‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 16 sur 58 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

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APPLIQUEE A LA CONNAISSANCE DES CAUSES . DD DIAGNOSTIC ET Vi PRONOSTIC DE CES AFFECTIONS.

Remarques générales.

Les causes de raliéiialion menlale exercent sur riîomme sain des eflfets passagers et semblables au trouble intellectuel bien caractérisé : un revers conduit à la tristesse, mais ce même revers produit aussi la tristesse morbide ; une insulte donne lieu h des actes de colère ou de fureur , elle élève également ces sentimens , ces actes , à l'aliénation décidée : ces impulsions qui, chez laliéné, se dessinent avec des traits saillans, se retrouvent dans Tétat physiologique , mais, il est vrai , avec des caractères moins prononcés. Or , la transition de l'état naturel à l'état pathologique n'est pas toujours brusque; à l'observateur exercé, l'aliénation se laisse entrevoir long-temps avant qu elle se manifeste au vulgaire, et plus qu'un examen supeificiel le ferait soupçonner , l'homme porte , dans son système intellectuel même, le germe et le type de son

moral morbide. Ce qui plus est, ces caraclères si disparates , si bizarres , que nous rencontrons tour a tour dans la vie sociale , et qui de'pendent de l'éducation , des habitudes et du naturel même , se présentent accidentellement dans Talie'nation mentale : de manière que tel aliéné qui , morne et silencieux , se plaît dans un isolement complet , se fait tout à coup remarquer par un caractère plein d'aménité , par des répliques promptes , des manières faciles ; parfois , il oflfre ( dans un cercle de sa pensée ) une énergie peu commune : disposition qui contraste d'une manière frappante avec l'homme réputé sain d'esprit, dont les conceptions portent si fréquemment l'empreinte du désordre, tandis que le malade privé de la raison nous étonne quelquefois par l'élévation qui règne dans ses idées.

Une faut donc pas, dans l'étude de l'aliénation mentale , en prendre exclusivement les attributs dans ce qu'elle a de plus saillant ; mais il est nécessaire de suivre , dans ses recherches , une marche graduée , tout en faisant ressortir les points de contact qu'ont entre elles ces nuances intermédiaires de l'état naturel au morbide.

On s'est borné a ne décrire que les phénomènes le.<i plus prononcés de l'aliénation mentale , et on ne les a presque toujours décrits que dans un état d'isolement. Ainsi , nous possédons des descriptions de la manie, de la mélancolie, de la démence, de l'idiotisme, etc. Mais ce qu'on n'a pas assez étudié , c'est la liaison qu'ont entre eux les divers genres d'aliénation mentale : rien n'est, en effet, plus rare qu'une maladie mentale dans toute sa simplicité : ordinairement associée à d'autres vé-

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sanies , elle offre un compose plus ou moins complexe , dans lecjuel il est souvent difficile de distinguer le caractère primitif ou dominant de cette affection. Pinel a fait entrevoir, le premier, Fexistence simultanée de deux divers genres de trouble intellectuel , mais tout en désespérant de pouvoir jamais indiquer les nombreuses variétés sous lesquelles cette affection se présente. Il a fait voir que la manie se déclare parfois comme simple exaltation de la volonté' , sans altération notable des idées; et il a également démontré qu'un grand affaiblissement intellectuel , ou un trouble dans les idées , accompagne parfois la manie ; variétés cju'il a décrites sous le nom de manie avec démence f manie avec délire.

Swédiaur peut être cité comme ayant jeté , dans ses Exposés nosologic[ues , quelques lumières sur ces combinaisons morbides, Heinroth a poussé plus loin ses recherches: il a démontré l'existence de la manie avec la mélancolie, le délire avec la mélancolie, la démence avec cette dernière, etc.; mais sa classification , établie * sur ce qu'il appelle les altérations du caractère , de l'esprit et de la volonté ( Gemûthsstôrungen , Geistesstôrungen , Willenstôrungen ) , est systématique , calcpée sur la métaphysicjue , et laisse trop a désirer au physiologiste , qui n'y verra que des combinaisons forcées, s'éloignant de ce que nous offre l'observation des faits.

M. Calmeil parle d'une démence associée à la mélancolie , et , sous ce rapport , cet auteur se trouve au nombre de ceux cjui ont fait connaître les associations morbides de notre intelligence. « Les signes propres

à une espèce se trouvent souvent confondus avec ceux d'une autre, dit cet observateur, et du mélange il résulte un ensemble qui quelquefois ne ressemble en rien aux descriptions qui se trouvent dans les livres , et c]u'on ne peut faire entrer dans aucune des divisions jusqu ici reconnues » . Georget dit : a On rencontrera une foule d'espèces intermédiaires qui établiront un passage insensible d'un genre à im autre ; souvent même il se présentera des cas qu'il sera assez difficile de classer positivement. »

Dans Fënumëration nosologique qui fait le sujet des considérations suivantes , j'ai tâché d'établir une classification nouvelle de ces maladies , prenant pour base le principe émis précédemment , et qui est applicable aux modifications diverses que subissent nos propriétés vitales, sans avoir égard à ces questions obscures sur l'altération de l'esprit ou de l'ame dans le désordre intellectuel.

Je considère d'abord le mode mélancolique , l'exaltation réagissante ou la manie ; ensuite ce genre d'altération auquel j'ai cru devoir donner le nom de folie ou de fantaisies , pour passer à une autre variété de vésanies, qui est l'extase, et de celle-ci aux convulsions, au délire , à la rêvasserie et à la démence.

Les combinaisons de ces modes divers seront décrites sous le nom d^ associations morbides intellectuelles.

Dans les remarques qui suivent , je pars du principe que sur six aliénés , cinq le deviennent par causes morales ;

Qu'il n'y a que la dix-septième partie de ces malades, non compris ceux atteints de vices organiques de

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naissance , qui offrent des traces d'altérations du tissu cérébral , ramollissemens , endurcissemens , méningites, congestions marquantes , etc.

Les symptômes appartenant à ces altérations étant décrits dans le chapitre précédent, je vais m'attacher particulièrement à ceux qui appartiennent à ces aliénations dites morales , caractcrisées par des anomalies du système nerveux.

SECTION PREMIÈRE

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