SIXIÈME OBSERVATION
Engorgement; ulcère du col de l’utérus ; saignées; sangsues au col de Tutérus ; habitation à la campagne; frictions stibiées ; guérison.
« Jefusappelé en consultation, ditM.Duparcque,
avec M. Lisfranc , le 17 septembre 1830, chez madame L , qu on disait affectée d’un cancer del’ulérus.
^ Cette dame était âgée de trente-un ans , blonde d’une belle carnation; elle avait eu un enfant 'à Vingt-Cfiiatre ans. Il y avait un an et demi que pour la première fois eUc avait eu une lèucortlièe asset
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abondante ^ qui disparut à mesure que se manifestait une grossesse. 11 y eut avortement a six mois ; les loehies coulèrent peu, et les douleurs des reins, qui avaient précédé la fausse-couche , continuèrent; les règles furent remplacées parmi écoulement sérosanguinolent , et leur époque marquée par un redoublement des symptômes morbides. Ainsi, élancemens, sentiment de chaleur dans les reins , d’érosion et de bimlure vers le bas du sacrum , d’inquiétudes dans les extrémités inférieimes. Nous trouvâmes la cause de tous ces accidens dans un engorgement très-dur, mais réguher, du col utérin. Nous prescrivîmes : saignées du bras répétées , injections et cataplasmes émolliens et narcotiques^ repos absolu^ diète sévère, boissons adoucissantes. Je rassm'ai la malade en l’éclairant sur la nature seulement inflammatoire de sa maladie , et par la certitude d’une guérison complète.
Notre prescription fut irrégulièrement et incomplètement suivie ; aussi les symptômes , d’abord calmés , reparurent-ils avec une intensité croissante. M. Dupuytren consulté annonce l’existence d’un cancer avec ulcération du col de la matrice; il conseille d’enlever promptement la partie malade.
Madame L**** désespérée vint me consulter, me fit part de ses inquiétudes et me demanda si je pensais, comme la première fois que je la vis avec M. Lisfranc, que sa maladie était cimable. Je l’examine de nouveau; je trouve l’engorgement plus considéra-
DES! ULCÉRATIONS DE LA MATRICE. 14q l)Ic , offrant un mamelon au milieu de la lèvre postérieure et, de plus, une érosion à la faee interne de cette meme lèvre. La malade se plaignait de douleurs continuellement som'des et brûlantes, souvent aiguës, cfui, de Puterus, se répandaient dans toute la cuisse gauche ; il n’existait aucune trace d’écoulement, si ce n’est un suintement sanguinolent et séreux de la surface del’érosion, dont le fond grisâtre etgranidé de rouge se dessinait sur la couleur blanchâtre légèrement rosée de la tumem\ Le cas était grave; cependant, en tenant compte du peu d’ancienneté de la maladie ( 13 à 14 mois environ), de son origine, ayant vu guérm des altérations plus anciennes et plus avancées , obligé d’aiUem’s de calmer 1 effroi qu on lui avait inspiré, j’assurai â madame L ** cpie sa maladie, en augmentant d’intensité, n’avait pas changé de nature, et qu’eUe était toujours susceptible de guérison.
Les saignées , la diète, le repos , les bains répétés , les injections , produisirent bientôt l’effet crac j attendais de l’emploi persévérant de ces moyensils furent surtout marqués à la suite de trois appUcations de sangsues sur le col de t utérus, faites le 5 février, les 11 et 18 mars derniers (1831). Après chaque appUcation. la malade se sentait soidagée de scs douleurs et se croyait guérie. Mais la résolution ne fut pas complète; les necidens fment re^ nouveles par des chagrins domestiques et le tracas d entreprises commerciales gigantesques, qui l’empcchaient de prendre im repos si nécessaire à sa
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position. Poui’ sc soustraire aux obstacles (pii s"* opposaient à sa guérison et pouvoir s'’occupcr exclusivement de son traitèmerft , elle se rélégua, d'’apï'^s mon conseil, dans une campagne voisine de Paris. Depuis mi mois qu’ellé y était, une saignée du bras a été faite , une application de sangsues a eu lieu sur le col de Tutérus, et aujourd'hui (30 âVril), le col est allongé , souple , conservant Un petit point d’ engorgement, du volume d’un noyaU de cOnse , dans l’épaisseur de la lèvre postérieure. Toutes les douleurs ont cessé , les règles Ont été très-abondantes , et sans renouveler OU redoubler les acctdens, comme cela avait eu beu jusque-là. Enfin , j’ai l’entière conviction cpie la giiérison complété sera obtenue promptcnieiit. »
Et plus bas , dans un po»t-scrij)tum , Pautexu’ nous apprend cpte soU èsj[ioir n’a pàs été trompé. Mais, avant que le succès ait été complet , il ÿ a eu plusieurs rechutes , renouvellement des douleurs et de l’engorgement utérin et de l’iilcératiori, c[ui s’était complétanent cicahisée. Les memes "moyens antiphlogistiques furent employés aVec le meme succès. La cure fut enfin complétée apres le mois de septembre 1831, par l’usage d’un régime moins débilitant et (i’eqiix feiiTigiiiedses , qiiC la réapparition d’une leueOildieè âboiidantè rendit nécessaires.
Cette observation prourela difficulté du diagir'^bc des maladies de l’iitems, puisque cèîlc ejue IL Htipiiytiaîn , ce diiiairgieii d’une si grande expclfi'cilce ,
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avait prise pour un cancer incui’able, a cédé, après im traitement de plus d’un an, il est vrai, à la résignation de la malade et à la persévérance du médecin. De pareilles cures doivent toujoims être tentées , pourvu que les malades veuillent Lien s’y prêter. Il paraît ridicule , au premier abord, de mettre poiu* condition de la réussite le bon votdbir des malades , qui ne devrait pas être mis en doute. Mais poiu’ peu cpi’on ait eu des maladies de matrice à traiter , bn a pu se convaincre dé l’extrême difficulté qu’on éjprouve à assujettir pendant des mois et des années à im régime sévère et aux plus grandes privations des femmes impatientes, peu eonvaincues de Pindispensaijle nécessité des privations de toute espèce qu’on leur impose , et peu convaincues quelquefois , malgré ce renoncement a tofis les plaisirs , de l’efficacité de leur soumission et des eifforts du médecin. Nous trouvons encore dans cette observation ce fait remarquable qui se rencontre dans presqiic toutes les grossesses où la matrice est maladè , raccouebement prématuré. Nous n^avons presque jamais vu la grossesse parvenir a son terme dans de pareilles circonstances. Quant à l’hem’euse influence du séjour de là campagne, nous avons
eu plusieurs fois Foccasion d’en constater la réalité.