INDURATION CEREBRALE
En coupant la substance du cerveau , on éprouve parfois une résistance si forte quon est obligé de faire un effort avec le scalpel. La couleur de cette substance est rarement changée ; dans l'endroit endurci, quelquefois elle ofifre une teinte rougeâtre (Foville). On n'observe pas que son odeur ait éprouvé des changemens sensibles : dans le ramollissement, elle se rapproche tant soit peu de celle qui est propre à la sanie.
MM. Boucher et Casauvielh , dans une dissertation pour le prix proposé par M. Esquirol, affirment que sur dix-huit autopsies d'épileptiques , ils ont trouvé onze endurcissemens de la substance blanche , et attribuent à cette altération organique une inflammation du cerveau.
L'opinion de M. Calmeil sur la nature de cette altération tend à démontrer cet état : « Je me fonde , dit-il , sur ce que l'endurcissement est une terminaison propre aux phlegmasies en général , sur ce que je l'ai observé autour des cavités tapissées de fausses membranes , dans des cas d'épanchemens cérébraux anciens , cas où Tinflammation avait précédé la for-
inatiou du kyste et à lunion presque efifectuee des lames de sa cavité'; sur ce que je lai note dans des cas de plaies de lé te , au milieu de la portion du cerveau qui avait été de'couverte et qui avait contracté des adhérences avec les membranes. »
Nous suspendrons notre jugement jusqu'à ce que Tobservation nous ait mieux éclairés , mais toujours est-il que la cause prochaine de ce trouble mérite notre attention. Or, une aliénation avec convulsions, qui naît subitement après Faction d'une cause morale et qui laisse après la mort un endurcissement cérébral , nous fait entrevoir que , si l'inflammation existe , elle ne peut être que l'efîet d'un trouble plus profond, et que nous avons dit être moral ou exister primitivement dans le système nerveux.
Il résulte des ouvertures cadavériques que j'ai faites jusqu'ici , que l'endurcissement existe souvent aux parois des ventricules latéraux; je l'ai rencontré dans les cornes d'Ammon, dans la protubérance annulaire et fréquemment dans les olives. J'ai trouvé chez une maniaque , les parois des ventricules latéraux trèsdures , ainsi que les parties environnantes de la scissure de Sylvius , en même temps que le pylore et le pancréas étaient squirreux.
Quoique mes recherches m'aient confirmé l'opinion émise par les docteurs Boucher et Casauvielh sur l'existence de cette altération organique dans l'épilepsie , je suis cependant loin de ne voir invariablement dans cette maladie qu'un endurcissement cérébral. Or, les convulsions épilepti formes peuvent naître : 1^ d'une compression cérébrale ; 2" de l'adhérence des méninges
SUR LES PHilÉNÔPÀTHlÊS. 151
avec le cerveau ; 3° du ramollissement , de re'rosion de cet organe; 4° et, comme nous venons de le dire, l'endurcissement peut exister sans mouvemens convulsifs. C'est ainsi que M. Calmeil , dans son ouvrage sur la paralysie des aliénés , cite différens cas d'endurcissement cérébral dans l'aliénation, sans épilepsie (i). Ce qui plus est, j'ai cherché en vain sur plusieurs cadavres d epileptiques , des traces de lésion de tissu ; cependant , mes recherches m'ont conduit à découvrir un siège assez constant aux altérations organiques des aliénés epileptiques ; sur plus des deux tiers de ces malades dont j'ai fait l'autopsie, les olives m'ont paru d'autant plus endurcies que le sujet avait éprouvé des convulsions violentes avec de courts intervalles lucides. Les cas suivans, choisis parmi d'autres faits, font voir cette altération dans son état de simplicité et de complication; peut-être contribueront-ils un jour a dilucider un des points les plus importans de la pathologie du cerveau. Ainsi , un vice organique existe a une partie du bulbe rachidien , il marche de pair avec un grand trouble dans les actes locomoteurs et dans les fonctions de la respiration, trouble qui souvent existe sans aliénation mentale ; peut-être est-ce dans cette région du système cérébrospinal qu'il faut chercher le siège primitif de lepilepsie ? peut-être l'altération organique des olives nous explique-t-elle ces grandes anomalies de la circulation pulmonaire que nous observons chez les epileptiques ? Ils périssent presque tous asphyxiés; témoins, la li-
(i) Voir les OLserv, 34, S3, 67, 68, 69, 60.
vidité de la face, Foppression de poitrine, Tabsence du pouls. Peut-on entrevoir Tinfluence des olives par le pneumogastrique ( qui y prend son origine) sur les organes thoracliiques ?Les belles expériences de Lorry et les observations de M. Serres peuvent venir à l'appui de cette opinion.
