DE LA BL^PHAUOPLASTIE
A l’aide de ces deux incisions et de celles qu’on a pratiquées pour enlever les tissus inodulaires , on circonscrit un lambeau trapézoïde , ou un parallélogramme, qu’on dissèque de bas en haut sur la tempe ou le front pour la paupière supérieure , de haut en bas et sur la pommette pour la paupière inférieure. Rien n’est plus facile ensuite que d’entraîner ce lambeau en dedans sans le tordre , sans le contourner, de manière à pouvoir en coudre le bord interne sur la lèvre interne de l’excision préalable , et le bord libre avec les téguments qui avoisinent le bord ciliaire de la paupière correspondante. Au total, ce lambeau prend alors la place des parties qu’on a cru devoir enlever, et c’est à la place qu’il occupait lui-même que se trouve définitivement la plaie (1). {Fig. 5 et 6, PL 29.)
Procédé de M. Jones. Une opération plus simple que les précédentes , et qui n’en est pas moins un genre de blépharoplastie , est celle que dit avoir exécutée M.W. Jones. Dans ce procédé, on pratique d’abord deux incisions , qui , partant des extrémités de la paupière malade , vont se joindre sous un angle
(4) Velpeau, Méd. opérât., 2“ édit., toiu. pag.637.
Dli LA BLÉl’HAllOPLASTIE.
plus ou moins aigu, et en circonscrivant un V plus ou moins allongé du côté de la pommette ou du côté du front, selon la paupière que Ton a à restaurer. On dissèque alors ce triangle de la pointe vers la base J dans la moitié de sa longueur à peu près ; puis on l’entraîne comme pour l’étendre , en tirant sur le bord libre de la paupière elle-même. Refermant immédiatement au moyen de la suture la plaie qu’il laisse après lui, on parvient à le refouler du côté de l’œil en allongeant réellement la paupière de tout ce qui peut lui manquer d’étendue. Comme ce lambeau n’est ni tordu, ni renversé, ni incliné, on en recolle les bords du même coup par quelques autres points de suture , aux tissus dont on les a momentanément séparés (1).
Quant au procédé de M. Fricke, il esta peu près inutile d en parler ; à moins d’un cas exceptionnel , ce mode opératoire n’est plus applicable à la blépharoplastie. Il appartient à la méthode indienne, il doit en subir le sort.
(1) Encyclographie des sciences médicales, année 1856, p. 291 , sur l'opération deVectropion et du lagophthalnws , par T. Warton-Jones.
DE LA IlLÉPHAnOPLASTIE.
II n’en est pas entièrement de même du procédé deM.DielTenbach ; aussi ne suis-je nullementsurpris que, dans l’appréciation que M. Velpeau en a faite, cet auteur ait dit : Pratiquée de cette manière, la blépharoplastie est réellement une opération assez facile pour que tout le monde puisse la tenter , et j’ai pu me convaincre, en examinant à Paris une des malades opérées par M. Dieffenbach , que c’était un procédé à conserver.
En reconnaissant ce que ce mode opératoire peut avoir de bon , je me garderai cependant de l’adopter sans restrictions. Si , tout en l’admettant , M. Velpeau croit pouvoir lui reprocher de nécessiter un décollement considérable de tissus, et de ne s’appliquer parfaitement qu’aux déperditions de substance plus longues que larges, je lui reprocherai, à mon tour, de créer une plaie pour en fermer une autre, et d’exposer par là le malade à ce que la cicatrice nouvelle qui va se faire ne déforme, à son tour, la paupière de nouvelle formation. Cette objection n’est pas sans valeur.
