‹ Traité sur l'art de restaurer les difformités de la face, selon la méthode francaise par déplacement, ou méthode française [et] Atlas de 30 planches representant 120 figuresChapitre 18 sur 59 · DE LA RESTAURATION DE LA TOTALITÉ DU NEZ · texte numérisé non relu

DE LA RESTAURATION DE LA TOTALITÉ DU NEZ

La restauration de la totalité du nez est , sans contredit, une des parties de l’autoplastie les plus importantes à étudier , en ce sens surtout qu’elle marque les premiers pas de la chirurgie plastique ; toutefois on se ferait une fausse idée de la valeur des procédés qui s’y rattachent , si l’on allait se persuader que les résultats quelle donne sont en rapport avec les modifications nombreuses qu’elle a tour à tour subies. En effet, il ne suffit plus ici de transplanter ou de déplacer une portion de peau d un lieu sur un autre ; il faut encore lui assigner des formes toutes particulières et bien arrêtées : or, c est en cela que gît la difficulté. Je connais les améliorations successives que Delpech, MM. Dieffenbach , Lisfranc, Blandin, Labat et bien d autres ont introduites dans la manière de pratiquer la rhiuoplastie , et je n’en persiste pas moins à dire qu’il me semble qu’il y a de l’exagération dans tout ce que l’on a écrit relativement à la régularité des

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nouveaux nez , quelle que soit , du reste , la méthode que l’on adopte. J’en ai déjà fait quelques-uns pour ma part, et je ne crains pas de déclarer d’avance que je n’ai jamais obtenu , sous ce rapport , ce que j’aurais voulu avoir.

D’un autre côté , outre que la rhinoplaslie est peut-être l’opération la plus délicate et la plus dangereuse de la chirurgie plastique, il existe entre elle et les autres procédés autoplastiques , cette différence que les difformités du nez peuvent , jusqu’à un certain point, être corrigées à l’aide de divers appareils , tandis que les vices de conformation des lèvres , de la bouche , des joues ou des paupières , ne se prêtent pas à l’emploi de ces moyens. Ainsi , dans l’étude des procédés applicables à la restauration de la totalité du nez , il y a deux choses bien essentielles à considérer : l®le mode opératoire en lui-même ; 2“ l’influence qu’il exerce sur les désordres fonctionnels auxquels il s’agit de remédier. Si la question avait été envisagée par les auteurs sous ce double aspect, peut-être se serait-on mieux entendu sur la valeur relative des méthodes qui ont trait à l’art de restaurer les difformités du nez.

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Destruction du nez à la suite d’ulcères syphilitiques, rhinoplaslie d’après la méthode indienne : guérison. Après l’opération , le malade a pu reprendre du service dans l’armée active (PL 20).

M. X** *, âgé de 38 ans, capitaine dans un régiment d’infanterie, ayant eu dans sa jeunesse plusieurs maladies syphilitiques qui toutes avaient été mal traitées , reçut sur le nez un coup de bâton qui produisit une plaie contuse , laquelle ne tarda pas à se convertir en ulcère vénérien , et à dévorer tour à tour le lobule du nez et une partie de la cloison des fosses nasales. Soit que le traitement que fît le malade fût mal dirigé , soit que M. X*** le suivît avec peu d’exactitude , les ulcérations s’étendirent de plus en plus , et fînirent par détruire la presque totalité du nez. Deux années environ s étaient écoulées depuis l’origine de la maladie , lorsque M. X*** arriva à l’hôpital Saint-Eloi.

Le chapiteau du nez , déjà détruit en grande

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partie , laissait voir à nu quelques portions de la lame perpendiculaire de l’ethmoïde et du vomer, qui servent à séparer les fosses nasales. Les ulcérations avaient bien respecté une partie des cotés et des ailes du nez , comme on peut s’en convaincre par le dessin N® 1 de la Planche 20 ; mais , outre qu’elles avaient encore l’aspect syphilitique , elles étaient en proie à l’inflammation. Je commençai donc par avoir recours à un traitement anti-phlogistique.

