CONGESTION DE FLUIDES AU CERVEAU
Dès que Valiënation se de'clare , et cette observation est applicable à presque tous les cas , les veines des tempes et du cou deviennent saillantes , le pourtour d^s yeux prend une teinte livide , les lèvres perdent leur fraîcheur et se colorent d'un rouge briquetë; toute la face offre un aspect terreux, plombé parfois, basané ches quelques-uns ; même il m est arrivé de voir la peau , naturellement blanche, devenir dans le haut période de l'exaltation presque noire. Cette disposition , jointe à la tension musculaire de la face , fait paraître le sujet plus âgé qu'il ne l'est. Chose à noter, ce changement de coloris disparaît et revient avec les exacerbations , au point que souvent il sert d'indice certain d'un accès à venir. A la^convalescence, le teint s'éclaircit.
Résultat de la tension intellectuelle , ce changement dans la couleur de la peau est propre à l'état naturel ; vous le trouverez surtout dans les fortes émotions : le proverbe dit être noir de colère. M. Rostan parle de deux femmes dont la peau est devenue noire à la suite d affections morales tristes ( i ) .
A ce changement de couleur, s'ajoute parfois l'injection de la conjonctive , une légère ecchymose à l'angle interne des paupières, un engorgement rouge ^ livide du bout du nez.
(l) Nouveau Journal de médecine. . -^ "'
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 73
Des auteurs ont cru reconnaître dans ce phénomène une affection sympathique de la peau ; cette relation entre le système cutané et l'organe cérébral n'est point un sujet de doute; mais je ne crois pas quelle soit la cause de ce renforcement de couleur : je lattribue à l'engorgement du système veineux encéphalique.
A l'ouverture cadavérique, ces aliénés présentent les vaisseaux des membranes gorgés d'un sang noir : il en est de même de ceux du cerveau ; mais notons bien que Fengorgement se borne à des vaisseaux d'un certain calibre ; les capillaires n'en participent presque pas : ce qui fait que les méninges conservent leur transparence et que, parsemées d'arborisations saillantes, elles offrent des marbrures noires , sur le fond blanc et transparent que présentent ces membranes.
En coupant la substance cérébrale, le sang ruisselle , mais il est épais , noir.
Cet engorgement se présente dans presque toutes les variétés de l'aliénation ; il est fréquent dans la mélancolie , nous le trouvons même dans l'état physiologique chez les personnes attristées. Pour peu qu'on éprouve quelque contrariété , ne se sent-on pas la tête lourde ? on est accablé , la paupière est pesante , l'œil injecté; on est enclin au sommeil : J. J. Rousseau dit quelque part , en parlant des passions douloureuses , qu'il n'y a que le chagrin qui favorise le sommeil. Peut-être la fatigue qu'on sent dans les membres , dans les fortes douleurs morales , tient-elle plus a une congestion veineuse des membranes cérébrales ou du cerveau même, qu'a toute autre cause .^ L'âge avancé
favorise la congestion veineuse , elle accompagne souvent les obstructions abdominales.
L'ouverture cadavérique de'montre que cette altération siège principalement, chez les aliènes, à la surface supérieure des hémisphères : sœur de Tapoplexie, elle se caractérise c[uelquefois par le délire , mais plus souvent par la démence.
Engorgement rouge méningo-cérébral , pléthore, orgasme vasculaire du cerveau , sans sjmptômes de compression cérébrale.
Les capillaires de la face s'injectent chez l'homme occupé a quelque travail intellectuel : l'œil est brillant , la conjonctive rouge , le front acquiert une couleur rosacée. Un mot qui offense la pudeur fait monter le sang à la tête de la jeune fille.
Ces phénomènes tiennent évidemment a l'influence des nerfs sur les vaisseaux encéphaliques.
Cette activité circulatoire , indépendante d'un état inflammatoire , se retrouve en d'autres organes. Le cas suivant nous en fournit un exemple :
Une fille robuste , sanguine , âgée de seize ans et réglée depuis un an, est prise d'une fièvre quotidienne qui se déclare a la suite d'une passion violente. Le premier accès se présente sous la forme d'une fièvre intermittente simple ; au second accès , les symptômes se concentrent a la tête; un délire se déclare : au troisième , il y a absence de froid , pas de symptômes fébriles, mais une forte douleur se fait sentir dans les deux seins. Le mamelon et son aréole se gonflent; ils
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 75
se présentent rouges comme chez une femme qui allai te, chaque sein acquiert le double de son volume habituel ; la malade y ressent des pulsations et des douleurs lancinantes : des sueurs inondent la peau , et tous les symptômes morbides disparaissent. Une dose de sulfate de quinine arrête la maladie.
L'orgasme vasculaire n'est que rarement une cause d'aliénation mentale ; ce phe'nomène n'a lieu que chez les individus à tempe'rament sanguin , dans le cas d'hëmorrhagie supprimée ; il s'observe également chez les vieillards.
Plus souvent, l'activité outrée des vaisseaux encéphaliques est la suite de l'exaltation ce'rëbrale.
Engorgement sanguin , ai^ec compression cérébrale.
Ce que la compression effectue sur les muscles dans la paralysie par apoplexie , elle produit le même effet dans l'aliénation mentale , en suspendant , en abolissant les sensations , les sentimens , l'intelligence , la mémoire , la volonté , les désirs , les penchans , les passions : elle fait naître la paralysie mtellectuelle.
Or, chez les aliénés, la compression cérébrale se caractérise essentiellement par la prostration du domaine moral , qu'elle soit accompagnée ou non de résolution musculaire et d'anéantissement de la sensibilité physique. Le malade cesse d'avoir des affections ; il reste impassible à toute émotion. A cet état succède l'abolition des phénomènes intellectuels proprement dits. L'aliéné ne s'occupe plus de rien , il ne conçoit rien, ou conçoit mal ce qu'on veut lui faire comprendre.
Les sens s'offusquent , le malade vous regarde sans vous reconnaître , ne prête aucune attention a ce qui se passe autour de lui. A ces symptômes, s'ajoute souvent une résolution musculaire plus ou moins prononce'e : l'aliéné montre une propension à s'asseoir ou a se coucher ; la marche est difficile , lourde , chancelante , impossible souvent ; mais la paralysie proprement dite n'arrive que lorsqu'il y a ramollissement, hémorrhagie ou forte compression, soit à la moelle épinière , a la moelle allongée ou dans les parties centrales du cerveau. Puis arrivent les évacuations involontaires , la propension au sommeil, le coma, la bouffissure de la tête et des extrémités ; parfois la fréquence et la faiblesse du pouls , parfois son grand développement. Dans quelques cas , il y a chaleur et rougeur à la face ; des plaques d'un rouge amarante se montrent au front, au menton , au nez , telles qu'on les observe dans l'ivresse, chez des individus pléthoriques; il y a ce qu'on appelle turgescence. Souvent le malade est pris d'épis Iaxis; chez les femmes, les règles apparaissent a des époques anticipées. A ces symptômes, s'ajoutent ceux que nous venons de voir plus haut. 11 est cependant à remarquer que les aliénés atteints de compression sanguine n'offrent cjue rarement des symptômes apoplectiques, car d'après un calcul cjue j'ai fait , l'apoplexie sanguine ne se présente, dans l'aliénation , que dans la proportion de 1 à 100. Ainsi, je n'ai point trouvé la remarque de M. Bayle conforme à mon observation ; il dit que , dans la moitié des cas , le malade offre des symptômes d'apoplexie : probablement a-t-il pris pour tels, les paralysies transitoires des sujets
SUR LES PHRÉNOPAtîStES. 77
atteînls de ramollissement; mais encore son calcul est-il exagère'. Au reste , quiconque a l'habitude d ob* server les aliènes a du être frappé de leur trouver s^ rarement cette invasion subite du mal, ce tiraillement» cette déviation de la bouclie , ce gonflement de la langue , cette respiration ster tore use , ce regard étonné qui sont tous propres a l'apoplexie proprement dite. La compression sanguine s observe rarement chez les individus a constitution sèche ; elle est plus fréquente chez l'homme que chez la femme , plus fréquente encore chez le vieillard.
Parmi les aliénations dans lesquelles elle se présente, nous devons compter, en première ligne, celles qui sont accompagnées de convulsions , la mélancolie et la démence ; dans la manie , il est rare de rencontrer ces altérations.
