‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénésChapitre 4 sur 39 · NATURE ET SIÈGE DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

NATURE ET SIÈGE DE LA FOLIE

Le du siège et de la nature des aliénations mentales occupe, de nos jours, la plupart des médecins psychologistes. |

= Dans des considérations accessoires à la question j'avais dans mon mémoire, adressé à l’honora-

ble commission médicale, d'Amsterdam, pour son

concours de 321821, légèrement touché cet objet: je ne lavais qu’eflleuré, parcequ’il n’entrait pas dans le sens de la demande. Mon mémoire presenté en ce temps, ne fut pas jugé indigne de l’attention de la commission: elle se décida en faveur de cette réponse, et m'invita à donner aux considérations sur la cause prochaine de la folie, toute l’éiendue dont elles sont susceptibles, dans l’état actuel de la science. C’est ce moüf qui m'a déterminé à écrire l'essai qu'on va lire: je crois nécessaire d’en avertir le lecteur, pour qu’il ne me taxe point d’avoir donné à cet écrit, une extension hors du sens de la demande.

Recherches sur la question de savoir: si la folie est une maladie de l'ame ou du corps.

Les médecins d’allemagne se sont presque seuls occupés de ce sujet: létude de éetté partié de la psychologie se propage, en ce pays, avec une ardeur, une profusion, dont on cherchérait vainement des exemples en d’autrés contrées. Des systèmes ingénieux sont, tour à tour , mis en avant, tantôt pour prouver lindépendance de l'ame, tantôt pour démontrer que le corps seul est le siège de Paliénation mentale. Un grand vide regne cependant dans la plupart de ces écrits: on parle de l’amie comme d'un être bien connu dans tous ses rapports, et partant d’un principe si iucertain, on a produit une foule de conclusions de peu dé mérite. Je ré demande donc:

A=t-on des notions exactes sur l'ame ?

Un grand homme a dit: «je suis corps et je « pense, voilà tout ce que je suis.” (Jolfaire). Nous sommes loin d’adopter ce système; car, indépendamment de ce que nous enseignent les écrits théologiques, tout annonce qu'il est en nous un principe supérieur, indéfinissable par sa nature, qui ordonne des actions, suscite des opérations au physique, et le modifie de mille manières. Mais, si l’homme sent l'existence du plus noble attribut de son être, ce n’est que par le sentiment seul qu'il a de l'exercice de son ame; Pascal nous

B 4 ap—

FL apprend , non sans raison, que « l’homme ne peut « concevoir ce que c'est qu'un Corps, moins «encore ce que c’est qu'un esprit, et moins, « qu'aucune chose, comment un corps peut être uni à un esprit.”

Comment résoudre ce qu’on ne peut concevoir, lame étant inconnue dans son essence, dans ses rapports avec le corps, dans son état de santé et de maladie? en vain s’eflorcera-t-on d’éclaircir cette question: il n’appartient point à l’homme de pénétrer ce secrèt, dont L'ÊTRE SUPRÈME est seul dépositaire.

L'homme peut dire, je sens; c’est moi qui sens; je veux, j’existe; mais tout ce qui est relatif à la connaissance de son ame se borne à ce sentiment, à cette induction.

Quand nous raisonnons en physiologistes, nous devons croire à l’ame comme à la vie qui fait agir la matière; seulement, parceque des phénomènes en décèlent l’existence. Nous connaissons les facultés de l'ame; nous connaissons également les propriétés vitales (1); mais nous ignorons la nature

de

(1) On voudra se ressouvenir de cette assertiou à Farticle: Étude de l’entendement humain; un examen superficiel pourrait faire croire que je coutredis là, ce que j’avance ici: je ne, confonds point la nature avec sa propriété, ses attributs; c’est ainsi que Je parlerai, de l'indépendance de l’ame des sens, mais sans pénétrer ce grand mystère de l’union de l’ame avec le corps. Ici, je dis que lame existe : Jà je prourverai qu’elle est indépendante des sens.

de l'une et celle des autres. Saurions nous dire comment la vie se comporte dans le coeur, en produisant les contractions de cet organe ? c’est en vain qu’on voudra connaître comment lame se comporte relativement au corps: Il faudrait, avant tout, prouver si la vie qui anime nos tissus, qui fait circuler les fluides dans nos vaisseaux, qui donne aux muscles le principe de leurs contrac-, tions, est distincte de notre vie ame. ST. PAUL, tout en nommant l'ame %vxà, esprit vivant, et. rvelua , esprit vivifiant (1), n'a que légèrement passé sur cet article; il faut cependant que l’ame et le principe de vie, proprement dit, soient étroitement unis, puisque les révolutions survenues dans

l’une influent sur lautre (2).

