‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 13 sur 58 · SÉROSITÉ · texte numérisé non relu

SÉROSITÉ

Dans le cas que nous venons de voir , la prostration intellectuelle est plus prononcée que dans ceux qui suivent : cela tient à la fluxion sanguine qui existait chez Van den D.... et M. . ., et que nous ne retrouverons point chez les individus qui font le sujet des deux cas suivans ; mais ils nous offriront un phénomène d anatomie pathologique nouveau , savoir , l'épaississement gris de Tarachnoide.

La femme S... , âgée de trente-trois ans , d'une constitution sanguine, entre à l'établissement le 12 décembre 1828 ; au rapport des parens, il y a environ un an qu elle a l'esprit troublé par suite d'une vive émotion. Un associé de commerce fit sur elle des tentatives de séduction , pendant que son mari se trouvait absent. Elle fuit et court se réfugier dans un réduit obscur , oii elle reste pendant deux jours sans boire ni manger , pour se soustraire aux mauvais traitemens de son époux, qui est instruit de tout. A son retour chez ses parens , elle néglige tous les soins de ménage ;

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pendant plusieurs mois, elle offre les symplômes dune mélancolie avec manie ; enfin mi tremblement envahit le bras droit , mal qu elle avait encore éprouvé avant son aliénation.

A son entrée dans l'établissement, la maladie avait duré un an. L aliénée présente un air hébété , un regard stupide et riant ; ses réponses sont lentes et décousues; elle bégaie, prononce difficilement les finales des mots. En marchant, elle vacille et écarte fortement les jambes. Les avant-bras sont retirés sur les bras ; on ne les étend que difficilement.

La conversation roule souvent sur son mari ; « elle ira se promener avec lui ; il lui apportera de beaux habits ; elle boira du vin » . ^ ^

Les règles se suppriment ; la face est boursouflée ; la malade pleure souvent ; elle a des momens d'impatience , pousse des cris perçans ; la langue est rouge , la peau chaude , le pouls fréquent et petit.

Après un mois de séjour , la démence et la résolution musculaire ont fait de grands progrès : la malade tombe à tout moment. La gène dans la prononciation augmente ; l'aliénée se déshabille, se met nue , se salit avec ses déjections ; la roideur se prononce de plus en plus.

Au cinquième mois, le coté droit est tout paralysé. La résolution des membres se dissipe au bout de six jours. Les sangsues à la tête, les vésicatoires a la nuque , les bains de pieds , ne lui procurent pas le moindre allégement. La paralysie reparaît de temps en temps, mais finalement tous les membres sont frappes de résolution.

Au luillième mois ( vingtième de la dure'e de la maladie ) , Toeil est brillant , laface vultueuse, les idées de rapport disparaissent ; la malade ne reconnaît plus personne; elle déchire ses vétemens, quoiqu'elle puisse à peine lever les bras ; toute sensibilité s'éteint; mais l'aliénée demande a manger et paraît fortement goûter les bonbons qu'on lui donne ; suit enfin un grincement des dents.

En décembre ( une année après son entrée ) , les fesses se couvrent d'escarres ; des phlyctènes naissent sur les cuisses, les bras, et dégénèrent en ulcères larges et profonds ; une sérosité sanguinolente en découle : la graisse disparaît , le marasme se déclare. La malade meurt le 10 avril 1830, après un séjour de seize mois a notre établissement.

Autopsie. — Les os du crâne sont épais , la dure-mère ne présente rien de particulier. Cette membrane ayant été incisée, on ne découvre les circonvolutions à travers l'arachnoïde que dans la région frontale ; le reste de celte méninge est opaque et d'une couleur grisâtre, d'une consistance lardacée. Je fais des essais pour la séparer de la pie- mère , mais les deux membranes sont unies sur presque toute la surface supérieure des hémisphères. Il devient également impossible de détacher la pie-mère de la substance grise ; partout elle est adhérente au cerveau; à l'exception des interstices formés par les circonvolutions, d'où l'on retire la piemère sans emporter la substance cérébrale.

