MÉLANCOLIE ET MANIE
A Véèat physiologique , c'est le besoin qu'éprouvent certains individus, placés sous l'influence d'un sentiment pénible, de s'agiter, de se déplacer, de quitter même des objets de leur affection : c'est ainsi que l'amant va chercher un allégement à ses peines dans des voyages de long cours ; que des émigrations domestiques sont inhérentes à des familles malheureuses , que des enfans , au moindre revers , quittent le toit paternel; que des femmes enfin abandonnent jusqu'à leurs enfans , se refusant à vivre avec un époux qu'elles accusent d'infidélité; c'est, à un degré plus élevé d'exaltation, le désespoir , Xhorreur, \?i jalousie, la rage.
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A. Vétat morbide , c est ce que plusieurs auteurs , entre autres HofFtnan et Cullen , ont nomme' Anxiétés ; Melancholia errahunda, sjhestris , de quelques e'crivains ; dans un sens rigoureux , la Lypémanie d'Esquirol. L'alliance de ces deux affections est tellement intime que plusieurs auteurs ont confondu la mélancolie avec la manie , dans les dénominations qu'ils ont données a ces affections (i).
Réunion de tristesse , de sentimens pe'nibles , avec un accroissement de vigueur dans les déterminations , avec un besoin toujours renaissant de quitter le lieu oii Ton se trouve , en faveur d'un autre qu'on quitte encore. Ce ne sont point des actes violens , comme dans la manie furieuse ; c'est une simple hypertonie de la volonté , émanant d'une impression pénible. Le malade n'est bien nulle part; une force intérieure le pousse a' des impulsions qu'il ne peut définir : enfermé dans sa chambre , tout-a-coup il sent le besoin d'en sortir ; il ouvre la porte ou la fenêtre, ôte son habit , jette son chapeau : les yeux sont enfoncés , les pupilles dilatées , la face est pâle, égarée. Cette oppression de la poitrine, ce malaise dans l'abdomen , que nous avons rencontrés dans la manie furieuse, se présentent fréquemment dans la mélancolie avec manie : ainsi le malade place souvent la main sur le creux de l'estomac ou sur la région du coeur, et vous dit: « C'est la que je souffre. y> 11 s'accuse d'être insensible, de ne plus être susceptible d'émotions tendres ; il est , dit-il , un enfant ingrat , un père dénaturé.
(1) Esquirol, Dictionnaire des Sciences Médicales.
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La lupërdplirënie ne se présente donc plus ici avec cette tendance au repos , qui constitue un des phénomènes caractéristiques de cette afifection, étudiée k son état de plus grande simplicité. La figure de Faliéné , quoique souffrante , est animée ; Toeil est plus mobile , plus expressif , plus étincelant; Faccent est plaintif , mais la voix est forte , sonore; le malade est aussi plus loquace que dans la monopathie mélancolique : ce qu'il dit, ce dont il se plaint, se rapporte a un sujet de tristesse; mais il s'agite , ses mouvemens sont prompts, et il pleure et vocifère en même temps. L'appétit est ordinairement vorace: dans la mélancolie simple , il y a , comme nous avons vu , anorexie. Cette exaltation des forces digestives constitue un phénomène curieux dans cette association morbide; c'est ordinairement le premier symptôme qui annonce que la mélancolie va passer à l'état de manie. Ainsi, lorsque, dans une convalescence apparente, le malade témoigne un désir continuel de prendre des alimens , on peut déclarer qu'il éprouvera une rechute. Or , ce symptôme morbide est de la plus grande importance, lorsqu'il s agit delà mise en liberté de l'aliéné.
Cette aliénation acquiert souvent un plus haut degré d'intensité en s'associant au mode fantastique , variété que nous décrirons bientôt sous le nom de Mélancolie maniaque avec folie.
Le type de la mélancolie maniaque est ordinairement intermittent , quelquefois périodique. La mélancolie succède parfois a la manie ; le plus souvent ,
e'est la manie qui se déclare dans le cours de la mélancolie. Le premier cas est d un bon augure, le second est loin d'être défavorable. Lorsque la guérison se fait sentir, les exigences du malade cessent insensiblement ; il vous parle moins fréquemment de ses souffrances ; il ne dirige plus si souvent la main sur la région du coeur; le sommeil revient; la figure exprime le contentement ; le malade témoigne le désir de voir ses amis : toutes ses affections reviennent , mais lentement.
La manie mélancolique se rencontre chez des individus atteints de vices organiques des méninges ; elle est propre aussi aux maladies du cœur , du foie et du tube intestinal.
Tout ce que nous avons dit de l'exaltation avec réaction , eu égard à sa source dans nos affections , nos instincts , nos idées , est applicable à la combinaison que nous décrivons ici; il n'y a pas d'affection, pas de caractère , pas d'idée , pas de désir , dans lequel la mélancolie ne puisse avoir son origine, avec lequel , en même temps , l'exaltation ne puisse se combiner : l'amoureux , l'ambitieux , le religieux , l'égo'iste , peuvent , dans la passion qui les domine, offrir un sujet de tristesse , associé soit à la manie tranquille , soit à une exaltation furieuse.
Cette dernière variété constitue la MelanchoUa furens des auteurs.
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SECTION TROISIÈME