SERRE
(Gazette méd. de Paris. 1855, pa</. 517. - Jiidletin de thérapeutique. 1855 , tom. viii, pacj. 518.)
(1) Procédé de M. Serre: L’incision étant faite, le professeur Serre met en contact le bord muqueux avee le bord cutané de chaque lèvre , au moyen de la suture , et s’oppose ainsi à toute agglutination nouvelle. J’ai obtenu chez une jeune fille un succès analogue à celui du professeur de Montpellier. (Velpeau, Méd. opérât., rédit., tom. 1®'', paq. C71 . )
DE LA STOMATOPLASTIE.
que la difformité soit la même en apparence, il faut avoir recours à d’autres moyens; le fait que je vais rapporter est de ce nombre. •
Rétrécissement de l’ouverture buccale , avec cancer de la lèvre inférieure; ablation du cancer et formation d’une nouvelle bouche au moyen de deux lambeaux pris sur les joues. Le malade avait été déjà opéré une première fois, lorsqu’il est venu à l’hôpital Saint-Eloi. On l’avait cru incurable {PL 16).
Il n’est aucun des élèves qui fréquentaient les salles de l’hôpital vers la fin de l’année 1837, qui ne se rappelle y avoir vu un malade des environs de Vaucluse , qui , après avoir subi dans un autre hôpital l’ablation de la lèvre inférieure , vint à l’Hôtel-Dieu de Montpellier invoquer de nouveau les secours de la chirurgie.
La difformité qu’il présentait alors était telle , qu’il devenait impossible de parcourir les salles des blessés sans le remarquer. Outre que l’ouverture de la cavité buccale était réduite à un très -petit trou par lequel le malade ne faisait passer les aliments qu’avec peine, il existait encore sur la levre inférieure un ulcère cancéreux qui , ayant envahi une
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portion de la peau du menton , imposait par sa présence de nouveaux sacrifices [PL 16, fig. 1).
Mais alors que la bouche était déjà si rétrécie , comment enlever la totalité du mal , et conserver
cependant à cette ouverture des dimensions suf-
fisantes? Tel était le problème que chacun des assistants se posait, et qu’il fallait résoudre. Quant à moi, qui étais déjà, à cette époque, très-familiarisé avec ce genre d’opérations , la chose me parut très-simple , et l’on ne fut pas peu étonné lorsqu’on m’entendit dire que j’allais opérer ce malade.
Quel parti prendre dans un cas aussi insolite? A 1 instant meme , je conçus l’idée de procéder comme je l’aurais fait , si de prime abord le cancer avait détruit la totalité de la lèvre inférieure, et détachant à droite et à gauche un lambeau dans l’épaisseur des joues , je parvins sans la moindre difficulté à former une nouvelle lèvre. En un mot, je suivis pas a pas le mode opératoire que j’ai indiqué en parlant de la restauration de la lèvre inférieure [PI. O, fig, 2] ; le succès le plus complet couronna celte tentative.
Quoique l’opération eût été longue et douloureuse , il suffit d’une potion anti-spasmodique avec
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vingt gouttes de laudanum liquide de Sydenham pour calmer les quelques mouvements nerveux que le malade éprouva; dès le second jour, il demanda à prendre dû bouillon.
A dater de ce moment, tout marcha de la manière la plus simple et la plus régulière, et déjà, le cinquième jour, la réunion des parties fut assez complète pour que je me permisse d’enlever presque tous les points de suture. Malgré l’étendue de la perte de substance qu’il avait fallu faire pour extirper en entier le mal , il n’y a jamais eu le moindre tiraillement, et lorsque, un mois après, j’ai montré le malade à quelques-uns de mes collègues , avec prière de me dire quelle était l’opération qu’avait subie le nommé Lazare , aucun d’eux ne pouvait croire à ce qui s’était passé [PI. l6, fig. 4). J’avouerai pour ma part que, parmi le trèsffrand nombre de restaurations de la face que j’ai
pratiquées , il en est peu dont j aie été aussi complètement satisfait. Il faut avoir été témoin de cette opération et de ses suites , pour se faire une juste idée de la régularité des formes et de l’aspect que présentait la nouvelle bouche.