En prenant Fame, je le répète, comme bien con-

(1) 5 Chapit. aux Corinthiens.

(2) Plusieurs grands philosophes de l'antiquité se sont servis de cet argument pour prouver l’idendité du principe vital avec Pame.

Lucrèce dit (de rerum natura, Lib. ni).

» Verum, ubi vehementi magis est commota mens,

» Consentire animam totam per membra videmus ;

» Sudores itaque et pallorem existere toto

» Corpore, et infringi linguam, vocemque aboriri,

» Caligare oculos , sonere aures, succidere artus;

» Denique concidere ex animi terrore videmus

» Saepe homines : facile ut quivis hic noscere possit » Esse animam cum anima conjunctam, quae cum animi vi ) Percussa est, et in corpus perpellit et icit.?

VA Lois cônnüué dans sa nature, dans ses rapports avec le corps; en appliquant ce principe à laliénation méntale, plusieurs hommes célèbres sont tombés dans dé graves erreurs. Ils ont voulu déterminer si la folie est une maladie de l’ame ou si le trouble mental résidè dans le corps: c’est à dire dahs une altération de nos organes. J'ai fait des efforts inutiles pour pénétrer les raisonnemens obscurs tenus à cet égard, et, si j'avoue ici mon ignorance, plusieurs hommes de grand mérité m'en ont donné l’exemple. Le Philosophe, dit Æelvétius (1), « marche, mais appuyé sur le baton de « l'expérience; il avance, mais toujours d’observa- « tions en observations ; il s’arrète où l’observation

? Pour déterminer , en effet, les al-

« lui manque.” térations qui sont propres à l’ame, et les distinguer dé celles qui appartiennent à l'organisme, il faudrait d’abord faire voir comment l’ame se comporte relativement au corps; il faudrait faire voir l'action de nos organes sur le cerveau , et du cerveau sur l’ame ; il faudrait encore démontrer l’action et la réaction de l’ame sur le cerveau ; mais pour tirer quelque avantage de ces démonstrations, les preuves qui én résulteraient dévraient être des plus évidentes: c'est alors qu'un vaste champ serait ouvert. On est encore bien loin de là: Toutes les recherches, qu'on a faites à cet égard , sont purem£ênt hypothétiques, et n’ont “pas avancé Ja

sclen—

(1) De J’homme , pag. 74.

science d'un seul pas. Nous mettrions cent fois, notre esprit à la torture, qu'il se refusera toujours à résoudre de telles questions: qu’est-il besoin, a dit l’immortel Bichat, de voulow rechercher la nature de ces principes ? observons les phénomènes ; analysons Îles rapports qui les unissent les uns aux autres , sans remonter à leur cause première:

La folie réside-t-elle dans le corps?

existe-t-elle dans lame ?

« L’ame,”” est immortelle, ont dit ceux qui placent le siège de la folie dans le corps: «les causes « physiques, on morales, ne peuvent laltérer, « puisqu’elles sont incapables de la détruire: Pétat « de maladie est une déviation de la santé vers la « destruction, et d’elle à la mort, il n’y a qu’un «pas. Si Fhomme déraisonne, a-t-on ajouté, «c'est. que le corps transmet de faux rapports, « de perverses sensations à l’ame, et dans l’état « morbide de ces rapports réside la folie. L’ame «ne souffre: jamais ; elle jnge, exécute des actes en « conséquençez mais ce sont les impressions, ou «les sensations qui la font agir. Or, si la sensa- « tion est alterée lame est en erreur. Le principal «attribut de lame est son libre arbitre; par con- «séquent, si la folie était une maladie de l’ame, «elle ne se distinguerait pas du péché.

« Les tempéramens a-t-on encore ajouté , l’héré-

dm

« dité, influent sur l’aliénation mentale ; des modi- « fications de notre sensibilité; l'introduction des « plan-

« plantes vénémeuses dans l'estomac produisent le « délire (1).

On a dit, d’un autre côté, que l’ame seule est le siège de l’aliénation mentale.