La nécropsie démontre cjue chez les aliénés la congestion occupe les surfaces externes des hémisphères , et les membranes situées sous la voûte du crâne ; tandis que chez les apoplectiques proprement dits , on la trouve particulièrement à la base du cerveau. Les vaisseaux des méninges et de la substance cérébrale apparaissent gorgés de sang; les circonvolutions applaties , effacées , laissent voir combien elles ont du être comprimées.
Parfois la congestion cérébrale marche de pair avec un engorgement inflammatoire des intestins ; ce phénomène a principalement lieu dans la mélancolie et surtout dans la nostalgie , ainsi que dans le suicide : il a d'abord été observé par Larrey, Laugier et Devaux, puis conQrmé par d'autres.
Rarementles congestions sanguines avec compression cérébrale offrent un caractère franchement actif chez les aliénés ; on les voit presque toujours rebelles au traitement débilitant.
Epanchemens sanguins dans le tissu méningo-
cérébraL
Les epanchemens sanguins ont lieu , 1° dans le tissu des membranes , 2° dans les cavités qu elles forment , 3° dans la substance même du cerveau.
a. Lorsque Fhémorrhagie se fait dans la texture des membranes, répanchement s'offre sous l'aspect de plaques rouges , tantôt larges , tantôt circonscrites.
C'est l'arachnoïde qui en est ordinairement le siège ; son état de tension et le peu de capacité qu'elle offre au sang qui la traverse , plus rapidement que ne peuvent le recevoir les gros vaisseaux destinés a le charrier dans les^sinus , favorisent la formation de ces epanchemens.
Les symptômes propres a cet état morbide , ne différent presque en rien de ceux qui caractérisent les congestions encéphaliques en général.
h. L'extravasation intermembranaire consiste ou dans une sérosité sanguinolente, un sanglimpide exhalé entre l'arachnoïde et la pie-mère , ou bien dans un corps compact étendu , en forme de membrane , sur les circonvolutions cérébrales.
Dans ce dernier cas , l'épanchement a lieu le plus souvent entre la dure-mère et l'arachnoïde. Le sang, en se répandant entre cesméninges, se décompose ; la
SUR LES PKRÉNOPATIÎIES. 79
lymphe coagulable s ëlend sur les surfaces cérébrales ; au centre de cette fausse membrane , se trouve la partie rouge, qui se présente sous laspect d'une plaque noire, dans laquelle on distingue les vestiges du sang veineux.
D'après le docteur Bayle , les fausses membranes se rencontrent chez un peu plus d'un sixième des sujets : mon observation est loin de confirmer cette assertion ; je range ces produits morbides parmi les cas rares.
Les symptômes qui caractérisent cet état se rapportent , en premier lieu , à un changement subit dans les fonctions cérébrales : c'est la prostration des phénomènes intellectuels jointe ordinairement a un état d'anxiété , de convulsions , de rigidité musculaire , d'insensibilité , de somnolence et de stertor. La paralysie ne se présente que rarement , même on ne l'observe que lorsque le sang s'épanche a la base du crâne. Le malade porte souvent la main à la tête , se gratte violemment , tire a ses cheveux ; il est a remarquer que l'endroit vers lequel sa main se dirige spontanément, correspond presque toujours au corps qui comprime le cerveau. En outre , on lui observe une propension à se laver la tête avec de l'eau froide , lorsque , bien entendu, l'état comateux n'est pas fortement prononcé : pendant les momens de somnolence même , il porte machinalement les doigts au sommet du crâne. Cette mimique morbide , nous la retrouvons comme symptôme dans d'autres vices organiques ; voyez Fanévrisme du cœur , l'hydropisie de poitrine, du bas-ventre, le malade dirige instinctivement la main vers l'endroit cq^Tesçondunt à l'organe malade ; et de plus cette
TKAllfi
anxiëte , ce besoin de marcher , que nous venons de voir , se retrouve encore chez ces malades. Vous observez de même chez les apoplectiques proprement dits , lorsque le sang extravasé n'est pas en quantité suffisante pour abolir toutes les facultés , que le malade est pris soudain d une forte agitation ; il fait des efforts inouïs , veut marcher et n en a pas le pouvoir ; il meut un bras , une jambe, porte continuellement la main à la tête , éprouve un grand malaise; enfin tout annonce que la nature fait de vains et de violens efforts pour surmonter Fobstacle qui empêche le libre exercice du cerveau.
Un changement remarquable a lieu dans le pouls; il perd en force ce qu il gagne en vivacité. Cette diminution dans l'énergie circulatoire est frappante dans toutes les compressions cérébrales , elle l'est presque généralement dans celles de tous les organes. Ainsi, dès qu'on parvient a faire disparaître la compression, soit par les déplétions sanguines, soit par d'autres moyens , le pouls se relève a mesure que les idées de rapport et Tintelligence reviennent.
c. Autant les hémorrhagies sont fréquentes chez les aliénés , dans le tissu même des membranes , autant elles sont rares dans la substance du cerveau : de véritables épanchemens ont lieu, cependant, dans le tissu de cet organe ; voici ce qu'iis m'ont offert de plus remarquable :
1° Ils se font dans la substance corticale ou dans la médullaire. Dans le premier cas , ce sont les circonvolutions situées dans les régions temporales, et celles qui correspondent au front, que nous voyons le plus fré-
SUR LES PimÉNOPATHIES. 81
quemment être le siège de ces ëpanchemens. Nous ne les rencontrons presque jamais aux lobes poste'rieurs et sur la surface plane des hémisphères : ils se présentent au cervelet, quoique assez rarement.
2° Les he'morrhagies de la corticale s'annoncent par des taches d'une couleur grisâtre, brunâtre, noirâtre en quelques cas ; ce sont des ecchymoses , des sugillations plus ou moins nombreuses et offrant une e'tendue différente , depuis la circonférence d'un petit pois , jusqu'à celle d'une pièce de cinq francs ; elles sont tantôt oblongues , tantôt circulaires.
3° Ces ecchymoses se transforment souvent en ulcérations. La substance grise se désorganise et se change, par le sang épanche' dans son tissu , en une matière sanio-purulente : les bords de l'ulcère sont inégaux , échancrés, mais la substance médullaire s'offre , intacte , dans le fond de la partie désorganisée.
4* Les ecchymoses et les ulcérations qui en résultent peuvent exister dans la substance corticale des hémisphères , et dans celle du cervelet , sans qu'elles se manifestent par quelque symptôme spécial : dans le plus grand nombre des cas , il n'y a point de paralysie : la rigidité des membres et des accès épileptiformes , se présentent le plus généralement ; cependant ces symptômes sont loin de se reproduire invariablement dans tous les cas. Ces sortes d'iiémorrhagies sont le plus généralement suivies d'un amaigrissement général, d'une fièvre irrégulièrement intermittente , et d'une diarrhée colliquative , qui ne tardent pas de conduire le malade a la tombe.
5° Les épanchemens qui se font dans la substance
médullaire, se rencontrent ordinairement dans ces parties des he'misphères situées entre les ventricules late'raux et les circonvolutions qui remplissent les fosses temporales.
6° Cette espèce d'hëmorrhàgie n'affecte ordinairement qu'un seul hémisphère cérébral ; lorsqu'elle a lieu dans les deux hémisphères , elle est toujours plus considérable d un côté que de l'autre .
7° Ces épanchemens marchent ordinairement de pair avec des altérations de la substance corticale et du tissu des méninges ; on les rencontre le plus souvent dans les régions temporales : ainsi , il y a une continuation de lésions organiques ayant leur foyer principal dans le centre des hémisphères , et leur terminaison dans les faces latérales externes des lobes moyens et des membranes qui les couvrent.
8° Les congestions membranaires qui accompagnent ces épanchemens , ont lieu le plus souvent dans les deux régions temporales , quoique Thémorrhagie du tissu cérébral n'existe que d'un seul côté : cependant, on remarque que la congestion des méninges est toujours plus prononcée du côté oii existe l'épanchement.
9° Lorsque le sujet meurt subitement , le sang épanché s'offre avec tous les attributs qui lui sont propres : il se répand dans la substance médullaire , distend ce tissu au point d'effacer les circonvolutions environnantes.
10° Lorsque l'hémorrhagie est considérable , elle produit la mort en peu de temps, et s'annonce toujours par des symptômes formidables appartenant à la compression cérébrale.
