I)E LA ST0ÎIAT0PLA3TIE
membrane muqueuse, et d’empêcher ainsi l’adhésion des lèvres. A quoi bon dès-lors se livrer à des dissections pénibles et douloureuses? A quoi bon sacrifier les parties molles interposées entre la peau et la membrane muqueuse, tandis que deux simples incisions peuvent suffire pour atteindre le même but? Remarquez bien que si M. Delmas a été obligé d’enlever une tranche des parties molles interposées entre la muqueuse et la peau , cela n’a tenu qu’à l’épaisseur et à l’état presque corné des tissus sur lesquels il opérait. Peut-on comparer, d’ailleurs, cette légère modification à tout ce qu’offre de délicat et de minutieux le procédé de Werneck ? Il n’est personne qui ne puisse mettre en pratique le mode ‘opératoire que je propose, tant il est simple ; au contraire, le procédé de l’autoplaste allemand, tout ingénieux qu’il soit, est loin d’être à la portée de tout le monde.
Jetez un coup-d’œil sur la PI, 15, fig. 1 et 4, et vous vous convaincrez bientôt que si , dans le cas en question , on eût opéré d’après le procédé de Werneck, il en fût résulté une difformité trèsgrande pour le malade , c’est-à-dire , que les deux arcades dentaires eussent été mises à nu; la chose
ME MA STOMATOPLASTIE,
a eu lieu en partie , même en ne faisant que deux incisions.
Le procédé de M. Dieffenbach , ou pour mieux dire celui deWerneck , n’est donc pas applicable, comme le pense M. Velpeau , à toutes les nuances , a tous les degrés de la maladie , qu’elle soit acquise ou congénitale.
Au surplus , le mode opératoire que je préconise a déjà reçu la sanction de l’expérience ; il y a déjà six ans que j’en entretenais l’Académie de médecine de Paris (1) , et depuis cette époque, j’ai acquis
(l) A Monsieur le Président de l’Académie royale de médecine.
MoxsiEun ,
Après avoir signalé à l’Académie de médecine quelques-unes de mes idées sur la chéiloplastie , qu’il me soit permis de l’entretenir en peu de mots d’un procédé nouveau applicable à la coarctation anormale de la bouclie.
Personne mieux que moi ne rend assurément justice au génie et à l’habileté de M. Dieffenbach ; personne mieux que moi n’apprécie le mode opératoire dont il a le premier tracé le plan à propos de la difformité en question (*). Mais à quoi bon faire subir aux parties molles une déperdition de substance , comme le veut ce praticien , et se livrer à des dissections pénibles pour isoler la nui-
{*) Je ne savais pas alors que Werueck en eût parle avant M. DielTenbacli.
DE I,A STOMATOPLASTIE.
la preuve que plusieurs praticiens s’en sont servis avec succès (1). II est cependant des cas où, quoi-
qiieuse , alors que deux simples incisions , pratiquées dans la direction des commissures, peuvent avoir le même résultat?
S’il était facile de faire cicatriser isolément les deux bords de la solution de continuité , dit M. Velpeau , cette opération atteindrait, on ne peut mieux, le but qu’on se propose; mais il n’en est pas ainsi. Eh bien ! cependant rien de plus aisé : il suffit pour cela de ramener sur chaque lèvre de l’incision la muqueuse buccale, comme j’ai pu le faire moi-même. Dès-lors les bords de la solution de continuité ne peuvent plus adhérer entre eux, et l’ouverture de la bouche conserve , à très-peu de chose près , les dimensions qu’on lui donne.
Tel est le mode opératoire nouveau que j’ai l’honneur de soumettre à l’Académie.
Bientôt je prouverai , en parlant de la blépharoplastie , qu’il y a aussi à cet égard quelques modifications à introduire.
Montpellier, 10 mai 183S.