Le mode opératoire de M. Jones n’offre pas, à la vérité, cet inconvénient, et mériterait, à mon sens, la préférence. « J’ai plusieurs fois essayé
DIÎ LA KLÉPHAROPLASTIE.
cette méthode sur le cadavre, dit M. Velpeau, et j’en avais été tellemeut satisfait que je l’eusse appliquée chez une jeune fille, s’il ne m’était pas revenu qu’en l’essayant quelques mois auparavant, M. A. Bérard avait complètement échoué. Il me semble néanmoins que c’est un genre de blépharoplastie qui mérite d’être mis à l’épreuve. » Je partagerais assez volontiers l’opinion de M. Velpeau, d’autant que le procédé de Jones se rapproche beaucoup de la méthode française.
Avant d’approfondir davantage la question , invoquons de nouveaux, faits.
Destruction de la totalité de la paupière inférieure par l’effet d’une dartre rongeante ; blépharoplastie d’après le procédé de M. Dielfenbach : guérison. L’opération a été pratiquée à Liège , le 3 novembre 1840, par le docteur Ansiaux.
« M. G*** de Dison était atteint , depuis douze ans environ, d’une dartre qui s’était déclarée à la racine du nez, et avait en se développant gagné et détruit la paupière inférieure droite, et envahi une grande
DE LA BLÉPHAROPLASTIE.
surface de la joue. M. G*** suivit plusieurs traitements sans aucun avantage notable , puisqu’une opération seule pouvait restaurer les parties détruites. Il vint réclamer de moi , avec instance , l’opération qui devait le délivrer des douleurs excessives dont l’œil , privé d’un de ses voiles naturels , était le siège.
Voici quel était l’état des parties lorsque le malade se présenta à ma consultation.
Toute la paupière inférieure avait disparu par l’action corrodante du vice herpétique , dont le passage avait laissé sur la joue une cicatrice large et assez marquée. Cependant la conjonctive existait encore , mais elle présentait un état granuleux, et s’étendait au-delà du rebord orbitaire auquel elle était adhérente. La paupière inférieure étant détruite, l’œil n’était recouvert que d'une manière incomplète par la paupière supérieure, qui, ne pouvant s’étendre au-delà des limites tracées parla nature , avait formé un ectropion par suite des efforts que le malade faisait pour le mettre à l’abri du contact de l’air et de la lumière. Un épipbora continuel , qui le forçait à s’essuyer constamment la joue , était venu compliquer l’état déjà si pénible du malade.
I)Ii LA BLÉPHAROPLASTIE.
Des cautérisations pratiquées d’abord avec le sulfate de cuivre, ensuite avec le nitrate d’argent, firent disparaître les granulations, et le malade fut en état d’être opéré le 3 novembre 1840.
Pour rendre l’opération plus précise, je traçai à l’encre deux lignes droites partant des commissures des paupières, et venant se joindre sur la joue en formant un triangle dont la base correspondait au bord libre de la paupière inférieure. Dans cet espace étaient compris tous les tissus qui devaient être enlevés. La base du triangle fut ensuite prolongée vers la tempe, d’une longueur à peu près égale à celle du diamètre transverse de l’œil , et de l’extrémité de cette incision , j’en fis partir une autre qui, marchant parallèlement au côté externe du triangle précédent, se termina au niveau de l’extrémité de ce même triangle. J’obtins ainsi un lambeau quadrangulaire que je disséquai, et qui me servit , en lui faisant subir un déplacement latéral de dehors en dedans, à reconstituer la paupière détruite. Heureusement je pus, en me livrant à cette dissection, conserver, d’un côté, une grande partie du cartilage tarse, et de l autre, la conjonctive palpébrale qui me servit à revêtir la surface interne
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du lambeau. Toutes ces" parties furent ensuite maintenues dans leur position respective , à l’aide d’un certain nombre de points de suture. Quant à la plaie provenant du déplacement du lambeau, je tâchai de la réduire autant que possible , en ayant recours au même moyen.
2^ jour. Le malade a eu une nuit calme, pouls à 85 pulsations , sans raideur, ni tension. L’aspect du lambeau est à peu près le même que la veille ; il est violacé, luisant; le malade y éprouve de la tension et de la chaleur qu’on constate au toucher. (Application de six sangsues, scariûcations nombreuses , continuation des fomentations froides : diète absolue. )
3® jour. Nuit bonne , état général satisfaisant ; le lambeau présente un autre aspect, sa teinte est d’un rouge assez vif. (Scarifications, enlèvement de quelques points de suture , applications froides, continues: diète lactée.)
