+ sion de-son développement, en continue, rémittente, intermittente, et périodique. Cette der nière espèce, encore nommée #iania brevis, vient surtout à propos, dans la médecine légale, lorsqu'il s’agit d'établir si une action criminelle à été commise avec intégrité de l'esprit, ou si elle est le résultat d’un délire passager. Il y a des cas où la manic suit, en tout, le type d'une fièvre intérmittentez; par fois il revient a des periodes fixes de l’année, et ne dure que peu de jours, même quelques lieures senlement (1).
Une altération tout à fait en opposition avee celles que nous venons de voir, est la démence. Toutes les fonctions intellectuelles présentent dans cette maladie, une diminution notable dans leur énergie; les impressions extérieures déterminent de légères secousses dans l’organce intellectnel ; l’imagination est non seulement faible,
mais
(1) Pour de plus amples détails. Voyez Nasse,
Zeits, 189292. St. 2; 1824. St, 2 und St. 4. ÎTufeland , Journal. 1823. Jnnius. Ti
mais ne produit point. ces grands écarts que nous avons observés dans la monomanie et la manie: la mémoire est presque nulle: le raisonnement est le plus souvent éteint. De cet état résulte, que le malade ne donne que des jugemens incohérens, des idées sans liaison, qu’il est dans l'impossibilité de raisonner, où de comparer des sensations. | La Démence offre deux variétés : la Démence des vieillards (de Cullen), et celle qui.est accidentelle. Offrant beaucoup de similitude avec la Démence, VIdiotie en doit cependant être distingute. Dans ces deux affections , les fonctions intellectuelles offrent les indices les plus marquans d'un défaut d’énergie; mais l’une est accidentelle, l’autre est originaire: la démence ne se manifeste qu’à une certaine période de la vie; l’Idiotie commence avec la vie, et, comme le remarque le docteur Æsquirol (1), « les fonctions intellectuelles ne «se sont jamais manifestées, ou n’ont pu se déve- «lopper assez pour que l’Idiot ait acquis les con- « naissances relatives à l’éducation que reçoivent les « individus de son age, et placés dans les mêmes « circonstances.” Un autre trait qui distingue ces deux affections, c'est que la démence offre, dans son cours, des caractères variables. L’Idiot, au contraire, reste dans une éternelle enfance: il est sans instinct; la | vue ,
(1) Dict, des Science, Médic. art, Idiotie, B
vue, le goût, l'onie, l’odorat, le toucher, sont chez lui, à peine ébauchés, et ne transmettent au cerveau que des impressions faibles ou nulles ; toutes les actions se font de travers.
On doit admettre, dans l'Idiotie, deux variétés ; lmbécillité et l'Idiotie proprement dite. Dans la première, les facultés intellectuelles sont au dessous de leur état naturel, mais ne sont pas totalement nulles comme dans la seconde espèce.
Les hommes instruits qui se sont occupés de l'histoire et de la classification des aliénations mentales sont, comime nous venons de voir, seulement parvenus à donner à ces maladies, des degrés plus où moins saillans de similitude, ou de dissemblance; d'après un caractère dominant, ils les ont groupées en masses, sans, cependant en avoir pu établir toutes les différentes nuances: elles sont aussi nombreuses que les désirs et les aversions
des hommes.
Une circonstance qui rend la distinction de ces maladies difficile, c'est la tendance qu'elles offrent à se changer les unes dans les autres. C'est ainsi que la monomanie se change en manie, ou en démencez; que la manie, à son tour, se transforme en monomanie, où en démence; et que cette dernière peut prendre le caractère de la manie ou de la monomanie: lidiotie, dans quelques cas, se change en monomanie. (Voyez ÆEsquirol (1)) Les an-
(1) Dict, des science. Médie. art. Idiotie, p. 512
ne de
anciens ont conclu de ce phénomène que la manie ue diffère de la monomanie que par un degré plus intense du délire « 21h11 aliud est mania quam melancholiae ad majorem feritatem intensio” dit Alexander de Tralles (1): Boerhaave (2), adhere à la même opinion: Pinel (3), Esquirol (4), Joseph Frank (5), appellent, à leur tour, l’attention des observateurs sur cet article; j'y insiste également parcequ’il est essentiel pour la cure, et que ces mutations décident souvent de la guërison, ou de la non curabilité du malade. Rien de si désesperant que de voir passer la monomanie ou la manie, en démence: on pourrait afhrmer, en thèse générale, que tout moyen curatif, dans ce tas, sera administré à pure perte. Il n’en est pas de même, si la manie survient à la démence: c’est alors qu’on peut, à laide de moyers convenablement dirigés, conduire le malade vers un rétablissement plus où moins parfait. L’Explosion du délire maniaque, dans la monomanie, porte toujours avec lui, un caractère équivoque: dans quelque cas il allége le mal; dans d’autres, il ne fait que
l’augmenter.
Les attributs, que nous avons vus apparténir à cha-
(1) Lib. I. Cap. XVI.
(2) De cog. et curand. morb.
(3) De la manie, dans le cours de l’ouvrage.
(4) Dict. des science. Médic. manie et mélancolie.
(5) Praxeos medic, &ec. Vol. I. part. IL. art, de manus, B 2
chaque espèce d’aliénation mentale en son particulier, sont loin de se manifester, en tout cas, isoléments; ïls se combinent tellement ensemble, qu'il est rare de les voir dans tout leur état de simplicité. Cette remarque s' ‘applique presque exclusivement à la monomanie et a la manie, et l’ observation qu'a faite à cet égard Cullen (1), we parait fort juste. Le sens de la traduction de ce passage porte: «on considère comunément la mé- « Jancolie comme une folie partielle, et je lai « définie comme telle, dans ma nosologies mais, «aujourd’hui, je doute que cette définition soit «bien exacte. Par folie partielle j’entends un ju- « gement faux et erroné sur un objet particulier, «et sur ce qui y a rapport, quoique le malade « juge de tout autre objet comme le commun des « hommes. Il y a certainement eu de ces exemples «de folie; mais je pense que l’on en a peu ob- «.servé où la folie partielle fut strictement limitée. « Dans plusieurs cas de folie générale, il y a un «sujet de chagrin ou de crainte sur lequel roule « plus particulièrement le faux jugement, ou qui «est, au moins, plus fréquemment que tout au- «tre, l’objet dominant du délire: les absurdités « que produit cet objet dominant donnent lieu à «la folie de s'étendre sur presque tous les autres ; « néanmoins, cela varie beaucoup, non seulement
« chez
(1) Élémen. de médec. pratiq. trad. de Bosquillon. T. 2. p. 495.
«chez les différens individus, mais aussi chez le «même, dans différens tems. Ainsi, ceux que l’on « regarde comme fous, jugent cependant de tems « en tems, et dans quelques cas, assez convenable- « ment des circonstances présentes et de certains « événemens auxquels ils ne s’attendaient pas; « mais, lorsqu'on cesse de leur présenter ces ob- « Jets qui attiraient leur attention, le désordre de « l'imagination peut ramener facilement la confu- « sion générale, ou rappeler Pobjet particulier du « délire. Ces observations me portent à conclure «qu'il n’est pas toujours possible d’assigner , aussi « exactement , les limites qui distinguent la folie gé- « nérale et partielle, que de déterminer quand l’affection partielle doit être considerée comme constituant une espèce particulière de maladie diflé-
« « rente d’une folie plus grande.”