‹ Traité sur l'art de restaurer les difformités de la face, selon la méthode francaise par déplacement, ou méthode française [et] Atlas de 30 planches representant 120 figuresChapitre 50 sur 59 · DIX -SEPTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIX -SEPTIÈME OBSERVATION

Une dame , âgée de vingt-sept ans , bijoutière , éprouvait depuis trois ans , epoque d une seconde couche , les symptômes d’une maladie de matrice , contre laquelle elle avait épuisé , pendant ces trois années , tous les moyens cpie les conseils de quelques médecins avaient mis a sa disposition , et toutes les recettes du charlatanisme.

Consulté par cette dame en 1826 , je trouvai la matrice â un pouce de la vulve , le col entr ouvert, et gros comme un petit œuf de poule, sans inégalité ni bosselui’e , mais sensible âla pression. Cette dame m’avoua que les approches conjugales étaient pour elle si douloureuses, que depuis long-temps elles étaient devenues tout-'a-fait impossibles a suppoi tei . Uu écoulement blanc avait habituellement lieu , les

DE LA MAISIICE.

règles revenaient à leurs époques, mais avec des douleurs inouïes dans le ventre , les reins , les aines et le long des cuisses. Elles obligeaient la malade a garder le lit pendant huit jours chaque mois.

Le repos et le traitement antiphlogistique avaient étéconseillés et observés avec assez d’exactitude, pendant un fort long temps , sans beaucoup d’avantage. Néanmoins j e conseillai d’y revenir , et en mêma4,empyi; j’applicpiai sur les côtés de la partie inférieure de la colonne vertébrale deux larges cautères , dont la suppuration dut être entretenue pendant longtemps. Au bout de six mois, la matrice était remontée de trois pouces; l’engorgement avait presque entièrement disparu , et cette dame était revenue à ses occupations habituelles de ménage ; elle a conservé ses cautères pendant quinze mois , et je n’ai

pas appris quelle se soit alitée de nouveau depuis cette époque.

M. Sanson, chirurgien de l’Hôtel-Dieu, dont nous aimons à invoquer l’autorité, a fait part à la Société de Médecine de Pai is , de quelques faits qui prouvent, comme celui-ci, l’utilité des cautères aux lombes , pour procurer la résolution des engorgemens utérins. Nous tes considérons donc comme un moyen puissant , dont on doit , dans quelques circonstances d’indurations présumées scjuirrheuses retirer de bons effets , surtout en faisant concorder leur applicati.., avec l’usage des douches à l’eau froide sur le col , dont M. Alibcrt nous a conseillé l’emploi et signalé l’utilité.

Nous préférons les cautères posés aux lombes , aux moxas sur la meme partie , ou aux sétons clans lés plis des aines ou au voisinage des grandes lèvres , conseillés par quelques auteurs. Les moxas sont plus douloureux que les cautères , et ne détruisent pas la peau aussi profondément que ces derniers, dont la suppuration peut être entretenue indéfiniment. Les sétons sont plus dôuloureux encore et bien plus incommodes dans les lieux où ils sont placés. Sans rejeter ces moyens , nous les croyons plus difficilement applicables.

La révulsion oj>érée sur le tube intestinal au moyen dés purgatifs doux , répétés de loin en loin , peut encore être efficace contre les engorgemens utérins qui persistent après les couches , sans avoir été déterminés ou sans être entretenus par un état inflammatoire marcpié. On conçoit que la rétention d'une partie des lochies dans les conduits qui les fournissent, puisse produire ces engorgemens, et que lem’ résolution soit cpielquefois incomplète par le rétablissement tardif du cours de ce fluide excréteur. C’est dans les engorgemens dus à celte cause qu’on peut solhciter avec avantage les évùcuations alvines. On ne perdra pas de vue , toutefois , la remarque faite pai^ tous les bons praticiens ; c’est que, dans les maladies de matrice, la nttiqueusegastro-ùntestinale a une très-grande tendance à s’irriter et à s’inflammer ; ce qui doit rendre trèsKîirconspect dans l’usage des purgatifs , de ceux surtout qui exercent une action irritante sur lè tube digestif.

DE LA MATRICE

Parmi les agens de la révulsion, il en estün puissant que nous ne devons pas négliger de mentionner, c’est l’allaitement. Nous ne conseillerons pas a une femme atteinte d’un sc|uirrhe, indolent ou non , de se livrer à l’acte de la reproduction, et de s’exposer aux conséquences cpii pourraient en résulter. Mais a cet égai’d on ne prend pas toujours nos conseils, ou si on les prend , on ne les suit pas toujours exactement. Il petit donc arriver, et souvent il arrive , qiie des femmes atteintes de maladies de l’utérus deviennent enceintes; Rarement la grossesse parcourt alors toutes ses périodes | souvent l’accouclieinent sé fait du septième au Iiuitieme mois , époque néanmoins assez avancée pour assurer la viabilité de l’enfant. Deux fois nous avons vu des accouchemens prématurés avoir lieu chez des femmes atteintes d’indurations squiri%euses de l’utérus; deux fois hes enfans sont venus à la fin du huitième mois très-bien portans. Nous avons exigé et obtenu de ces deux mères qu’elles allaitassent leur enfant.