SUR LES PHRÉNOPATHIES. * 83
11° Lorsque repancbement est peu prononcé , il arrive souvent que la partie séreuse est absorbée ; les parties les plus épaisses du sang s'amassent , se concentrent dans un foyer principal : ce noyau s'endurcit ; il est d'une couleur brunâtre a l'extérieur , plus jaunâtre a l'intérieur. En le coupant , on y distingue parfois des couches ; il se couvre , en quelques cas , d'une membrane : flottant dans un fluide séreux, quelquefois purulent, il détermine une irritation sur la substance médullaire , qui s'endurcit ou se ramollit. C'est un véritable kyste , tel , a peu près , que nous le rencontrons dans d'autres organes. M. Murdoch, dans un mémoire sur les épanchemens sanguins , inséré dans le Journal universel de Médecine , a très-bien démontré que la formation des tumeurs enkystées est due , le plus souvent , a des épanchemens de sang dans l'épaisseur des organes. Or, les encéphalo-kystes , conservés dans l'esprit de vin, se changent en une substance tantôt spongieuse, tantôt filamenteuse , dans laquelle il est assez facile de distinguer la fibrine du sang.
12° Parfois le sang épanché détermine une prompte et abondante suppuration dans le tissu médullaire : de là, naissance d'abcès , de cavernes, de sinuosités.
Il est des cas où l'existence de ces altérations ne s'annonce par aucun symptôme particulier ; en d'autres cas, il y a des signes de compression cérébrale , lourdeur dans les membres, assoupissement, anéantissement de l'intelligence , des sensations de relation , paralysie , convulsions , mort subite : mais on observe , en même temps, un état cachectique particulier, caractérisé par une couleur particulièie de la peau,
84 TRAlxé
nuance de paille ou de soie e'crue. Souvent , le malade se plaint de douleurs de tête; des écoulemens purulens se déclarent quelquefois à Toreille , parfois aux paupières. Cependant , la formation du pus est un symptôme rare dans laliénation mentale.
Les liëmorrhagies des membranes et de la substance même du cerveau , sont ordinairement accompagnées de symptômes appartenant aux congestions cérébrales ; nous les rencontrons particulièrement chez les aliénés atteints de convulsions , ainsi que chez les mélancoliques. En quelques cas rares, les épanchemens sanguins sont cause d'aliénation.
Collections séreuses dans les ca\ntés cérébrales.
L'accumulation de sérosité dans une cavité quelconque du corps a ordinairement pour cause un vice organique , un obstacle au libre cours du sang : à la poitrine , c'est une inflammation des poumons , de la plèvre ; au bas-ventre, une péritonite, une obstruction du foie , de la rate , des vaisseaux mésentériques ; dans les extrémités , un vice dans l'organe central de la circulation.
Dans la cavité intra-cranienne, c'est un engorgement veineux , une inflammation des méninges , que nous pouvons indiquer comme la source la plus féconde des accumulations séreuses.
On s étonne peut-être de nous voir entrer dans des détails sur les collections de sérosité de l'encéphale^ avant d'avoir parlé de l'engorgement inflammatoire du cerveau ; mais , comme les simples engorgemens
SIR LES PHRÉNOPATHIES. 85
sanguins y donnent lieu aussi fréquemment que Fëtat inflammatoire, nous avons cru pouvoir les faire entrer dans le cadre des causes qui engendrent les compressions cëre'brales.
Dès qu'il y a épanchement de sérosité' , soit entre les membranes , soit dans les ventricules , soit dans le canal vertébral , la face se tuméfie ; de rouge qu elle est, elle devient souvent, et presque subitement, pale; le teint s'éclaircit, l'œil devient terne, souvent les extrémités s'infiltrent. Un changement non moins sensible s'opère dans la sphère des idées; le malade perd toute intelligence , toute mémoire , toute conception ; il a l'air hébété , mais la figure porte une expression de souffrance : l'aliéné pousse des cris aigus ; on dirait qu'on lui fait mal quelque part. Son agitation est grande ; c'est un mouvement continuel : il se promène, sa marche est rapide, il se meut sans cesse dans son lit ou sur sa chaise ; nulle part il n'est bien. A mesure que cette anxiété acquiert de l'intensité , on voit les facultés intellectuelles s'affaiblir en même temps; l'aliéné perd le sentiment de relation , cesse de connaître ses proches , les objets qui l'environnent ; rien ne fixe plus son attention : plus de désirs, plus de besoins.
Dès que la collection se forme , une fièçre inier^ mittente irrégulière se déclare dans la plupart des cas.
Ce phénomène a souvent lieu dans nos organes, lorsqu'ils deviennent le siège d'ime collection séreuse ou purulente. La fièvre ne se présente d'abord que
tous les quatre ou cinq jours; ensuite les accès se rapprochent et prennent à la fin un type continu : elle résiste opiniâtrement aux fébrifuges.
La paralysie accompagne souvent les congestions séreuses du cerveau ; elle n est poinl; permanente comme celle qui suit lapoplexie , mais elle disparait au bout de quelques jours, pour se montrer derechef. Ce symptôme morbide , si fréquent dans les aliénations avec vice d'organisation au cerveau , mérite toute attention. Ainsi , nous le voyons dans les altérations des méninges , dans le ramollissement cérébral , dans l'apoplexie sanguine ; mais tout porte a croire qu'il tient , le plus fréquemment , à la compression qu'exerce sur le tissu du cerveau , le fluide séreux épanché entre les membranes ou dans les ventricules ; car nous voyons des ramoUissemens, même des ulcérations du cerveau ou du cervelet, sans que le malade ait jamais montré la moindre apparence de paralysie. M. Serres dit que dans la paralysie le cerveau est toujours matériellement atteint , soit qu'il y ait ou. qu il n'y ait point d'épanchement : des observations nombreuses m'ont démontré que cette règle est loin d'être applicable aux aliénés. La mobilité qu'offre la paralysie dans sa manifestation, fait voir que la cau^e qui la provoque présente un caractère d'instabilité qui éloigne l'idée d'une destruction organique : la paralysie affecte un bras pendant quelques jours , se dissipe et reparaît dans un autre membre , pour se dissiper et reparaître encore ailleurs.
Un ptjalisme se déclare, quoique rarement, dans
SUR LES PÏIRENOPATHIES. © /
les colkclîons séreuses encëpiiaîiques. Un individu se trouvait, depuis sept mois, atteint de démence avec paralysie ; il offrait tous les caractères d'une altération organique des meniÎ3ranes cérébrales, et montrait , depuis quelques semaines , cette agitation qui caractérise la formation de la sérosité : tout-a-coap , il fut atteint de jaunisse et dun abondant écoulement de salive.
Le ptyalisme fit disparaître le continuel besoin queprouvait le malade de marcher et de s'agiter en tout sens : mais l'écoulement se supprima , et à peine quelques jours s'étaient écoules , qu'une hémiplégie se manifesta , accompagnée de coma profond. 11 se forma au sacrum une cloche remplie de sérosité ; elle se transforma en émonctoire et en ulcères sordides, qui , après avoir long-temps donné issue à un fluide sanieux, finirent par entraîner le malade dans la tombe. Dès Fapparition de cet égout, disparurent l'état soporeux et la paralysie des membres.
La manifestation de ces plilyctènes dégénérant en nlcères ganoréneux, est undes phénomènes caractéristiques des collections séreuses intra-crâniennes. Beaucoup d'auteurs ont envisagé les escarres qui se forment, chez les aliénés 5 au bas de l'épine et du sacrum, comme l'effet de la compression ; le docteur Bayle les fait dépendre d'une diminution de la sensibilité , d'un état adynamique ( i ) : mais elles naissent chez des personnes qui ne sont point coudiées dans leur lit; elles se mon-
(i) Trailé des Maladies du Cerveau et de ses Membranes.
trent sur des parties qui ne sont expôse'es a aucune compression , sur les cuisses, les avant-bras, les mains J quoique , il est vrai , le siège le plus fre'quent en soit sur les fesses ou au bas de la colonne dorsale. Or, il est plus que probable que la formation de ces le'sions organiques est due au fluide contenu dans le crâne et le canal de la moelle épinière , et qui , se frayant une route à Textérieur, descend vers les parties les plus déclives du canal rachidien.
La quantité de sérosité qui s'écoule de ces ulcères est parfois énorme, et, ce qu'on ne peut perdre de vue , c'est qu'il y a presque toujours un allégement momentané dans l'état moral, dès que l'écoulement s'établit : les idées de relation reviennent plus ou moins , il y a moins d'agitation , parfois le sommeil est paisible ; au physique , des changemens non moins importans ont lieu , la fièvre cesse quelquefois subitement , la face est moins gonflée , les extrémités se désenflent ; mais Témonctoire vient-il à se fermer , les symptômes de compression renaissent : le malade s'agite , ne dort plus , crie , vocifère ; la face se boursoufle , les lèvres deviennent d'un blanc mat , les yeux sont chassieux ; un écoulement abondant de salive se déclare ; les bras , les mains , les pieds , les cuisses , s'infiltrent. L'apparition de ces escarres , quoique soulageant momentanément le malade , est un présage certain de sa mort.
