‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 12 sur 58 · ÉPAKCHEK ^NS SANGUINS ET ÉPAISSISSEMENT DE LA MÉNINGÉE · texte numérisé non relu

ÉPAKCHEK ^NS SANGUINS ET ÉPAISSISSEMENT DE LA MÉNINGÉE

Van àen H., âgé de cinquante-quatre ans, éprouvait, depuis sis ans, un tremblement des membres; il nous arrive dans un état de démence complète. Les personnes qui raccompagnent qualifient d'apoplexie un trouble subit accompagné d'assoupissement et d'engourdissement dans les membres , qu'il avait éprouvé environ huit mois avant son entrée.

Le malade a perdu toute connaissance , ne répond pas, ne connaît personne, ne demande rien, en un mot, n'émet aucun acte cérébral; la marche est lourde , difficile ; la tête gonâée , penchée en avant ; le regard stupide , la couleur de la face rembrunie : en étendant les membres, on éprouve une résistance insolite; ils sont dans un état de flexion permanente. Après trois mois de séjour a l'hospice, je fais placer le malade à l'infirmerie. A peine peut-il se soutenir, à peine se

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îève-t-il , qu^il retombe lourdement sur sa cLaîse. Le côté gauche se paralyse insensiblement; Talie'né reste au lit et ne peut plus se lever ; il est couché sur le dos. Des escarres se forment , un coma soporeux se manifeste , la face se rembrunit considérablement ; une fièvre intermittente se développe, et, après l'emploi des î3angsues, de la glace à la tête , Van H... meurt.

En ouvrant le crâne , tous les vaisseaux de la diu'emère se présentent engorgés d'un sang veineux. Les bosselures des circonvolutions effacées font voir que cet organe a été fortement comprimé et soulevé contre le crâne. Entre la dure-mère et l'arachnoïde, sur l'hémisphère droit , nous rencontrons , en forme de membrane , un épanchement d'un sang noir , étendu et coagulé sur toute la surface du lobe cérébral droit. L'arachnoïde est épaissie ; les lambeaux qu'on en emporte sont opaques , consistans ; il faut un effort du scalpel pour la diviser. L'épaississement se prolonge latéralement jusqu'aux lobes moyens; il est moins sensible au front.

La pie-mère est gorgée de sang noir , mais la couleur n'en est point lie-de-vin.

En coupant la substance cérébrale , le sang s'éclîappe en nappe sur les surfaces divisées; il est noir.

Les ventricules ne sont point remplis de sérosité ; ils en contiennent cependant une assez grande masse: lors de l'incision des membranes , il s'en écoule une quantité considérable; le canal racliidieri en est rempli.

La première époque du mal nous fait voir une

congestion locale. Le malade était intelligent, il avait, au dire des parens , des idées saines , on ne lui remarquait qu'un tremblement des extre'mités ; de sorte que , si nous réunissons maintenant tous les indices que nous a offerts le cadavre , nous trouvons une se'rie d'alte'rations dont le siège principal occupe les membranes : congestion prononcée dans les vaisseaux de la dure-mère, extravasation sanguine entre cette membrane et Tarachnoïde, opacité, endurcissement de cette dernière, rougeur de la méningète. Le premier phénomène morbide a été un tremblement des membres ; il tient probablement a la congestion du sang dans les membranes; il exista pendant six ans sans produire d'autres phénomènes : arrive un assoupissement profond , suivi de paralysie et de démence complète.

C'est à cette époque du mal qu'a du avoir lieu Fextravasation de sang dont l'ouverture cadavérique nous a révélé l'existence.

Quelques symptômes manquent, ceux qui se rapportent à Fépaississement des membranes, altération que lautopsie nous a fait cependant découvrir . Nous n'avons point rencontré cet état d'anxiété , ces cris, ces plaintes, propres à l'altération organique de l'arachnoïde et de la pie-mère ; mais il est important de noter que la compression du cerveau s'opposait à la manifestation de la sensibilité : partout les vaisseaux étaient engorgés ; la surface cérébrale était comprimée par le sang épanché entre les membranes. Or, toute fonction intellectuelle était devenue impossible; et c'est en cela que ce cas se distingue de celui de Yan H.