On a prétendu que, « la folie nait et se déve- «loppe sans être précedée de la moindre altéra- «tion au physique; qu’elle est ordinairement la « suite d’une forte commotion de lames; que l’âge « des folies est, celui où le moral est le plus en « vigueur, et le plus agité par les troubles et les « inquiétudes.” 3

Il a été ajouté que, «chez les sauvages la folie «est une maladie inconnue, et que l’altération in-

« tellectuelle peut se guérir par de simples moyens « moraux.”

Mais, d’entre toutes les opinions rapportées com me hypothèses, pour démontrer le trouble de l’ame dans le délire, celle du Professeur allemand ÆHein-

roth, psychologiste renommé, mérite, par sa sin-

gularité, qu’on s’en occupe un instant.

Selon Heinroth (2), il n’y a qu’une cause de:

trouble intellectuel, et elle réside dans une prédis-

position de l’ame même: un moral dépravé ; lha-

bitude des crimes; une conduite dissipée, tous les , Pée»s

vices de l’imagination, constitueraient une prédis- :

po-

(1) Voyez IVasse Zeitsch., 1818, Heft 1, pag. 128.

Heft 3, pag. 40g. — 1819. Heft 1, pag. 220. — 1822.

Heft 2 , pag. 30. Heft 2, pag. 71.

(2) Lehrbuch der Stôrungen des Scelenlebens, T. 1,,

Se 1794

( ep. )

position qui serait la seule cause de Ja folie. Le climat, les variations atmosphériques, lage, le sexe, le tempérament, &c. n’influeraient point directement sur l’ame, en donnant lieu à son désordre: ils ne produiraient aucun trouble mental, si Pame n’y etait prédisposée.

Il en est de même, continue notre auteur, des causes morales : une imagination ardente , de violens désirs, une attention soutenue, des revers et d’autres causes semblables, ne produiront jamais la folie dans des individus dont le moral ne serait pas prédisposé à ce genre de maladies.

L'homme ne trouverait, d’après Meënroth, de préservatif spécifique contre la folie, que dans sa propre raison; dans la volonté sur l’ascendant des passions : idée absurde, parcequ’elle confond le Zdre arbitre du criminel avec l’état maladif de notre moral, parcequ’elle exclut également tout moyen agissant sur le physique.

Heinroth apporte encore, à lappui de son opinion, que les altérations de tissu ne se rencontent pas invariablement dans laliénation mentale ; que ces mêmes altérations sont propres à d’autres maladies, et que, lorsqu'on les observe dans les cadavres des hommes succombés 4 la folie, elles sont alors, non la cause, mais l’effet de la maladie. Cette remarque avait été faite par plusieurs auteurs anglais, entre autres Cox, Crichton, Arnold, et vient d’être reproduite par Burrow. |

Le Système de Âeinroth, envisagé dans ses details, n’est pas tout-à-fait dénué de vérité:

car ,

car, si nous jetons un coup d'œil sur les différens caractères des hommes, nous y renconirons, à chaque moment, cette prédisposition morale,e Un individu presente une propension au vol, à l’avarice ou vers tout autre sujet: cette passion sera toujours dominante. Le criminel, l’homme enclin au meurtre, n’aura besoin que d’un bien faible motif, pour exécuter ses funestes desseins ; son moral est plein de ces sortes d'idées, et il les reproduit à chaque instant: Une forte raison est seule capable d’en arrèter le cours. Gette prédisposition est souvent celle de l’aliénation mentale: le moral peut être disposé vers ce genre d’affections, et ne produire la folie qu’à l’arrivée d’une cause occasionelie.

Si Heinroth avait été moins général dans ses conclusions, s’il eût envisagé le moral sous le rapport qu'il a avec les fonctions du corps, sa théorie aurait, peut-être, pu mener à d’heureux résultats: au reste, cet auteur est abstrait et hypothétique, dans tout ce qu’il avance sur les aliénations mentales ; il se livre, par fois, à des raisonnemens qu’on croirait à peine ètre fait par un médecin (1).