Souvent une diarrhée colliquative accompagne les collections séreuses de la tête ; quelquefois on voit des hémorrhagies nasales , des écoulemens sanguins par l'oreille ou par la bouche.
Il e§i essentiel de remarquer qu'il y a peu de cada-
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 89
vres sur lesquels on ne trouve point ces collections , surtout celles des ventricules cérébraux, et sans qu aucun des symptômes indiqués ait pu en faire soupçonner l'existence : cela doit tenir au trouble de la circulation dans les derniers instans ; mais, lorsque la mort est subite, sans qu'elle ait été précédée par des symptômes de compression cérébrale , on trouve rarement ces dépôts séreux : chez les épileptiques, par exemple, qui périssent dans les convulsions , rien n est plus fréquent que de rencontrer les ventricules cérébraux vides de sérosité ; c'est que l'agonie étant courte , ce fluide n'a point le temps de s'accumuler.
SECTION DEUXIEME
ramollissement; congestion inflammatoire du cerveau et de ses membranes.
Des phénomènes d'un aspect particulier se présen-r tent dans laliénation mentale ; ils se rapportent aune altération spéciale des idées, accompagnée d'une diminution dans 1 énergie intellectuelle et d une résolution musculaire plus ou moins prononcée.
Les aliénés chez qui ces symptômes se remarquent offrent, après la mort, une fluxion sanguine des méninges ou du cerveau , des altérations organiques de ces parties.
On a cru reconnaître l'état inflammatoire dans ces lésions de tissu.
Ces altérations se caractérisent, à leur début,
par une gène dans la manifestalion des phénomènes intellectuels et locomoteurs ; la vivacité des idées diminue, rintellectualité s affaiblit progressivement. Ces malades offrent dans leur langage , dans leurs procédés, dans leurs impulsions , un caractère tout-à-fait enfantin. Leur état offre de l'analogie avec celui qui caractérise une ivresse incomplète ( i ) ; ces caractères sont parfois si prononcés que les parens , les amis de Taliéné, croient réellement qu'il s'adonne aux boissons. Un genre d'idées le domine; ce sont, a-t-ondit, des idées ambitieuses : je n'y ai trouvé , le plus souvent , qu'un penchant a reœagération et à V optimisme. Ce caractère , nous le retrouvons aussi dans l'ivresse. Il est vrai , le malade vous parle souvent de beaux habits , de belles maisons , d'argent , de diamans , de millions ; mais il suffit de le cjuestionner, pour s'assurer que ses réponses ne portent point invariablement ce caractère d'ambition : d'ailleurs , rien n'annonce dans son maintien . dans sa mimique , qu'il est dominé par ce penchant : sa figure porte une expression de bonté , de simplicité enfantine. Je demandai un jour a un de ces malades quel âge il avait? il avait mille ans. Personne ne chante , ne parle mieux qu'eux ; ils connaissent toutes les langues ; personne enfin ne possède leurs talens. Un aliéné se disait père de deux cents en fans; un autre forma un régiment dont chaque soldat avait trente pieds de taille : entrés seulement depuis quelques jours à l'hospice, ces malades vous disent qu'ils y sont depuis des mois, des années. Il est important de
(i) B-^yle, ouvrage cilé.
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 91
noter que ces ide'es ne sont pas constantes et ne constituent point un caractère uniquement propre au ramollissement ce'rébral ; elles appartiennent e'galement à des aliénations purement morales ^ et ne sont un symptôme pathognomique de de'sorganisation inflammatoire, qu autant qu on les trouve associées a d'autres phénomènes morbides , surtout à raffaiblissemenl de rintelligence.
L'alie'né se tient mal sur ses jambes , il les e'carte et vacille en marchant. L'intelligence s'affaiblit progressivement , le malade pre'sente un air stupide. La langue s'embarrasse, la voix prend un timbre particu^ lier; l'aliéné parle difficilement et bégaie. Une roideur s'empare de ses membres ; il pousse des cris , pleure parfois tout-à-coup ; il ne se trouve bien nulle part , veut constamment changer de place , court de salle en salle, l'oeil ouvert, l'air égaré : il prétend qu'on le mord, qu on le pince, qu'on le brûle. Une altération particulière se manifeste dans les traits ; la face est pâle , jaune , tachetée de plaques rouges ; souvent les lèvres sont boursouflées.
Lorsque la maladie offre ces symptômes , elle a duré des mois. Alors se déclare ordinairement la paralysie d'un bras, d'une jambe; mais, au bout de quelque jours, le malade reprend l'usage de ses membres. Cette amélioration est cependant de courte durée; la paralysie reparaît , se dissipe et se manifeste de nouveau , pour ne plus quitter le malade. A cette époque du mal , il y a rigidité dans les extrémités , contracture des avant-bras sur les bras , des jambes sur les cuisses, des cuisses sur le bassin ; parfois le tronc est tiraillé en
avant , en arrière ou sur le côte : raliëné est dans l'impossibilité de se tenir debout. Il ne quitte plus le lit : toute intelligence se perd , les idées de relation s'évanouissent ; plus de désirs , plus d aversions . Les fonctions intellectuelles s'abolissent ainsi successivement.
Le grincement des dents , les convulsions épilepti* formes , la paralysie du pharynx et des muscles de la respiration , se déclarent dans quelques cas.
Des escarres gangreneuses se forment au dos , aux fesses ; elles se transforment en émonctoires donnant issue à de la sérosité. Alors , la paralysie disparaît parfois momentanément.
Le gonflement des extrémités , les évacuations alvines involontaires , un amaigrissement général , une fièvre intermittente irrégulière , précèdent ordinairement la mort ; mais elle tient moins à la désorganisation cérébrale quaux lésions secondaires quelle fait naître, et parmi lesquelles doivent être citées, en première ligne, les escarres gangreneuses dont nous venons de parler.
L'ouverture cadavérique laisse voir, chez ces aliénés , soit le ramollissement de la substance cérébrale , son érosion , soit rinjection rouge des méninges , leur opacité , leur épaississement , leurs adhérences entre elles ou avec le cerveau. D'après M. Fo ville ( i)? ^^ partie la plus superficielle de la substance corticale acquiert souvent une consistance plus forte que dans l'état naturel , tandis que les parties qui sont au-dessous sont sensiblement ramollies.
(i) Encyclopédie du xix* siècle , ait. Folie.
SUR LES PHRÉNOPATHfES. 03
Ces lésions occupent ordinairement les re'gons élevées de lencëpliale. Elles m'ont paru rarement atteindre les surfaces planes des he'misphères de la ligne me'diane , et plus rarement encore les surfaces ventriculaires. La substance corticale est le plus souvent atteinte; les altérations de la substance blanche sont plus rares.
En lisant les ouvrages qui traitent exclusivement des altérations organiques du cerveau ou de ses enveloppes , on pourrait se former une idée peu exacte de la nature du trouble intellectuel , en attribuant à la plupart des variétés de cette afifeçtion une lésion organique cérébrale. Ce qui plus est , la masse imposante des faits rapportés dans ces écrits, ferait supposer , au premier aperçu , que le ramollissement du cerveau, l'engorgement sanguin de ses membranes , sont , en quelque sorte, une terminaison habituelle et constante de toutes les aliénations. D'après le docteur Bayle, 1/6 des hommes et 1/35 des femmes aliénés, seraient atteints d'inflammation méningienne ou cérébrale : proportion moyenne, ces altérations ne se sont offertes à moi que dans les rapports de 1 a 19.
D'après ce qui a déjà été dit sur les congestions sanguines des méninges ou du cerveau , on sentira quelle doit être notre circonspection lorsqu'il s'agit de déterminer la nature de ces altérations morbides. Or, nous sommes loin de croire invariablement a un état inflammatoire des méninges, chaque fois qu'un engorgement sanguin se présente : l'engorgement des gros capillaires se rencontra , ainsi qu'on l'a dit comme 1 est à 4,rHîflammation lie-ile-vin, seulement comme 1 h 67.