Les endurcissemens cérébraux se présentent à peu près comme 1 est a 55 , eu égard a la population de notre établissement.
ENDURCISSEMENT CÉrÉBRAL SANS AUTRE ALTERATION DE TISSU.
Van Ou.. . ., âgé de trente ans, atteint de démence avec convulsions épileptiformes , se trouve a l'institut depuis cinq ans. Les accès reparaissent tous les deux à trois jours, quelquefois ils ont lieu à différentes reprises dans la journée. La nullité intellectuelle est presque complète , tous les actes cérébraux se bornent a des besoins : cependant le malade est dominé par un instinct de nuire ; il aime a mordre ses compagnons , a les battre ; on lui remarque parfois des accès de forte colère.
En janvier 1830, le malade commence à vomir ses alimens ; les extrémités se gonflent , un état cachectique général se déclare : l'aliéné s'éteint lentement , le 2 août de la même année.
Autopsie. La dure-mère incisée , Tarachnoïde et la pie-mère sont tout-a-fait transparentes. Peu de sérosité entre ces membranes; il n'en existe pas dans les ventricules. Tous les vaisseaux sont vides de sang. La sub-
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 153
stance corticale est remarquable par sa grande pâleur : en coupant la blanche, on voit qu elle n'a acquis aucune densité. Les éminences olivaires font exception : leur consistance est sensiblement accrue, et cette disposition est frappante eu égard aux pyramides, qui sont flasques et s'affaissent a la moindre pression. La protubérance annulaire est dure au toucher ; en l'incisant on éprouve la résistance qu'on rencontre en coupant une pomme ou de la chair crue.
Une décoloration a lieu dans toiis les organes.
La femme Mor..,, âgée de trente-trois ans, se trouve depuis huit ans à notre établissement , atteinte de démence avec épilepsie.
Les accès convulsifs se présentaient à des époques irréguîières , mais toujours avec plus de violence aux approches des l'ègles. Souvent on lui remarque des accès de jcolère et un instinct décidé de nuire.
Elle mourut phthisique.
A, l ouverture du corps , je découvre un endurcissement marquant des éminences olivaires. Les parties circon voisines participent de cet état , à la profondeur de trois a quatre lignes.
Ulcération des poumons ; muqueuse gastrique rouge, enflammée.
ENDUIICISSEMENT CÉrKBRAT, ET ÉPAWCHéMENS SANGUIÎÎS.
Stev.... , quarante-cinq ans, depuis plusieurs années épileptique , est atteint d'aliénation fantasque. Il se caracUnise par un entêtement excessif, refuse
souvent de manger, feint parfois d être mort et reste couché étendu dans son lit, faisant de pénibles efforts pour arrêter sa respiration.
Les accès convulsifs se succèdent avec rapidité , le malade en est atteint quatre ou cinq fois dans la journée; il y a des jours que les accès n'apparaissent point.
On le trouve un matin mort dans sa couche , couché sur le dos, Técume a la bouche et les paupières fermées.
Après avoir brisé les os du crâne , et incisé la duremère, je découvre , sur la région frontale de Tarachnoïde , différentes plaques d'un rouge éclatant , les unes ayant la circonférence d'une pièce d'un demifranc , les autres de celle d'un franc ; quelques-unes ne sont pas plus grandes qu'une aveline.
Dans tout le reste de son étendue , cette membrane est transparente. L'arachnoïde enlevée , la pie-mère offre un léger engorgement, mais il n'intéresse point les capillaires ; cependant les innombrables canaux qui se rendent du cerveau dans cette membrane , sont engorgés de sérosité , au point que leur diamètre en est sensiblement augmenté.