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Adhérences des méninges entre elles et au cerveau.

C'est sur les hémisphères cérébraux qu'il faut chercher, chez les aliénés, les adhérences , soit des membranes entre elles, soit avec le cerveau; rarement on trouve ces espèces d'altérations a la base du crâne, sinon dans le cas de métastase , d'afFections sympathiques des membranes, tel qu'il arrive dans l'inflammation des méninges consécutive à celle du périteine , chez les femmes en couches.

Ce qui mérite d'être noté , c'est que les adhérences méningo-cérébrales n'existent que rarement entre les parties de la membrane qui se prolongent dans les interstices des circonvolutions du cerveau ; on ne les trouve que la oii le feuillet cérébral de l'arachnoïde oflfre des points de contact avec la pie-mère; c'est, a proprement parler , la surface extérieure du cerveau touchant à cette membrane , par l'intermédiaire de la méningète , qui devient le siège de ces adhérences. Ainsi cette disposition semblerait confirmer l'assertion des auteurs modernes, savoir, que l'adhérence commence par l'arachnoïde, et que c'est d'elle qu'elle se propage aa cerveau. Ces altérations sont à la masse générale des aliénés a peu près comme 1 à 45.

Une observation importante reste a faire. Il y a des adhérences entre les membranes qui sont naturelles et qu'on trouve sur la presque totalité des cadavres ; on les rencontre sous la ligne médiane qui correspond au sinus longitudinal supérieur ; elles s'étendent du front àlocciput, et établissent l'adhérence de la dure-

mère avec Faraclinoïde et la pie-mère. Pour bien observer ces adhérences , il faut couper la dure-mère U côté du sinus longitudinal et d'avant en arrière. Tantôt ce sont des accollemens d'un aspect lardacé , tantôt des filamens cjui unissent ensemble les membranes sur toute la ligne médiane, moins fréquemment au sommet de la tête et dans l'endroit où le coronal a son point d'engrenage avec la suture sagitale , que dans tout autre. Quelquefois on trouve de pareilles adliérences aux environs du roclier , dans la direction des sinus pétreux; je les ai trouvées non-seulement chez les aliénés , mais sur des individus qui avaient succombé à une mort violente.

Souvent on rencontre de nombreux filamens unissant l'arachnoïde à la pie-mère ; cette disposition est également de nature à faire croire a l'existence d'adhérences morbides , mais un examen attentif fait voir qu'elles ne sont que des veines établissant des communications entre les deux membranes.

Les faits qui suivent vont nous indiquer les caractères symptomatiques des adhérences morbides des méninges.

ADHERENCE DE l'aBACHîîOÎDE A LA PÏE-3ÈRE, AVEC INJECTION ROUGE DE CETTE PERNiÈllE ET SÉROSITÉ.

D.... a soixante ans ; il arrive de l'hospice des vieillards. Depuis quelques mois , l'intelligence s'était très affaiblie. Après quelques semaines passées dans un état de stupeur avec contracture des membres, les traits se décomposent et le malade meurt.

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A l'ouverture du corps, faite trente-six heures après la mort, je trouve larachnoïde couleur lic-de-vin sur toute retendue des hémisphères , ayant contracté des adhérences avec la pie-mère , qui , à son tour , montre des traces d'engorgement sanguin. En incisant l'arachnoïde , il s'écoule quelque sérosité ; les ventricules en sont remplis au tiers de leur capacité.

Les symptômes dominans étaient la contracture des membres et la démence somnolente. Tous deux paraissent l'effet d'une congestion de l'arachnoïde , avec adhérence de cette membrane à la pie-mère.