D'après M. Foville , Tinjection i^ouge lle-de-vin serait assez fréquente chez les aliénés ; il dit que cette altération est surtout évidente dans la substance corticale des régions frontales. 11 est d'observation que cette partie du cerveau se distingue parfois par une couleur particulière, légèrement rosacée; elle contraste ordinairement avec le reste de la substance corticale qui se présente , dans les ramoUissemens , sous un aspect grisâtre ou verdâtre : il est également vrai que larachnoide et la pie- mère sont parfois le siège de petites taches dW rouge assez éclatant ; mais je dois a la vérité de dire que je n ai que rarement rencontré la rougeur érysipélateuse delà corticale. Généralement , les altérations notables , soit congestion des méninges , soit ramoUissemens de la corticale , se rencontrent toujours plus fréquemment dans les régions temporales ou pariétales, que dans les lobes antérieurs.
Il est un fait constant sur lequel tous les pathologistes doivent s'accorder, c'est que presque jamais nous ne trouvons dans l'aliénation mentale ces symptômes qui annoncent une inflammation franchement aiguë du cerveau. Ainsi , Thydrocéphale aiguë se caractérise par une douleur intense et une chaleur plus que normale à la tête; il y a cataphore , ataxie , délire , strabisme, cécité, surdité , mais ferle pyrexie en même temps, La langue est sèche, l'urine rouge; lappétit cesse brusquement; une chaleur acre se dégage de toute la peau : en un mot , cette maladie présente un ensemble de symptômes qui annoncent le caractère injQammatoire dans tout ce qu'il a de prononcé. Il en est de même de l'insolation , des inflammations qui succè-
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 95
dent a des coups, à des blessures portées a la télé et qui sont suivies de vomissement , de hoquet , de convulsions , et d'un état comateux auquel la mort succède en peu de temps.
Chez les alie'nés sur qui louverture cadavérique annonce une congestion des membranes , une décomposition du tissu cérébral , les indices d'une inflammation bien caractérisée manquent.
1° Quoi qu^on en dise , ordinairement il y a peu ou point de somnolence ou de céphalalgie dans Taliénation : la douleur de tête est primitive, continue , intense , térébrante , dans les méningites aiguës ; elle existe souvent sans délire dans ces dernières affections.
2° Le décubitus sur le dos , la fièvre , symptômes essentiels des inflammations cérébrales, ne s'observent pas chez les aliénés, aux deux premières périodes du ramollissement ou des congestions des méninges. La pyrexie ne se déclare que vers la fin de la maladie ; elle est rémittente ordinairement , et plus souvent encore intermittente : un amaigrissement général l'accompagne , ofîrant tous les caractères de la fièvre lente et hectique , sans offrir ceux de Tataxie , des fièvres malignes et des intermittentes pernicieuses , qui , selon l'observation de M. le Professeur Van Coetsem ( i ) , résultent le plus souvent d'inflammations aiguës et intermittentes des méninges , et principalement de l'arachnoïde.
3^ La sécrétion de l'urine n'éprouve pas d'altération
(i) Recberches cliniques sur rinflramalion aiguë de rArachnoj\!c.
sensible ; elle se supprime ordinairement dans les inflammations actives de lencépliale.
4° L'appétit se soutient , ou bien il devient parfois vorace dans l'aliénation avec congestion cërébrome'ningienne.
5° La langue est humide , sa couleur est naturelle chez les aliéne's : elle est sèche le plus souvent , lancéolée , fendillée , très rouge ou couverte d'une croûte brunâtre, chez les malades atteints d'inflammation encéphalique aiguë.
6° Dans les inflammations de Tencéphale proprement dites, le délire n'offre pas de caractère spécial ; c'est le plus souvent une rêvasserie, une incohérence des idées : chez les aliénés atteints de ramollissement cérébral , ce sont des idées d'exagération, d'optimisme.
7° Les convulsions , la paralysie , qui terminent les inflammations cérébrales aiguës, se présentent chez les aliénés avec des caractères et un mode de développement autres que dans ces affections. Elles succèdent au trouble intellectuel, lequel caractérise l'aliénation dès son début : dans l'encéphalite, les anomalies musculaires éclatent au moment même où le délire se déclaré, ou plus souvent , avant que ce dernier se manifeste. La paralysie se prononce lentement chez les aliénés , les convulsions sont peu tumultueuses ; dans le plus grand nombre des cas, c'est une rigidité, ordinairement une contracture des membres. La paralysie s'annonce d'abord par une incapacité de marcher , une difficulté dans la prononciation et surtout dans celle des phrases finales : dans les encéphalites aiguës, c'est une exlinction de la voix ; elle est rauque.
SUR LES î»HRÉNOPATHIES. 97
La paralysie , chez les aliëne's , affecte un bras , une jambe; elle apparaît et se dissipe au bout de quelques jours , pour reparaître bientôt : dans l'autre cas , elle s'annonce brusquement ; elle est permanente.
8° Dans les inflammations aiguës de l'ence'phale , les deple'tions sanguines abondantes et tout le régime antiphlogislique sont impérieusement indique's : dans l'aliénation mentale , ces agens ne sont suivis d'aucun résultat avantageux , malgré la rigidité , la paralysie et d'autres symptômes, considérés généralement comme indices de méningite ou de cérébrite ; nonobstant la promptitude avec laquelle on emploie ces moyens dès la première invasion des symptômes.
9° Ce qui doit le plus contribuer a faire ressortir la différence que présentent entre elles les maladies dont il s'agit, c'est leur mode de progression , leur durée. Nous trouvons dans l'ouvrage du professeur Lallemand, un exposé sur la durée qu'ojŒre le ramollissement du cerveau , suite d'un état inflammatoire : ainsi , chez tous ses malades, la rigidité , la paralysie , sont notées comme symptômes essentiels de l'inflammation de cet organe; et sur 41 sujets, tous sont morts du l^"" septénaire au 55™<î jour. Selon M. le professeur Van Coetsem , l'arachnoïdite aiguë achève régulièrement son cours dans l'espace de 10 a 35 jours; en ce cas , il est parfaitement d'accord avec MM. Parent - Duchatelet et Martinet : quant a l'arachnoïdite consécutive, ajoute l'auteur , sa marche est ordinairement plus rapide ; elle se prolonge rarement jusqu'au onzième jour.
Chez les aliénés les résultats sont autres ; la durée de la maladie est infiniment plus longue : cette
invasion subite du mal, ce collapsus instantané que nous remarquons aux inflammations franches du cerveau , arrivent chez eux lentement, et, sous ce rapport, la différence est trop frappante pour c|u on puisse s'y méprendre : ainsi, d'après un calcul fait par M. Calmeil, et qui est conforme a mes résultats , le terme moyen de la mort chez les aliénés atteints de cette paralysie que tous les modernes regardent comme l'indice di^ ramollissement cérébral , est de tx^eize mois , et, d'après M. Bayle , d'un an a un an et demi : plusieurs de ces malades n'ont succombé que la troisième, la quatrième, et quelquesuns la sixième année.
10° Cette différence dans la progression de la maladie , en offre une clans la cause du mal. Chez les aliénés , nous retrouvons ordinairement une cause morale ; c'est un chagrin, une frayeur , un revers, un accès de colère , qui ont précédé le développement de la maladie : si ces antécédens manquent , si la cause est l'âge avancé , s'il y a quelque irritation physic|ue , de l'insolation , des plaies , des coups portés sur la tète, alors seulement les symptômes cérébraux se rapprochent de l'état aigu et dénotent l'existence d'un état inflammatoire actif : mais l'aliénation n'est toujours , dans ces cas, que symptomatique.
Faut-il conclure de ce qui précède que les altérations dont il s'agit ne sont pas dues à un état inflammatoire ?
Un fait constaté dans certains cas, c'est l'injection rouge des méninges , leur opacité , leur épaississement , les adhérences, ainsi que la décomposition orga-
SUR LES PHRENOPATHîES.
nique de la substance ce'rebrale, notamment celle de la corticale ; il est également prouvé que plus le sujet est robuste et sanguin, plus ces altérations sont promptes à se développer : mais que ces phénomènes soient dus à un état inflammatoire actif, aigu , c'est ce qu'on ne saurait admettre ; ce qui précède doit nous avoir suffisamment éclairés a cet égard.
Dans des remarques déjà faites, il a été démontré que les congestions sanguines sont le plus souvent passives chez les aliénés , qu'elles résultent ordinairement d'un trouble dans la circulation du sang , trouble qui engorge et dilate les gros vaisseaux ; que le fluide qu'ils renferment est noir , que cet engorgement peut se communiquer a des vaisseaux d'un calibre moins grand , et que c'est de cette manière , et dans le plus grand nombre des cas , que nous devons envisager la congestion des capillaires : ajoutons à cela la marche traînante de la maladie, l'absence des symptômes qui indiquent un état inflammatoire aigu, et nous rencontrerons un ensemble de caractères qui doivent nous faire pressentir que l'inflammation cérébro-méningienne est plutôt due, chez les aliénés, à un engorgement, aune infiltration primitivement intersticiaire , qu à une inflammation franchement active ; engorgement qui passe à l'état d'inflammation chronique passive et de décomposition organique , auquel doit prédisposer un tissu aussi mollasse que le cerveau.