Les deux membranes réunies présentent une épaisseur qvii est loin d'être naturelle. La couleur et la consistance de la corticale sont évidemiiaent altérées.

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Celte substance est molle et se sépare de la blanclie au moindre elTort du scalpel; sa couleur est cendrce, violacée, verdâire en c]uelc|ues endroits : a la base rien n'est changé. Beaucoup de sérosité s'écoule en ouvrant les membranes ; les ventricules et le canal rachidien en sont remplis.

Organes de la poitrine sains. Blucjueuse gastrique rouge.

Si nous retournons aux faits énoncés précédemment, en les comparant avec celui que nous venons d'examiner, ii nous sera facile de voir que là où la substance corticale des liémispbères a éprouvé des cîiangemens dans sa consistance et sa couleur , nous rencontrons une série de symptômes qui annoncent une abolition plus complète , plus profonde de Imlelligence. Toutes les altérations organiques des membranes qui couvrent les hémisphères , soit l'épaississement , lengorgement rouge de larachnoide ou de la pie-mère , Faccumulation de la sérosité, les adhérences, etc. , ont pour effet général d éteindre Ténergie intellectuelle , de donner à la physionomie mi air stupide , d'influencer les actions motrices , de produire la gène dans les mouvemens , la rigidité ou la résolution musculaire. Mais plus Fallération organique gagne le tissu cérébral , plus l'anéantissement moral et musculaire sera prononcé.

Tracer une ligne de démarcation entre les caractères qui appartiennent, par exemple, au ramollissement proprement dit ou à l'épaississement membranaire, est difficile ; on ne peut, tovit au pkis, juger

de ces aUëratîons que par leurs extrêmes : c'est ainsi qu'un ëtat d'anxiëtë , joint au tremblement des membres, aune gène dans la marche ou dans la parole, peuvent annoncer le premier degrë d'altëration organique, soit des membranes , soit du cerveau ; et que le grincement des dents, la rigiditë musculaire , la paralysie^ les cris , les pleurs , l'abolition de toute mëmoire , de toute intelligence, de toute idée de relation extërieure, laisseront indëcis l'observateur , lorsqu'il aura a dëcider si , après la mort , il trouvera une désorganisation plus prononcée a la surface cërëbrale qu'aux méninges. Ces distinctions sont peu importantes; car l'un et l'autre cas annoncent piesque toujours Fincurabilitë. C'est le motif qui m'a porté a ne toucher qu'aux points saillans qui caractérisent ces vices organiques ; j'aurais pu multiplier considérablement les faits qui viennent à l'appui du diagnostic, mais ce sujet ayant été fort bien traité par plusieurs pathologis tes , entre autres par MM. Lallemand ,Bayle et Calmeil , je crois pouvoir renvoyer à leurs ouvrages , ceux de mes lecteurs qui désireraient à cet égard de plus amples délails.

Mes remarques ont conduit a indiquer les cas ou le trouble intellectuel est une affection pure et simple du système nerveux ; ceux où il s'annonce par une activité dans le système circulatoire ; ceux où il est accompagné d'une congestion veineuse ou lymphatique; ceux enfin où il indique une désorganisation des membranes ou de la substance cérébrale.

De cet ensemble d'observations découlent trois séries de phénomènes.

— Trouble dans le système nerveux.

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— Çympiômes annonçant une congestion au cerveau ou un agent qui gêne cet organe dans l'exercice de ses fonctions .

— Indices qui indiquent la désorganisation du cer-, 'çcaa ou de ses enveloppes.