Les contractions spasmodiques , les convulsions seraient toujours dues , selon le docteur Bayle , à l'adhérence des membranes au cerveau. Il est vrai que ces phénomènes ont lieu dans un grand nombre de cas , mais un fait déjà cité et d'autres que nous rapportons , ne laissent aucun doute sur l'impossibilité d'établir à cet égard une règle générale. Le professeur Lallemand prétend que c'est à l'arachnoïde enflammée seule que nous devons attribuer la tension musculaire , ainsi que les mouvemens convulsifs : mais de nombreux faits , rapportés par le docteur Calmeil , prouvent que ni Fin* flammation des membranes , ni le ramollissement cérébral , ni les adhérences du cerveau aux méninges , ne peuvent être considérées invariablement comme la cause de ces phénomènes symptomatiques. Quelques observations, consignées dans son ouvrage sur îa paralysie des aliénés (i) , se rapportent toutes a des

(i) Sous les n°'16, 18,81, 22,23,24,26,26,27,28,29, 30, 33, 35,38,39,46,47,48,66.

ramollissemens cérébraux, des adhérences méningocérébrales , des congestions de Tarachnoïde , sans le moindre symptôme de rigidité, ni de mouvemens convulsifs.

M p entre a rétablissement, âgé de quarante- trois

ans. C'est un homme d une constitution sanguino-nerveuse , d un embonpoint médiocre : cheveux châtains , teint pâle.

Nous n'avons aucun renseignement sur la cause de sa maladie mentale. Depuis son entrée jusqu'à sa mort, on lui remarque une disposition à s'alarmer des moindres choses ; souvent il lève les yeux au ciel d'un air eflfaré , et annonce aux servans qu'on viendra le saisir, que les gendarmes sont à la porte. Vers le soir, il est toujours très agité et se réfugie souvent sous son lit. Il appréhende beaucoup de se trouver dans un Jieu obscur, et paraît s'effrayer chaque fois qu'on vient lui faire la barbe. L'appétit se soutient; insensiblement des symptômes de démence se déclarent. L'anxiété , la frayeur , restent comme symptômes dominans. La marche est difficile ; il y a rigidité des membres , air hébété. En juillet 1829 , il fait une chute sur la tête , d'une hauteur assez considérable ; une forte hémorrhagie a lieu par une plaie au sommet du cuir chevelu : perte de connaissance, convulsions, et, pendant trois jours, profonde stupeur. On croit sa mort certaine , mais la tête se débarrasse insensiblement et le malade se rétablit au point de pouvoir retourner dans sa salle. Son état moral est cependant beaucoup empiré ; l'aliéné n'a plus de connaissance de quoi que ce soit : il y a agi-

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tation; le malade porte constamment lamaîn àla tête, s'y gratte violemment ; son regard est souffrant ; il s effraie dès qu'on lui parle, pousse des cris, la nuit le jour; jure , vocifère , et s'agite en tous sens. Deux mois après cette chute , il tombe dans un état de stupeur avec rigidité musculaire ; il n'en sort qu'au bout de deux jours. De temps en temps, il y a des retours d'un sommeil comateux ; des escarres se forment au dos ; une sérosité abondante en découle ; une fièvre intermittente irrégulière se manifeste , et le malade périt dans le marasme. L'abolition de l'intelligence était complète ; l'aliéné voyait , entendait , mais sans attacher aucune idée , aucun rapport à ses sensations. Un grincement de dents qui s'était manifesté avant sa chute ne le quitta plus. Son agitation , ses cris , une tendance a se frapper la tête contre le mur, le tourmentèrent jusqu'à son agonie. Cet ensemble de symptômes parut si extraordinaire aux gens du service qu'ils avaient l'habitude de regarder le malade comme possédé du démon. Il mourut , après un séjour de deux ans à l'établissement, sept mois après sa chute.

A l'autopsie cadavérique , je découvre, après avoir incisé la dure-mère , une fausse membrane étendue sur toute la superficie de l'hémisphère gauche entre la dure-mère et l'arachnoïde. C'était sur le côté gauche de la tête que le malade avait tombé. Cette couche membraneuse, d'une couleur jaunâtre et de l'épaisseur d'une pièce de deux francs a son centre , n'était adhérente ni a l'arachnoïde , ni a la dure-mère ; opaque ,

formée d'une fîbrine coagulée , elle renfermait , vers locciput, environ une once de sang caillebote'.