Comme le malade avait déjà fait usage du mercure à plusieurs reprises, et toujours sans fruit, je voulus , dans le principe , employer les préparations d’or du docteur Chrestien : je ne tardai pas à m’apercevoir qu’elles produisaient une excitation trop forte, et je dus bientôt y renoncer ; je me décidai alors à prescrire les pilules de Sédillot. En alternant de temps en temps leur emploi avec celui des moyens anti-phlogistiques et de quelques légers purgatifs, je parvins enfin , sans trop de difficulté , à triompher du mal. Dès que la cicatrice fut assez solide , et que je crus qu’il n’y avait plus rien à craindre pour l’avenir, je me mis en mesure de me rendre aux désirs de M. X***, qui réclamait vivement l’opération de la rhinoplastie.

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Le malade étant assis sur une chaise solide , la tête renversée en arrière , et contenu par des aides dans cette position , je formai , avec un morceau de papier découpé, un patron représentant la forme et les dimensions nécessaires au lambeau de peau destiné à restaurer le nez, en tenant compte des rescisions que je me proposais de faire pour enlever les cicatrices et quelques irrégularités du contour de la brèche à réparer. Je prolongeai la partie supérieure de ce même patron, en forme de queue ou pédicule conique, jusques un peu au-dessous de l’extrémité interne des sourcils. Fixant ensuite cette extrémité du patron au point où elle parvenait, je la renversai de bas en haut en l’étalant sur le front. En cet état, ses contours furent tracés et véritablement silhouettés à l’encre , aûn d’indiquer ainsi d’une manière exacte les incisions par lesquelles le lambeau devait être formé.

Le dessin étant bien arrêté , je laissai sécher 1 encre , et, pendant ce temps, je pratiquai une perte de substance sur tout le contour de l’ouverture antérieure des fosses nasales , à l’exception de quelques lignes dans le point correspondant aux os carrés du nez , enlevant de la sorte la totalité des

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cicatrices et toute Téteodue de la teinte violacée qui les entourait.

Alors seulement je divisai avec un scalpel convexe les téguments du front, en suivant exactement les traits que j’avais tracés. Le lambeau étant bien circonscrit, je le disséquai avec le même instrument, en ayant le soin de ne pas toucher au périoste. Ce même lambeau fut ensuite renversé de haut en bas et de droite à gauche , en tordant légèrement son pédicule , de manière à le fixer sur tout le contour de l’ouverture des fosses nasales , au moyen de huit points de suture entrecoupée , dont deux pour lier la sous-cloison à la lèvre supérieure , et trois pour chaque côté du nez. J’introduisis aussi un petit tampon de charpie dans chacune des narines, afin de les maintenir ouvertes.

La plaie du front dont j’aurais pu , à la rigueur, fortement rapprocher ou même réunir les bords , fut pansée simplement avec un plumasseau enduit de cérat; j’en ferai connaître bientôt les motifs.

Enfin , le malade ayant été transporté immédiatement dans son lit, je lui fis donner une potion anti-spasmodique avec vingt gouttes de laudanum de Sydenham , et le soumis pendant quatre jours à

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la diète la plus sévère. Aucune application locale ne fut faite sur le lambeau.

Dès le lendemain , M. X*** éprouva un mouvement de réaction assez fort, qu’il fallut modérer par deux saignées presque coup sur coup. A dater de ce jour les phénomènes fébriles diminuèrent peu a peu, et je ne doutai pas un seul instant du succès de l’entreprise.

Depuis le 25 avril 1837, jour de l’opération, jusqu’au 20 mai, où je fis la section du pédicule pour le faire adhérer à la racine du nez , le lambeau conserva, à peu de chose près, sa couleur et sa chaleur naturelles ; mais , à cette époque , il devint pâle et froid , au point de me faire craindre un instant qu’il ne se mortifiât. Cependant la chaleur et la rougeur se rétablirent, et l’adhésion du lambeau nasal fut bientôt complète. Ce n’est pas sans peine que je parvins à maintenir les narines béantes ; encore même n’ont-elles pas toute la largeur qu’elles devraient avoir.