En coupant le cerveau, le sang ruisselle des parties divisées.
Toute la substance cérébrale est ferme , mais nulle part il ne se présente d'endurcissement prononcé, sinon dans les cornes et les éminences olivaires ; ni les pyramides ni la protubérance annulaire , ne participent de cet état.
SUR LES PHRENOPATÎiiES.
ENDURCISSIMENT CEREBRAL, CONGESTION, ECCHYMOSES,
A lago de vingt-six ans , Catherine Malbrun est assaillie , dans vin endroit écarte , par des militaires , et essaie en vain de se défendre contre leur brutalité. Se saisissant vivement , elle perd peu-a-peu lusage de ses sens. Elle devient triste , taciturne , anxieuse , ne se trouve bien nulle part. Après une année de séjour à notre établissement, elle en sort dans un état satisfaisant ; mais l'agitation , les plaintes , le trouble dans les idées, se montrent derechef. Elle rentre a Tinstilut ; et l'on remarque que , de temps en temps , elle tombe dans un état d'assoupissement léthargique. Les extrémités se roidissent , les poings sont contractés et fléchis sur les avant-bras ; elle pousse des cris et la face est agitée de mouvemens légèrement convulsifs , mais il n'y a point d'écume à la bouche , point d'agitation convulsive des membres : au bout de quelques heures, cet état se dissipe. De temps en temps , la malade rend ses alimens ; l'intelligence s'affaiblit. Après un séjour de six ans , les accès de cette convulsion quasi-hystérique redoublent tout a coup et acquièrent le caractère épileptiforme. La malade succombe au bout de quatre jours.
Une quantité assez grande de sérosité s'écoule de la cavité que la dure-mère forme avec l'arachnoïde. Ses gros vaisseaux sont gorgés de sang veineux noir, et, sur la tempe droite , cette membrane, ainsi que la piemère, sont le siège d'une forte ecchymose, avec extravasation sanguine enlre les deux méninges. Le sang
présente le caractère arle'riel et Texlravasation paraît récente. La circonférence de cet épanchement équivaut a celle que présente le fond dun verre a boire. Injection très prononcée des capillaires qui se rendent de la corticale a la pie-mère.
A la tempe gauche , pareil épanchement , mais sans exlravasation en Ire les membranes. Il est plus circonscrit ; toute Finjeclion est moins prononcée-.
Quelques taches se remarquent sur Farachnoide de la région frontale.
La substance cérébrale offre partout une densité naturelle. Mais les éminences olivaires sont saillantes et dures au toucher ; il faut une certaine pression du scalpel pour y pénétrer, même après les avoir dépouillées de leurs membranes. En les divisant, les rayons de substance blanche deviennent très évidens ; la substance grise qui constitue le noyau de leur tissu, a acquis une densité sensible. Cet état d endurcissement contraste avec la flaccidité des pyramides.
On éprouve une résistance qui n'est pas du tout normale en divisant la protubérance annulaire; c'est , comme nous avons dit , la dureté qu on rencontre en coupant un morceau de chair crue. La résistance diminue a mesure qu on prolonge Vincision dans les pédoncules cérébraux.
Tubercules aux poumons.
