‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 20 sur 58 · FOLIE · texte numérisé non relu

FOLIE

RÉACTION AVEC CARACTÈRE d' ABERRATION FANTASTIQUE.

PARAPHRÉNIE (1).

Fantaisies j originalité ^ bizarreries ; Morosités , de Sauvages.

Le terme de folie, par lequel quelques e'cri vains ont désigné les maladies mentales considérées sous un aspect général , nous semble tout-a-fait propre à caractériser l'aliénation que nous allons décrire.

Ce genre de maladie , qui presque toujours a été confondu avec la manie , n'est pas die Phantasej , die Phantasie , des psychologues allemands , dérivé du verbe (^xvraKofJLai , je m'imagine, représentations visuelles ou idéales : nous prenons le mot de folie dans son acception française : avoir de l'originalité , un caractère bizarre , sa marotte , ses tics , ses lubies , ses caprices : il s'applique a ce qu'on appelle un drôle d'homme , un fou proprement dit : ein Narr des A.llemands.

Nos actes ne fixent pas toujours notre attention , parce que l'habitude de les voir se reproduire à tout moment , fait qu'ils nous passent inaperçus. Néan-

(i) n«j5a, à côlé, de travers j f/^yv; esprit*

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moins, il y a peu d^liommes qui n'offrent point un côte ridicule : ainsi , on se plaît , dans des momens de distraction, à écourter les barbes d'une plume, à plier en rouleau des lambeaux de papier; quelques-uns les déctirent, d'autres les mâchent; ceux-là chantent, ceux-ci sifflent machinalement : remarquez cet homme qui , attentif aux paroles d'un interlocuteur , regarde les bouts de ses doigts , le dos de sa main ; voyez cette mimique des enfans , l'un tient le lobe de l'oreille d'un autre enfant , pendant que ses lèvres sont prises d'un mouvement de succion : ceux qui ne cessent de se ronger les ongles , ne se trouvent-ils pas placés sous une fascination étrange ? et demandez à ces personnes le motif de ces procédés , elles-mêmes les trouveront étranges et ridicules. Le sauvage se bariole le corps de couleurs ; riiabitant du Darien se coupe le bout du doigt, a la mort d'une épouse ou d'un époux ; dans l'Indostan , la femme se laisse consumer dans les flammes; le Musulman se rase les poils aux parties sexuelles, nous faisons disparaître ceux du menton : il est vrai , nos habitudes , nos mœurs, nos coutumes , entrent , pour une grande part , dans ces procédés bizarres , mais il n'en est pas moins hors de doute que , dans le fond , nous y retrouvions un influx capricieux de notre volonté.

On lit, dans la Nouvelle Revue Germanique {\) ^ un trait de Hoffmann qui caractérise d'une manière remarquable cette manière d'être de notre moral, a Je tiens, dit Thistorien , du docteur Wagner, qui a beaucoup fréquenlé Hoffmann peudant sun séjour à

(0 Adûcc 1833.

SUR LES PHRÉCsOPATHIES. 223

Leipzig , un trait qui pourra donner une idée de la manière dont ses études Toccupaient. Un jour, le docteur Wagner rencontre la femme de Hoffmann , qui rengage à aller chez elle passer la soirée : mon mari est dans ce moment , dit-elle , très-occupé à écrire , et quand il aura fini , il sera bien aise de vous voir. Ils vont , ils arrivent à la chambre de madame Hoffmann , et , en entrant , les voilà tout surpris d'entendre toucher du piano avec une vivacité et un talent rares. Ils ouvrent la porte et aperçoivent une femme qui , tout occupée de l'inspiration musicale à laquelle elle s'abandonne , ne les entend point venir , et continue à faire voltiger ses doigts sur les touches du piano , avec une chaleur et une rapidité qui laissent deviner ce qui se passe au fond de son ame. Les deux curieux s'approchent sur la pointe du pied , arrivent auprès du piano , et , sous un large chapeau de taffetas , découvrent la figure de Hoffmann. A leurs éclats de rire , à leurs exclamations de surprise , Hoffmann s'aperçoit enfin qu'il n'est pas seul. Puis il se regarde des pieds à la tête et se montre tout étonné de se voir travesti. Pendant qu'il se promenait dans sa chambre , en rêvant à son opéra , il avait rencontré les habits de sa femme , les avait revêtus par distraction. »

