‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 15 sur 58 · ATROPHIE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

ATROPHIE DU CERVEAU

Plusieurs auteurs ont constaté la diminution du volume du cerveau ; quelques-uns ont donne a cette altération morbide le nom d'atrophie. En ouvrant le crâne des individus atteints de cette aflfection morbide, le cerveau ne remplit point la capacité de cette boîte ; un vide plus ou moins grand se trouve entre les surfaces des hémisphères et la table interne des os de cette cavité ; la dure-naère est souvent flasque et ridée ; les vaisseaux de cette membrane et ceux des deux autres méninges sont peu apparens; la substance cérébrale est assez dure et la corticale souvent pâle : le cerveau est concentré sur lui-même , les ventricules ordinairement sont vides de sérosité. Mais ce qui est digne de remarque, c'est que cet affaissement entraîne l'affaissement de la table interne des os du crâne ; l'interstice qui la sépare de la table externe s'agrandit ; il se remplit d'un réseau diploïque a larges cellules. Cette disposition fait paraître le crâne plus épais qu'il ne l'est en réalité. Ce genre d'altération est congénial chez l'idiot ; elle se rencontre dans l'aliénation mentale chronique, dans la démence suite de la manie; on la trouve le plus fréquemment chez les vieillards.

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D'après M. FoYille , une atrophie partielle est très fréquente dans les régions frontales : « Chose digne de remarque , dit cet auteur , elle occupe souvent , d'une manière syme'trique, trois à quatre circonyolutions situées de chaque côté de la suture sagittale en dedans de la bosse pariétale ; on trouve à leur place une vaste lacune remplie de sérosité. » J'ai eu occasion de vérifier ce phénomène pathologique , et ce que j'ai vu souvent , c'est cette même atrophie couvrant des encéphalo-kystes. Ce qui reste de la substance grise , ajoute notre auteur , est généralement plus ferme que dans l'état naturel ; sa couleur est en même temps profondément altérée ; tantôt elle est si pale que ses limites précises avec la substance blanche sont difficiles a déterminer , tantôt elle offre à l'extérieur une teinte fauve, claire, et au-dessous une légère nuance rosée.

On a attribué à des causes différentes cet état morbide ; quelques-uns le regardent comme une modification survenue dans le principe vital , un épuisement des forces cérébrales ; un autre auteur y reconnaît l'inflammation du cerveau.

Sans doute un épuisement des forces vitales, dans un organe quelconque , anéantit ses fonctions et peut diminuer ses proportions physiques. Un membre qu'on condamne à l'immobilité finit par s'atrophier ; on trouvera la nutrition toujours plus active dans une partie quon exerce beaucoup, tandis quelle le sera moins dans une autre qu'on exerce peu ou point.

Or, la sensibilité du cerveau se trouvant usée, épuisée, par ses actes désordonnés, l'organe cérébral

devenant a lalongue incapable d'action , communique ce défaut 'd'activité aux forces nutritives , et , tout en s'afFaissant sur lui-même , finit par ne plus admettre dans son tissu cette même cjuantité de sucs nourriciers qu'il y faisait affluer par son activité outrée.

Quant à l'inflammation du cerveau , nous ne croyons pas qu'eUe puisse engendrer l'atrophie générale de cet organe : l'atrophie comprend , le plus souvent , toute la masse encéphalique et même celle du canal vertébral; l'inflammation devrait donc être générale dans toute la substance cérébrale, et, dansée cas, la destruction de ce parenchyme mou devrait en être le résultat et causer nécessairement la mort de l'individu; ce qui plus est , un tel état inflammatoire devrait laisser des traces dans les méninges , circonstance qui n'a point lieu , puiscpe nous rencontrons ordinairement les membranes transparentes et les ventricules vides de sérosité chez les individus atteints d'atrophie cérébrale générale.