Or , ces cas nous font voir deux altérations organiques sensibles : 1° Tendurcissement d'une partie du bulbe rachidien , limité aux éminences olivaires et à la protubérance annulaire; 2" une conîrcstion li sang rouge
SDR LES PUilÉNOPATHIES. 157
dans les deux régions temporales , plus prononcëe à droite qu'a gauche, peu constante cependant dans les quatre cas. Le premier a présente les membranes cérébrales tout-à-fait transparentes , sans la moindre trace de congestion. Lacongestion, yéritable ecchymose, et avec épanchemens inter-membranaires, chez Fun des sujets, nous a paru récente. Les convulsions avaient lieu depuis six ans chez G. Malbrun , chez Stevens elles existaient depuis de longues années ; c'est ce cjui nous détermine à regarder les épanchemens sanguins comme consécutifs aux convulsions. Une inflammation des membranes n'a pu les produire , puisqu'on n'en a trouvé aucune trace ; il n^ avait nulle adhérence entre le cerveau et les membranes; peu de sérosité s'est trouvée dans leurs cavités et dans les ventricules : d'où il faut encore conclure que les convulsions épileptiformes ne résultent pas invariablement d'une inflammatiofndes méninges communiquée à la substance corticale. D'autres faits prouveront bientôt avec plus d'évidence cette assertion. Cependant, je dois faire remarquer que , dai^ les cas qu'on vient de voir , les convulsions sont primitives ; dans la méningite chronique ou dans la désorganisation cérébrale , elles ne constituent qu'un phénomène accidentel : circonstance qui doit faire supposer une différence dans la cause qui les fait naître. C'est ainsi que les convulsions épileptiformes cjui se manifestent dans le cours d'une affection organicjue du cerveau ou de ses membranes, seront prescjue toujours dues a une forte irritation cérébrale , 8oit qu'elles naissent d'adhérences contractées avec le cerveau , soit simplement de l'engorgement in-
flammatoire de la substance corticale , soit de rinflammation derarachnoide, etc. Autre est l'épilepsie sans symptômes d'engorgement inflammatoire du pourtour du cerveau ; dans ce cas , l'e'pilepsie paraît se trouver particulièrement en connexion avec Tendurcissement cérébral dont nous parlons.
Sans pouvoir indiquer a quoi peut tenir cette coïncidence d'altération entre le bulbe rachidien et les membranes arachnoïde et pie-mère dans leurs régions temporales, je ne puis m'empêcher de fixer l'attention sur une disposition anatomique qui jettera peut-être un jour des lumières sur ce point curieux de la pathologie cérébrale ; c'est une direction des fibres qui de la moelle allongée tendent obliquement vers les régions temporales des hémisphères ; or, en coupant le cerveau , vu par la base , et commençant l'incision dans les éminences pyramidales , on divise d'abord le pont a côté de la ligne médiane , tout en pénétrant dans le milieu du pédoncule cérébral droit ou gauche, on le coupe dans toute sa longueur , suivant tant soit peu une direction oblique en dehors , en se rapprochant , en même temps , de la tempe; on divise ensuite les couches optiques et les corps canelés : alors se présente la continuation d'une radiation de fibres blanches qui partent de la moelle allongée et vont s'épanouir dans cette région de la substance corticale qui correspond aux régions temporales , dans laquelle nous avons observé les épanchemens sanguins susdits. C'est une des coupes indiquées par Gall. Ainsi, 1° d'une part, altération du bulbe rachidien ; 2^ de l'autre , phénomènes annonçant un
SUR LES PHRÉNOPATHIES. l59
violent travail organique dans les régions lale'rales du cerveau ; 3° continuation de fibres nerveuses entre la moelle allongée et les régions indiquées.
En divisant les pédoncules céréÎ3raux, on rencontre, au centre de chacun d'eux , une tache brunâtre , quelquefois bleuâtre , plus prononcée chez l'un que chez l'autre sujet , mais qu on retrouve dans tous les cadavres; cette tache remplit un intervalle que laissent entr'eux les deux plans de fibres médullaires dont se compose chaque pédoncule, et elle paraît formée d'une substance dont la consistance est plus molle cjue celle de la corticale. C'est par rapport à sa couleur et sa mollesse qu'elle a induit cjuelques pathologistes en erreur, et qu'ils ont cru y voir un état morbide, tandis qu'il est naturel.
Ce que nous venons de dire sur rendurcissement des éminences olivaires, correspondant à une altération pathologique des membranes cérébrales , dans leurs régions temporales , paraîtra encore plus évident par les faits qui suivent.
ENDrnCISSEMENT CÉbÉBRAL , ECCHYMOSES, ULciRES DE LA SURFACE
CORTICALE.
Jeanne Meest...., âgée de trente ans , maigre, grêle, se trouve depuis cinq ans a l'établissement, atteinte d épilepsie avec symptômes de manie tranquille.