4® jour. L’état du malade est des plus satisfaisants , toutes les sutures sont enlevées à l’exception de celle qui maintient le lambeau dans l’angle externe. La réunion est parfaite a 1 angle interne , où la nuance plus foncée de la partie res-
l)li LA BLIÎPUAUOI'LASTIE.
taurée fait seule apercevoir l’application du lambeau ; elle n’est pas accomplie exactement dans l’angle inférieur de l’incision. Cet accident doit être attribué à ce qu’un des bouts du fil, formant le nœud de la dernière suture, est venu se placer sur la ligne formée par la réunion des lèvres ,de la plaie, et a empêché leur adhésion mutuelle. Touché avec la teinture de cantharides, ce point bourgeonna bientôt, et l’adhésion ne tarda pas à être complété. (Les applications d’eau froide sont continuées pendant quelques jours encore, et le gonflement ne tarde pas à céder.)
La plaie produite par la perte de substance résultant du déplacement du lambeau , est pansée avec de la charpie , et fournit bientôt des bourgeons charnus qui sont réprimés avec le nitrate d’argent.
Le traitement ne fut compliqué d’aucun accident cérébral; le pouls ne s’éleva jamais au-delà de 90 pulsations : on peut attribuer ces circonstances favorables à la quantité de sang perdue par le malade pendant l’opération. Douze jours après, un érysipèle se déclara à la paupière supéj’ieure gauche ; il s’étendit bientôt à toute la joue , gagna le côte droit, envahit la paupière supérieure et
DB LA. BLÉI'HAUOPLASTIE.
la partie frontale de ce côté de la face , sans épargner le lambeau qui se tuméfia un peu comme le reste. Le tout céda à l’application de sachets aromatiques et à l’emploi des révulsifs sur le tube intestinal. A cette epoque du traitement, cet érysipèle ne pouvait m’inspirer aucune crainte sur l’issue de la maladie , mais il retarda de quelques jours la guérison. Cependant le malade put bientôt retourner chez lui reprendre ses occupations. L œil droit , protégé contre l’action de 1 air et de la lumière, n’éprouvait plus de photophobie (1). »
S’il est une circonstance qui puisse rendre intéressante l’observation de M. le docteur Ansiaux, c’est le soin avec lequel il a su conserver la conjonctive palpébrale , s’en servir ensuite pour doubler son lambeau , et s’opposer par ce moyen à son introversion. Toutefois cette modification dans le procédé opératoire n’a rien de neuf; il y a déjà long-temps que j’ai cherché moi-même à en faire
(1) Annales d’oculistique , par le docteur Cunier, t. v, 3® liv., P- 130.
DK LA ItLIiPHAKOPLASriE.
sentir toute l’importance. Que M. le docteur Ansiaux ne se prévale donc pas de ce fait clinique pour répéter, avec MM. Zeis et Phillips, que ce n’est que depuis le voyage de M. Diefifenbach en France que l’on cultive chez nous la chirurgie plastique : 1e cas ne serait pas bien choisi. J’ignore ou, pour mieux dire, je feins de ne pas savoir ce que l’on faisait alors à Paris; mais ce que je sais, et ce que les élèves de notre Ecole pourraient attester, c’est que, dès l’année 1834, époque de l’arrivée de M. Dieffenbach eu France, je disais publiquement que le procédé que ce chirurgien venait de proposer pour la blépharoplastie était défectueux sous plusieurs rapports. La méthode française seule, ajoutais-je , peut satisfaire toutes les exigences. Je ne tardai pas à prouver ce que j’avais dit.
Parmi les divers cas de blépharoplastie que je pourrais invoquer en faveur de cette méthode , je choisis le suivant. Je le cite de préférence à tout autre, parce qu’il est assez récent pour que les élèves de la clinique en conservent eucore le souvenir.
