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me, on voit, à chaque pas, la religion invoquée pour la cure des maladies en général, et pour celle des désordres de lentendement en particulier (1).
L'homme, par la prééminence de son moral, a dû reconnaître une puissance divine présidant à tous les actes de l’univers. Partout il trouve cette force inpénétrable ; partout, il la craint et l’adore. Attributs éminens du genre humain, ces deux sentimens sont tour à tour la source du bonheur de lPhomme. Mais un crime provoque parfois les remords de la conscience: c’est alors que le Tout-puissant devient une arme redoutable; c’est alors que l’homme est proche du désordre intellectuel, et qu'il peut trouver encore dans sa profession de for le remède Île plus salutaire. (C’est la divinité qu’on offense, et c’est d’elle que l’on attend les arrêts les’ plus justes; c'est à la divinité que nous adressons toutes nos actions, et c'est encore de la divinité que nous attendons les plus douces récompenses. Dans cette inquiétante alternative , le moral parfois s’égare. |
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(1) à Besançon on fait des neuvaines pour les aliénés. La même pratique a lieu au village Bonnet, Département de la Meuse, en France; et notre pays possède des exemples de cette espèce de cure dans la petite ville de Gheel, (dont nous aurons encore occasion de parler), ain$i que dans le village de Schalfen, de saint Hubert. A Gheel on prelend guérir les démonomantaques ; à saint Hubert, les hydrophobes,
( Lao })
Le secours de la religion ne peut, dans lalina= tion mentale , devenir un moyen généralement admissible. On aura en vue la cause, le caractère, et la nature du mal, la disposition ei le moral de l'individu, ses idées dominantes &e, On doit distinguer la cause des phénomènes du délire ; parceque ces derniers ne portent pas toujours le caractère de la cause du mal: un homme peut deverir aliéné, s’écarter dans sa fureur de toute morale; et cependant, la cause de cet égarement intellectuel peut résider dans la religion même. Cet homme peut, d’un autre côté, offrir dans le désordre de son intelligence, les idées les plus religieuses, sans que la religion entre pour la moindre des choses dans la cause de ce délire. Ainci la mélancolie religieuse n’est souvent qu’apparente; elle est réelle, quand la cause du mal réside dans la religion mème. (Ceci n’a rien d’étonnant: puisque le plus sévère en fait de religion est saséeptible dans la folie de produire tout ce qu'il y a d’irréligieux; pourquoi le libertin, l’homme sans mœurs, l’indifférent en matière de culte religieux ne pourrait-il pas affecter, dans son illusion mentale , la foi la plus pure? |
Cette observation est importante, On doit agir avec la plus grande prudence, si l’aliénation mentale à seulement pour caractère , et non pour cause, la religion.
Tantôt le malade adresse les prières les plus ferventes au Tout-puissant, et ne cesse de contem-
pler ses œuvres sublimes: et tantôt, plongé dans V3 une
une profonde tristesse, il ne croit voir que tout ce que l’enfer a de plus affreux. Le suicide est un caractère qui s'associe parfois à ces deux variétés. C’est au médecin instruit de connaître quand le secours de la religion devient utile, et quand il est nécessaire d’écarter de lPaliéné tout ce qui a rapport à la science divine. Rien ne menera mieux au but, que la connaissance de l’origine du mal. Un amour malheureux, des affaires politiques , l’esclavage, la misère et d’antres causes de cette nature, peuvent agir sur le moral, et donner à la folie un caractère qui ne participe plus de celui de sa cause.
Il existe, non moins fréquemment, une prédisposition morale qui n’a besoin que d’une cause occasionnelle pour produire la folie religieuse (1). L’aliénation mentale qui en résulte n’a plus alors le caractère de sa cause. Ne voit-on pas tous les jours des victimes d’un amour malheureux prendre pour dernière ressource la religion, comme sujet de leurs .désirs ? Que de femmes ne voit-on
pas déposer aux pieds de l’autel les chagrins que
leur cause les inévitables rides de l’age! peut-on dire que, dans des cas pareils, l’excès de religion
mene au désordre intellectuel ? il n’est qu’une mo=
dification de la cause du mal.
L'esprit religieux même devient, en nombre de
cas,
(1) Voyez le Doct. Bird über die Relig. Nasse Zeit. 1823, Hefñt, IL $. 230.
cas, une source d’égarement de la raison. Sans citer ici tout les écarts intellectueis qu’ont enfantés les différentes sectes religieuses, nous nous bornerons à celles qui sont d’une importance majeure pour nos contrées.
Il parait, d’après l’observation des modernes, que le catholicisme romain serait moins propre à produire la folie religieuse que le protestantisme. Hallaran (1) rapporte que dans l’asyle des aliénés à Cork en Irlande le nombre des aliénés romains est aux reformés, comme un à:dix; et il ajoute qu'on n’y trouve point d’exemple, chez les preiiers, d’aliénation mentale religieuse.
Cette remarque avait été faite par Crichton, quand il a dit que la mélancolie religieuse est fréquente en Angleterre parmi la secte des méthodistes (2). Les épouvantables peintures, dit cet auteur (3), que les ministres du culte font des tourmens. de l’autre monde, agissent d'une désastreuse manière sur la cervelle du vulgaire simple et crédule, Perfect a fait la même remarque (4).
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(1) Pract. obs. on insanity. p. 32.
(2). Ouwv.-cité. pag. 283.
(3) Pag. 408. |
(4) L’enthousiasme religieux favorise sans doute le développement de la folie. Burrow est le premier qui ait recherché pourquoi le désordre mental est plus fréquent chez les réformés que parmi les catholiques rontains ? C’est le changement de croyance , favorisé par les nombreuses sectes qui composent l'eglise An-
LE gli-
X Hro ))
En tout temps, en tout lieu, l’homme fat touujours dominé par la violence de ses passions: la créa
glicane, sectes qui ‘s'ellorcent, comme à l'envi, de faire de nombreux prosélytes. L'irrésolntion qu’apporte dans l’ame] le changement de croyance est un
pas avancé vers la folie: Le danger est grand, dit
Burrow (1), quand l’homme se trouve dans Paltérnative d'abandonner d'anciennes idées de foi, pour énembrasser de nouvelles. €Ce passage ne pent se frire sans une espèce de crainte. C’est un combat funeste pour la raison. La moindre cause occasionelle suflit alors pour déterminer la folie religieuse. D'ailleurs, celui qui échange sa religion contre une autre, doit être un esprit faible , et qui porte plus ou moins en lui le germe de la folie. Une circonstance qui affermit cette opinion, c’est que les femmes sont le plus sujettes à 1: mélancolie religieuse. |
Cet état d'irrésolution est favorisé par lexistence des nombreuses sectes qui composent l'église réformée, et par la latitude qu’on y trouve de passer successive ment de l’une dans l’autre. L’instigation qui est le grand mobile de ces changemens de principes religieux, doit encore favoriser cet état de fluctuation entre la crainte et l’esperance.
L'église romaine est plus à l’abri de ce désordre, de cette alternative : un de ses principes fondamentaux mème s'y oppose: le moindre donte sur un dogme quelconque de l’église attiré dans lesprit de ce enlte,
(1) Ouv. cité, pag, 186,
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