Un saisissement fut cause de sa maladie ; marchande de cotons imprimés , on lui vola une grande partie de ses marchandises ; a l'instant même oii le vol fut commis , elle tomba dans un état d'assoupissement con-
vulsif , qui ne se dissipa qu'au bout de trois heures. De temps en temps , ces accès se renouyelèrent ; et sa mère venant a mourir subitement, la frayeur donna tout à coup aux accès convulsifs un caractère ëpileptiforme qu'ils n'avaient point offert auparavant.
Pendant son séjour à rétablissement, 1 epilepsie se manifeste tous les sept ouhuit jours; à l'approche des règlesi les accès sont toujours plus violens : alors la malade pousse des cris , pirouette et tombe sans connaissance.
La figure exprime le mécontentement ; la malade se croit victime d'injustice , elle a des momens d'humeur et d'irascibilité ; souvent , avant l'explosion des accès , elle déchire ses vétemens et brise sa gamelle. Les règles sont peu abondantes.
Un an environ avant sa mort ( quatrième année de sa maladie), elle se plaint souvent de céphalalgie; on ne lui remarque point d'état comateux. Une fièvre intermittente irrégulière se manifeste au bout de ce temps ; les sueurs sont abondantes et presque continuelles : les traits se décomposent , un amaigrissement général se déclare ; il n'y a ni toux ni expectoration. Pendant quelques mois , la malade s'obstine à ne pas vouloir tenir le lit ; la fièvre ne la quitte point et résiste aux fébrifuges. Des aphtes naissent à la bouche, une diarrhée colliquative précipite les forces, et Jeanne s'éteint lentement. Jusqu'aux derniers instans, son moral conserve de l'énergie ; pas la moindre prostration intellectuelle; ses plaintes , ses exigences, ne l'abandonnent pas, et les accès épileptiques deviennent plus fréquens et plus violens , à mesure que le terme fatal approche.
Autopsie. 1° Sur Tarachnoide , dans les régions temporales, une surface ecchymosëe d'un rouge éclatant, occupant l'étendue d'une carte a jouer. Pie-mère intacte , légèrement injectée dans ses gros capillaires , à lendroit qui correspond aux plac[ues rouges existantes sur l'arachnoïde :
2° A travers l'épanchement sanguin membranaire, on découvre h gauche , à deux pouces environ de la ligne médiane , trois surfaces brunes au cerveau. La méningée et la méningète enlevées , il se présente :
a. Une tache d'un brun verdâtre , longue de deux lignes sur une de profondeur, b. Un ulcère moins rapproché de la ligne médiane, dont le fond , formé par la substance blanche, est couvert d'une matière sanioglutineuse. Il occupe une étendue d'un pouce et un cjuartde longueur, sur un demi-pouce de largeur, c. Plus bas , une tache brune ramollie , longue de trois lignes^ large de deux ; son centre est couvert comme le précédent d'une matière molle , sanieuse. Après avoir raclé cette matière , la substance médullaire se présente a nu , et cette altération permet de voir distinctement l'adossement des feuillets médullaires dont parle Gall. d. En relevant le cerveau , en l'extrayant de la cavité temporale du même coté , on découvre quatre ulcères sur cette partie de l'hémisphère c|ui correspond à la partie écailleuse du temporal et à celle c[ui se continue avec le rodier; le plus grandde ces ulcères a trois quarts de pouce de long , sur autant de large , le plus petit la circonférence d'un pois ordinaire. Ce qui nous frappe, c'est de voir que le feuillet delà méningète qui couvre le cerveau est resté intact au-dessus des
parties desorganisées ; il faut le diviser par le scalpel pour pouvoir extraire la matière sanieuse dont ces érosions sont couvertes.
3° Les corps olivaires sont durs et résistans, la substance médullaire des parties environnantes est flasque , ainsi que le reste de la moelle allongée et épinière.
4^^ De la sérosité entre les membranes et dans les ventricules.
Dans ce cas , comme dans le précédent , nous trouvons une identité d'âge, de cause, de phénomènes morbides et d'altérations organiques; c'est une vive frayeur suivie d'accès épileptiformes , auxquels a succédé une altération de la moelle allongée et un état morbide non moins prononcé des membranes cérébrales : mais le dernier cas nous offre une ulcération de la substance corticale dans l'une des régions latérales des hémisphères.
