‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénésChapitre 6 sur 39 · DU CERVEAU CONSIDÉRÉ DANS E’ALIÉNATION MENTALE · texte numérisé non relu

DU CERVEAU CONSIDÉRÉ DANS E’ALIÉNATION MENTALE

Nous venons de faire entrevoir la lésion du cerveau . dans la folie: tout ce qui a été dit sur cette matière ne l’a été que d’une manière générale: ic le cerveau seul est le sujet de nos recherches.

Quelles sont les altérations dynamiques et organiques du cerveau dans la folie ?

Nous venons de voir, dans nos remarques géné=

ra=

(a) Zeitsch. von Masse.

ales sur l’altération du ,corps dans le désordre mental, que ce trouble peut être purement dyÿnamique. Nous avons tout lieu de croire, d’après ce qui a été dit précédemment que le cerveau , atteint dans ses fonctions, est parfois le siège d’un état anomal qui n'intérésse que linfluence nerveuse présidant à ces fonctions: cest l’opinion de ÆReïl (1) et d’autres. | |

Cette modification survenue dans le mode d’être de la vitalité, peut se présenter, dans la folie, sous différens états: tantôt la puissance nerveuse éprouve dans son énergie, une soustraction plus ou moins considérable. Un grand nombre de démences et d’idioties, par exemple, sont dans cette cathégorie : tantôt elle est fortement augmentée, et, tel est le cas de plusieurs maniaques et monomaniaques. Le premier état est une paralysie, le second , une espèce de convulsion des organes de la pensée.

Ces modes d’être de la sensibilité sont prouvés par l’analogie des causes et des symptômes des maladies nerveuses ; par l’absence de tout vice organique dans les cadavres des individus qui ont succombé à ces affections; et par les succès des moyens curatifs spécialement dirigés sur le système nerveux.

Cependant, n’accordons pas une trop grande latitude à ce principe: ce trouble nerveux peut, ou provenir d’un vice organique znvisible pour l’ana-

(:) Fieberl. T. IV, CG 5

{T 4 ) Æomiste, où lui-même, donner lieu à une a/téraéion de tissu.

Pour ce dernier cas, on doit citer de préference l’excitation des vaisseaux cérébraux. L'état inflammatoire et celui d’orgasme sanguin sont fréquens dans la folie; et d’eux au vice organique, il n’y a que peu de distance. L’homme peut devenir aliéné per une cause affaiblissante, montrer des symptômes d’altération nerveuse, et offrir, après la mort, la désorganisation inflammatoire la plus prononcée. Je m'explique. On a dit: parmi les causes morales les unes sont déprimantes, les autres excitantes: le chagrin, la tristesse viennent dans la première classes la joie, la colère, l’orgueil, appartiennent à la seconde. Jamais principe ne fut moins exact. Ces désordres intellectuels qui ont pour cause une passion triste, sont bien loin de porter invariablement dans le cerveau, un état de faiblesse; puisque l’ouverture cadavérique, des individus succombés à des troubles moraux provoqués par ces sortes de passions, a prouvé que des vices organiques, de grandes excitations artérielles , peuvent, être le résultat de cet état d'inertie cérébrale apparente.

Il est vrai, un individu rongé par le chagrin, offre un visage pâle et défait; son pouls sera fréquent, mais faible, et d’autres symptômes de faiblesse se joindront aux précédens ; mais cet état est-il bien applicable aux fonctions intellectuelles ? cette image de tristesse, de crainte, ou de frayeur, n'est-elle pas une idée plus forte dé

cel

(45) celle fournie par le cours naturel de l’entendement? dans cet état de choses , Phomme ne se représentet-il pas tous les objets de son triste délire, avec plas de vivacité, et de coloris? Le criminel qu’on mène à J’échafaud est triste et défait, mais peuton en conclure que ses idées soient alors plus faibles qu’à lordinaire ? cet homme est débile au corps; son cœur bat plus vite, et avec moins de violence; mais étudiez son moral, et voyez si vous n’y rencontrerez pas une augmentation d’action, un surcroit de vitalité, ,

Je puis fournir des faits comme preuves de cette assertion, €t on n’en saurait avoir de plus frappantes, que les altérations organiques trouvées dans les cerveaux des sujets succombés à la nostalgie.' Tous, comme l’a prouvé le célèbre Larrey, laissent des traces d’inflammation cérébrale, J'ai été à. même d’observer différens individus morts nostalgiques, et chaque fois, cette vérité s’est trouvée confirmée, En parlant ici de la nostalgie, sur la quelle se reviendrai bientôt, j'ai seulément voulu faire voir l’état du cerveau chez üun individu abattu par la tristesse Qu'on ne s’imagine pas que, soit dit em passant, cet état d’excitation des vaisseaux cérébraux exige pour moyen cCuratif, comme on a voulu le prétendre tout récemment , des soustractions sanguines. Une cure ‘plus efficace et durable est réservée à ces sortes d’affections: on l’obtient par des moyens moraux, le retour à sa chère patrie. (Ceci nous démontre donc l'altération physique du cerveau

dans

Page 1