‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 10 sur 58 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ALTÉZIATZONS OS.GÂIÏIQUES HV CEZ^VEAU ET S£3 SIÉNZUGES,

Remarques générales.

Le cerveau est enferme dans une boite osseuse qui ne lui perjnet aucune dilatation. C'est un organe mou qui , à tout moment , éprouverait des dërangemens dans sa circulation , des compressions , des lésions de son tissu , si la nature , par un des mécanismes les plus admirables, n'eût point obvié à un état organique qui semble devoir favoriser les congestions du sang dans le tissu cérébral. L'état de sommeil ou de veille , celui de calme ou de passion , doivent apporter des modifications dans les propriétés vitales , et dans la circulation du système encéphalique : la turgescence de la face , un étourdissement , l'apoplexie même , témoignent de ces anomalies.

Ce qui frappe dans l'organisation du cerveau , c'est la disposition particulière de ses vaisseaux.

Les artères ne pénètrent point directement dans cet organe ; elles ne s'y introduisent qu'après avoir rampé sur les méninges. Les branches principales logent d'abord dansles grands sillons; subdivisées, elles

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se trouvent dans les anfractuosités ; à Tétat capillaire, elles pénètrent dans le cerveau : c'est dans la pie-mère que ces dernières subdivisions se rencontrent.

La pie-mère reçoit le sang veineux du cerveau par les capillaires de la substance corticale. Examinez le cerveau d'un individu mort a la suite d'une congestion cérébrale , vous trouverez la surface des hémisphères hérissée de capillaires , établissant une communication directe entre la corticale et la pie-mère. Ces vaisseaux de transition ne sont point anastomosés entre eux, ils passent directement du cerveau dans la méningèle ; c'est ainsi qu'ils constituent , avec les capillaires artériels , le lacis réticulaire dont cette membrane est formée.

La pie-mère est la seule des membranes cjui ait un réseau capillaire rouge , les troncs vascul aires propremens dits ne viennent se dessiner que sur l'arachnoïde , et à bien considérer cette dernière membrane , indépendamment de son système exhalant, elle semble borner ses fonctions a servir de pont jeté sur le cerveau , et être destiné à soutenir des vaisseaux d'un plus grand calibre. Ces vaisseaux naissent dans la pie-mère et charient le sang jusque dans les sinus de la dure-mère; mais c'est dans la substance grise , dans celle surtout qui constitue la corticale, que nous trouvons les premiers rudimens de ce système capillaire , si apparent sur toute la surface de la pie-mère.

La méningète, membrane très-expansible, offre par ses nombreuses duplicatures, une grande capacité au sang que les capillaires cérébraux versent continuellement dans son tissu : elle constitue donc wi

réceptacle destiné à recevoir ce fluide et en débarrasser r organe encéphalique. Ainsi, il nous paraît hors de tout doute que c'est dans la pie-mère que se trouve le premier régulateur de la circulation cérébrale ; les sinus ne sont que le complément d une disposition organique qui commence à la surface du cerveau et finit dans le golfe des veines jugulaires.

Chez les animaux qui périssent d'hémorrhagie , on trouve les organes thoraciques et abdominaux pâles, exsangues , tandis que le cerveau contient encore une quantité notable de sang : on s'est demandé pom'quoi cette différence ? et on a cru expliquer le phénomène en disant « que tous les organes , à l'exception du cerveau, sont renfermés dans des cavités à parois mobiles, et que lorsque le sang contenu dans ces organes s'écoule en dehors , ces parois se rapprochent et compensent , par leur rapprochement , la diminution de volume occasionée par le sang soustrait. L'inflexible résistance du crâne , les dimensions invariables de sa capacité, détermineraient et limiteraient le volume des parties contenues. » ( i ) Mais il y a de l'inexactitude dans cette remarque , le cerveau proprement dit n'est point le siège de la congestion , ce sont les vaisseau^ des méninges qui se présentent durs et engorgés. On doit s'étonner que cette fonction des membranes, qui en fait un réceptacle pour le sang qui traverse la masse encéphalique , n'ait point encore été entrevue. Le but de la nature me paraît évident; il tend a prévenir les congestions du cerveau , et la chose me paraît d'autant

il) Foville, Encyclop. du xix« siècle, art. Folie.