]N 'oublions point de faire observer qu'un esprit tracassier est un symptôme propre aux altérations organiques de la surface corticale des hémisphères; nous le retrouvons ici , mais sans la moindre apparence de démence : jusqu'à ses derniers instans, la malade a conservé les idées de rapport, son état moral ne constituait qu'un faible degré d'aliénation , s'annonça nt uniquement par des plaintes et des exigences. La lésion de la corticale n'était que trèsbornée , très-circonscrite , tandis que dans le ramollissement proprement dit , elle occupe , dans la presque totalité des cas , les surfaces convexes et supé-
SUR LES PHRÉNÔPATHIES. 163
rieures des hémisphères. Nous pouvons donc réduire à sa valeur cette diversité dans les phénomènes observés chez les aliénés soumis a notre observation; il n'y avait point de paralysie, pas de rigidité des membres chez le dernier sujet; et cette absence des caractères qui , presque partout , accompagnent les ramoUissemens cérébraux , est une circonstance qui n'est pas peu propre a fixer l'attention des pathologistes. Or, la paralysie nest point un symptôme essentiel des ulcérations cérébrales , comme quelquesuns Oiit voulu le prétendre ; ]'ai trouvé souvent de larges ulcères à la surface corticale des hémisphères , au cervelet même j'en ai rencontré de très profonds , sans que le malade offrît la moindre apparence de paralysie du sentiment ni du mouvement ; mais lorsque l'érosion occupe les parties centrales de la masse encéphalique, la résolution musculaire devient uo symptôme constant de ces affections.
Nous trouvons encore comme digne de remarque la pie-mère recouvrant les surfaces ulcérées ; son tissu, excessivement mince , n'avait point subi la moindre altération : le mal a donc procédé du cerveau aux membranes. Si la pie-mère avait été primitivement atteinte, on y eût observé une altération organi€|ue quelconque, et , dans ce cas seulement, on aurait pu considérer l'altération du tissu cérébral comme une suite de l'état morbide de ses membranes : mais rien de cela n'existait; les méninges n'étaient ni adhérentes entr'elles ni avec le cerveau; elles n'étaient ni lardacées ni gonflées par la sérosité ; seulement on voyait que , dans un rayon circonscrit , elles avaient été le
siège d un violent travail des capillaires. S'il nous était permis d'e'tablir une conjecture, nous dirions que l'excitation du cerveau, pendant les convulsions épileptiques , a dû se passer en grande partie dans ces re'gions du cerveau oii nous avons rencontré les ulcérations décrites , et que la décomposition organique qui les caractérise , est peut-être moins le résultat d'un travail inflammatoire que d'un engorgement sanguin hémorrhagique , dont l'effet immédiat a dû être le ramollissement , l'ulcération de la substance corticale.
Ce qui n'est pas moins curieux , c'est l'apparition de la fièvre intermittente , quoique irrégulière et résistant au quinquina; aucune altération organique n'a peut-être une plus grande propension à l'état intermittent que celles du cerveau : nous l'avons rencontrée dans la plupart des ramoUissemens de cet organe.
Quant a l'endurcissement de la moelle allongée, nous pouvons croire, vu les antécédens, qu'il est l'effet plutôt que la cavise de l'épilepsie. Une vive frayeur a précédé le développement des symptômes , chez l'un comme chez l'autre des malades; l'épilepsie ne s'est déclarée qu'à un âge déjà avancé.
ÉROSION CÉRÉBRALE, ABHÉRENCES , RAMOLLISSEMENT, ENDURCIS- SEMENT , MASSE ENKYSTÉE.