L'arachnoïde sur les deux hëmisplières était partout adhérente à la pie-mère , et celle-ci Tétait au cerveau.

La première avait perdu toute sa transparence ; épaissie, elle oiFrait une assez forte résistance au scalpel. Partout, à Fexceplion de la base du cerveau, il était impossible de détacher la pie-mère de cet organe , sans en emporter la substance ; celle-ci cependant n'avait point subi de changement ni dans sa couleur, ni dans sa consistance.

Lors de l'incision des membranes , il sortit une quantité assez considérable de sérosité citrine ; pareille sérosité remplissait les ventricules et le canal vertébral.

Tous les autres organes se présentèrent dans leur état normal.

Comparons maintenant ce fait avec celui de Van H. Chez les deux individus, il y avait épaisslssement de l'arachnoïde , mais chez l'un cette membrane était seulement adhérente à la méningèle , tandis que chez l'autre, la méningiemie, laméningète et le cerveau, avaient contracté des adhérences ensemble ; de plus ,

nous avons chez M p mi corps étranger étendu

en forme de membrane sur tout l'hémisphère gauche. Chez l'un comme chez l'autre , l'altération organique existe a la superficie des hémisphères, et, chez les deux individus , la substance cérébrale ne paraît point changée de couleur ni de consistance ; seulement chez M....p, nous la trouvons adhérente a la pie-mère, disposition qui ne peut exister sans produire un chan-

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gement d'état dans la corticale, sie'ge de ces adlierences. Nous trouvons donc , dans les deux cas, un ëtat morbide des membranes cérébrales plus prononcé chez l'un que chez Fautre malade ; et déplus, nous observons chez le dernier un corps étranger comprimant, inler-membranaire, conséquemment une somme de probabilités plus grande pour croire à lexistence d'une lésion du tissu cortical du cerveau.

Comparons maintenant les symptômes les uns avec les autres. Chez Van H., comme chez M....p , un état de souffrance et d'irritation, une crainte , une frayeur, des anxiétés; un état de démence , des cris soudains , des plaintes; un besoin de marcher, de s'agiter; mi regard hébété , un affaissement de forces ; un état de tension , de rigidité musculaire , marchant de pair avec un affaiblissement des facultés intellectuelles.

Jusque-la nous ne voyons que des phénomènes annonçant une maladie organique de cette partie des membranes qui couvre les hémisphères.

Mais la démence est moins avancée chez Van Hc ; les relations existent jusqu'à un certain point avec l'extérieur, et persistent jusqu'au dernier instant : de sorte que l'individu connaît les servans et les appelle par leur nom ; il parle de sa femme , témoigne de l'affection aux amis qui viennent le voir; mais il déraisonne ; il a perdu tout sentiment de pudeur et des convenances; il est incapable d'aucune combinaison intellectuelle. Chez M.. ..p , les symptômes annoncent une lésion qui intéresse davantage le cerveau ; on ne trouve chez cet homme aucune connaissance des objets extérieurs; il y a chez lui absence totale des idées, et, déplus, un grince-

