‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénésChapitre 34 sur 39 · CU · texte numérisé non relu

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passions pour obvicr au trouble de l’entendement: « Subito terrere et expavescere in hoe morbo pro « dest, ét feré quidquid animum vehementer pers « turbat. (Celse) (1).” HT sr oét 4 | Parmi les agens auxquels oh a recours pour sus< citer la terreur, le principal est le bain d’immerz sion. Un accident a fait connaître l'efficacité de ce moyen dans l’aliénation mentale. À Anvers, un ouvriér charpéntier perdit la saison par suite d'un spectre épouvantable qu’il crut voir pendant la nuit; devenu maniaque, il trontpa an jour la vigilance de ses gardiens, et se noya dans un profond étang: on l'en retira pour mort; mais après quelque tems, il revint à lui-même jouissant de toute $a raison (2) Alibert (3) noùs donne un fait à-péu-près semblable à celui-ci : ùne dame alié= née est conduite à la campagne; au moment oùélle s’y attendait lé moins, elle fut brusquement jetée dans Peau, et aussitôt recueillie par des pècheurss La malade éprouva un tel effroi qu’elle s’en est trouvée guêrie pendant plus de sept années.

“Perfect (4) dit qu’une imondation eut lieu a Glasgow; l'eau s’eleva jusque dans les cellules de l’hospice dés insensés de cette ville: ce phénoynè= ne fit une telle impression sur les aliénés, que les

(1) Lib. IIL. Cap. 18 (2) Van Helmont.

(3) Matière médicalé. Tom. IL. pag. 40 (4) Annals of fusanity, pag. 340

plus furieux devenaient d’une doëilité extrême : mais, du moment que l’eau se retira, la fureur et l'indocilité de ces malades reprirent leur cours . habituel.

Une femme mélancolique, aû rapport de Hufeland, fut jetée dans l’eau et recueillie au même instant: dès ce moment, elle recouvra l'exercice de sa raison.

Le fait qu’on va lire démontre encore les effets de la frayeur. Mr. Si...., particulier à Gand, agé d'environ soixante ans, et issu de pas rens aliénés, est atteint depuis quelque temps de folie. Un jour, il quitte clandestinement sa maison et se soustrait à la vigilance de ses gardiens, vers sept heures du soir. Apres avoir parcouru quelque chemin, le malade croit regagner sa demeure, mais prend sans le savoir une route opposée. Occupé de toutes sortes de chimères, il passe par une des portes de la ville, et se voyant au milieu des champs, la frayeur lui cause un besoin d’uriner: il y satisfait en se plaçant sur le bord d’un ruisseau. Il glisse sur les gazons hüimides et tombe dans l’eau jusqu’à la ceintures En ce moment même, le malade reconnait sa folie, et sorti de l’eau , il prend la résolution de retourner chez lui. Mais tout en nettoyant ses vétemens mouillés ses idées se troublent de nouveau. Le malade accélère sa marche, et'se croit de plus en plus proche de la ville; il s’en éloigne cependant. Après avoir fait une demi lieue de chémin, et n’apercevant point les portes de la ville, ïl

éprou—

éprouve de fortes agitations et les idées les plus bizarres s’ajoutent encore à son délire. Il est onze heures du soir. Isolé dans un endroit inconnu, . cet homme est pris d’une vive frayeur : il se met à courir de toute sa force, et, en une demi-heure de temps, traverse un espace d’une bonne lieues L’escaut serpentant en cet endroit se.trouve sur son passage; il n’aperçoit pas cette rivière, et dans le fort de sa course tombe à corps-perdu dans l’eau. Etant bon nageur , il gagne le rivage et revient de sa frayeur: il avait récupéré le libre: exercice de sa raison. Le malade reconnut alors fort bien, qu’il se trouvait près du village de Heusden, à cinq quarts de lieue à-peu-près de la ville de Gand. Mouillé et tout seul en cet endroit, au milieu de la nuit, il n’eut d’autre soin que de songer aux moyens de retourner en ville. Un de ses fermiers demeure non loin de là: il s’y rend et se fait accompagner de cet homme. Une année s'est écoulée sans que le moindre écart intellectuel se soit manifesté ; mais, au bout de ce temps, le malade éprouva quelques rechutes. Il mourut sain d’esprit, trois ans après cet accident.