J ai vu un cas curieux d'atrophie cérébrale sur un vieillard entré dans notre établissement , atteint de démence. Pendant les cpiatre mois c|ui succédèrent à son entrée, je lui remarquai une nullité intellectuelle complète ; tout a coup les traits se décomposèrent, des taches bleuâtres se manifestèrent sur les orteils et les pieds; de pareilles taches se firent voir a la poitrine et au crâne , et en peu d'heures ces sugillations passèrent à la décomposition organique et tout annonça la gangrène sénile.

Je fis louverture du corps et trouvai les artères

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iliaques et poplitees ossifiées , les artères pulmonaires , la valvule mitrale , en partie a lëtat osseux et en partie cartilagineuses ; tout l'arbre arte'riel de lencépliale ossifié : l'he'misphère gauche était réduit aux deux tiers de son volume ; a la base , les parois du ventricule gauche n'avaient plus que deux lignes d'épaisseur ; toute la partie postérieure du même hémisphère était sphacélée : le poumon gauche ofifrait différentes traces de décomposition organique. L'atrophie du cerveau , son état de gangrène , la décomposition pulmonaire , les inflammations gangreneuses des extrémités , m'ont toutes paru provenir de l'ossification de l'arbre artériel. Probablement la démence a-t-elle été primitivement le résultat de l'atrophie cérébrale. Dans tous les cas, l'atrophie, la paralysie permanente des membres , jointe à une démence plus ou moins complète , sont les symptômes caractéristiques de cette affection.

Une autre cause nous semble pouvoir donner lieu a l'atrophie cérébrale : c'est le collapsus instantané du cerveau.

Le cœur s'affaisse et produit la syncope , après une forte frayeur : ne pourrait-on pas supposer que le dérangement intellectuel provient , dans certains cas, d'un affaissement du cerveau ? Je dis affaissement , car plusieurs faits et des expériences ont jeté assez de lumière sur ce phénomène physiologique pour qu'on doive y ajouter foi. On peut lire a cet effet l'observation du docteur Pirquin de Montpellier ( i ) , qui a vu

(i) Hygic, t. 4,

dans une plaie du crâne ie cerveau s'élever et s'aLaisser , se trouver dans une espèce d'orgasme , pendant la manifestation de la pensée el le développement de différentes passions. M. Broussais dit : « La présence d'une membrane séreuse entre les plicatures et les différentes surfaces de la masse encéphalique , ne permet pas de douter un seul instant qu'un mouvement ondulatoire ne parcoure continuellement ces fibres (du cerveau) , et que la masse encéphalique ne soit dans une agitation continuelle. )) Gall , a prouvé que le cerveau est susceptible d'affaissement; et M. Serres a démontré , dans ses expériences sur les nerfs ciliaires, que le tissu nerveux se contracte sous l'influence des causes irritantes. D'ailleurs, comme nous venons de le dire , rien n'est plus fréquent que de trouver, à l'ouverture du crâne , le cerveau flottant en quelque sorte dans cette boîte osseuse, et considérablement rapetissé , a la suite d'une aliénation de longue durée. Le tissu cérébral , après une plus ou moins longue macération dans l'alcohol , se contracte non-seulement d'une manière très sensible , mais acquiert même une forte élasticité : en tiraillant les fibres dont il se compose , elles reviennent bientôt à leur état primitif dès qu'on fait cesser l'action extensive.

Qui sait si , dans nombre de cas , l'exacerbation de beaucoup de maladies mentales est autre qu'une convulsion des hémisphères cérébraux , à laquelle succède un affaissement de l'organe? Avant la mort, il y a ordinairement anxiété, carphologie, mouvemens bizarres et automatiques , besoin de changer de place ,

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de lit , aliénation momentane'e : qui sait si ces phénomènes ne tiennent point à l'afFaissement de la substance cérébrale ? Ne pourrait-on pas supposer que ce troublç de Fesprit qui survient après les hémorrbagies , oti après de fortes déplétions , soit Feffet d'un coUapsus du système cérébral? Ne pourrait -on pas soupçonner la même cause dans le delirium tremens P L'abattement musculaire qui a lieu dans la mélancolie , la lourdeur de tête qui l'accompagne ordinairement , dénoteraient-ils le même état ?