ment des dents, une suspension subite de tous les actes ce'rébraux , avec forte rigidité des membres , se développant a la suite d une chute sur la tête. C'est à la compression cérébrale , n en doutons pas , que ces derniers symptômes sont dus ; et faisons remarquer que la paralysie momentanée était tout intellectuelle ; elle n'intéressait point les muscles , qui étaient roides et tendus. Cette circonstance jette quelque lumière sur la physiologie du cerveau; un corps compi-imant existe à la surface supérieure des hémisphères cérébraux , et occasionne la suspension des actes intellectuels et non pas la paralysie des membres : en effet, chaque fois que des altérations organiques se présentent dans cette région , nous voyons le trouble intellectuel prévaloir sur la résolution musculaire. C'est l'inverse de l'apoplexie , dans laquelle la paralysie est un symptôme dominant ; le trouble des opérations intellectuelles ne survient que comme phénomène secondaire , et , dans ce cas , la congestion , la lésion organique , occupent les parties centrales ou la base du cerveau. Des vices organiques considérables peuvent se présenter à la surface des hémisphères ou dans leur tissu même , sans la moindre paralysie : la lésion organique existet-elle dans les corps striés , dans les couches optiques , la paralysie s'annonce avec tous les caractères qui lui sont propres , et devient un symptôme constant : l'altération organique occupe-t-elle le bulbe rachidien , la moelle épinière, alorsle mal s'annonce avec des symptômes d'irritation névrosique, de résolution musculaire encore plus prononcés , mais plus ou moins avec absence de symptômes cérébraux. MM. Martinet et Pa*

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rent assurent que dans l'inflammation de l'arachnoïde de la base de Tence'phale, le malade n'est que rarement atteint de délire. M. Bayle dit que, sur plus de cent ouvertures cadavériques d'aliénés , il n'a vu que trois ou quatre cas d'altération organique à la surface inférieure du cerveau. Le célèbre Larrey avait fait la même remarque.

Les grands modificateurs de nos mouvemens sembleraient donc émaner des parties centrales ,. tandis que les opérations intellectuelles auraient pour siège les régions excentriques du cerveau. Je n oserais affirmer tout-a-fait la proposition émise par M. Foville, qui prétend que les altérations de la substance corticale sont directement liées aux dérangemens intellectuels, tandis que les altérations de la substance blanche seraient liées aux altérations des mouvemens. Mais on a plusieurs raisons de croire que les régions élevées de cet organe , celles surtout qui correspondent aux pariétaux et aux temporaux , sont le siège d'un travail organique particulier dans les affections sentimentales et surtout dans la tristesse.

1° Les aliénés qui m'ont offert des traces d'altération organique du cerveau ou des méninges , avaient éprouvé quelque chagrin ou une frayeur : c'est dans les parties élevées des hémisphères , et surtout sur les surfaces qui sont en rapport avec les tempes ou les pariétaux , que ces lésions de tissu se sont fait apercevoir le plus fréquemment.

2° Ce qui plus est , une expression de tristesse est propre aux engorgemens sanguins actifs de la surface

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supérieure des he'misplicres ; dans ces affections, caractérisées par rassoupissement sans paralysie , ou avec paralysie incomplète , le malade pleure et gémit coutinuelîement.

3° Dans la frayeur , les vifs chagrins , le désespoir, on porte la main a la tête , mais c'est vers le sommet ou les parties latérales de cette partie que les doigts se dirigent machinalement.

4° Dans les émotions tendres , un picotement douloureux se fait ordinairement sentir , avec la vivacité de réclair, sous le cuir chevelu. Dans les passions tristes , on éprouve parfois , sous la voûte du crâne ^ une démangeaison insupportable , on y porte constamment la main , la peau y est parfois d'une chaleur sensiblement plus forte» Un aliéné m'assura que sa tête était couverte de vermine ; a son dire , les prétendus insectes se dirigeaient sans discontinuer vers ses oreilles. Quelquefois c'est un poids qui semble comprimer le cerveau : un père de famille qui éprouvait un violent chagrin domestique me dit, pour dépeindre la sensation insolite qu'il ressentait dans le crâne , que sa tête était comme serrée par un bonnet étroit.

5^ IN 'est-ce point clans les régions temporo-pariétales qu'apparaissent d'abord le cheveux blancs, après de fortes émotions?

Ihi foyer de sensibilité semble donc exister dans ces régions du cerveau.

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RAMOLLISSEMENT DE LA SUBSTANCE CORTICALE AVEC CONGESTION CÉRÉBRO-MEMBRANAIRE ET SÉRQSITÉ.