1^ Etat nerveux. C'est, avons-nous dit, Imtermîttence dans les phénomènes morbides , la périodicité dans le retour du mal ; c est l'exaltation fonctionnelle du cerveau , des idées , des déterminations avec ou sans désordre ; c'est l'invasion , la disparition brusc[ue du mal; c'est le retour du sommeil au milieu du trouble le plus violent ; c'est la grande mobilité dans les phénomènes intellectuels, le changement subit et varié des caractères morbides ; c est l'inefficacité des moyens dits antiphlogistiques ; c'est enfin l'absence de toute altération organique au cerveau après la mort, qui caractérisent cet état.

2** Congestion cérébrale. C'est tantôt une simple exaltation vasculaire intra-cranienne : il y a turgescence a la tête , hémorrhagies du nez , apparition d'hémorrhoïdes , de menstrues, propension au sommeil, coma, stupeur , fièvre , douleur de tête. Tantôt la congestion est veineuse et s'annonce par un teint foncé , tantôt la congestion est propre aux membi^anes arachnoïde et pie-mère , et se fait reconnaître aux hémorrhagies du nez , a des cercles rougeâtres autoiu* des yeux, a un tremblement des membres, à la lassitude , à l'agitation qui se manifestent et disparaissent alterna tivementr — Tantôt la congestion sanguine est

accompagnée de stupeur et de paralysie. ' — En d'autres cas , la compression a pour cause une fausse membrane , une extravasation sanguine; elle est accompagnée d anxiété , de cris, de convulsions, de paralysie , d'anéantissement de la sensibilité. — Enfin , la compression cérébrale tient-elle à l'accumulation de la lymphe, les symptômes annonçant la paralysie de Tintelligence dominent ceux qui caractérisent l'état comateux : en outre , il y a manifestation spontanée d'émonctoires , le ptyalisme , les phlyctènes de la peau , la diarrhée colliquative.

3° Désorganisation du cejveau et des méninges. Elle se manifeste par deux ordres de phénomènes : symptômes d'irritation névrosique ; plaintes, cris, grincement des dents, tension musculaire, caractères asthéniques ; diminution, abolition des forces intellectuelles et motrices, démence, paralysie.

Il est donc prouvé que tout obstacle qui gène l'exercice du cerveau diminue, par conséquent, ou abolit les actes de cet organe , avec cette différence , que l'accumulation des fluides amène une prostration plus générale que lorsque la démence résulte du ramollissement. Autre différence : la suspension des facultés intellectuelles est plus générale dans la compression ; mais ce qui la distingue , outre l'absence des phénomènes propres à l'éîat organique du cerveau et des méninges , c'est que la résolution s'étend à toutes les sensations de rapport : celles-ci restent plus long-temps intactes dans le ramollissement , l'épaississement et les adhérences membranaires.

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Lorsque le sang engorge les vaisseaux du cerveau , ou qu il y a epancîiement de ce fluide ou fausses membranes , et que celles-ci sont assez étendues pour faire naître l'état comateux , le malade cesse de voir , d'entendre , d'être sensible à toute e'motion , à toute sensation physique, à moins qu'on ne puisse le tirer de cet ëtat par de forts stimulans. Mais, dans la démence par ramollissement , il voit , vous regarde ; l'œil est ouvert; l'aliéné entend, se détourne lorsque quelque bruit frappe son oreille : il éprouve des désirs , ressent encore des besoins , tout en ayant perdu l'intellectualité; tandis que le malade atteint de congestion reste dans un étal de sommeil plus ou moins profond : d'où l'on conclut que le ramollissement admet une somme plus forte de vigueur cérébrale que la congestion , pour peu qu'elle soit prononcée. Peut-être sera-t-il prouvé un jour que la conservation des sensations de rapport dans le ramollissement , tient à l'intégrité de la moelle allongée et des autres parties centrales et déclives de la masse encéphaliaue.