DE LA BEÉl'nAnoi'LASTIE.
Ulcère cancéreux occupant une partie de la joue et de la paupière ; ablation des parties ulcérées ; restauration des parties détruites au moyen de la méthode française. L’opération eut un plein succès {Pl. 26).
Teissonnière (Jeanne), âgée de 51 ans, avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’il se manifesta sur la pommette du côté gauche un petit bouton , qui, après avoir été long-temps indolent, devint le siège d’un sentiment de démangeaison qui incommodait de plus en plus la malade , et l’obligeait à le gratter avec les doigts. Quinze mois après son apparition, ce bouton avait acquis le volume d’une cerise: c’est alors qu’un médecin, ayant jugé a propos de pratiquer plusieurs cautérisations , favorisa , sans s’en douter, les progrès de l’ulcère, à tel point que, lorsque la femme Teissonnière vint à Thopital Saint-Eloi de Montpellier , il avait au moins un pouce et demi d’étendue dans son plus petit diamètre. Sa forme était à peu près celte d’un quadrilatère, et son fond sale-grisâtre , laissant
DK LA nLÉPnAUOl’LASTIE.
s’écouler à chaque instant une matière ichoreuse , indiquait assez quelle était la nature du mal {PL 26, fig. 1).
Le mode opératoire à suivre était tout naturel : je n’eus qu’à pratiquer une série d’incisions BG, CF, BC , DE, de manière à enlever la totalité des parties ulcérées , et à détacher en dessous , dans l’épaisseur de la joue, un lambeau carré DG, EF, auquel je fis subir un mouvement d’ascension qui ramena la ligne DE à la hauteur de la ligne BC (PI. 2G, fig. '2). Quelques points de suture entrecoupée suffirent pour maintenir tous ces tissus en contact (Fig. 3) et réparer ainsi la perte de substance que j’avais faite. Lorsque la malade sortit de l’hôpital , on voyait à peine sur sa figure trois cicatrices linéaires (Fig. 4). Cette opération ne suscita pas le plus léger dérangement.
Qui ne voit combien ce mode opératoire l’emporte . sur celui dont M. le docteur Ansiaux a fait usage?
11 offre surtout le grand avantage de permettre de fermer immédiatement la plaie qui résulte de l’opé-
DE LA IILÉI'UAUOPLASTIE.
ration , avec le lambeau même qui sert à constituer la nouvelle paupière. Le procédé de M. Dieffenbach est déjà imparfait, par cela seul qu’il ne remplit pas celte dernière condition. Quoi qu’on en dise, le voisinage d’une plaie avec perte de substance sera toujours un inconvénient en pareil cas.
Puisque M. le docteur Ansiaux avait tant à cœur de faire ressortir les travaux de M. Dieffenbach , au moins devait-il emprunter à cet écrivain celui de ses procédés qui semble réunir le plus de chances de succès. Sans doute que M. Dieffenbach, mieux avisé que lui, s’est aperçu que le mode opératoire en question était défectueux, puisqu’il a proposé d’y suppléer par un autre qui consiste à enlever les cicatrices à l’aide de deux incisions en V, comme dans le procédé de M. Adams , et à disséquer chacun des lambeaux latéraux, pour les ramener ensuite vers la ligne médiane , et pour reconstituer ainsi la paupière , tout en fermant la plaie provenant de l’ablation des parties malades [PI. 30, fig. 15). Ce mode opératoire rentre dans la méthode française; mais je doute fort qu’il soit applicable lorsque la paupière a été détruite presque en totalité. Restreint dans certaines limites , il
de la blépharoplastie.
D’appartieDl plus à M. Dieffenbach, mais bien à M. Adams.