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plus facile à concevoir , qu'on trouve la même disposition organique dans le péritoine et les vaisseaux mësentëriques pour les organes de la digestion , dans les difîerentes phases d'action et de repos de ces viscères. Ce qui favorise les congestions du sang dans les méninges, ce sont les obstacles que le sang rencontre en passant successivement du cerveau dans les capillaires de la pie-mère , et de cette membrane dans un ordre de vaisseaux plus grands y et de la dans les sinus. De tels engorgemens sont non-seulement fre'quens sur les cadavres d'alie'nës , mais vous les retrouverez chez la plupart des individus pour peu que leur système veineux soit développé. Souvent les anciens n'ont vu dans le désordre de l'esprit qu'une obstruction des vaisseaux encéphaliques; cette opinion, qu'on a presque toujours qualifiée d'absurde, renferme cependant un fonds de vérité , qui se découvre dès qu'on a compris la circulation du sang dans les capillaires du cerveau. La congestion est plutôt un engorgement passif qu'un état actif des capillaires. Ainsi l'inflammation du cerveau ou de ses membranes doit être moins fréquente qu'on se l'est imaginé , et l'observation vient ici à l'appui de notre assertion : elle prouve que l'engorgement sanguin existe plutôt dans les vaisseaux d'un certain calibre que dans les capillaires proprementdits. Il résulte de nos observations que l'engorgement veineux se présente comme 1 à 2 ; celui des gros vaisseaux comme 1 ^ 4 ; les ecchymoses , les extravasations sur les membranes comme 1 a 1 1 , et la congestion lie de vin, l'inflammation proprement dite , comme 1 a 87. Or , la formation de ces engorgemens nous révèle pourquoi les

déplëtîons offrent si peu de succès dans le Irai lem ont des maladies mentales.

Parfois le cadavre offre des traces de deux engor gemensdiffërens : les méninges sont surtout remarquables à l'occiput par la couleur noire de leurs vaisseaux engor ge's , tandis que les vaisseaux des régions temporales s'offrent sous l'aspect d'arborisations d'un rouge vif. Geci s'observe principalement chez les aliénés épilep tiques.

La congestion a pu se former dans les derniers instans ; le cerveau affaissé sur lui-même a pu refuser le sang dans son tissu , et ce fluide se diriger en partie dans les vaisseaux des membranes. Ainsi le malade, à l'agonie , était-il couché sur une des tempes , les membranes sont gorgées de sang dansées régions. Au reste , rien n'est plus rare que la congestion vasculaire à la région du front ; la nous trouvons ordinairement les vaisseaux vides, les membranes transparentes et le tissu cérébral fort pâle ; mais a l'occiput les veines sont ordinairement remarquables par leur distension , et par le sang qui les engorge : c'est sur cette région que repose le plus souvent le moribond. Cette remarque , d'abord faite par M. Rostan pour les vaisseaux abdominaux, est en tout applicable au cerveau et à ses membranes.

En examinant un cerveau sain, avant de lavoir dépouillé des méninges , on trouve la pie-mère ainsi que l'arachnoïde parfaitement transparentes ; mais emportez ces membranes , elles se présenteront rouges et engorgées : c'est que le sang , contenu dans les duplicatures . est refoulé clans les cajpillaires non engor-

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gës , dès qu'on a fait disparaître les points de compres* si on , qu'établissaient sur ces plis les circonvolutions ce'rébrales. i

Le sang qui engorge le système vasculaire ce'rëbral a presque toujours les caractères du sang veineux; il est noir et limpide : ce n est pas le sang rutilant des tissus enflammés. Mais, les membranes étant se'parees du cerveau et extraites du crâne , se colorent parfois , tout-à-coup, dW rouge éclatant : ce phénomène, comme on en a fait la remarque, tient à une prompte oxidation du sang veineux par le contact de l'air atmosphe'rique , remarque qui doit nous rendre circonspects , lorsqu'il s'agit de se prononcer sur l'état inflammatoire des méninges.

J'ai indiqué, dans le chapitre précédent, l'altération du système nerveux; dans celui-ci , le système vasculaire fera le sujet principal de mes recherches.

Je me propose trois objets dans les considérations qui suivent : 1° L'exposé anatomique des diverses lésions de tissu , soit du cerveau, soit des méninges: 2° rinvestigation des causes qui donnent lieu à ces affections, et 3° l'énumération des symptômes, eu égard au diagnostic.

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SECTION PREMIÈRE

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