Crich-

(1) Que signifie, en effet, le passage suivant ? Gin toitiger Schriftfteller fagt, es fünne Den Teuz nr tel Fein garuosferer Gefalle gefcheben als tenn man » Nicbt an ibn glaube, ibn für etwas nicht existirendes » Anfebe, und er bat febr recht 1). Desbalb wird auch

"y Dies

(CH

Crichton, Arnold, Cox, Heinroth et d’autres, ont certainement contribué à rendre la doctrine des aliénations mentales plus précise, en considérant les altérations organiques qu’on trouve dans les cadavres des aliénés, non comme cause, mais comme eflet du désordre intellectuel : toutefois cette doctrine est trop générale; mille exemples pourraient venir attester qu'une altération vitale, organique ou mécanique de nos tissus, peut produire le désordre intellectuel. Nous aurons bientôt occasion, en parlant des diverses aliérations organiques de tissu considerées dans l’aliénation mentale, de faire voir combien ces lesions peuvent influer sur la production du désordre de lesprit. Le médecin sera surtout réservé, lorsqu'il voudra se rendre raison des vices organiques trouvés dans es cadavres de ces malades ; et, sans doute, il devra s’armer d’une sévère lo-

gl

nr Diefe unfere Hebauptung von dem Befen der Eve: », tenftôrungen, Daf fie das Bert und WBefen Des bôs n fen Geistes find, fchiwer eingang finden, tweil man , das qute Sutrauen ju fich bat, obne Den bôfen nr Geist ausfommen, alles Dôfe auch obne ibn veus tichten ju fünnen”” — et plus loin: — }, Man fage , tas man toile, aber obne ganlichen Hbfalf von » Gott gibt es Feine Geelenftorung. Bo Gott ist, ist Rtraft, Licht, Liebe unD Leben; 00 Eatan ist, Dhns » macbt, Duntel, Haf, und überall Serftorung. Ein , bofer Geist alfo ivobnt in den Geclengeftorten.” Ouvrage cité. T. 1. pag. 379.

gique, lorsqu'il aüra à prononcer sur l'existence , où la non existence de ces altérations qui ont causé le désordre de Pesprit. Les cliangemens dé structure qu'il rencontre dans le cadavre d’un aliéné peuvent être totalement étrangers à la maladie qui fait le sujet de ses recherches ; ils peuvent avoir existé avant elle, ou s’être développés dans le cours du délire, sans qu'ils aient eu le moindre rapport avec l’aliénation mentale; mais, si l’existence d’un vice organique n’est pas toujours une preuve que ce vice soit la cause, et encore moins l'effet du trouble intellectuel, la non existence d’un ‘altération organique n'est également pas une preuve que ce vice n'existe pas: Il ne donne aucunement le droit d’envisager l’ame comme le siège exclusif du délire. Si je demandais au professeur Æeinroth, s’il connaît la structure intime de nos tissus organiques, il me repondrait sans doute, par la négative. Le cerveau, par exemple, cet organe qui mérite toute notre attention, connait-on sa structure? peut on seulement déterminer lorigine de ses nerfs? a-t-on bien la moindre notion sur son tissu organique ? or, nos connaissances à cet égard, sont. très bornées: nous ne connaissons que quelques formes de cet organe auxquelles on a donné des noms particuliers. On peut juger, par R, combien nous sommes encore éloignés d’avoir précisé la composition intime du cerveau. Dans cet état de choses, comment veut on disputer sur les vices organiques de cet organe, ou sur ceux d’autres parties. Faut-il toujours avoir une injection

rou—

rouge des membranes cérébrales, un abcës dans le cerveau, un ramollissement, un endurcissement de cet organe, un foie énorme, des intestins ulcérés, pour croire à un vice organique? Si j'ignore la vraie structure du tissu cérébral, comment puis-je décrire ses altérations morbides? C’est donc faute de s'être pénétré de cette vérité, qu’on a produit tant de raisonnemens et de conclusions vraiment absurdes. Je dirai plus: la mort mème, ne peutelle faire disparaître des altérations des organes, comme elle produit des changemens d'état de nos parties, qui n’existaient pas dans le vivant?

Ce qui plus est: si par l’absence d’une altération organique, on veut prouver l’aliération de ame, que fera-t-on, comme le dit très justement le Doct. F, France (1), dans une épilepsie, une paralysie, où dans une autre névrose qui ne laisse, après la mort de l’individu, aucune trace de son existence ? que fera-t-on encore dans la commotion

du

(1) Le Docteur F. Francke a inseré dans le 9ème eahier de 1824 du journal de Nasse, une notice con« cernant Ja question de l'affection du corps et de l’ame dans la folie: mon essai sur cette matière était déjà composé, lorsque je reçus le cahier susdit, Quelques uns de més raisonnemens sont analogues à ceux du Docteur de Dresde, et je crois devoir faire connaître cette identité d’opinions qui pourrait faire croire à une compilation de ma part, ce qui n’est pas: les idées nouvelles que m’a fourniés la lecture de cet écrit, sont citées avec le nom de l'auteur.

