DE EA RESTAURATION
laire supérieur détruit d’un côté, le nez adhérent aux parties intérieures , la lèvre enlevée , la joue détruite ; rappelez-vous l’étendue de cette dissection où la face entière dut être taillée en lambeaux , pour en reconstruire un tout qui a rendu l’aspect de cet homme moins repoussant. M. Burggraëve a beaucoup osé : une dissection aussi large dans le voisinage des organes les plus importants , au milieu des parties les plus délicates , sans que la crainte d’une lésion irréparable, ou de mille accidents consécutifs qui pouvaient venir compliquer et compromettre une cicatrisation aussi vaste , ait fait hésiter un seul instant son scalpel ; c’est là une opération devant laquelle eût faibli le courage des chirurgiens les plus consommés. Toutefois cet acte de hardiesse n’a entraîné aucun accident, et donne la mesure de ce que peut tenter l’homme de l’art , sans craindre de compromettre la vie de ses malades. Elle donne surtout une haute idée de la puissance de la chirurgie plastique, même dans les cas les plus graves. En un mot , c’est le plus bel éloge que l’on puisse faire de la méthode par déplacement.
C’est ici ou jamais le cas de répéter avec le pro-
DU SAC LACRYMAL
fesseur Roux , de Paris : « Après un tel triomphe obtenu par Fart, je serais tenté de prétendre qu’il n’y a rien d’impossible en fait de restauration de la face. »
DE LA KÊRATOPLASTIE ET DE L’OTOPLASTIE.
Après avoir traité de l’art de restaurer le sac lacrymal , faut-il au moins dire un mot de la kératoplaslie que l’on a tentée dans ces derniers temps. M. Moësner en avait déjà fait l’essai en 1823, M. Reisinger en 182^4 , et M. Drolshagen environ dix ans après. Plus tard , MM. Himly et Bigger, et surtout M. Slilling , ont repris ces expériences chez les animaux , et quelques-unes , dit-on , ont été même pratiquées chez l’homme.
Deux procédés ont été imaginés à cet effet : dans l’un, celui que les expérimentateurs ont le plus souvent employé chez les animaux, on excise la cornée
DE LA RESTAUKATIOV
malade ; puis on la remplace par une cornée de veau ou de mouton. Dans le second , que M. Dieffenbach prétend avoir mis en pratique avec succès chez une jeune fille , on passe , au moyen d’une aiguille fine , trois fils à travers la cornée sur les côtés du leucoma ; circonscrivant ensuite la tache par deux incisions , on l’enlève dans une ellipse de la membrane dont on ferme ensuite immédiatement la plaie, en nouant les fils préalablement passés à travers toute son épaisseur.
« Lorsqu’un homme haut placé dans la science , dit à ce sujet M. Velpeau , assure avoir réussi en opérant de cette façon , on doit le croire. Mais je le croirais à peine , ajoute le même auteur , si je l’avais fait moi-môme ; et je doute fort que M. Dieffenbach trouve des imitateurs parmi les chirurgiens prudents. » Il serait difficile , en pareille matière , de ne pas être de l’avis du professeur de Paris.
Quant au procédé par transplantation auquel M. Dieffenbach a voulu aussi attacher son nom , ce n’est pas la peine d’en discuter la valeur ; les essais auxquels M. Stilliug s’est livré à Paris , ne peuvent plus laisser de doute à cet égard. Peut-être
DU SAC LACllYMAL.
même , s’il fallait agiter la question de priorité , serait-il aisé de prouver que l’idée première de celte opération appartient à un oculiste français (I).
11 resterait encore à parler de l’oloplastie , ou de l’art de corriger les difformités du pavillon de l’oreille ; mais les exemples de ce genre ont été jusqu’ici si rares , que je crois pouvoir me dispenser de consacrer un chapitre à ce sujet (2). Autant l’otoplastie est impuissante à reproduire le pavillon de l’oreille tout entier , autant elle paraît devoir etre efficace lorsqu il ne faut restaurer qu’une partie de cet organe. Néanmoins, en pratiquant celte opération, il faut toujours avoir le soin de
(1) Pellier de Quengzy , Cours d’opérations sur la chirurgie des yeux, tora. pag. 94(1789).
(2) Cette opération, indiquée par Celse et remise en vigueur par M. Dieffenbach , a réussi une fois entre les mains de M. de Renzy. M. Velpeau l’a pratiquée deux fois inutilement. {Dictionnaire de médecine, ou Répertoire général des sciences médicales, article Oreille, par A. Bérard , tom. XMi,pag. 533.)