L’allaitement n’ empêcha pas les lochies de couler, comme cela a lieu en pareil cas , avec la mêmë âLohddnce que si les femmes n’avaient pas nourri. Mais pendant 1 année , et meme pendant les cpiinze mois oh la nourriture se prolongea pour l’une d’elles il n’y eut point d’écoulement utérin ; les règles, dont nous avons signalé la fâcheuse influencé , ne parurent point, et la matrice préservée de cette cause

puissante d’engorgement et d’excitation, condamnée en qtÆlqîte sorte au repos fonctionnel, par l’activité

nutritive concentrée sur les mamelles , diminua sensiblement de volume , et permit de concevoir pendant quelque temps l’espoir d’’une guérison prochaine. Cet espoir fut malheureusement de courte durée ; après le sevrage , la maladie reprit sa marche , suspendue par l’allaitement, et conduiçit ces deux femmes au tombeau , en moins d’une année d’horribles souffrances.

Il faut encore tenir compte d’une remarcpie pratique ; c’est que chez quelques femmes l’allaitement, loin d’exercer une action révulsive , détermine au contraire une irritation sympathique sur l’utérus, qui oblige de le faire cesser. Nous avons vu chez quelques noiurices des douleui’s vives de l’utérus , des métrorrhagies abondantes, avoir lieu chaque fois que l’enfant tétait. Chez de telles femmes , on ne doit point laisser continuer l’allaitement, dans l’intérêt de l’enfant et dans celui de la nourrice , si surtout elle est atteinte d’une maladie de matrice.

Jusqu’ici , nous nous sommes occupé du tmitement des indurations squirrheuses ou non squirrheuses de l’utérus, en signalant le peu d’inconvénient qu’il y avait à confondre ces deux espèces d’altérations , qu’il était d’ailleurs si difficile de distinguer , sous le rapport des moyens thérapeutiques qu’il convenait de leur opposer. Lorsqu’on aurait de prime abord la certitude qu’on a affaire à une affection squirrheuse , nous ne savons pas ce qu’on pourrait faire de mieux pour en tenter la résolution, pour en arrêter les progrès et prévi^nir sa terminai-

DE LA matrice.

son fatale, que ce que nous avons indiqué pour toutes sortes d’indurations.

Nous allons passer au traitement des ulcérations , puis à celui du cancer parvenu à sa période avancée, où nous retrouverons le squirrhe ulcéré. Nous terminerons par l’exposé des opérations chirurgicales proprement dites.

Nous avons indiqué • comment M. Cullerier et M. Lisfranc traitaient les ulcérations simples de la matrice , et comment nous les traitions nous-méme par une heureuse combinaison des antiphlogistiques, des pansemens émolhens et narcotiques, avec les cautérisations faites au moyen de la pierre infernale, du proto-nitrate de mercure et de la créosote. Il nous reste a parler de l’excellent travail de M. Mélier (1).

Ce praticien, après avoir signalé l’utihté deshaihs du col de la matrice , des injections vaginales et d’autres moyens applicables au traitement des maladies de cet organe , que nous avons indiqué dans le cours de cet ouvrage, insiste sur les injections dans la cavité utérine par son orifice , au moyen d’une seringue 'a hydrocèle , terminée par une canule un peu longue , mousse , en gomme élastique , placée a 1 entrée du col , et meme introduite un peu avant dans sa cavité.

Les avantages que M. Mélier a obtenus de ces injections, et que nous avons obtenus nous-même,

(1) Mém. cité , tom. II , pag. 330 Mémoires de V Aca-

démie royale de médecine.

nous font un devoir de rapporter le passage où elles sont décrites. Nos lecteurs y trouveront d’ailleurs de nouveaux signes diagnostiques fort utiles à connaître , et des considérations nouvelles sur les lésions morbides et fonctionnelles, qui font honneur à lem’ auteur.

Injections dans le col utérin. Çes injections soi^t indiquées dans l’inflammation clironicpie de la membrane miicjueuse qui tapisse le col utérin et cpii s étend probablement jusque dans le corps de l’organe.