Je ne finirai point sans faire observer que tout anéantissement moral ne suppose point invariablement un état morbide du tissu du cerveau , de ses membranes ou des vaisseaux encéphaliques ; déjà, en parlant du système nerveux , j'ai fait la remarque que quelques maladies men taies résultentde causes débilitantes : j'ajouterai , avec tous les écrivains, que la démence est souvent le résultat de l'épuisement des forces vitales , conséquence du long et pénible travail du cerveau. Le malade, alors, est incapable d'attention et

ne corsçoil plus rien a ce qui se passe autour de lui; il ^st dépourvu de toute me'moire, de toute idée; est malpropie, ne témoigne aucun désir, aucun besoin* ne manifeste aucun acte cérébral; il n'a plus qu'une vie végétative : mais ce qui le distingue de ceux que nous venons de citer, c est Fabsence de cette propension au sommeil , au coma , a la stupeur ; c'est l'absence de la rigidité, de la tension, des paralysies convulsives, propres au ramollissement du cerVeau ou a l'altération organique de ses membranes.

Y a-t-il une différence entre les symptômes qui ac~ ' compagnent le ramollissement du cerveau et ceux qui caractérisent le ramollissement du ceiyeletP

Nous ne possédons pas jusqu'ici des observations assez nombreuses et recueillies avec soin pour pouvoir décider cette question avec exactitude. Les altérations morbides de l'organe encéphalique sont rarement bornées a une partie isolée du cerveau ou du cervelet ; le ramollissement d'une partie existe souvent avec le ramollissement d'une autre ; de manière que l'investigation des phénomènes morbides devient difficile , par cela seul que diverses lésions existent en même temps et dans des régions différentes du cerveau ou du cervelet.

Un double phénomène nous a frappé chez quelques aliénés qui , après la mort, ont offert des lésions organiques notables du cervelet : c'est tantôt une altéralion particulière dans les déterminations , plutôt qu'un lroul)le dominant dans les idées ; tantôt ce sont des

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altérations de l'appareil générateur, avecdes caractères d'une aliénation bien prononcée.

La première vient a Fappui de l'opinion de M. Flourens, qui place le principe régulateur de nos mouvemens physiques dans le cervelet. Des alie'nës qui s'étaient fait remarquer par une bizarrerie dans leurs actions , et quelquefois par un état extatique , sans trouble marquant dans les idées , ont offert , après la mort, un ramollissement du cervelet, une atrophie de cet organe, ou des altérations organiques de ses membranes.

On trouve, dans les lettres sur Fencéphale de M. Lailemand, des observations de maladies du cervelet dans lesquelles le malade ne présentait aucun trouble dans les idées. Mais ce qui est essentiel de noter, c'est que, dans le ramollissement de cet organe , nous ne rencontrons point de paralysie , point de rigidité des membres, ni de bégaiement : du moins, si ma mémoire ne m'est point infidèle, de tels symptômes ne se sont jamais offerts à moi , dans les individus que j'ai pu observer et examiner après leur mort. îl est très vrai qu'un défaut de coordination dans les mouvemens locomoteurs caractérise les affections du cervelet, et tel que M* Flourens l'a fait pressentir. C'est ainsi que le malade, pris d'une agitation continuelle, éprouve une grande difficulté a saisir avec les mains les oljjets qu'il a devant lui ; ses doigts tombent a faux; il porte souvent les bras en arrière; la tête est penchée en avant; la maixhe est vacillante, incertaine, maisconvulsiveenméme temps; ce qui fait qu'il heurte souvent la tête ou le corps contre les ol>jets qui se trouvent sur

son passage; pendant le sommeil, les extrémités s'agitent parfois. Ainsi , il y a , dans ces pliënomènes morbides, un tout aut' e caractère que dans ceux qui accompagnent le ramollissement delà substance corticale des he'misplières ; ils diffèrent encore essentiellement de ceux qui sont propres au ramollissement des couches optiques , des corps canelës , ou d'autres parties centrales de la masse encéphalique, ramollissement qui se caractérise , comme nous savons , par une paralysie permanente des extrémités.