Quant à la conformation du nez, elle est loin d’être telle que je l’aurais désiré. Toutefois il faut bien que l’irrégularité des traits ne soit pas trop grande, puisque M. X***, qui était capitaine lors-

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qu’il a subi l’opération, a pu depuis continuer activement son service, et vient d’être nommé chef de bataillon. Voici comment s’exprime , à ce sujet, le chirurgien -major de son régiment, dans une lettre du 14 avril 1841 , en réponse à celle que j’avais écrite au malade, afin de connaître les changements qui auraient pu s’opérer depuis le moment de l’opération :

«Le nez est aussi bien que possible.

» La narine droite est un peu plus étroite et plus rétrécie que la gauche; les mucosités nasales ont de la tendance à passer par l’arrière-gorge , quoique cependant 1 excrétion s’effectue encore avec assez de facilité par les voies naturelles.

«L’odorat est sensiblement diminué, surtout pour les odeurs douces et légères (1).

« La sensibilité du lambeau est moins vive que celle de la peau, et paraît un peu confuse.

» La couleur qui avait été pâle d’abord a pris du ton , et est tout-a-fait semblable aujourd’hui à la couleur du reste du nez.

(1) Le malade ne percevait aucune odeur lorsqu’il a été opéré.

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„La cicatrice du front paraît, par sa forme radiée, résulter d’une brûlure assez bien cicatrisée; ce qui rend seulement la difformité plus apparente , ce sont deux sillons qui existent le long des côtés du nez , et qui marquent le point d’union des tissus nouveaux avec les tissus naturels de la face. »

Quoique ce fait n’appartienne pas à la méthode française , j’ai voulu néanmoins en faire mention , afin de montrer que les autres méthodes ne me sont pas étrangères , et que lorsque , dans le cours de cet ouvrage ou dans ma pratique , je donne la préférence à la méthode dite par déplacement, je le fais avec connaissance de cause. Au surplus, je n’avais guere ici le choix : outre que la peau de la face était encore rouge, injectée, et ne jouissait que de peu de mobilité, il existait chez M. X**** une inflammation chronique des yeux qui avait déjà notablement affaibli sa vue ; il était donc à craindre , en formant les lambeaux aux dépens de la peau des joues, qu’il ne survînt un érysipèle ^ qui pouvait à la fois compromettre le succès de l’opération , et rendre

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le malade aveugle. C’est là ce qui m’a encore engagé à ne pas réunir les lèvres de la plaie du front, afin de n’exercer sur elles aucune espèce de tiraillement.

En jetant un coup-d’œil sur la PL 20, qui représente ce malade après l’opération {fg. 4), on reconnaît bientôt que la conformation du nez n’est pas aussi régulière qu’elle devrait l’être. Tl en est presque toujours ainsi , et parmi le grand nombre de nouveaux nez que j’ai vus , je n’en ai pas encore rencontré un seul qui fût entièrement à ma fantaisie. Malgré les corrections que M. Dieffenbach fait subir à ceux qu’il pratique , je doute fort qu’il parvienne jamais à en obtenir de très-beaux. Je conçois que le célèbre Astley Cooper, en voyant Victoire Oriolle qui venait d’être opérée par le chirurgien de Berlin, ait dit, s’il faut en croire M. Phillips, que c’était le plus beau nez qu’il eût vu (1)^ mais je conçois aussi , et chacun le sentira comme moi , que le chirurgien de Londres ait voulu, en parlant ainsi , faire preuve de courtoisie , et rendre hommage au mérite bien connu de M. Dieffenbach.

(t) La chirurgie de Dieffenbach , Avant-propos, pag. ix.

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Je me rappelle avoir entendu un élève de Graëfe faire le même compliment à Delpech ; et certes, le nez qui en était l’objet ne méritait pas de pareils éloges. Peut-être en sera-l-il autrement par la suite.