Outre les procédés relatifs à la blépharoplastie dont j’ai fait mention, il en est deux que Ion ne connaît presque pas en France, et dont il convient de parler sous plusieurs rapports (I). Fauteur, M. Hysern y Molleras, les a rapportés à deux méthodes qu’il a nommées méthode temporo-faciale et méthode naso- faciale. La première s’applique a la restauration des deux paupières; la seconde n a trait qu’à celle de la paupière inférieure {PL 29, fig- 3 et 4). L’une et l’autre appartiennent par le fait a la méthode indienne ou par torsion , et se rapprochent beaucoup, à cet égard, des modes opératoires de MM. Dzondi, JüngkenetFricke (PL 29, fig. 1 et 2). Toutefois elles en diffèrent essentiellement, en ce sens que M. Fricke n’a jamais songé qu’à former
(1) Je regrette de ne pas pouvoir mettre à profit un mémoire fort intéressant qui vient de paraître dans le JN“ du 30 janvier 1842 , du Bulletin de thérapeutique : Note sur divers procédés opératoires pour le traitement de l’eciropion , du trichiasis , de l’enlropion et des adhérences oculo-palpéhrules , par M. Pétrequin, de Lyon.
DK LA HLlil’IIAnOI'LASTlE.
un lambeau cutané , sans s’inquiéter de la plaie qui devait résulter de la soustraction du lambeau , tandis que M. Hysern y Molleras, voyant la question de plus haut, a cherché à remédier à ce double inconvénient.
Selon ce dernier auteur , la blépharoplastie n’a pas seulement pour objet de réparer une perte de substance; le chirurgien doit encore s’appliquer, en pratiquant cette opération , à tailler les lambeaux de manière à ce qu’ils contiennent, dans leur épaisseur, un certain nombre de fibres du muscle orbiculaire des paupières, et que, par l’effet du changement de position qu’ils doivent subir, les fibres musculaires conservent une direction favorable aux mouvements naturels des paupières.
M. Hysern y Molleras ne s’en est pas tenu là: il a senti, mieux que ne l’avait fait M. Fricke, que, pour obtenir un succès complet dans la blépharoplastie, il fallait aussi , d’une part, emprunter le lambeau sur une partie de la face où les cicatrices pussent être facilement masquées , et de l’autre, se mettre dans le cas de les rendre peu apparentes , eu réunissant la plaie provenant de l’opération. Telles sont, du moins, les intentions diverses qu’il a voulu
1)E LA BLlîl>HAUOPLASTIE.
remplir, en proposant la méthode qu’il nomme temporo-faciale (Ij.
Il faut même en convenir : rationnellement parlant, l’auteur semble y avoir réussi, car la direction qu’il donne à ses lambeaux est telle que , dans la restauration de la paupière supérieure , par exemple, la portion de peau destinée à former ce voile mobile contient, dans son épaisseur, un assez bon nombre de fibres musculaires; ces fibres doivent même, par le déplacement qu’elles subissent, acquérir une direction encore plus en rapport avec celles dont elles prennent la place. En outre, la forme allongée de la plaie qui résulte du soulèvement du lambeau , permet, on ne peut mieux , d’en rapprocher les bords et de les réunir immédiatement. Par ce moyen , le procédé de M. Hysern y Molleras devient à l’abri de l’un des plus grands reproches que 1 on puisse adresser à la méthode indienne. Du reste , le lecteur s’est déjà probablement aperçu que le mouvement de rotation que le chirurgien de Madrid fait subir au lambeau , égale à peine un quart de cercle.
(i; Tratado de la blefaroplastia temporo-facial , o del
DK LA BLÉPHAROPLASTIE.
Quant au procédé que M. Hysern y Molleras nomme méthode naso- faciale , et qui a pour but d’emprunter une portion de peau au côté interne de la joue et à la face externe du nez, l’auteur ne se dissimule pas que les fibres qui doivent servir à doubler ce lambeau , et qui proviennent surtout du pyramidal et du transversal du nez, n’ont pas la direction qu’elles devraient avoir pour mettre en jeu les paupières; aussi n’attache-t-il à ce procédé qu’une importance relative.