Nous ne prétendons pas décider la question des fonctions du cervelet, mais toujours est-il que sa proximité de la moelle épinière , sa liaison étroite avec la moelle allongée , semblent devoir faire pressentir que cet organe est destiné a un rôle important dans nos actes locomoteurs, et même de notre sensibilité; opinion émise par Pourfour , Petit , Sabouret et d'autres , et que le docteur Voisin , dans une observation pathologique, insérée dans la Gazette médicale, a en quelque sorte confirmée. Je dirai plus: ceux qui ont placé dans le cervelet un modificateur de nos actes locomoteurs , ne se sont-ils point trompés dans le résultat de leurs expériences; tous ont fortement irrité cet organe , soit en y plongeant un stylet , soit en le coupant par morceaux: mais ces vivisections ne supposent-elles pas toujours une forte atteinte portée à la sensibilité ; et doit-on s'étonner alors de voir surgir ces troubles bizarres dans les déterminations , d'autant plus que les sensations ont toujours pour résultat de faire naître ces actes , chaque fois qu'on irrite une partie vivante quelconque ? D'un autre côté , des faits concluanssem-

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Lient attester une connexion entre les fonctions du cervelet et celles de l'appareil générateur , et sur laquelle Gall le premier , et d'autres après lui , tels que Serres, ont fixé Tattention des physiologistes. Narrateur fidèle des faits , je me bornerai a rapporter deux cas remarquables , choisis parmi d'autres , laissant au temps et a des expériences ultérieures, la solution d'uue question sous tous les rapports intéressante et propre a éveiller l'attention des physiologistes.

Un jeune homme , âgé de vingt-deux ans , nous arrive de la maison de détention où il avait été incarcéré pour vol ; a son entrée , nous sommes frappés de la bizarrerie qui règne dans toutes ses impulsions musculaires. Il se plaît à escalader des murs , à se mettre a califourchon sur le haut des portes , à monter des échelles; sa marche est convulsive, incertaine ; il a une propension a contrefaire toutes les actions des autres. Un jour, il se fit une blessure au pied ; et, pendant le temps qu'il passait à l'infirmerie , il se développa chez lui, un ensemble de symptômes propres à l'extase cataleptique. Il était immobile comme une statue, sans parler, ni clignoter , et restait pendant des heures dans la position qu'on imprimait à ses membres. Le pouls était lent et la peau froide. La plaie du pied se dessécha sans se cicatriser. Le malade refusait avec obstination toute nourriture , mais mangeait avec avidité ses fèces et buvait son urine ; des phlyctènes se formèrent au dos , dégénérant en escarres gangreneuses , et présageant la fin du malade.

Je fis l'ouverture cadavérique , et trouvai les grcs vaisseaux de l'arachnoïde injectés d'un sang noir, une

quantité assez considérable de sérosité entre cette membrane et la pie-mère , ainsi que dans les ventricules latéraux. Le cervelet , vu par sa base, offrit le lobe gauche re'duitaux trois quarts de son volume. Le bord postérieur de tout le lobe gauche e'tait tellement ramolli que la substance corticale présenta , en cet endroit , un aspect de bouillie d'une consistance presque mucilagineuse. Toute la substance corticale de ce lobe participait de cet état de mollesse. Aux bords supérieurs et postérieurs du lobe , l'arachnoïde était gorgée de sang et offrait une couleur lie-de-vin. — Poumon droit hépatisé , tubercules au gauche ; rétrécissement de l'ilion : pas la moindre altération aux lobes cérébraux.

Je fis l'autopsie d'une fille anglaise, âgée de trentecinq ans , dont l'aliénation s'était déclarée avec des symptômes hystériques, a la suite d'un amour malheureux, ©'abord la maladie avait affecté une marche lente ; mais , ayant pris subitement un caractère violent, elle s'annonça bientôt avec tous les indices d'une forte manie avec démence. La malade était dans une agitation continuelle , tenant les propos les plus décousus , se dépouillant de ses vétemens et refusant opiniâtrement de manger ; elle avait perdu toute idée de rapport. Une diarrhée colliquative se déclara et la malade mourut , après quatre semaines d'aliénation bien caractérisée.

