‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 17 sur 58 · MELANCOLIE · texte numérisé non relu

MELANCOLIE

EXALTATION SENTIMENTALE A l'ÉTAT DE TRISTESSE.

LTJPÉROPHRÉNIE (l). %,

Trûbsinn , Tiefsinn j des Allemands; Sadness , des Anglais.

La mélancolie se remarque au début de presque toutes les aliénations mentales; elle constitue , comme lésion de la sensibilité, le caractère fondamental de ces afifections.

La description que les auteurs nous ont donnée de cette maladie laisse a désirer ; presque tous ont parlé du délire mélancolique , et aucun , que je sache , n a décrit la mélancolie dans son état de plus grande simplicité : il y a des mélancolies sans délire , comme il y a des manies et d'autres anomalies mentales, sans trouble notable de l'intelligence ni des idées.

(^\)Xv7r\jpoq^ triste; ç>/3Jjfy, esprit. Ce terme caractérise mieux la maladie que celui de mélancolie, coriiposé de f^éXxç , noir, et de %cAy, bile, et que nous conservons cependant, parce qu'il est généralement reçu. La dénomination de lypémanie, donnée à la mélancolie par M. Esquirol, serait très convenable si la terminaison du mot ne jetait de la coafusiga dans Tidée qu'il faut attacher à cette maladie.

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La mélancolie sans délire est la forme la plus simple sous laquelle le mode souffrant puisse se présenter ; c'est un état de tristesse , d'abattement , avec ou sans écoulement de larmes , sans aberration notable de fimagination , du jugement ni de Imtelligence : c'est le cœur qui souffre exclusivement. Lorsque la mélancolie est accompagnée d'anxiétés, de gémissemens , de sanglots , d'un penchant au suicide , ou de toute autre détermination, elle n'est plus à son degré de plus grande simplicité ; dans ce cas , un principe d'action détend ses ressorts : il y a activité , anomalie dans les impulsions.

Le malade a connaissance de ce qui se passe autour de lui ; il apprécie plus ou moins sa situation , reconnaît ses amis , ses ennemis ; mais une crainte , une peur , un désespoir le domine ; il est absorbé dans ce sentiment douloureux : abattu , couché dans son lit, assis et les mains jointes , ou se traînant lentement , l'œil oblique fixé sur un objet, la tête penchée en avant , il offre l'image de la tristesse , telle qu'on la rencontre momentanément dans le cours de la vie : le malade vous parle-t-il, c'est à voix basse ; prudent , tardif dans ses actes , plein de méfiance , il ne vous répond que par monosyllabes.

Il cherche la solitude.

La figure est pâle, quelquefois le teint se rembrunit.

Les traits sont altérés , l'individu paraît plus âgé qu'il ne l'est : des rides, en forme de V, sillonnent le bas du front.

Le malade se plaint souvent d'une pesanteur de tête ; quelquefois c'est un vide qu'il croit sentir dans

rintérieur du crâne. En quelques cas, il éprouve au cuir chevelu une sensation ingrate , un fourmillement qui de'gënère en vraie douleur.

Le sommeil est le plus souvent incomplet ; les sens sont endormis, mais le malade se dit éveillé intérieurement : il se plaint de ne pouvoir goûter une heure de repos. Quelquefois il y a somnolence.

Souvent il y a serrement de la poitrine ; le malade place fréquemment la main sur la région du cœur et y ressent un sentiment de constriction et parfois de vraie douleur.

Le pouls est ordinairement lent, quelquefois assez vif.

L'appétit se perd.

La sécrétion de Turine est parfois sensiblement augmentée.

Un caractère moral sensible , prédisposé aux idées tristes ; le saisissement , la frayeur , les revers, im amour malheureux, un amour-propre blessé ; une perte dans la fortune , les boule versemens politiques , Tabsence hors du pays natal, sont les causes morales les plus fréquentes de la lupérophrénie.