Le travail de M. Hysern y Molleras se fait nonseulement remarquer par les combinaisons heureuses auxquelles ce chirurgien espagnol s’est livré , pour retirer de la blépharoplastie les résultats satisfaisants que je viens de signaler , mais encore par la sagacité et la bonne foi avec lesquelles il a su faire la part des procédés qui lui sont propres et celle des modes opératoires qui appartiennent à MM. Dzondi , Jüngken , Fricke et Argumosa (1). Or , c’est en
mélodo de restaurar las deslrucciones de los pàrpados, pag. tOS, Madrid, 185^.
(i) M. Diego Argumosa pratique l’opération de la manière suivante : il commence par faire une incision quasiliorizontale parlant de l’angle externe de l’œil jusqu à la
DK DA BLKl’HAilül'LASTIE.
1829 que M. Hysern y Molleras mettait déjà en pratique la méthode temporo-faciale , c’est-à-dire à une époque où les travaux de M. Dieffenbach n’étaient pas encore connus en France.
Après avoir traité de la blépharoplastie d’une manière générale , cherchons à l’étudier au point de vue pratique : alors seulement nous aurons une idée précise de la valeur respective des méthodes et des procédés qui en dérivent.
« Il ne faudrait pas , dit à ce sujet M. Velpeau, se faire illusion sur les services que peut rendre la blépharoplastie : de quelque manière que l’on s y prenne , la paupière la mieux reconstruite
tempe , et d’une longueur égale à la distance qui sépare ce qui reste de la paupière jusqu’à l’angle interne de 1 œil; ensuite, il fait une autre incision oblique de l’extrémité externe de la première, et jusques au-dessous de la pommette; il dissèque le lambeau et le transporte en le faisant glisser en dedans jusqu’au grand angle de l’orbite pour former avec son bord libre la paupière.» Ce procédé, mis en usage en 1832 par M. Jrgimiosa, en Espagne, est exactement celui que M. Dieffenbach pratiqua en 1853 à la Pitié, a Paris, sur un malade que lui avait confié M. Lisfranc, r, C’est M. le professeur Rigaud, de Strasbourg, qui s’exprime ainsi. (Thèse de concours sur l’anaplaslie des lèvres, des joues et des paupières, pag. 186, année 18^1 1.)
^12 DK LA BLÉKHAUOPLASTIE.
manque rarement de se déformer de nouveau. Tantôt le lambeau d’emprunt se resserre tellement, qu’il revêt la forme d’une petite tumeur , d’une bosselure plus ou moins inégale; tantôt il finit par reproduire l’ectropion , ou par tirer dans un sens ou dans l’autre la paupière restaurée , à la manière d’une bride inodulaire. D’un autre côté, il y aurait de la folie à croire qu’un lambeau purement tégumentaire remplacera jamais une paupière dont le muscle orbiculaire ou le cartilage tarse ont été détruits. On conçoit aussi que les cils ne peuvent point être reproduits par ce genre d’opération.
Il résulte de là, ajoute le professeur de Paris, que, pour tous les cas où la déformation des paupières tient uniquement à une maladie de la peau, la blépharoplastie , méthodiquement conduite, offre un remède véritablement précieux; que même, en l’absence du muscle orbiculaire, elle peut être d’un grand secours , en supposant que les cils et les cartilages tarses aient été conservés. Si la destruction était plus profonde , la blépharoplastie ne serait point encore à rejeter, attendu qu’elle permettrait de fournir à l’œil un voile protecteur contre l’action de l’atmosphère et les inllammations
DK LA nLÉl*HAUOPLASTIE. 4t3
OU la fonte de la cornée; mais on aurait tort, dans ce cas, de compter sur de véritables paupières, de promettre au malade qu’on le débarrassera complètement de sa difformité (1). «
Les faits que M. Velpeau allègue contre la blépharoplastie sont exacts , et j’ai été souvent dans le cas d’en acquérir la preuve dans ma pratique. Mais ne pourrait-on pas , dans l’état actuel de la science, éviter plusieurs de ces inconvénients? La ^hose ne me parait pas impossible. Et d’abord , pour ce qui concerne la déformation, ou, en d’autres termes, le recoquillement de la nouvelle paupière , cet accident ne doit avoir lieu que lorsque le chirurgien n’a pas eu la précaution de doubler le lambeau avec la muqueuse palpébrale; car, si dans quelques cas l’ectropion s’est reproduit , ou si la nouvelle paupière a subi un déplacement consécutif , cela n’a pu provenir que de ce que la face profonde du lambeau a suppuré , ou de ce que 1 on n a pas réuni immédiatement les bords de la plaie provenant de l’opération.