A quoi bon , d’ailleurs , exagérer les résultats que donne la rhinoplaslie? Alors même que les nez que l’on fait avec la peau du front et des joues n’auraient pas toute la régularité désirable, ces nouveaux nez ne sont-ils pas encore préférables à ceux que l’on fait en argent ou en carton ? Outre que le malade qui a un de ces nez artificiels ne peut ni se moucher, ni éternuer , sans s’exposer à le voir se détacher, ne peut-il pas arriver encore que la pression exercée par cette espèce d’opercule , ulcère les contours des fosses nasales , et oblige le malade à renoncer à en faire usage? Le militaire dont je viens de rapporter l’histoire , ne se décida à se soumettre à l’opération , que parce qu il avait eu ses lunettes accrochées par une femme portant sur sa tête un fagot de sarments, et que la chute de ses lunettes avait entraîné celle du nez artificiel qui les supportait. Ce capitaine, qui est aujourd’hui officier supérieur dans l’armée , aurait-il pu, avec un nez d’argent ou de carton,

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continuer son service, sans devenir la risée de ses subordonnés ?

Je commettrais une omission grave si je n’ajoutais que , des que le nez de ce malade eut contracté des adhérences avec les parties voisines, la rougeur de la peau des joues diminua , le larmoiement devint moindre de jour en jour , et la vue parut même s’améliorer. Ces faits sont d’une trop haute importance pour ne pas en parler.

Puisque j’en suis à dire tout ce que peut offrir de bon et de défectueux la méthode indienne appliquée à la rhinoplastie , avouons que , dans les cas où le front étant peu découvert , il a fallu emprunter une portion de peau au cuir chevelu , il en est résulté que les malades ont eu des poils au bout du nez, malgré tout ce que l’on a fait pour les faire tomber. Aussi suis -je à me demander comment M. Dieffenbach a pu avancer qu’au bout de dix ou quinze jours tous les cheveux du lambeau meurent, se laissent arracher facilement et ne repoussent plus (1).

(1) Baronio, Hunter, Duhamel et tant d’autres expéri-

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Je ne saurais encore être d’accord avec le chirurgien de Berlin, lorsque, parlant de la rhinoplastie selon la méthode indienne, il soutient que MM. Lisfranc , Blandin et Labat ont avancé un fait inexact en disant que, lorsqu’on palpe le bout du nouveau nez, du moins peu de temps après l’opération, le malade croit qu’on lui touche le front. Ce fait est si naturel et si bien constaté, qu’on a de la peine à se persuader qu’un observateur aussi exercé que M. Dieffenbach ait pu soutenir le contraire. Je n’en aurais même pas fait mention , si je n’avais voulu par-là donner à M. Zeis une nouvelle preuve, qu avant le voyage de M. Dieffenbach en France, on avait des idées bien arrêtées sur ce point de la rhinoplastie comme sur bien d’autres.

mentateurs, qui se sont occupés des transplantations de tissus , ont tous observe que le lambeau de peau, quoique changé de place, continuait à faire croître plumes, duvet ou poils , suivant l’espèce d’animal sur lequel l’opération avait été pratiquée. (Labat, Traité de rhinoplastie, pag. 137.)

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Destruclioa de la presque totalité du nez, rhïnoplaslie d’après la méthode française : l’opération ne réussit qu’en partie. Elle fut pratiquée dans l’amphithéâtre de la Pitié , à Paris, en juin 1830 (Pi. 19).

«Dans le courant du mois de juin 1830, une femme âgée de 30 ans entra à l’hôpital de la Pitié, avec une perte presque totale du chapiteau du nez , remplacé par une ouverture hideuse qui laissait à découvert toute la partie antérieure des fosses nasales. La peau calleuse et adhérente dans les environs se repliait en dedans pour se continuer avec la muqueuse. La cloison nasale, détruite en partie et déjetée à droite, obstruait totalement la narine de ce coté.