Parmi les causes organiques , on compte les maladies du cœur et celles des viscères abdominaux , les obstructions , principalement celles du mésentère , ainsi que quelques affections de la matrice.

Voyons la mélancolie a son état de plus grande simplicité , considérée comme affection purement sentimentale : les considérations que nous aurons occasion de faire , dans le cours de ce chapitre , nous en feront

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connaître toutes les varie' te's et les combinaisons qu elle présente avec d autres aberrations intellectuelles.

UÉLANGOLIE A l'ÉTAT DE MONOPATHIE (i).

J. W. se trouve délaissée par son mari depuis plusieurs années : elle a de la peine à vivre ; cependant, à force de soins et de travail, elle parvient à se procurer le stricte nécessaire. Son mari, qui, depuis longtemps, habitait à letranger , se présente inopinément devant elle : cette entrevue la saisit vivement , et elle tombe dans la mélancolie. Colloquée à notre établissement, pendant quatre mois, constamment assise près de son lit , elle est silencieuse , sa figure annonce une profonde tristesse; nuit et jour, elle pleure : pas de sommeil , pas d'appétit , mais point de délire , aucune aberration dans les actes; connaissance de tout ce qui se passe autour d'elle ; intelligence parfaite : guérison après cinq mois de séjour a notre établissement.

Le type de la monopathie mélancolique est ordinairement continu, rémittent; une intermittence complète ne s observe qu'au début de la maladie : quelquefois le mal est périodique.

Lorsque cette affection se termine en santé , la durée en est ordinairement de trois mois a un an : c'est le sixième mois que les guérisons sont le plus fréquentes.

Cette aliénation est une de celles qui , comme nous

(i) Monomanie d'EsquiTol : <ie fMVoq^ seul, etde/t^iXvâ, fureur, folie : fia.hofM.1^ je suis en fureur. Cette dénomination ne pourrait guère convenir à la mélancolie, considérée à l'état d'unité morbide : le terme de monopathie me semble mieux exprimer cet état , et mieuî^ désigner les maladies partielles en général.

avons vu , laissent un grand espoir de curabilite.

Dans la mélancolie , il y a absence de réaction morale , mais la nature y supplée par des crises organique ; c'est ainsi que les menstrues , et surtout lorsque la mélancolie se trouve associée a une suppression de cette évacuation , se présentent fréquemment comme phénomène critique. Nous devons cependant faire observer , avec Georget , que l'évacuation menstruelle est trop souvent regardée comme critique dans le trouble intellectuel; souvent l'apparition des menstrues ne dépend que de la cessation du spasme qui se fait sentir à la convalescence : dans ce cas, on observe qu'une amélioration au moral devance ordinairement ce flux.

On a vu un écoulement abondant de salive produire la solution de la mélancolie.

L'apparition des furoncles, d'une éruption miliaire, s'observe parfois comme crise dans la mélancolie , mais ces cas sont rares.

Les fièvres tierces et quartes ont paru à quelques auteurs produire la solution de cette maladie.

L'asthme, Thémoptysie, la phthisie pulmonaire, alternent parfois avec la mélancolie , et dans quelques cas rares, ils dissipent cette dernière.

On a vu les maladies du cœur , du foie , succéder a la mélancolie.

M. Esquirol a prouvé que le déplacement du colon transverse , sa descente dans le petit bassin , accompagnent souvent cette affection mentale. Le fait a été vérifié par les docteurs Bergman, Wichman, Ticsselbach et Muller, de Wiirtzbourg. Des cas de cette nature se sont présentés a mon observation.

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SECTION DEUXIEME

RÉACTION A l'état DE SIMPLE EXALTATION,

hyperphrenie(I).

Impatience, Irascibilité, Extravagance; Caractère fougueux, violent j Colère, Fureur. Tobsucht^ des Allemands; Madness, des Arglais.