Je pourrais alléguer d’autres faits de cette natu res tous tendraient à prouver les effets salutaires de l’immersion dans l’aliénation mentale. En Angleterre surtout, on a fait beaucoup de cas de ce moyen. Tous les grands praticiens s’accordent à dire que limmersion est particulièrement utile dans la manie, Elle est pronée par Frank quand lPaliénation mentale provient de l'usage inconsideré

des

des ‘spirituenx. Pinel borne l'emploi de ce moyen à des circonstances extrèmess il le recommande dans le cas d’un accès violent de manie; dans la manie continue, et surtout dans celle qui est invéterée. Selon Esquirol, l’immersion est utile dans la: manie sans délire. Ge moyen peut encore avantageusement être employé dans le suicide.

Le bain d’immersion a été proposé dans la manie invétérée avec Epilepsie (1). Il est à suppo= ser que: ce moyen est plus nuisible qu’utile dans le plus grand nombre de cas de cette nature, Ecarter toutes les affections vives de l’ame; éviter tout.ce qui pourrait exciter fortement les fonctions intellectuelles, me parait, dans cette terrible affection, la seule cure rationnelle: tous les excitans moraux où physiques ne peuvent que ramener les convulsions épileptiques,

: L'emploi du bain d’immersion exige de fortes précautions, par rapport à l’asphixié. C’est un moyen toujours dangereux, parceque l’on r’est pas à ‘même: de mesurer l’étendue et ia valeur des effets qu’il produira sur l’aliéné. La constitution plus ou moins robuste du malade, la durée de Paffection, sen caractère etc. , sont des objets impor- : tans à connaître, quand il s’agit de faire emploi de l'immersion. Y a-t-il des symptômes inflammatoires, les bains d'immersion ne peuvent être que

fa-

(1) Pinel de la manie, pag. 276, Y

funestes. : La manière de plonger le malade dans l’éau est encore un sujet de grande prudence. On trouve dans le Dictionnaire des sciences médicales que le Docteur Wiiles a construit un bassin sur lequel est placé un appareil à bascule, au moyen duquel il fait plonger à volonté son malade; ce moyen, comme tous ceux où lon est maître de la personne de l’aliéné ; doit être préféré à tout autre. Jeter ke malade dans l’eau pour l’en retirer ensuite, est une pratique qu'on ne pourrait jamais permettre Le plonger dans l’eau suspendu à une corde, comme on le fait en Angleterre, est une méthode qui, quoique préférable à: la précédente, est également très défectueuse. state Ce n’est pas que, pour MARIE une terreur. sa. lutaire, l’on doive exclusivement avoir recours au bain d’immersion ; des émotions pareilles, mais plus faibles , peuvent être produites par -lPappareil magique , ‘par la vue de quelques objets hideux, comme des ser. ps des grenouilles etc. Il faut en tout casconsul- » la sensibilité de Pimdivida qu’on soumet: à des expériences STAR | msi br be Reil (1) veut qu’on suspende:le ef au moyen | de cordages commodément fixés :à son corps, à une hauteur plus ou moins considérable, pour le : laisser flotier ainsi entre ciel et ci Il veut en. core qu’on fasse partir desarmes à feu tout près. du malade ; qu’on leffraie en feignant de voulôir

bru-

(x) Rapsod. pag. 211.

( 559 ) bruler son corps par des fers incandescens , et que | l'on tire des feux d'artifice à ses cotés. Lan= german fit apporter un fer rougi au feu chez une fémme aliénée qui refusait de prendre des médicamens. Il provo qua, par k là, üne terreur tellement salutaire que là malade, croyant qu'elle allait ètre brulée, prit aÿec la meilleure volonté tout ce qu'on lui donnait (1). La plûpart de ces agens peuvent être remplacés par Jes douches etla machine rotatoire, 110 yens dont nous parlerons bientôt.