CH

du cerveau qui ne laisse aucun indice d’altération de tissu ?

Je ne veux pas, par ce raisonnement, conclure pour lexistence générale d’un vice organique dans Valiénation mentale: j’ai seulement en vue de faire voir les bases fragiles sur lesquelles repose la théorie de ceux qui ont placé le trouble intellectuel dans lame même, Sans doute, il y a des cas où tout porte à croire que les vices organiques dont nous parlons n'existent pas, et le succès des moyens moraux, dans l’aliénation mentale, n’est plus un objet de doute: Éresistrate ne songeait pas à un vice organique quand, se présentant près du lit d’.Æntiochus malade d’amour pour sa belle mère Sératonice, il Gécouvrit la cause du mal de ce jeune prince. S

La guérison obtenue par des moyens moraux est toujours un argument qui prouve contre l’existence des vices organiques; mails cette opinion, dont se sont servis tous ceux qui ont prétendu établir le siège de la folie dans l’ame, n’est nullement satisfaisante, quand on la met en avant pour prouver l’altération de l’ame dans le délire; elle démontre simplement qu'il y a des aliénations men- ‘tales purement intellectuelles: quand je dis intellectuelles, je réunis et l’action du cerveau organe, et celle du cerveau ame spirituelle (1). C’est Là une

(1) Les allemands emploient le terme de Seelenorgan, organe de l'ame, pour désigner cette union mutuelle,

( 55 ) ane -remarque . que Heinroth, et d'autres, ont perdue de vue: elle est cependant bien digne d’attention. Des modernes, en parlant de lame malade, de l’ame souffrante, ont oublié le cerveau, Ils n’ont pas observé que cet organe a ses nerfs, ses vaisseaux, son parenchyme particulier ; ils ont également passé sous silence le grand rôle qu'il joue dans la production de nos idées. J’ai déjà fait voir combien est vrai le sentiment que nous avons de notre ame; maïs, combien nous sommes également loin de connaître les attributs et les liaisons que cet esprit indéfinissable a avec le corps : dans les considérations sur Îes fonctions intellectuelles, j'aurai occasion de revenir sur cette matière. R |

Ne voit-on pas, à tout moment, cette connexion intime des. opérations intellectuelles avec les: autres fonctions du corps, et de ces dernières. avec le moral? les peines morales existent rarement, sans produire quelque altération au physique: pour peu, d’un autre côté, qu’une altération physique soit grande, elle change, à l'instant, l’ordre des idées et des passions. Laissons parler de l’ame ceux à qui appartient l'explication, des doctrines religieuses; unissons, ce principe au corps, puisqu'on le trouve. partout en connexion avec le corps, et envisageons. tout simplement le moral de l’homme comme une fonction: nous pouvons le faire, sans enfreindre ce que nous devons à la science divine F. et à nous mèmes.

On devrait être aveugle et obstiné pour ne pas

C2 Pr re

reconnaître dans les fonctions intellectuelles, Les mêmes lois qui président aux autres actes organiques du corps: les fonctions de l’entendement se développent, ou se détériorent, selon que nos tissus organiques, €t notamment le cerveau, se fortifient, ou tombent en décrépitude: le grand développement du cerveau où de quelques unes de ses parties , comme dit Ga/l(1}, amène la possibi- -lité de manifester les fonctions intellectuelles avec béaucoup d’énergie; l'intelligence s’agrandit et se détériore par l’age, le sexe, l’idiosyncrasie, ou l'abondance du sang qui arrive au cerveau.

Partout nous trouvons l'intelligence sous l’empire de la sensibilité générale. Chez le maniaque et le mélancolique, la sensibilité est souvent tellement bouleversée, que ces aliénés supportent la faïñm , la soif, le froid, et l'humidité , avec une indifférence incroyable; les agens les plus stimulans, les poisons mêmes, restent parfois sans action sur la Surface nervéuse de leur estomac. ‘Or, que la sensibilité générale soit une émanation de notre amé, ou qu’elle ne le soït pas, il est certain que l'intelligence se trouve! gouvernée par les loïs qui sont relatives aux propriétés vitales qui animent nos tissus. Ainsi, quand je guéris, par la distraction ; un homme atteint de mélancolie ; quand je délivie un autre de‘son délire par un stratagème, un troisième par l’évidence des sens, un quatriè-

sé ” cépitynnine me,

(1) Dict. des sciences méd, art, cerveau.

Page 1