La malade racontait qu’à l’àge de trois ans, elle avait eu une maladie grave, la petite-vérole probablement, dont on voit de profondes traces sur la ligure, et à dix -sept ans, un ulcère de mauvaise nature.

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A la vue d’une pareille dilTormité, M. Lisfranc conçut le projet de détacher de chaque coté du nez un lambeau de peau triangulaire dont la base était dirigée vers la bouche, tandis que le sommet resté adhérent et devant servir de pédicule correspondrait à l’angle interne des yeux. Les deux lambeaux disséqués devaient être rapprochés et réunis sur la ligne médiane du nez.

Avant de procéder à l’opération , on eut soin de rétablir l’ouverture antérieure de la fosse nasale droite , en détruisant , par le moyen du bistouri , les adhérences qui maintenaient la cloison déjetée de ce côté. Une incision fut pratiquée à droite et à gauche sur la peau des joues; elle partait de trois lignes au-dessous et en dedans du grand angle de l’œil , et venait se terminer obliquement en bas et en dehors, au niveau de la limite inférieure de l’ouverture nasale. On détacha du pourtour de cette cavité les débris de peau qui étaient repliés et adhérents à toute 1 étendue du bord interne; ils furent égalisés et rafraîchis , afin de pouvoir être réunis vers la ligne dorsale du nez. Une section transversale , partant de l’extrémité inférieure de l’incision externe , et se rendant a celle qui avait été pratiquée pour

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décoller les bords cicatrisés du tronçon nasal , sépara la base du lambeau de la partie supérieure de la lèvre , ce qui facilita la dissection de cette portion triangulaire de la peau. La même manœuvre fut repétée de chaque coté , et nécessita la ligature de plusieurs artérioles. Les deux lambeaux qui en résultèrent furent réunis l’un à l’autre au moyen de trois points de suture , et servirent à former le bout du nez.

Il s’agissait ensuite de réunir les joues au bord externe de chacun de ces lambeaux; mais comme il résultait de ce rapprochement que la lèvre supérieure avait trop d’étendue en largeur, on remédia à cet inconvénient en retranchant à droite et à gauche une portion labiale de forme triangulaire. On procéda à cette partie de l’opération au moyen de deux incisions, dont l’une, dit l’auteur, parlait du point de terminaison de l’incision latérale , et se dirigeait obliquement en dehors et en bas , et l’autre partait de quelques lignes en dedans du bord saignant de la lèvre supérieure, et allait se réunir à la terminaison de la première.

Les joues furent disséquées dans une étendue suffisante pour favoriser leur rapprochement vers

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les bords externes des lambeaux , où elles furent maintenues en rapport au moyen de trois points de suture. Deux autres points , placés de chaque coté , fixèrent le bord saignant de la lèvre supérieure à la partie correspondante de la joue; enfin, le vide laissé par l’ablation de la portion de peau triangulaire fut comblé, et le nez se trouva raccoutré , à l’exception de la sous -cloison que M. Lisfranc était dans 1 intention de faire plus tard, en empruntant un lambeau longitudinal au centre de la lèvre supérieure, pour le contourner elle réunir au point inférieur et antérieur de l’extrémité nasale.

L’opération dura trois quarts d’heure , tant à cause des nombreuses ligatures qu’il fallut pratiquer, que des soins minutieux qu’exigea la dissection de la peau qui adhérait à la circonférence de 1 ouverture; en outre, douze ou treize points de suture furent indispensables pour maintenir les parties exactement en contact.

Le lendemain la face était tuméfiée , le nouveau nez paraissait au niveau des joues ; une saignée fut jugée convenable.

