I>E LA RESTAURATION
inférieure. En outre , on pouvait relever le reste de cette paupière , lui faire couvrir la portion de la conjonctive que la dénudation exposait constamment à l’inflammation, et l’employer à conduire les larmes vers le grand angle de l’œil , d’où elles auraient coulé dans le nez par-dessous ce même lambeau qu’il était aisé de conserver isolé dans sa partie moyenne. Le malade ayant consenti au plan d operation que nous avions formé , nous l’y préparâmes pendant quelques jours, par la privation des aliments , une boisson relâchante et deux laxatifs. 11 fut opéré le 21 juin 1820, en présence d’un concours nombreux de spectateurs (1). h
Je cite ce fait, moins pour engager les praticiens à imiter, en pareil cas, la conduite de Delpech, que pour montrer combien ce professeur devait avoir déjà des idées avancées sur l’autoplastie , lorsqu’il entreprit cette opération ; personne n’avait encore
(1) Delpech, Chirurgie clinique de Montpellier, toni.ii, pag. 221 , pl. 24.
DU SAC LACRYMAL
tenté , à cette epoque , de restaurer le sac lacrymal à l’aide d’un lambeau d’emprunt.
C’est dans cette même année 1820 , que Delpech flt cette belle opération d’oschéoplastie dans laquelle , après avoir exhumé la verge et les deux testicules du sein d’une tumeur éléphantiaque du poids de 60 livres , il forma à chacun de ces organes une nouvelle enveloppe aux dépens de la peau circonvoisine. Pourquoi faut-il que l’auteur de la chirurgie clinique de Montpellier, qui semble avoir entrevu à cette occasion les avantages que pouvait offrir la méthode par déplacement , n’ait pas donné suite a cette idée , et se soit horné à avoir recours tantôt à la méthode italienne , et tantôt à la méthode indienne ? Cette erreur seule a créé à ce grand chirurgien une foule de difficultés contre lesquelles il a vainement lutté jusqu’au dernier jour de sa vie. Delpech fut l’un des premiers à sentir et à dire combien il serait essentiel , pour le succès de la cheiloplastie , de doubler la surface interne des lambeaux avec une membrane muqueuse , et Delpech est mort sans avoir pu résoudre ce problème. Or, si au lieu de faire usage de la méthode par torsion , il eût eu recours à celle par déplacement, la question
VZ ZU aE2TAURATI0N
était résolue d’elle-même , car le lambeau se îrouvail alors naturellement revêtu d’une muqueuse.
Je lue rappelle avoir va dans le temps le jeune ïnendiant dont parle Delpech ; je fus même chargé par lui de recueillir la plupart des détails relatifs à son observation , et je ne crains pas de trop dire en avançant qu’il eût été possible de réparer la difformité que présentait ce malade , en formant un lambeau aux dépens de la peau de la joue. L’opération eût été plus simple, moins douloureuse, et le résultat tout aussi sûr. Aujourd’hui on serait à peine excusable si , pour une difformité pareille , on allait emprunter un lambeau au front.
Il ne me reste qu’un seul fait à rapporter en faveur de la méthode française; il les résume tous.
Uilacéialion complète du visage à la suite d’un éclat de mitraille i restauration du nez, des lèvres et des jones, au moyen de la méthode française : guérison. Par M. Burggraëve.
« En 1 83 1 , lors de l’invasion des Hollandais , un soldat belge , nommé Jean-Baptiste Cornelis , du
DU SAC LACUYMAC.
2« chasseurs à cheval, reçut, dans une charge, sur une batterie , un éclat de mitraille à la figure. Les résultats de cette blessure furent horribles ; presque tout le visage fut emporté. Il faut qu’en cet état on ait désespéré de le sauver , car aucun soin ne fut pris pour réparer cette mutilation. Après six mois de souffrance , ce malheureux fut renvoyé dans ses foyers ; c’est dans les rues de notre ville que je fis sa rencontre.
L’aspect de cet homme n’avait plus rien d’humain : qu on se figure deux yeux déjetés de leurs axes , ouverts au-dessus d un antre profond , dans lequel on entrevoyait les fosses nasales et l’arrière-bouche, et que limitait en bas une lèvre unique , labourée par des cicatrices. Le projectile, entré du côté gauche, avait brisé en éclats la mâchoire inférieure , coupé la langue , et, dans le trajet oblique qu’il avait parcouru, il avait à la fois emporté la lèvre supérieure, la joue droite, et fait éclater les os de la mandibule supérieure. Par suite de l’enlèvement des os maxillaires et du vomer, la bouche et les fosses nasales étaient converties en une seule cavité , audevant de laquelle flottaient les débris de la lèvre supérieure. En arrière , les os palatins et le voile