Il est essentiel de faire observer, en parlant de ces altérations organiques , que nous les considérons ici , non comme causes de l'aliénation mentale, mais bien comme résultat de cette afî*ection même : ainsi l'alié-
nation , lorsqu'elle succède aux altérations organiques du cerveau , n'en est toujours que le symptôme. Le pi us souvent ces lésions organiques se manifestent dans le cours des aliénations uniquement morales; c'est ainsi que des malades , après avoir été atteints , pendant des mois , des années , d'une profonde mélancolie , montrent tout-a-coup les symptômes d'une congestion cérébrale, suivie de la désorganisation du cerveau et des méninges. Le même phénomène se présente dans la manie; l'aliéné, après avoir quitté l'établissement à différentes reprises , offre un changement subit dans les phénomènes morbides; iisannoncentrengorgcment, la liquéfaction du cerveau. Des malades passent des mois , des années , atteints de délire ; l'intelligence s'affaiblit, et les symptômes propres au ramollissement se font apercevoir. Des aliénés sont atteints dix , vingt ans , de démence complète , et, tout-à-coup , se déclarent les indices de la malaxie cérébrale. L'engorgement inflammatoire , il est vrai , s'annonce parfois brusquement après ime violente colère , mais ce cas n'est pas fréquent ; le plus souvent, il succède à un long chagrin, et alors il se développe lentement. L'usage inconsidéré des boissons dispose singulièrement aux congestions de la substance corticale et des enveloppes du cerveau ; je puis assvirer que les deux tiers des femmes qui ont été traitées par moi , étaient des filles , des femmes de cabaret ou des prostituées. Chez les hommes, l'excès dans les boissons m'a paru moins fréquemment produire l'engorgement inflammatoire ; mais hàtons-nous d ajoutcr que chez tous ces sujets, hommes et femmes, de violens chagrins avaient précédé la maladie. La
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 101
congestion inflammatoire peut se de'clarer subitement et sans anlécedens aucuns ; ceci a principalement lieu lorsque cette affection résulte d'une maladie aiguë, d une fièvre ataxicjue ou adynamique , d'une cause physique agissant sur le système cérébral , un coup , une chute , une métastase , la chaleur externe , l'insolation, etc. ; mais , comme il a été dit , ces cas ne sont guère applicables aux aliénés, l'aliénation n'étant alors cjue le symptôme d'une autre maladie.
Je crois devoir insister sur ces considérations , parce que généralement on n'a pas attaché une importance suffisante aux prodromes qui caractérisent les afîections dont il s'agit.
Ainsi, exaltation nerveuse d'abord, dans le plus grand nombre des cas ; ensuite congestion intersticiaire, dilatation vasculaire , état variqueux des capillaires.
Irritation des tissus ; inflammation secondaire, chronique ; décomposition , désorganisation du tissu ; exsudations albumineuses , séreuses , adhérences ; opacité des membranes.
Telle est l'idée que nous nous formons du mode inflammatoire de Tencéphale dans l'aliénation mentale.
Ces remarques ne sauraient s'appliquer indistinctement a tous les ramollissemens : il existe une autre cause de ces affections organiques , c'est la macération du tissu cérébral , occasionée par l'accumulation de la sérosité entre les membranes du cerveau.
Cette espèce de ramollissement se caractérise par les attributs suivans :
1° La substance corticale , flasque , d'une couleur
pâle , Llaiarde , n oiFre point cet aspect rosace' des inflammations aiguës, ni la couleur Jaunâtre, verdàtre ou brunâtre des ramollissemens par congestion.
2° En incisant la substance corticale, le scalpel n'est point teint en rouge ; les parties divisées ne laissent pas suinter le sang.
3° Les capillaires qui se rendent de la corticale à la pie-mère , ne sont nullement engorges.
4"^ Le ramollissement ne se borne point a la surface convexe des hémisphères ; il se remarque en même temps à la moelle épinière , a Fallongée, au cervelet, aux couches optiques.
5<^ Souvent les méninges n'offrent pas de traces d'un engorgement des capillaires ; des veines noirâtres rampent seulement sur ces membranes.
6** Ces dernières sont épaissies, sans être plus denses; elles sont d'un blanc grisâtre. En les extrayant du crâne, en les froissant entre les doigts, on parvient a les amincir et a faire disparaître leur blancheur. Au reste, la macération prolongée d*un lambeau d'arachnoïde, pris sur un sujet sain, fait gonfler le tissu de cette membrane et lui donne une blancheur opaque.
7^ Une sérosité abondante remplit et engorge les cavités formées par les méninges; la quantité en est parfois énorme.
On ne saurait m'objecter que le tissu cérébral , par l'action de ses propriétés vitales, s'opposera a ce qu il subisse l'influence mécanique d'une infiltration aqueuse , car le phénomène se remarque sur tous les
tissus, lorsqu'ils deviennent le siège d'une hydrcpisie. C'est ainsi que le péritoine et la plèvre s'épaississent et acquièrent une couleur blanchâtre, chaque fois qu'ils renferment des collections aqueuses morbides ; cette couleur, ordinairement très remarcjuable sur cette partie du péritoine qui couvre les intestins et forme le repli des ligamens de la matrice , est toutà-fait distincte du ramollissement purulent de cette membrane. On pourra me demander si la collection intra-crânienne elle-même ne peut dépendre d'un état inflammatoire des membranes? j'ai répondu à celte objection , en prouvant cjue l'inflammation en est souvent la cause première , mais c|ue cette règle est rarement applicable aux aliénés , chez qui , fréquemment la congestion veineuse des gros vaisseaux donne lieu a l'accumulation de la sérosité entre les membranes ou dans les ventricules du cerveau. D'ailleurs , quelques propriétés particulières à la sérosité indiquent souvent l'altération organique , à laquelle cette sécrétion est due : c'est ainsi c[ue la sérosité des inflammations franches des méninges oflre une couleur verdâtre, parfois lactescente, tandis c[ue celle qui se forme dans les stases veineuses est très limpide.
Ici se présente la cjuestion de savoir, si le ramollissement est toujours primitif, ou bien si, d'après ridée de M. Bayle et d'autres, il résulte d'une injlammation des méninges et particulièrement de la piemère, transmise au cerveau P
M. Bayle a observé dans la méningite des aliénés,
trois périodes; la première serait une monomanie ambitieuse , la seconde , une manie , et la troisième , une démence avec paralysie. Chacune de ces trois stades correspondrait à un état organicjue particulier. Dans la monomanie ambitieuse , il y a , dit Fauteur , anxiété et paralysie légère , et cette première période constituerait l'inflammation de la pie -mère; cette membrane serait le siège primitif de l'inflammation encéphalique dans l'aliénation mentale; c'est de là qu elle se propagerait à la substance corticale du cerveau : c'est la seconde période , la manie. La troisième, ou la démence , aurait pour cause une exhalation séreuse entre les membranes ou dans les ventricules.
Je suis loin de pouvoir admettre les difîerentes distinctions symptomatiques , indiquées par notre auteur ; car, selon la remarque judicieuse de M. Foville, c'est la démence qui domine dès le principe du mal.
1° Lorsqu'après la mort, nous rencontrons des ramoUissemens, des ulcérations de la corticale , et que les membranes , tendues sur ces lésions organiques , n'oflrent aucime trace d'état morbide , nous devons en conclure que le cerveau a été primitivement et exclusivement atteint. J'aurai , en plusieurs endroits de ce chapitre, occasion de faire remarquer des lésions pareilles et de revenir à ce sujet.
2° Lorsque les membranes se trouvent altérées et que le cerveau paraît sain , il y a de grandes probabilités pour admettre une affection primitive des méninges. Cependant, vu la circulation cérébrale , l'irritation peut exister primitivement au cerveau, n'être que nerveuse , et afiecter secondairement les
SUR LES PHKÉNOPATHIES. 105
membranes de congestion inflammatoire. La pie-mère , ai-je dit, est un réceptacle destine' a recevoir le sang du cerveau et à faciliter son cours vers les sinus ; toutes les dispositions y sont pour favoriser Faccumulation de ce fluide : au reste, les antécëdens doivent, dans ces cas, éclairer la question.