Le nommé Haynaut , âgé de quarante-deux ans, entra dans notre établissement au mois d'octobre 1831. Condamné a la réclusion perpétuelle pour tentatives demeurtre, il avait passé sa vie tantôt dans les pri-
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sons , tantôt dans des maisons d'aliënës ; son père mourût au bagne. Avant de passer de la maison de force à notre institut , il avait été' enfermé dans un caveau obscur et humide, toujours couché , refusant de temps en temps de manger, et dominé par l'idée quil avait mérité la peine capitale et qu'il était destiné au supplice de la guillotine. A. peine a-t-il séjourné quelque temps à notre établissement, que le caractère monomaniaque se prononce davantage : il a mérité la mort , mais on le travaille ; la métaphysique le tourmente , tous ceux qui l'entourent sont des métaphysiciens; la métaphysique du médecin est bienfaisante , lui seul pourra le délivrer de ses tour mens. Il applique souvent la main sm' l'abdomen , ou il dit éprouver des souffrances horribles. Pas d'incohérence dans le langage , pas d'apparence de manie ni de démence ; le délire est partiel; l'appétit est bon, les selles régulières, la poitrine libre, nulle douleur de tête; presque toujours couché , le malade refuse constamment de se lever. Vers la fin de 1831 , la face se décompose, le ventre est dur , le pouls fréquent. Transporté a l'infirmerie, un ascite se déclare. En janvier de l'année suivante , tout à coup un accès d'épilepsie se manifeste , auquel succède la paralysie du côté gauche : le regard est hébété, l'énergie intellecluelle diminue; de nouveaux accès d'é pilepsie ont lieu , laissant des intervalles d'vm , de deux jours ; le ventre s'affaisse , la sécrétion des urines est abondante , les selles sont liquides. Le malade meurt le 7 du mois de mars 1832. L'ouverture du corps nous montre les altérations suivantes :
1G6 TRAllÉ
Le crâne ouvert , la dure-mère încîsee , raraclinoïde et la pie-mère paraissent , au premier aperçu , n'avoir subi aucune altération; leur transparence est telle qu elle permet de distinguer, a la partie antérieure de 1 hémisphère cérébral gauche , une érosion de la substance grise mettant à nu la substance blanche ; le reste de cet hémisphère se montre tout-a-fait sain. Après rincision des membranes, on remarque quelles n'ont éprouvé aucune altération dans Vendwlt qui correspond à la partie ulcérée du cerveau. A la partie moyenne et supérieure de l'hémisplière droit, je trouve l'arachnoïde et la pie-mère adhérentes entre elles et a la substance corticale. A deux pouces de la ligne médiane, une circonvolution se fait remarquer par son déplissement ; les circonvolutions environnantes ont une couleur blafarde ; la pie-mère, dans ses interstices, est gorgée d'un sang noir. Tout l'hémisphère droit est plus volumineux que le gauche. En coupant ce lobe au niveau du corps calleux , une masse charnue se présente , résistant au scalpel ; elle est d'une couleur rouge sale , ayant le volume d'un œuf de pigeon , et se trouvant appuyée sur la partie cérébrale qui constitue la voûte du ventricule ; celle-ci ne forme plus qu'une lame de substance blanche; en haut , la masse charnue correspond a l'altération des circonvolutions indiquées. Dans un rayon de quatre à cinq lignes autour de ce corps , la substance blanche est endurcie , plus loin ramollie et réduite à un état presque liquide , d'une couleur jaunâtre : cette masse de substance blanche désorganisée, y compris le kyste , occupe toute la partie centrale de Thémisphère. E.^cepté la base , le lestç de
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rhemisplièreestsain. Au bulbe rachidien, jene découvre qu'un léger endurcissement des e'minences olivaires.
Poitrine. Le poumon gauche dur , tuberculeux , atrophie, réduit au tiers de son volume. Adhérences avec la plèvre costale.
Abdomen, Désorganisation du péritoine, adhérences des intestins entr'eux ; décomposition presque complète de tous les viscères de cette cavité.
Je n'ai pu me procurer de renseîgnemens sur les causes et les symptômes par lesquels cette maladie a débuté.
L'ascite tient évidemment à l'altération organique survenue dans le péritoine : elle doit probablement son origine au froid auquel le malade a été exposé pendant sa captivité a la maison de détention.