Cette affection très-commune n’a pas été étudiée avec tout le soin qu’elle exige. « Au moyen du spéculum , dit M. Mélier, on aperçoit l’orifice du col plus ou moins rouge , la membrane muqueuse boursouflée, gonflée. Un mucus épais, viscpieux , collant , blanc , grisâtre , plus ou moins coloré. , et quelquefois sanguinolent, s’en écoule ou plutôt y adhère , obstrue le canal qui forme le col , et n’en sort qu’avec difficulté. Si, avec une pmce mousse et de la charpie , on cherche à l’enlever, ce fluide gluant s’allonge et file comme un crachat épais; pour en débarrasser le col, il faut injecter de l’eau dans, sa cavité. L’orifice lui-méme se 'présente sous deux états différens ; tantôt, extrêmement rétréci et ne formant, pour ainsi dire, qu’un simple , il semble effacé; d’autres fois, le gonflement de ses bords le fait paraître comme évasé et lui donne une apparence infundibuliforme. Dans tous les cas, il est complètement oblitéré ou obstrué p^’ Iç

DE LA MATRICE. 23i

CHS qui s’çn ëcoiile. Examine dans sa totalité, le col est tantôt gonfle, pins diu’ que dans Tdtat natiu’el, et bosselë ; dans d’autres cas , il n’a que sa dimension et sa consistance normajles , et sa ferme n’est pas cliange'e; il est plus ou moins douloureux au toucher.

Les malades se plaignent d’une douleur sourde , profonde , ou d’mi sentiment de gêne , quelquefois aussi de souffrances vives , d’une grande chaleiu* et d’un prurit incommode dans le bassin , derrière le pubis, qu’elles indiquent copme le sie'ge du ipal. Quelquefois ces douleurs augmentent , deviennent pour ainsi dire ^xpultrices; les malades se sentent mouillées et bientôt après soulagées. Les règles , plus ou moins pénibles, ^ovAglaireuses ^ Uiélangée^de mucus ; le coït est douloureux. La maladie persistant ou s’aggravant , une douleur nouvelle se fait sentir dans les aines , aux flancs , vers la hanche , dans la région des ovaires , comrne si la maladie se fet étendue à ces organes • l’ovaire est entrepris. C'e^t ainsi et sous ces influences que doivent naître des ovarites. Si ces dernières affectioiis dépendent souvent des premières , en guérissant les maladies dvi col et du corps de l’utérus, on doit faire cesser codes sympathiquement développées des ovaires. Que si la ieuchorrée n’est souvent qu’un symptôme 4'#ee ' tions diverses, bien souvent aussi ede devient la caqsç des maladies les plus graves. Se conununiquapt de la muqueuse aux tissus sous-jacens , la phlegmasie amène consécutivement l’engorgqnent du co^ de

traitement du cancer

l’utërus et son inflammmation , les tubercules cmi s’y forment et enfin sa clëgënëration. » ^

I-Æs femmes chez lesquelles cette affection a été observée par l’auteur n’ont jamais eu aucuns symptômes de grossesse ; elles étaient stériles. On conçoit en effet qu’oblitéré par le gonflement de la membrane muqueuse qui le tapisse , mais surtout par le mucus épais qui s’y forme , s’y amasse, le col utérin doit etre imperméable au fluide spermatique. Cette cause de stérilité cpii n’avait jamais été bien clairement indiquée, cjue je sache, me paraît aussi évidente c]u elle est facile à comprendre. Si , en même temps, les affections de l’ovaire sont plus communes chez les femmes stériles, n’est-il pas vraisemblable que ces deux effets , la stérilité et la maladie de l’ovaire, tiennent à la même cause, sont la conséquence d’un catarrhe habituel du col ?

C est dans cette maladie cjxie les injections directes dans le col utérin sont indiquées. Par ces injections, on combat l’inflammation de la muqueuse et on la débai’rasse des mucosités qui s’y amassent. Elles doivent être faites avec ménagement, en poussant le liquide avec précaution et sans efforts. Il ressort à mesure, ou s’y accumule pour s’échapper en jet assez fort quand on retire la canule. Pour le choix du liquide , on doit se guider sm* l’état des parties et le degré de douleur qui accompagne la maladie. La prudence exige qu’on fasse long-temps usage des émolliens et cju’on n’en vienne aux résolutifs qu’avec une extreme circonspection.

DE LA MATRICE

On parviendra ainsi a la longue, avec le concours des autres moyens, à rétablir le col dans son état natm el et à faire cesser le catarrhe dont il était le siège. Son orifice étant devenu perméable , la fécondation pourra avoir lieu.

Cette grande cpestion de stérilité, a lacpielle M. Méfier vient d’assigner une de ses causes trèsprobables, s’est présentée souvent à notre esprit ; et dans beaucoup de cas nous n’avons pas hésité a la résoudre dans le même sens que notre confrère. Seulement, a la vue de la fréquence de la stérilité cpie nous avons observée a la suite des avortemens, nous l’avons attribuée , dans ces cas , a l’état maladif des ovaires ou des trompes , qui précède , accompagne ou suit l’ avortement, qui prive si souvent les femmes du bonhem: de devenir enceintes de nouveau.

Page 1