C'est une exagération de Fensemble ou de quelques qualités particulières et actives de lentendement , du caractère , des goûts , d'une ou de plusieurs idées , d'un ou de plusieurs instincts.

L'iiyperplirënie se présente particulièrement au début d'un grand nombre d'aliénations. C'est tantôt un soin peu accoutumé pour la toilette, un besoin de causer , de marcher , une mémoire prodigieuse , une propension a chanter , à déclamer , a réciter des vers ; tantôt une hardiesse extrême , une irascibilité continuelle, des plaintes, des injures, des projets sitôt conçus sitôt abandonnés ; un simple besoin d'activité ,

(i) t;?rf/3, au-dessus , outre': outré, exalté, ^p^jv, esprit. Comme expression générale des difFérens grades d'exaltation intellectuelle , ce terme renferme un sp.ns plus précis que celui demanie, iJMVKt des grecs, duyeilae jtia/vo^aixi, qui, dans un stricte sens, dénoterait le plus haut degré de rUypcr;;iiié«ie. , ,

des plans, des rësolulions , des bouleverscmens , des entreprises, des rixes, des combats , un état de fureur : c'est enfin une joie , une gaîté folâtre, une danse continuelle et bruyante , qui se présentent comme caractères généraux , et au milieu desquels le malade raisonne parfois sur ses propres actions avec toute l'intégrité de la réflexion.

L'exaltation supernormale qui règne dans le système cérébral se retrouve dans les fonctions digestives : l'appétit est ordinairement vorace. J'ai vu une femme maniacpe, chez c|ui les accès de sa maladie s'annonçaient par une soif intense et une grande sécheresse de la gorge sans fièvre.

Le maniaque , plus que tout autre aliéné , montre un goût particulier pour les sternutatoires. Ce besoin est non-seulement propre à ces malades , mais vous le rencontrerez a l'état physiologique , chaque fois que le cerveau est disposé à la réaction et surtout a la suite d'une impression morale douloureuse : ainsi un revers nous afifecte-t-il , sommes-nous ce qu'on appelle dans l'embarras , nous avons aussitôt les doigts dans la tabatière. Ce goût, pour peu qu'il soit passé en habitude, se développe avec non moins de violence , chaque fois que l'esprit est occupé d'une forte idée. Ces mêmes excitations intellectuelles conduisent l'homme à faire excès dans les spiritueux : ce qui plus est, un premier degré d'ivresse, de stimulation cérébrale, augmente presque toujours le désir de boire quelques maniaques ont une forte passion pour les spiritueux.

Ces malades paraissent ordinairement peu sensibles au froid, a la chaleur et aux impressions douloureuses.

Le somnïeil, quoique irregulier, ne subit que de légères -interruptions.

Le pouls est rarement fort et plein; le plus souvent il est fréquent et petit.

Ijes excrétions n'éprouvent pas d'anomalies marquantes : parfois il y a constipation opiniâtre ; les règles cjueîquefois se suppriment. Des auteurs ont reconnu à la transpiration une odeur particulière , ils l'ont comparée à celle que répandent les souris : très souvent , j'ai eu occasion de vérifier leur remarque.

L'exaltation des facultés intellectuelles avec réaction entre pour 1/6 dans la masse générale des aliénés.

Quel cj[ue soit le caractère delà manie, colère, frayeur, inquiétudes de toute espèce , donnent lieu à l'exaltation des forces cérébrales; les déplétions sanguines, la perte des humeurs en général , les causes affaiblissantes, engendrent cette affection, du moment que l'individu annonce une prédisposition à l'exaltation. Il en est de même de l'usage immodéré des boissons , de l'insolation , des affections cutanées rétropulsées , des vers intestinaux , des fièvres intermittentes , etc.

Nous distinguons dans Thyperphrénie deux états : l'éréthisme ( i ), ou la manie tranquille, et l'orgasme (2), ou la manie furieuse.

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