Le troisième jour, le visage était rouge et douloureux ; mais les plaies commençaient à se réunir

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par première intention , sauf un point de suppuration qui s’établit du côté de l’aile droite (1) , etc. »

Quoique j’aie puisé les détails que l’on vient de lire dans l’ouvrage de M. Labat, j’aurais pu , à la rigueur, les fournir moi-même; car j’ai été non-seulement témoin de l’opération, mais , je puis le dire sans craindre de blesser l’amour-propre de M. Lisfranc, elle a été pratiquée sous ma direction. C’est , en effet, à ce moment que je terminais mon Traité de la réunion immédiate j et le chirurgien en chef de la Pitié eut la loyauté de mettre quelques-uns de ses malades à ma disposition , en me permettant même de faire plusieurs opérations dans son hôpital (2). Or, celte époque correspond précisément à celle où M. Dieffenbacli Gt connaître , pour la première fois en France, quelques-unes de ses idées sur l’art de restaurer les difformités de la face. Aussi n’eut -on rien de plus empressé que de dire que

(1) De la rliinoplastie , par M. Labat, pag. 142.

(2) Je saisis avec plaisir cette occasion pour remercier M. Lisfranc de toutes les bontés dont il m’a honoré pendant mon séjour à Paris.

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le mode opératoire que j’avais proposé , et dont M. Lisfranc venait de faire l’application , était absolument le même que celui du chirurgien de Berlin.

Les choses eu étaient restées là, et peut-être bien des gens pensent encore que M. Dieffenbach a été réellement le premier à mettre en pratique la rhinoplastie d apres la méthode française ; c’est une erreur qu’il importe de relever. Les opérations que M. Dieffenbach a faites, et qui se rapportent à cette méthode , n’ont jamais eu pour but que de redresser des nez enfoncés, et non la formation de nouveaux nez aux dépens de la peau des joues (Ij.

(1) « La méthode opératoire que j’aî imaginée pour la restauration des nez , est assurément la plus simple la plus naturelle et la plus facile à exécuter de toutes elle consiste uniquement à tirer de la profondeur les débris de i ancen nez dont on doit ee semrpour en faine un rameau a les diviser en plusieurs parlies , et par le moyen d'attaches bien disposées, à les redresser les nns par rapport

Q nd tous les os et les parlies molles du nez ont été entièrement détruits, et q„'„n ne déeouvre plus nl’nn grand trou semblable à un cratère, je ne crois , a! personne ait essaye la rhinoplastie , parce qu’ordina'^™ ment la dyserasie est au-dessus des ressourTes 1“^

gue les bords de la joue sont, la plupart du Ip^d:;::

DE LA RHINOPLASTIE

Or, chacun sait maintenant à quoi s’en tenir, à cet égard , sur les titres de M. Larrey.

Je vais plus loin : MM. DielTenbach et Zeis reconnaissent, dans plusieurs passages de leurs écrits, que la peau des joues n’est pas propre à la restauration du nez , en ce qu’elle n’a pas la densité de celle du front , et que le tissu cellulaire graisseux qui la double , produit, en suppurant, un mouvement de retrait qui nuit beaucoup à la forme du nouveau nez. EnGn, y a t-il parmi les dessins que renferme l’ouvrage de M. Zeis, ou dans l’atlas queM. Dieffenbach a placé à la suite de l’un de ses mémoires (1), une seule planche qui prouve le contraire de ce que j’avance?

En admettant même que M. DielTenbach ait pratiqué la rhinoplastie selon la méthode française telle que je l’entends, je ne verrais encore là de sa part

calleux, rouges, et qu’ils donnent peu d’espérance de recevoir et de nourrir suffisamment le lambeau taillé dans la peau du front. » {Mémoires et obscrvatio^is sur la restauration du nez , par M. Dieffenbach. Journal complémentaire des sciences médicales, t. xxxix, pag. 16S et 166.)

(1) Chirurgische Erfahrungen , hesonders übcr die Jf'iederherstellung Zerstbrter Theile des menschlichcn Korpers nach neuen methoden. Berlin, 1850.

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qu’un fait isolé , et non l’expression abrégée de l’idéemère qui m’a dirigé dans mon travail. Quoique M. DiefTenbach ait fait un nombre infini d’opérations de restaurations de la face, il est aisé de voir, en le lisant, qu’il n’a jamais pris conseil que du moment, et qu’il a essayé toutes les méthodes sans en préférer aucune. De là,, le vague qui règne dans ses ouvrages comme dans la plupart des esprits, relativement à la valeur respective des procédés autoplasliques.