Van den D..., âge de soixante ans, atteint de démence, avait passé plus de trente ans a rétablissement. Pendant Thiver de 1829 , on lui remarqua un cliangement subit dans les traits , accompagné d un grand affaissement musculaire. Transféré à Finfirmerie, il offre les symptômes d'une congestion cérébrale avec ramollissement. La marche est incertaine, chancelante, l'air hébété, la peau sale, brune, plombée; l'œil est terne , et le malade est souvent endormi. 11 articule des mots vides de sens , mais la parole n'est point sensiblement traînante; la nuit , il pousse des cris violens. Un matin, en sortant du lit, il fait une chute et se fracture le col du fémur. Des escarres ne tardent pas a se former au dos; le malade laisse couler les fèces, et meurt après un séjour de deux ans à l'infirmerie.

Les parois du crâne sont épaissies. J'incise la duremère dans son sens longitudinal et transversal ; l'arachnoide se présente gorgée de sang et d'un rouge foncé, approchant de la couleur propre à la bierre. L'engorgement n'existe cpe sur la surface des hémisphères ; à la base, la membrane a conservé toute sa transparence. Elle se rompt au moindre effort de la pince , et son incision laisse écouler une quantité de sérosité jaunâtre que j'évalue a six onces. Il n'y a nulle adhérence entre cette méninge et la pie-mère, qui, a son tour, est rouge et a perdu sa transparence. En saisissant cette dernière membrane, une quantité assez considérable de sérosité

s'écoule de la cavité quelle forme avec le feuillet cérébral, mais partout elle se laisse emporter sans entraîner avec elle la substance corticale. Sur toute la superficie des hémisphères, je ne découvre pas la moindre adhérence entre la pie-mère et le cerveau. La substance corticale , sur toute l'étendue des hémisphères , a acquis une couleur violacée , cendrée ; elle cède à la moindre pression et paraît ramollie. La substance blanche est intacte ; en coupant le cerveau par tranches , le sang s'écoule en nappe des vaisseaux divisés. Il paraît partout injecté d'un sang noir. Les ventricules latéraux sont de grandeur naturelle et contiennent une quantité abondante de sérosité.

Le cœur et les poumons sont sains, ainsi que les viscères abdominaux , a l'exception du coecum , dont la muqueuse offre une rougeur prononcée.

Si nous faisons attention a l'âge de ce malade et aux circonstances qui ont précédé sa mort, il nous sera facile de nous convaincre que la congestion dont l'ouverture cadavérique a démontré l'existence, date de l'époque où le malade montra le changement dans la physionomie , la faiblesse des membres et la propension au sommeil que nous avons vu se déclarer subitement chez lui. Ainsi , depuis plus de trente ans, il se trouvait a l'établissement atteint de démence , mais on ne remarqua ni dans sa marche , ni dans sa parole, le moindre indice de ramollissement. C'est ce qui porte a croire que la décoloration et la liquéfaction de la subslance corticale des hémisphères, sont le résultat de cette congestion sanguine. Or, c'est ce

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que prouvent les phénomènes morbides : la propension au sommeil , le rembrunissement de la peau , se manifestant au moment même oîi la marche devint Tacillante. A laye'rité, les signes du ramollissement ne se sont point oflferts avec des caractères bien tranche's ; ceci tient à des causes que nous sommes loin de connaître; toutefois, il paraît vraisemblable que la congestion est ici due a quelque cause accidentelle, par exemple y une forte chaleur dirigée vers la tète. Le malade avait Thabitude de se cramponner au grillage du poêle ; souvent je lui trouvais la figure chaude et rouge, tandis que ses pieds étaient froids. N'oublions point l'observation faite par Calmeil , que le ramollissement est fréquent chez les personnes exposées par leur état a la chaleur des fournaises.

nAfflOLliSSEMENT, ADHERENCES AU CERVEATJ , CONGESTION ciREBRO- UEMBRANAIRE , SÉROSITÉ.

Dans la description qui suit , nous trouvons , avec l'existence du ramollissement et d'une congestion sanguine, les adhérences entre l'arachnoïde, la pie-mère et le cerveau.