Après avoir fait sauter la calotte osseuse et incisé la dure-mère , l'arachnoïde et la pie-mère offrent les traces d'un engorgement sanguin mat, avec extravasation du sang entre les membranes, dans leur région

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latérale droite. A la re'gion frontale inférieure , ces membranes sont dun rouge pâle. Des arborisations noires se font remarquer sur toute la surface des me'ninges. Les vaisseaux du cerveau sont engorge's; nulle part sur les he'misphères , la corticale ne paraît ramollie ; la substance blanche est partout ferme et d'une couleur normale. La tente du cervelet divisée, les nerfs , la moelle épinière coupés, j'introduisis les doigts dans les fosses occipitales ; ils s'enfoncèrent dans les lobes du cervelet. Après avoir extrait la masse encéphalique , je fus frappé du peu de volume auquel était réduit le cervelet; flétri, il n'offrait plus de consistance; les deux substances étaient converties en une pulpe diffluente, adhérant au doigt ou au scalpel , à la moindre pression. L'arachnoïde et la pie-mère étaient en cet endroit le siège d'un engorgement sanguin, moins prononcé cependant que celui que j'avais remarcjué a la région temporale droite. Les ventricules étaient pleins de sérosité; il s'en trouvait une grande cjuantité entre les membranes. L'ouverture de la poitrine me fit découvrir la décomposition purulente des poumons. J'attribue cette altération , ainsi qu'une inflammation de la muqueuse des intestins grêles, au refus de prendre des alimens. J'étais sur le point de cesser mes investigations, lorsque M. le docteur Waldack , alors élève , attira mon attention sur les organes de la génération ; nous relevâmes le paquet intestinal , et les os^aires fixèrent à l'instant nos regards; ils avaient le double de leur volume ordinaire; leur couleur était d'un blanc éclatant; leur surface extérieure était bpssdée; ils avaient acquis la

dureté du cartilage ; leur intérieur offrait une cavité remplie dune substance moins dure que celle de leur enveloppe; on y rencontrait des corps durs , ovales , grands comme des semences de sarrasin : étaient-ce les œufs? Le tout formait une espèce de bourse ayant une ouverture tournée vers les trompes deFallope. Ces produits, ainsi que les morceaux frangés, étaient sains; des vésicules, des espèces d'hydatides, se faisaient remarquer entre les duplicatures des ligamens larges. La matrice était vide; tout-a-fait déjetée à droite , un peu plus grosse c[ue de coutume, elle n'offrit aucune trace de lésion organique; mais tous les vaisseaux veineux utérins se caractérisaient par un engorgement prononcé.

Nous lisons dans rexcelient Manuel de M. Martinet, chef de clinique à riiôtel-Dieu de Paris , les passages suivans : « Lorsqu'il y a lieu de croire à une affection du cervelet , que Tocciput présente des traces de lésions extérieures , ou que le malade accuse une douleur dans cette région, il ne faut point oublier de constater Té tat des parties génitales et de s'assurer s'il n'existe point de priapisme. » — « Dans les cas oii la moelle épinière ou le cervelet paraîtraient , d'après quelques lésions extérieures, devoir être affectés, l'observateur s'attachera plus particulièrement à Texploration des phénomènes qui se rapportent a ces dernières fonctions , la digestion , la respiration , la circulation et la génération. « ...,« Toutes les fois que l'on trouvera une altération quelconque du cervelet , on constatera l'état des testicules, des ovaires, de l'utérus et de ses annexes. »

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Le cas que je viens de rapporter est donc une preuve en faveur de l'opinion émise par cet au-

teur.

SECTION TROISIEME

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