M. Velpeau a également raison de soutenir qu’un
(1) Méd. opérât., 2« édit, de 1839, tom. pag.6S8.
DE LA BLÉPHAROPLASTIE.
lambeau purement tégumentaire ne remplacera jamais une paupière dont le muscle orbiculaire aura été détruit. Mais cet écrivain ne connaissait probablement pas, à l’époque où il parlait ainsi , les ressources qu’offre dans ce cas le procédé de M. Hysern y Molleras; du moins, il n’en fait pas mention.
Enfin, on conçoit, dit-il, que les cils ne peuvent point être reproduits dans la blépharoplastie. J’en conviens avec lui (1) ; je me permettrai cependant, à cette occasion , de faire observer qu’il en est des cils comme des cartilages tarses et du muscle orbiculaire des paupières; souvent on serait tenté de croire, d’après la déformation qu’a subie la paupière, que toutes ces parties ont été détruites, alors qu’en y regardant avec soin , on s’aperçoit bientôt qu’elles ont été respectées. A mesure que l’on se familiarisera avec la blépharoplastie , on reconnaîtra de plus en plus que l’on peut redresser une paupière , comme MM. Larrey et Dieffenbach exhaussent un nez.
(1) J’ai déjà parlé, à l’article des considérations générales, pag. 42, des expériences faites par Dzondi, pour garnir de cils le bord libre des paupières de nouvelle formation ; mais il ne s’agit jusqu’ici que de simples essais.
DK LA IlLÉrHAKOl’LASTH:.
Je ferai , relativement à la blépharoplastie , une dernière remarque : quelle que soit la supériorité que présente, selon moi , la méthode par déplacement, j’avoue qu’elle n’est guère applicable, dans ce cas, qu’à la restauration de la paupière inférieure. Il n’en est pas de même de la méthode de M. Hysern y Molleras, qui est celle qui se rapproche le plus de la méthode française. Elle doit être même préférée, à divers égards, à la méthode de M. Friche , comme à celles de M. Jones et de M. Dieffenbach. On en connaît maintenant les motifs.
Envisagées d’une manière générale, ces méthodes ont donc des avantages incontestables les unes par rapport aux autres ; mais lorsqu’on en vient aux applications particulières, on rencontre des cas dans lesquels on doit tout sacrifier au siège et a 1 etendue du mal. Ainsi, faut -il restaurer la moitié interne de la paupière inférieure , la méthode naso-faciale de M. Hysern y Molleras peut convenir; tandis que, pour remédier à une perte de substance de la moitié externe de cette même paupière , il n’y a pas de meilleur procédé que celui de M. Argumosa. Faut-il, au contraire, re-
DE LA ULEi'UAIlOPLASTIE.
faire en totalité la paupière inférieure , la méthode française et la méthode temporo-faciale l’emportent sur toutes les autres. Enfin, dans les cas de destruction complète de la paupière supérieure , le procédé de M. Fricke et celui de M. Hysern y Molleras sont les seuls qui soient applicables.
Le traité sur la blépharoplastie de ce dernier auteur nous montre donc la chirurgie espagnole moderne marchant sur la même ligne que celle des contrées les plus civilisées de l’Europe ; c’est une justice de le reconnaître et de le dire.