3° Ainsi, lorsqu'à la suite d'excès dans les boissons, de veilles prolongées, de débauclie en tout genre, de Faction des rayons du soleil , de la chaleur des fournaises , nous voyons se développer un ramollissement du cerveau , nous pouvons supposer une affection primitive des membranes , si , bien entendu , des causes morales n'ont point précédé la maladie.
4° Mais l'altération morbide résulte-t-elle d'un cbagrin prolongé ^ d'une vive émotion , d'une cause morale quelconque , alors nous y trouvons une affection primitive du cerveau,
5^ Il en est de même de tous les ramollissemens qui sont la suite d'une aliénation d'abord morale. lis sont les plus nombreux.
Va-t-il un caractère spécialpar lequel on distingue Vin» Jlammaiionde V arachnoïde de celle de lapie-mère P
On a cru reconnaître dans le délire l'inflammation de l'araclmoïde , et cette opinion a presque généralement prévalue. Dans les maladies aiguës , c'est possible ; mais chez les aliénés , quoic|u'on en dise , le délire se montre , dans le plus grand nombre des cas , sans altération des membranes ; je pourrais, d'ailleurs, corroborer mon assertion par plus de cent
cinquante ouvertures cadavériques , qui de'truiraient ce qu'on a dit d'exagéré sur l'altération delarachnoide dans l'aliénation.
Le délire ambitieux , avec ou sans démence , est-il propre a l'inflammation de la pie-mère , la paralysie y appartient-elle aussi ? Vraie en quelques cas , cette assertion du docteur Bayle , qui place le siège primitif de toutes les aliénations dans la pie-mère , me semble trop générale. Dans le délire paralytique avec démence , les altérations ne se bornent point à cette membrane, ou, ce qui est plus fréquent, une altération du cerveau existe sans altération méningienne aucune. Je puis assurer que sur 1/9 des aliénés atteints d'altération organique de la substance grise des circonvolutions cérébrales, j'ai trouvé les rnembranes ou faiblement ou nullement atteintes. Ainsi , le ramollissement peut exister, 1° sans altération des méninges ; 2° il peut être très prononcé , et l'altération des membranes n'être que peu évidente ou ne pas exister du tout; 3° les altérations morbides des méninges sont loin d'indiquer invariablement l'état inflammatoire.
J'ai cru observer que les engorgemens de la piemère n'oflrent point un ensemble de symptômes aussi graves que ceux que nous remarquons a l'engorgement sanguin de l'arachnoïde. Il y a, dans le premier cas, agitation , prostration musculaire ; tantôt le malade éprouve une propension à rester assis ou couché, tantôt il ne peut se tenir une minute en place ; la paupière supérieure est injectée, ainsi que l'oeil; un
SUR LES PHRÉJNOPATHIES. 107
cercle bleuâtre se fait remarquer autour des yeux ; il y a confusion , obnebulation des idées , mais il n'y a pas d'ëtat comateux véritable , et tel qu'on Tobserve dans Fengorgement général de la masse encéphalique. DansFengorgement sanguin de l'arachnoïde, le système musculaire est fortement influencé, l'agitation est convulsive ; il y a tremblement , rigidité musculaire , parfois abolition des mouvemens ; mais le grincement des dents ne s'observe point ; il n'y a pas de véritables convulsions épileptiformes , ni de paralysie , a moins que l'inflammation ne donne lieu a des exhalations séreuses abondantes. Le cerveau est plus gêné dans son expression fonctionnelle que dans l'inflammation de la pie-mère : c'est ainsi que l'arachnoïde , s'épaississant par l'afflux des humeurs , se contracte sur cet organe (i) et lui fait éprouver une strangulation tout en l'irritant : or , l'arachnoïde est , relativement au cerveau, ce que la plèvre pulmonaire enflammée est aux poumons ; ces organes cessent de se dilater et d'agir, comme le cerveau cesse d'agir sous une membrane dont Félasticité diminue en raison de son épaississement. Mais la pie-mère est susceptible de recevoir , dans ses capillaires , une quantité plus grande de sang , sans que les fonctions cérébrales en soufîrerit : de la résulte que les symptômes qui annoncent la compression sont toujours moins prononcés dans le simple engorgement de cette membrane ^ que dans celui de Farachnoïde.
(1) Bayle, ouvrage cité.
Y a-t-il des caractères par lesquels on dislingue T inflammation du cerveau de celle des méninges P
Celte dislinction est difficile , surtout lorsqu'il s'agit de Imflammatioii de la pie-mère. En gënëral, les
symptômes morbides amioncent un état paralytique prononcé lorsque la substance du cerveau est atteinte. D après M. Lallemand , dans ImUammation des méninges , les deux côtés du corps sont affectés simultanément de mouvemens spasmodic|ues ; tandis que Finflammation du cerveau s'annonce par une paralysie C|ui se borne a la moitié opposée du corps à celle du cerveau c|ui est le siège de l'état morbide.
Mais n'isolons pas trop les membranes des organes auxquels elles appartiennent.
De R .... , âgé de soixante ans, grand , fort , d un embonpoint médiocre, se trouve depuis de longues années à notre établissement , atteint de démence sans paralysie , sans contracture aucune des membres ; il ne bégaie point; une prostration intellectuelle seule caractérise sa maladie. Le malade laisse couler ses fœces, mais il demande a boire et retrouve son lit. Depuis plusieurs années, on le voit constamment couvert de vermine, malgré les soins cjuon prend pour IVn débarrasser. Les servans s'avisèrent, à la fin, de faire disparaître ces insectes par l'onguent mercuriel : là disparition fut prompte , mais, peu de temps après, les extrémités s'infiltrèrent et la peau se couvrit d'une éruption boutonneuse. Le cuir chevelu est cbaud au
. SUR LES PHRÉNOPATKÏES. ' Î09
toucter, un tremblement générai se manlfesle, la couleur de la face change singulièrement ; elle devient presque noire , et des plaques de la même couleur couvrent les exlrëmite's , surtout les supérieures. L'agitation musculaire continue, le malade est assoupi; couclië lourdement dans son lit , il ne parle pas , ne crie pas : point de paralysie ni de vraie contracture tétanique des membres ; seulement un état de rigidité générale» Le malade expire au bout de seize jours passés à Finfirmerie.
La voùle du crâne enlevée , la dure-mère incisée , il s écoule environ sept onces de sérosité citrine. L'arachnoïde, sur toute l'étendue des Iiémisplières et a la base du crâne, se présente matte , épaissie , gorgée d'un sang lie -de -vin; partout on l'emporte fiicilement avec la pince. La pie-mère est également gorgée de sang, mais sa rougeur est moins foncée, et cette membrane n'a pas tout-a-fait perdu sa transparence. Vue quantité considérable de sérosité s'écoule de la cavité qu'elle forme avec son feuillet cérébral. Le sang s'échappe en nappe sur la substance blanche incisée. La couleur et la consistance de la substance grise paraissent naturelles. Les ventricules latéraux renferment beaucoup de sérosité.
Ici lengorgement inflammatoire de l'arachnoïde et de la pie-mère correspond à une cause accidentelle, a Faliénation mentale, et, sous ce rapport, le fait ne manque point d'être instructif ; il nous fait connaître les symptômes qui annoncent l'engorgement sanguin aigu des méninges : la slnpeur subite , le tremblement
des membres et l'infiltration des extrémités. Ainsi nous ne voyons pas ici cette marche lente qui caracte'rise les inflammations chroniques des membranes ce'rébrales ; toute la maladie se termine au bout de vingt jours : mais faisons remarquer que dans le cas que nous venons de rapporter , il n'y a point d'altération de la substance cérébrale , pas d'adhérences , pas d'épaississement de l'arachnoïde ; et ne perdons pas de vue ces phénomènes, qui correspondent a une absence de paralysie, symptôme ordinairement caractéristique de la désorganisation de la corticale des hémisphères , afin de mieux faire ressortir ce qui appartient à l'une ou l'autre de ses maladies. Donc , ici l'engorgement inflammatoire des méninges existe aussi bien à la base qu'a la surface des hémisphères ; caractère important qui fait merveilleusement bien ressortir la difîerence qu'il y a entre l'inflammation primitive du cerveau et les altérations de cet organe qui résultent de l'aliénation : dans ce dernier cas , la lésion se borne presque toujours à la surface supérieure des hémisphères , moins au front cependant qu'aux régions élevées de la tête. Un phénomène curieux , c'est Imflammation des méninges , survenue a la suite d'une disparition de la vermine ; sans pouvoir déterminer à quoi peut tenir la naissance de ces insectes et l'inflammation qui l'a suivie, nous ne pouvons perdre de vue la remarque faite par divers auteurs, concernant le consensus qui existe entre la peau et les membranes cérébrales. Ainsi plusieurs d'entre eux ont observé que la disparition subite de 1 érysipèle , d'une dartre , ou la fermeture d'un cautère , entraînent souvent Tinflammation de ces par-
SUR LES PHRÉNOPATHIES, 11 1
lies organiques ; et parlant , la sympathie entre le système cutané et les me'ninges, est le seul motif que nous puissions alléguer pour expliquer laltération morbide dont il s'agit. Mais d'autres faits prouvent que ces sortes de métastases sont loin de se faire invariablement sur le cerveau : ainsi un jeune idiot continuellement couvert de vermine , en fut débarrassé par Tonguent mercuriel ; à Finstant une forte ophthalmie se déclara a l'œil droit; on ne parvint à faire disparaître cette inflammation qu'en négligeant les soins qu'exige la propreté. Un autre cas , non moins extraordinaire , vient de se présenter à notre établissement : chez un enfant atteint de manie périodique, le cuir chevelu se couvre de vermine, en quelque sorte subitement à chaque accès de cette maladie.
