‹ Traité sur l'art de restaurer les difformités de la face, selon la méthode francaise par déplacement, ou méthode française [et] Atlas de 30 planches representant 120 figuresChapitre 27 sur 59 · DE LA HESTAUUATION DU SAC LACRYMAL · texte numérisé non relu

DE LA HESTAUUATION DU SAC LACRYMAL

placer en dehors la face cutanée du lambeau , afin que le coté saignant qui doit suppurer et se couvrir d’une cicatrice, se trouve correspondre vers la tête. Inutile d’ajouter que la méthode française est encore applicable dans ce cas.

CONCLUSIONS

Jt ne sais si je me fais illusion , mais il me semble avoir suffisamment prouvé que la méthode française , que 1 on a long-temps considérée et que bien des praticiens considèrent encore comme une méthode exceptionnelle , a pris rang désormais dans 1 histoire de 1 autoplastie , et paraît destinée à remplacer la méthode italienne et la méthode indienne. Je dis plus , la méthode française l’emporte sur ces dernières , tant par la simplicité des modes opératoires qui en dérivent , que par les résultats satisfaisants qu’elle fournit.

AU

CONCLUSIONS

Il m’eût été facile , sans doute , de puiser dans ma pratique d’autres faits en faveur de cette même méthode , et de donner ainsi beaucoup plus d’étendue à mon travail ; mais à quoi bon entasser des observations presque identiques , dont les détails n’auraient servi qu’à fatiguer l’attention du lecteur ? Si, dans le cours de cet ouvrage , j’ai cru parfois devoir emprunter quelques faits à autrui, c’est que je savais que l’on se méfie en général, et avec raison , des procédés opératoires qui ne réussissent qu’entre les mains de ceux qui les préconisent ; j’avais donc intérêt à montrer que la méthode française a été aussi mise eu pratique par d’autres chirurgiens.

Toutefois , parmi ceux qui en ont fait usage , il n’en est pas un seul , au moins à ma connaissance , qui ait su l’apprécier à sa juste valeur , ou qui ait tenté d’en généraliser l’emploi. Au milieu des opérations si variées d’autoplastie que M. Dieffenbacb a exécutées, son esprit flotte encore sans savoir s’il est une méthode qui mérite la préférence , et qui puisse être appliquée à toutes les restaurations de la face. Eh bien ! cette méthode existe , c’est la méthode par déplacement : et, s’il est une chose qui m’étonne , c’est que M. Dietfenbach , dont le génie

CO^XLUSIONS.

chirurgical perce à chaque instantdans ses ouvrages, ait si souvent touché à cette vérité sans la saisir.

Pour ma part , je déclare que je n’en ai puisé 1 idée ni dans mes lectures , ni dans les opérations d autoplastie que j’avais vu faire ; il m’a suffi de réfléchir à la manière avantageuse dont la nature travaille à la cicatrisation des plaies avec perte de substance , pour pressentir que l’on pourrait peutêtre , en disséquant les téguments de la face, leur faire subir un déplacement assez grand pour faciliter la restauration des parties détruites. De là, à la conception de la méthode française , il n’y avait qu’un pas.

Ce qui dans le principe n’était qu’une hypothèse, est devenu aujourd’hui pour moi une certitude. Comment , en effet , douter de l’efficacité de cette méthode et de la possibilité de son application à toutes les restaurations de la face , après les faits nombreux et concluants que j’ai cités ! La méthode française est appelée encore à rendre de plus grands services : on ne tardera pas à reconnaître qu’il en est des restaurations des autres parties du corps comme de l’autoplastie faciale , et que la méthode par déplacement , si l’on en excepte quelques cas,

CONCLUSIONS

peut suffire à tous les besoins. Que dis-je? l’expérience a prononcé à cet égard Je pourrais, d’hors et déjà, en donner des preuves (1).

Il est une seule chose qui étonnera peut-être plus d’un lecteur : c’est la simplicité , je dirai presque la nullité des accidents à la suite des opérations quelquefois très-graves que j’ai pratiquées ; cependant j’ai passé souvent sous silence bien des succès que j’aurais pu faire connaitre , et je n’entends cacher aucun revers. Ainsi , parmi le trèsgrand nombre de restaurations de la face que j’ai faites dans l’espace de huit ans , je u’ai perdu jusqu’à présent qu’un seul malade ; chez un second , uue syncope est survenue des le premier coup de bistouri que j’ai donné , et sa duree a été si longue , que j’ai dû renoncer à réunir les lambeaux. Le sujet a guéri , il est vrai , mais avec une difformité assez

(1) Je n’entends parler ici ni de l’autoplaslie dite par roulement du lambeau , par migration successive des téguments , par dédoublement d’une partie , etc. Ces modes opératoires divers ne s’appliquent qu’à des cas exceptionnels. ( f^oiv à ce sujet la these de M. Blandin, pag. 134. )

CONCLUSIONS

grande (I). Chez lous les autres , les suites de Topération ont été si simples , que leur état ne m’a jamais inspiré la moindre inquiétude ; il n’en est que deux chez lesquels la gangrène se soit emparée, en partie , des tissus greffés.

Ces résultats sont d’autant plus dignes de remarque, que la plupart des malades que j’ai traités étaient déjà avancés en âge , épuisés par la misère et la souffrance , et depuis long-temps eu proie à des affections cancéreuses. Or , je n’ai pas vu qu’en opérant selon la méthode française, le mal se soit reproduit plus souvent que par tout autre mode opératoire. Je ne prétends pas insinuer par là que mes opérés aient été tous déflnitivement guéris; je soutiens seulement que, s’il est une méthode qui puisse retarder la reproduction du cancer , c’est

celle que je recommande à l’attention des praticiens.