M. D. W., âgé de soixante-douze ans, entre à l'établissement, atteint de mélancolie fantastique. Il a essuyé de sensibles pertes et de grands revers domestiques. — Le matin , il parait paisiblement endormi dans son lit ; pour l'éveiller , on est forcé de le soumettre à de fortes excitations : il se lève , parle un langage incohérent, marche d'un pas rapide , ne prête attention a quoi que ce soit, jette par terre les tasses et les pots qui se trouvent sur la table : au bout d'une ou de deux heures , cet état se dissipe insensiblement, et d'autant plus vite qu'on a soin de donner à boire au malade , soit du café, soit une liqueur stimulante ; revenu a lui, il est triste, abattu, désespérant de son état.

Nous avons cru entrevoir dans ce cas un affaissement momentané du cerveau.

Les vices de conformation originaire du éerveau ont été décrits par tous les auteurs. Je ne m'y arrêterai point.

C'est a dessein que je passe sous silence les altéra-

lions des autres viscères : je me suis exclusivement attaché au cerveau , le considérant comme le siège de l^aliénation mentale. La poitrine , les viscères abdominaux éprouvent souvent des lésions marquantes ; le plus souvent, elles doivent être envisagées comme le résultat d un trouble dont le cerveau est primitivement le siège. Ce sujet ayant été amplement traité dans un autre écrit , j'y renvoie ceux de nos lecteurs qui désireraient à cet égard quelques détails (i).

Conclusion de ce chapitre.

Dans l'explication que nous avons donnée de la circulation cérébrale, nous avons fait voir que la nature, en établissant un régulateur pour le cours du sang dans la pie-mère, a eu en vue de prévenir les engorgemens sangTiins dans le cerveau. Une grande partie du sang contenu dans le corps passe continuellement par cet organe; son tissu n'est ni élastique ni membraneux; renfermé dans une boîte osseuse, il n'est susceptible d'aucune dilatation : sujet a mille modifications dans sa sensibilité, sa circulation doit s'en ressentir à tout moment. Les engorgemens sanguins , les stases , doivent donc être fréquentes dans un organe oii , d'une part, les artères se trouvant sous une influ.ence d'irritation continuelle, y font affluer le sang ; tandis que , d'une autre part , ce fluide ne rencontre à son retour vers le cœur , qu'obstacles dans le système vasculo-membranaire qu'il traverse.

Les congestions sont fréquentes , les inflammations

(1) Traité sur rAliénaiion montalc, etc. ,t. 1.

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actives rares : c'est rengorgement veineux qui se pre'sente le plus souvent. Sur le cadavre, il peut induiro en erreur , vu que le plus souvent il ne se forme qu a la mort. On le trouve fréquemment dans la région de la tête sur laquelle a reposé le malade dans les derniers instans. Si l'engorgement sanguin était du à une inflammation active , il serait accompagné de fièvre aiguë, soif, perte de lappélit, de sécheresse de la bouche et de la peau , d urine rouge , etc. : le mal n offrirait pas cette marche traînante que nous lui trouvons dans l'aliénation.

L'engorgement est tantôt sanguin , tantôt lymphatique.

L'engorgement sanguin passe a l'état d'inflammation ; elle est passive. Elle affecte ordinairement les membranes et les parties cérébrales qui leur sont contiguës. La décomposition du cerveau en est le résultat. Cette altération organique peut résulter également de la présence du fluide séreux. Rarement il y a formation de pus.

Une diminution dans l'expression fonctionnelle du cerveau est le caractère général de l'engorgement, de la compression , ou de la dissolution du tissu de cet organe.

1° Il y a somnolence , état comateux , dans les engorgemens, dans les compressions notables du cerveau; l'agitation , les anxiétés, les crisperçans , caractérisent un degré moins prononcé de compression cérébrale.