Taches blanches de Varachnoïde.
Les taches blanches se rencontrent fréquemment sur l'arachnoïde. Elles s'étendent , chez le plus grand nombre des sujets, du sommet de la tête vers les surfaces latérales des hémisphères. Des auteurs ont cru y voir des traces d'inflammation , mais elles ne tiennent ordinairement qu'à une disposition organique naturelle. Nous les avons rencontrées sur des sujets débiles, hydropiques, sur des personnes mortes subitement après des violences externes , et qui ne nous avaient ofî'ert aucun indice d'inflammation au cerveau. Si ces lâches résultaient d'une phlegmasie méningienne, elles formeraient des adhérences avec la pie-mère ; mais c'est ce que nous n'observons ^as. D'ailleurs, si
112 TRAlTi^
le cristallin , la cornée transparente , le péricarde , deviennent le siège d'opacités blanches , pourquoi Farachnoïde, membrane mince, transparente, ne pourrait-elle pas offrir le même phénomène? Lorsque l'inflammation envahit les tissus membraneux , elle y donne un aspect îardacé , grumeleux ; mais les taches dont il est question sont unies, nettes, rayonnantes. Nous avons déjà fait entrevoir qu elles peuvent être dues, chez les aliénés, a l'infiltration de la sérosité dans le tissu membraneux ; cette , idée qui appartient à Fauteur de Fouvrage intitulé : De la Paralysie des Aliénés , nous la partageons avec lui.
Surfaces sablées de T arachnoïde.
En promenant le doigt sur Farachnoïde, on sent qu'elle est raboteuse ; on dirait qu'il y a du sable attaché sur cette partie ; le scalpel éprouve une certaine résistance en la divisant.
Ce phénomène organique se rencontre souvent sur cette partie de la membrane qui couvre les hémisphères ; on le retrouve aussi sur les surfaces des ventricules latéraux.
Rien jusqu'ici n'a pu déterminer la nature de cette altération ; tient-elle à un état inflammatoire .^ nous l'ignorons.
Opacité y épais sis sèment gris de V arachnoïde.
Van H., âgé de trente-quatre ans, éprouve des revers doniestiqucs : il s'adonne aux femmes et à ]à boisson.
SUR LES PHREiî^OPATKîES. 113
Ayant un soir assiste a la représentation de la pièce la Vie dtun Joueur , il retourne cliez lui tout agité, parcourt sa maison, pleurant et appelant h grands cris du secours. Une saignée lui rend le calme.
Une année se passe dans la plus grande tranquillité d'ame , mais arrivent de sensibles pertes dans les affaires qui causent la ruine de Van H. : elle est suivie cl'uii dérangement moral qui provoque sa séquestration. A son entrée dans notre établissement , il est dans un état d'extase avec déterminations fantastiques ; roide , immobile , il ne parle que très rarement et répond seulement par monosyllabes. Un penchant à pincer , à mordre , à souffleter ses camarades le domine. Mais insensiblement cet état se dissipe ; les rapports avec Texte* rieur sont rétablis ; le malade cause , se met au travail ; toute sa situation d'esprit est sensiblement améliorée : cependant , il parie de richesses ; de temps en temps , il éprouve de fortes anxiétés et un vif désir de quitter l'établissement. Des convulsions se manifestent au bras droit : on observe que la parole est traînante , et que le malade parle constamment à haute voix. Un imprudent lui révèle l'inconduite de sa femme; dès cet instant, les anxiétés reparaissent avec intensité : bientôt le malade est pris de délire ; il court ça et la , crie au secours ; il se sent mordre , pincer et brûler avec des fers chauds. Les mouvemens convulsifs se succèdent au bras droit , frappé d une rigidité qui dégénère en paralysie : — cette dernière se dissipe et renaît à tout moment. La maigreur devient extrême , la démence plus prononcée ; les cris continuent avec violence; souvent le malade pleure comme un enfant j il est toujours
agité ; enfin , des escarres naissent sur le dos , d où s^écoule une énorme quantité de sérosité; mais dès que ces émonctoires s ^établissent , le malade est moins anxieux et repose tant soit peu la nuit. Le marasme l'entraîne enfin dans la tombe , au bout de deux ans de séjour à rétablissement.
L'ouverture du corps , faite le 2 février 1830, trente heures après la mort , me fit voir l'arachnoïde très épaissie et d'une couleur grise -cendrée, sur toute la surface convexe des hémisphères, à l'exception du front , où elle avait conservé sa transparence et sa ténuité. Une température de douze degrés sous zéro avait fait geler le cadavre, circonstance qui avait rendu l'investigation de cette membrane très facile.
La pie-mère était injectée , mais elle ne paraissait point enflammée.
Nulle part la substance corticale n'était adhérente aux membranes ; on n'y trouvait aucun changement de couleur ni de consistance : même observation pour la substance blanche et les parties centrales du cerveau.
Une grande quantité de sérosité remplissait les ventricules et les interstices membranaires.
Nous remarquons :
1° Une altération visible de cette partie de Tarachnoide qui couvre les hémisphères , à l'exclusion de la région frontale ; 2° la substance du cerveau partout intacte ; 3** un engorgement veineux de la pie-mère , mais n'ayant pas d'aspect morbide; 4° de la sérosité entre les membranes et dans les ventricules ; 5" pour
symptômes dominans, un ëtat de frayeur se manifestant subitement par accès, des convulsions paralytiques du bras droit, la prononciation difficile; les cris, les pleurs, les déterminations fantastiques, le délire , les idées de richesse.
Prenant comme point de départ la cause du mal , nous y reconnaissons une action primitivement morale, et dont l'effet organique paraît s être tout-a-fait concentré dans Farachnoïde qui tapisse les surfaces convexes des hémisphères : par conséquent , en nous reportant vers les symptômes dominans, sommes nous en droit de conclure que l'épaississement , l'opacité de cette membrane , tout en étranglant le cerveau , le gêne dans la manifestation de la pensée, et donne ainsi lieu a un état de souffrance anxieuse , à un besoin de se plaindre, de se déplacer, a des convulsions et a une paralysie momentanée. En parlant de la compression cérébrale , nous avons fait connaître ces symptômes; c'est toujours le même effet provenant d'une même cause : un besoin d'agir , de marcher , un état d'inquiétude, de souffrance, chaque fois qu'un agent quelconque gêne le cerveau dans ses opérations , sans toutefois le gêner au point d'abolir tout sentiment , toute idée , toute faculté réagissante de cet organe. N'oublions point de faire remarquer l'absence de toute adhérence entre le cerveau et les membranes; elle détruit l'assertion de ceux qui veulent que les symptômes spasmodiques et convulsifs proviennent dans tous les cas d'une inflammation méningienne transmise au cerveau : en effet , le malade éprouvait des convulsions épileptiformes très prononcées; mais nous
n^avons trouvé aucune trace d'inilammation cérébrale. Jamais ce malade ne nous a offert cet état dhébétude, d'indifférence, d'absence dans les rapports, propre au ramollissement de la corticale des hémisphères : l'aliéné était attentif; il souriait en vous voyant rire, disait bonjour, lx)n soir, faisait des questions sur différens sujets, vous nommait par votre nom ; il sentait , il voulait , il pensait , quoique faussement, confusément : tout cela dénote une certaine vigueur de la pensée et une absence d'altération organique-dans le tissu cérébral des hémisphères.