‘Il faut une prudence extiême dans l’administration de ces agens. , Donätus, “dut Sheider (2); rap grand, qu'il n'osait passer par. l’ouverture d’une porte ‘ordlihatre? un ‘médecin ordonna d'y. faire passér le maladé par force. L'ordre fut exécuté ; mais l'aliéné en 6 ROLE, üné eue Jrayeur, qu'il en mourut. | # |

"Cet exemple suit pour rendre circonspect dans l'emploi de ce “moyen : plus d’ une fois, on a vu dés'aliénés mahiaqués , et traités par la frayeur, passer dâns un état de démence incurable. - t

"Je dois'encore revenir sur cet article. neo

“Haine et 'aversion. Tout ce qui se rapporte à la Häine, pour la cure morale des aliénations mentales, dvit-être renfermé-dans un cadre très étroit, | La

(1) Dissert. r pag: 63.

BE Heilm. pes — md Ÿ 3

La monomanie érotique seule admet ces passions comme moyens curatifs. | , Je ne saurais établir jusqu’à quel point le précepte d'Ovide (1), répété par Sauvages, est vrai: « (vitia objecti amati detegenda, exageranda).”” Faire ressortir. les vices de l’objet aimé, les exagérer pour détourner le malade de sa passion chérie, est une pratique dangereuse. Si des défauts réels existent, on peut les dépeindre tels qu’ils sont naturellement: mais ils ne seront pas toujours tels pour l’aliéné, Combien de. fois ne voit-on pas les vices les plus grossiers se changer en appas séduisans chez les amans: tout doit passer par le prisme de leur. passion. | po . Qu'en tout cas, le thédécih se garde admire Hicmétie: es moyens : l’aliéné. pourrait supposer en. lui des intérêts personnels. . nu Orgueil et vanité. Quand un aliéné dut he rang, d’une condition supérieure, est présenté à nos soins, on doit lui témoigner les honneurs qui sont dus à. ses qualités, et complaire, autant que possible, à son orgueil. Rien. ne serait plus mauvais que de suivre une route opposée, quoiqu’en disent BHIEreUs psy chologues allemands, entre autres Snei=

(1) Exige quod cantet, si quæ est sine voce puella; - Non didicit chordas tangere, posce-lyram; Turgida si plena est, si fusca, nigra vocetur;

Et poterit dici rustica, si proba est. | De arte amandi.

LC 5% :) Sneider (1); on irriterait le malade, et il n’en deviendrait que plus indocile à nos PAR Voyez Willis (2), Pinel (3). AR AZ : Colère. Il a été observé avec justesse que la colère aggrave toujours la manie, en rendant le malade plus furieux. On a vu passer la monomanie en manie, en provoquant celte passion. On nr’ excitera la colère qu’à un faible degré : celui de l’impatience par exemple, ou d’un léger mouvement d'humeur, On n’en usera que dans quelques variétés de la monomanie.

Un fait rapporté par Reil prouve le succès de la colère dans un cas de folie. Un jeune homme se croit mort; il refuse de manger, et exige qu’on l’enterre. Il est placé dans un cercueil, et on invite quelques jeunes gens pour venir tenir de mauvais propos contre le prétendu défunt, afin d’exciter sa colère. Ce stratagème est mis en exécution , etréussit parfaitement bien. Le convoi funèbre se met en marches les jeunes hommes entourent ceux qui font l’honneur du deuil et les felicitent de la perte d’un mauvais sujet; ils se perdent en invectives sur le compte du défunt, en l’accusant d’avoir mené une vie scandaleuse : l’aliéné se lève, sort de

son cercueil, et court venger à coups de poing son

(1) Ouv. Cité. pag. 538.

(2) Frank. Reise, Tom, II.

(3) De la Manie,

son amour-propre blessé, Cet accès de eolere fit sur lui un si bon ‘effet qu'il. fat délivré d de son délire (1). et

Reil rappor te encore d’autres: exemples de cette nature.

(1) Voyez Rapsod. pag. 327.

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