2° La paralysie n'est point un symptôme constant dans les fortes compressions du cerveau : elle n'a point

lieu si Fengorgement n existe que sur les surfaces supérieures des hémisphères ; la résolution complète des membres s'observe lorsque lengorgement de la surface supérieure des hémisphères est assez considérable pour déprimer fortement la masse encéphalique vers sa base ; ou bien elle se déclare encore chaque fois que l'engorgement envahit la totalité du cerveau.

3° Dans le ramollissement eérébral , il y a affaiblissement , abolition des cpalités intellectuelles et instinctives, mais les sensations restent plus ou moins intactes : c'est ce qui distingue cette affection des engorgemens sanguins et des compressions du cerveau, oii la suspension , l'abolition des fonctions sensitives , est un caractère dominant. Lorscjue ces deux états existent en même temps , le diagnostic se complicpe. Le ramollissement a lieu prescpie toujours dans les régions supérieures et excentricjues des hémisphères ; il se remarque parfois au cervelet , rarement aux pédoncules cérébraux , aux couches opticjues , aux corps striés , aux quadrijumeaux , au corps callem: et aux autres commissures , a l'exception de l'éminence ovalaire^ qui, dansquelc]ues cas plus fréc[uens, a été trouvée atteinte de ramollissement. Chez les aliénés, rien de plus rare que le ramollissement de la moelle allongée et épinière.

4° La résolution musculaire est le plus souvent incomplète dans le ramollissement cérébral : elle affecte toujours les muscles de la langue et marche de pair avec des idées d'exagération. La paralysie complète des extrémités n'est point un symptôme constant.

5*" La tension , la rigidité des membres est un ca-

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raclère propre au ramollissement du cerveau , mais il se retrouve dans les engorgemens , les inflammations de cet organe ou de ses membranes.

Nous avons prouvé que TafFaiblissement ou labolition des actes intellectuels tient , dans les altérations organiques de lencéphale , tantôt a la compression qu exerce sur le cerveau un corps étranger, le sang, la lymphe , une fausse membrane ; tantôt a la constriction de cet organe par les méninges , qui , dans leur état d'engorgement, étranglent en quelque sorte les hémisphères : dans le ramollissement , c'est le cerveau désorganisé qui perd son activité.

Nous avons démontré l'existence de Fendurcissement cérébral. On le trouve le plus fréquemment au bulbe rachidien , ou aux parois des ventricules latéraux. Les convulsions épileptiformes Faccompagnent souvent ; elles n'en sont pas, cependant, un caractère constant et invariable. Les convulsions se remarquent aussi dans l'altération organique des méninges et de la sul> stance corticale , mais elles n'y sont pas constantes non plus. Le mode convulsif peut exister dans l'aliénation ;, sans altération de tissu aucune.

L'atrophie cérébrale peut provenir de deux causes différentes : du ralentissement de la force nutritive , ou du collapsus du cerveau. Une seule fois, nous avons observé la gangrène de cet organe.

Nous avons reconnu, dans le plus grand nombre des altérations organiques du cerveau , une origine morale , une expression fonctionnelle du cerveau altérée primitivement , sans altération de tissu.

Ainsi y en résume et en thèse générale , ce qui caractérise l'absence des altérations organiques du cerveau , c'est une expression fonctionnelle augmentée sans résolution musculaire: ce qui indique la destruction de cet organe , ou la présence d'un corps qui le gène dans ses fonctions, c'est la diminution , l'abolition de cette même expression organique , avec extinction de la sensibilité et résolution musculaire. Cette dernière condition peut se trouver jointe à la première , mais la simple exaltation, intellectuelle, sans démence ni paralysie, suppose toujours une absence de ramollissement et de compression cérébrale. Or , l'extinction des facultés intellectuelles peut dépendre , 1° d'un engorgement sanguin du cerveau , 2° d'une accumulation de sérosité dans les sacs membraneux de cet organe , 3° d'un épancLement sanguin entre les membranes ou dans la substance même du cerveau , 4° d'une liquéfaction de cet organe, 5"^ de son atrophie, 6° de son endurcissement , 7° de l'épuisement de ses propriétés vitales.

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