Que dira maintenant M. A. Bérard , qui , ayant
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à juger tout récemment de la valeur des modes opératoires applicables à la stomatoplastie , s’est exprimé en ces termes? « Quant à la modification »de M. Serre, qui consiste à couper au même » niveau la peau et la muqueuse, et à les réunir •■ensuite par la suture, il est probable qu’elle en- » lèverait à l’opération quelques chances de succès, «en raison de la rétraction des parties (1). »
Il est pénible de voir des hommes avantageusement connus dans la science , se prononcer ainsi à la légère sur des questions de ce genre. Comment, en effet, reprocher au mode opératoire que j’ai substitué à celui de Werneck, de favoriser la rétraction des tissus , alors qu’il a précisément pour but de prévenir cet inconvénient ? J’ose espérer qu’en y réfléchissant, M. A. Bérard ne tardera pas a revenir du jugement qu’il a porté , peut-être avec un peu trop de précipitation.
Je n’ai qu’un seul mot à ajouter^ mais il est important. Si j’ai insisté pour prouver que l’idée du renversement de la muqueuse buccale, à l’occasion
(t) Dictionn. de médecine, 2«édit., tom. xvm, article Lhvres , pag. 51 .
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de la stomatoplastie , appartient àWerneck et non à M. Dieffenbach , c’est que je considère cette modification dans le procédé opératoire, comme l’un des éléments les plus puissants des succès que la chirurgie plastique a obtenus dans ces dernières années. La cliéiloplastie , la rhinoplastie , la blépharoplastie n’auraient jamais atteint le degré de perfection qu’elles ont aujourd’hui , si l’ou n’avait trouvé par la le moyen de s opposer a l introversion des lambeaux.
Que l’on n’objecte pas que, lorsque Werneck s’est servi de la muqueuse buccale pour garnir le contour de l’ouverture de la bouche chez le malade dout j’ai déjà parlé , ce praticien n’a pas connu la valeur du procédé qu’il employait; les faits sont là pour prouver le contraire.
«Dans un cas analogue à celui du nommé Vital, chez une jeune fille de IG ans, Werneck tenta une seconde fois la même opération; mais quand il eut fendu la bouche des deux cotés , il s’aperçut que la muqueuse était altérée; alors il prit sur la face interne des joues , dans le point correspondant aux molaires, des lambeaux de cette membrane qui y était saine , pour en garnir les angles
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de la nouvelle bouche. La guérison fut assez complète : la malade pouvait manger et parler facilement. »
Que ferait de plus aujourd’hui M. Dieffenbach?
Dans un troisième cas, Werneck eut recours à un autre procédé :
« Le domestique d’un officier avait tenté de se tuer d’un coup de fusil , il en était résulté une horrible blessure des parties molles de la face. Longtemps après, Werneck enfonça un bistouri tres-étroit à huit lignes de l’ouverture de la bouche rétrécie , fit une incision dirigée en haut et en dehors , puis il piqua à deux lignes en dessous, incisa en bas et en dehors, de telle sorte que la base des lambeaux se trouvait dirigée vers les masséters. Alors il dédoubla son lambeau, en excisa la lame interne , le redoubla du côté de la cavité buccale, et le maintint dans cette position au moyen d’une suture à points passés sur sa partie moyenne, et dans le sens horizontal. L’angle des lèvres se trouva donc ainsi garni de peau , et la réunion ne put plus s’y faire , ni marcher vers la ligne médiane (1). »
(1) In V. Graëfe wid v. Walther s journal Bd. 14, p. 202.
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Cette fois-ci du moins M. Zeis avoue que , dès l’anuée 1817, Werneck a mis en pratique le mode opératoire en question; mais, par un sentiment de prosélytisme dont il ne peut jamais se défendre , il prétend encore que M. Dieffenbach a été le premier à lui donner de la publicité (1). M. Phillips a fait mieux que M. Zeis; il n’a pas même prononcé le nom de Werneck (2).
(t) Handhuch der plastichen chirurgie , von Eduard Zeis , pag. 447, § 596.
(2) La chirurgie de M. Dieffenbach, p. 476 , art. Strictiire de la bouche.