Malgré ce que je viens de dire au sujet de la malade de M. Lisfranc, je suis loin de présenter le procédé qu’il a suivi, comme exempt de toute difficulté ; je me fais même un devoir d’avouer que 1 opération n a réussi qu en partie , et que le nouv'eau nez s est peu a peu aplati. Mais je dois dire aussi que la cloison des fosses nasales manquait presque en totalité , ce qui est toujours un grand inconvénient. Peut-être aurait-il fallu, après l’opération , avoir recours à ces corrections secondaires qui sont d’un si grand prix a la suite des tentatives de ce genre; peut-être le procédé qui a été mis en usage a-t-il besoin de recevoir de nouvelles modifications. Quoi qu’il en soit, la rhinoplastie, d’après la méthode

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par déplacement, n’en est pas moins un fait acquis à la science (1). Il ne tardera pas à porter ses fruits.

Au point de vue de la médecine opératoire , l’art de restaurer les nez est l’une des parties les plus avancées de la chirurgie; toutefois, les procédés qui lui sont propres ne sont pas tous également sans dangers. Ainsi, sauf quelques cas exceptionnels , la rhinoplastie, d’après la méthode italienne, est accompagnée de tant d’accidents que l’on doit presque y renoncer. Sur deux cas de ce genre dont j’ai été le témoin, l’un des malades a succombé , l’autre a été en péril de mort.

Il n’en est pas de même de la méthode par torsion ; cependant , s’il faut eu croire 1 un des professeurs les plus distingués de l’école de Paris , la rhinoplastie faite d’après cette méthode aurait eu quelquefois les suites les plus fâcheuses. La rhinoplastie indienne, dit cet auteur, est une opération grave : sur deux malades, IM. Blandin a

(1) Quant à la méthode française , relativement à la rhinoplastie, on aurait tort, je pense, de la rejeter comme de l’adopter d’une manière exclusive. (Velpeau , Med» opér. , 2® édit., tom. pag. 6.j0.)

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été sur le point d’en perdre un. Un de ceux de M. Lisfranc est mort. M. Dieffenbach , pendant son séjour à Paris, en a perdu deux sur six (1).

Quant à la méthode française, je ne connais jusqu’à présent aucun cas dans lequel elle ait été suivie d’accidents mortels. Je dirai même que c’est là l’un des grands avantages de cette méthode; car, dès l’instant que l’opération est terminée, il n’y a plus de plaie à fermer; elle seule jouit en entier des bénéfices que donne la réunion immédiate. C’est ainsi, du reste, que je m’explique en partie les succès presque constants que j’ai obtenus dans cette branche de la médecine opératoire.

On sait déjà trop bien à quoi s’en tenir sur les, résultats définitifs que donne la rhinoplastie , relativement aux formes du nouveau nez , pour insister davantage sur ce point. Mais il est un fait que je tiens a bien établir : c’est que la rhinoplastie n’a pas seulement pour but de remédier à un vice de conformation ; elle peut aussi, d’une manière directe ou indirecte, contribuer au rétablissement de la voix, de l’odorat, de la vue et même de l’ouïe.

(t) Velpeau , Mèd. opérât., 2® édit., loin. pag. 647.,

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Je me résume et je dis que , parmi toutes les restaurations de la face , la rhinoplastie est sans contredit l’une de celles dont on pourrait, à la rigueur, se dispenser dans quelques cas ; toutefois elle est loin de mériter la réprobation dont on a voulu la frapper dans ces dernières années. Ce n’est pas au moment où l’autoplaslie acquiert de jour en jour de l’importance, que la rhinoplastie sera rayée des cadres de la médecine opératoire. La rhinoplastie a donné le jour à la chirurgie plastique ; elle doit vivre, grandir et prospérer avec elle.

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