L étude de 1 autoplastie faciale se lie donc de la manière la plus directe à celle de la réunion immédiate ; aussi M. Phillips insiste-t-il beaucoup sur

(1) Compte-rendu de la clinique chirurgicale de Montpellier , année 1858 , pag. 23.

CONCLUSIONS

les avantages de ce mode de pansement , et le signale même comme l’un des faits qui caractérisent le mieux la chirurgie de M. Dieffenbach. A ce point de vue , la chirurgie du professeur de Berlin n’est autre chose que la chirurgie de Delpech , ou , pour mieux dire , la chirurgie de notre Ecole. Chacun concevra maintenant comment l’auloplastie a reçu une si grande impulsion à Montpellier; car, il faut bien le reconnaître , c’est la réunion immédiate qui a donné naissance à la chirurgie plastique , et qui peut seule la faire prospérer. Tous les auteurs sont d’accord sur ce point.

En outre , alors que tant de chirurgiens rejettent encore l’emploi de la suture à la suite des grandes opérations , tous reconnaissent qu’elle est utile , indispensable même , à l’occasion des restaurations de la face. Mais si ce moyen de synthèse avait réellement les inconvénients qu’on lui reproche , n’est-ce pas à propos de l’autoplastie faciale qu’ils devraient surtout se manifester ? Quelle est , en elfet , l’espèce de suture dont on se sert dans ce cas ? La suture entortillée , c’est-à-dire celle qui devrait entraîner le plus d’accidents. Quelles sont les parties que l’on réunit , et que l’on maintient en contact ?

CONCLUSIONS

Des tissus doués de la sensibilité la plus exquise. Enfin , tandis que , dans toutes les autres régions du corps , on a le soin de ne comprendre que la peau dans l’anse des fils ; ici , il faut embrasser à la fois les téguments , les muscles, les vaisseaux et les nerfs. Quels sont les dangers qui en résultent ? Aucun.

Ce qui a lieu à la suite des restaurations de la face ressemble , de point en point , à ce qui se passe journellement après les grandes opérations ; tout ce que j’ai fait ou vu depuis que je suis chargé du service chirurgical de l’hôpital Saint-Eloi , n’a servi qu’à me fortifier de plus en plus dans les idées que j’avais déjà à cet égard. Aussi je le dis avec le ton de la plus vive conviction: je renoncerais dès aujourd’hui à l’exercice de la chirurgie , si je devais

me priver des bienfaits de la réunion immédiate et de la suture.

Je termine ce que j’avais à écrire sur les restaurations de la face , par l’exposé des idées principales que contient ce travail :

Dans l’état actuel de la science , il n’est pas

CONCLUSIONS

de difformité de la face à laquelle on ne puisse remédier.

2" Quoique très -variables en apparence, les procédés autoplastiques sont susceptibles, jusqu’à un certain point , d’être régularisés et soumis à des principes bien arrêtés.

3° La peau de la face jouit d’une mobilité et d’une vascularité telles , qu’il devient inutile d’emprunter ailleurs des téguments pour restaurer les difformités du visage.

4® Les résultats fournis par l’autoplastie sont d’autant plus satisfaisants , que les lambeaux sont revêtus en dedans par la muqueuse buccale.

5° Cette condition de succès n’est nécessaire que dans les cas où la surface profonde des lambeaux doit rester libre d’adhérences.

6° Si les auteurs ne sont pas tous d’accord sur la valeur respective des procédés auloplasliques , cela n’est dù qu’à ce que les difformités ne proviennent pas toutes de la meme source.

7o A mesure que l’on étudiera mieux l’art de restaurer les difformités de la face , on s apercevra de plus en plus que l’on peut redresser des bou-

r.oxcLusioNS.

iol

ches cl (les paupières , comme on a déjà redressé des nez.

8® La section des brides ou adhérences , et la formation d’une cicatrice nouvelle , mais plus étendue que la première , est un mode opératoire souvent infidèle.

9® L’ablation complète de la cicatrice, pratiquée de manière à réunir ensuite par première intention la plaie qui en résulte , réussit en général beaucoup mieux.

10® Lorsque ni l’un ni l’autre de ces deux moyens ne peuvent suffire , il faut , de toute nécessité , avoir recours à l’autoplastie proprement dite.

Il® Parmi les trois méthodes connues jusqu’à présent , la méthode italienne et la méthode indienne , que l’on a long-temps employées d’une manière exclusive, ne doivent plus désormais occuper que le second rang ; la méthode française est aujourd’hui en première ligne.

12® Cette dernière méthode a le triple avantage de rendre les opérations plus simples , plus régulières et moins dangereuses ; en outre , elle ne laisse sur le visage que des cicatrices linéaires.

13“ La méthode par déplacement , ou méthode

CONCLUSIONS

française , est applicable non-seulement aux restaurations de la face , mais encore à celles de toutes les autres parties du corps.

14° Enfin , l’autoplastie faciale est beaucoup plus avancée en France que ne tendraient à le faire croire les écrits de MM. Zeis et Phillips.

Voilà mon dernier mot sur l’autoplastie. On trouvera probablement beaucoup à retrancher ou à redire sur l’ensemble comme sur les détails de cet ouvrage , d’autant que les idées qu’il renferme ne sont pas encore généralement connues , et tendent à renverser celles que l’on avait eues jusqu a ce jour ; mais je n’ai pas plus la prétention d être infaillible , que de vouloir mettre des bornes a la science.

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