L'altération des poumons ne s'est annoncée par aucun symptôme pendant la vie
Erosion cérébrale. La substance blanche était détruite dans l'étendue d'un demi-pouce , sans que les membranes c[ui recouvraient cetîe ulcération fussent atteintes. Cette intégrité mérite toute notre attention ; elle combat encore l'assertion de M. Bayle , qui veut que la pie-mère soit toujours enflammée dans les altérations de la substance grise, selon lui , consécutives à l'afFection de la membrane qui la couvre. Or, cette opinion est aussi peu fondée c[ue celle de quelque auteurs, qui ne reconnaissent dans le délire qu'une affection du cerveau et jamais une lésion de ses membranes. Dans le cas que nous venons d'examiner , il serait difficile de déterminer jusqu'à quel point l'altéiation de la
partie antérieure de rhëmisphère gaucLe puisse être envisage'e comme la cause du délire existant chez Haynaut. Vu le peu de profondeur de cette érosion et le bon état des parties cérébrales environnantes, nous devons croire quelle n'était pas ancienne , car une pareille altération ne pourrait exister long-temps sans conduire à de plus grands ravages. Il n'est d'ailleurs pas difficile de préciser lepoque où ces érosions se sont formées : il s'est fait un changement marquant et subit dans les traits ; le malade avait le front couvert de sueurs; il était atteint de fièvre irrégulière ; il dormait moins que de coutume ; des mouvemens convulsifs avaient lieu fréquemment.
Masse charnue enkystéej endurcis sèment, ramollissement , adhérences des membranes à IhémisphèrQ droit. I.a masse charnue dont il s'agit , doit-elle sa formation à une hémorrhagie cérébrale , a ta fibrine d'un sang coagulé et dont les parties les plus fluides ont été absorbées ? L'endurcissement cérébral que nous avons vu entourer le kyste résulte- t-il d'une irrita don inflammatoire déterminée par ce corps devenu étranger ? Le ramollissement que nous y avons rencontré provient-il de la même cause ? Les adhérences membranaires tiennent-elles aussi à cette irritation ? Je crois devoir répondre par l'afîirmalive.
Ce qui est remarquable , c'est que ces désorganisations cérébrales sont fréquentes chez les détenus pour crime. Mon honorable collègue M. Mareska m'a communiqué diverses observations très-curieuses de lésions organiques du cerveau qui s'étaient présentées chez des prisonniers de la maison de détention de Gand , où
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il est médecin. L'altération occupait lune ou l'autre partie du lobe moyen des liëmisphëres. Chez l'un, elle se présentait sous l'aspect d'une tumeur enkyste'e, chez un autre elle ofifrait des suppurations profondes , chez un autre c'était une extravasation sanguine , récente , dans la substance même du cerveau. Le trouble intellectuel avait été presque nul ; chez tous, cependant, on pouvait soupçonner un degré plus ou moins prononcé de nostalgie. Ceci prouve ce que j'ai dit sur les hémorrhagies cérébrales , savoir : qu'elles sont propres au mode mélancolique ; car je n'hésite nullement à attribuer ces diverses lésions a des épanchemens sanguins dans la substance du cerveau. Dans quelques cas , le kyste est environné de petits tubercules disséminés ça et la dans la substance blanche ; ils sont parfois fîottans dans un liquide séreux , purulent. Il est difficile de déterminer la cause de leur formation. Peut-on soupçonner que c'est à la décomposition cérébrale , provoquée par la présence de ces corps , qu'est du en quelques cas l'épanchement sanguin du cerveau ?
L'épilepsle. Elle s'est déclarée subitement chez notre malade. Peut- on supposer que l'hémorrhagie cérébrale dont nous avons rencontré les vestiges dans l'hémisphère droit, soit due aux convulsions épileptiformes, et que celles-ci aient pris leur origine dans l'érosion de la corticale ?
La paralysie. Elle tient évidemment a une cause comprimante , la tumeur charnue dont nous venons de parler. Ayant succédé aux accès épileptiques » la manifeslation de la paralysie nous révèle son origine ;
rextravasatioii sanguine. Le changement suivit dans rhabitus du malade indique le moment où elle eut lieu ; quatre mois environ avant la mort.
SECTION QUATRIEME