Ce cas nous fera entrevoir les adhérences qui compliquent la maladie d'un ordre de symptômes plus graves; c'est une altération plus profonde dans le système sensible et moteur ; nous y retrouvons ces irritations névrosiques caractérisées par le grincement des dents, la contracture des membres , annoncées par les auteurs comme indices, soit de la désorganisation du cerveau , soit d'une altération organique plus ou moins

prononcée des méninges, notamment de rarachnoïde.

M..-.., âge' de cinquante ans, arrive à notre eta- Missement , sans qu'on ait la moindre notion sur le début de sa maladie. Dépourvu de toute intelligence, il ne témoigne aucun besoin , aucun désir ; la face , d une couleur foncée, est tuméfiée. Dès que le malade est assis, il s'assoupit; en le secouant , en le pinçant, il ouvre les paupières , vous regarde , ne répond rien , détourne les yeux et se met derechef a sommeiller, n reste dans une inaction complète ; la marche est difficile , bientôt impossible ; en étendant un bras , on rencontre une forte résistance. Le malade ne peut à la fin plus se lever ; il est couché sur le côté , et les jambes sont fortement fléchies sur les cuisses; celles-ci le sont sur le bassin , et les avant-bras sur la poitrine. Nuit et jour, il fait entendre un gTincement des dents. On observe une profonde altération dans ses traits ; le teint se rembrunit. Ija contraction de la pupille est excessive, le pouls fréquent et petit; les selles sont involontaires ; des escarres se forment au dos et aux fesses , et le malade expire six semaines après son entrée.

Le crâne est sain. La dure-mère est tendue sur les circonvolutions cérébrales. L'incision de cette membrane laisse écouler quelque sérosité. L'arachnoïde est injectée; les gros vaisseaux, cependant, le sont plus que les capillaires. On éprouve de la difficulté à la saisir avec la pince ; en pénétrant dans la grande cavité , on donne issue a de la sérosité sanguinolente. En emportant la membrane par lambeaux, on emporte en même temps la pie-mère , a laquelle elle est

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adhérente sur un grand nombre de points ; et celle-ci Test au cerveau dans plusieurs endroits de la surface supérieure des hémisphères. On promène le scalpel sur toute letendue de cette surface , et en pressant légèrement on emporte la suÎ3Stance corticale sous la forme d une pulpe molle de couleur blafarde.

En coupant la substance blanche , on ne remarque point d'altération visible ; mais le sang transsude par les ouvertures des vaisseaux coupés; en raclant, ce fluide s'échappe et vient teindre le tranchant de Finstrument. Les ventricules sont remplis de sérosité , ainsi que le canal rachidien.

Rien de notable dans les autres organes du corps.

Lorscju'une forte congestion cérébrale existe, en même temps que le cerveau éprouve des désorganisations considérables , il est parfois difficile de se prononcer sur le genre d'altération que subit cet organe; dans les deux cas, il y a soustraction, abolition des phénomènes intellectuels, prostration des forces et paralysie : mais voici ce c|ui appartient particulièrement a lun et a l'autre de ces deux états morbides. Dans la congestion , vous observez, un sommeil profond et la turgescence de la face ; les sensations sont abolies ; toute intelligence est éteinte : dans une altération profonde de la substance cérébrale, la nullité intel^ lectuelle existe également, mais tout l'habitus du malade annonce une lésion formidable; la face est horriblement décomposée , des sueurs froides couvrent le front; un prompt amaigrissement se déclare, le malade pousse souvent des cris plaiiiûfs et percans '•

suivent alors la rigidité des membres , les paralysies et une fièvre souvent intermittente. Lorsque ces symptômes se pre'sentent subitement dans le cours d'une congestion du cerveau , ils annoncent la décomposition du tissu de cet organe.

Je crois avoir observé un ensemble de symptômes plus alarmans , une progression plus rapide des phénomènes morbides , dans les ramollissemens de la substance blanche que dans ceux de la grise.

RAMOLLISSEMENT , ADHERENCES , ÉPAISSISSEMENT DES MENINGES ,

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