Si la plupart de nos actes émanent de la raison , il est évident que d'autres n'y prennent aucune part , et dans lesquels il y a absence de tout motif rationnel. Si tel est le cas de l'homme sain d'esprit , que ne doit être celui des aliénés ? Interrogez la plupart de ces malades sur les motifs de leurs actions , ils ne vous en donneront point: dans le délire ^ le malade partd'vm faux

principe, mais cette anomalie intellectuelle est plus rare qu on ne le pense. Ainsi , la plupart des auteurs nous assurent que Taliëné se livre à telle impulsion , parce que telle ou telle idée erronée Fy conduit ; M. Esquirol semble même fortement partager cette opinion et croit que le délire sert le plus souvent à expliquer, chez les aliénés, les diflférens actes qui paraissent sans motifs. Mais rien n'est moins conforme à l'observation ; car, dans le plus grand nombre des cas , leurs actions tiennent à un influx morbide de la volonté , indépendant de la pensée. Darwin, si je ne me trompe, a le premier fait sentir que nos déterminations morbides sont très souvent indépendantes du domaine idéal , et que, dans la majorité des cas , elles sont , comme il les appelle, purement irritatives.

Il n'y a pas d'acte , soit moral soit physique , qui ne prenne dans l'aliénation le caractère fantastique.

Un riche particulier, poussé par un penchant bizarre, tondait les cheveux à ses domesticjues , leur barbouillait le visage; un jour, il les fit mettre dans des cercueils ; après il les récompensa largement : il passa de la maison de détention à notre établissement.

Un de nos aliénés ne met des souliers que lorsqu'on lui en donne deux impairs.

Un autre a pris la fantaisie de ne passer le bras que dans une manche de son habit.

Quelques-uns dorment le jour et restent assis devant leur lit pendant la nuit.

Il y en a qui s'assoient toujours sur la même chaise.

Un alicDc se place toujours au jardin sur une pierre bleue.

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Un autre , au début de sa folie , entra chez un boulanger et mordit successivement à tous les objets qui se trouvaient dans la boutique.

Un aliéné se leva la nuit , prit ses matelas et les porta au poulailler, où il se coucha.

Une fille alla laver son linge dans le be'nitier à leglise.

La folie débuta chez un autre par une chasse aux mouches.

Des aliénés feignent detre morts; d'autres ont la rage de parler des langues étrangères qu'ils ne connaissent point; quelques-uns s'opiniàtrent à tenir leurs paupières fermées.

L'acte de rire, de pleurer, de chanter, de danser, de se livrer à un mouvement quelconque , peut , comme il a été dit , tenir aune simple exaltation mentale ; mais ces déterminations , en d'autres cas , perdent le caractère d'hyperphrénie , qui n'est que l'exagération des actes naturels , pour passer au mode fantastique , mode qui constitue la paraphrénie , l'aberration de ces déterminations proprement dite. Dans l'exaltation de l'instinct de convoitise , par exemple, le malade fait des provisions , il y a une certaine combinaison d'esprit dans ses vols; ce sont des alimens , des objets de valeur qu'il a en vue , procédé dans lequel il met souvent beaucoup de ruse et de finesse : mais l'avare fantasque remplit ses poches de loques , de petites pierres , d'écailles d'huîtres, de moules , etc. Dans le premier cas , l'instinct est encore guidé par une combinaison intellectuelle, l'individu attache du prix a tel ou tel objet , tandis que l'acte, chez le fantastique, est aveugle, auto-

matîque. Souvent laliéné refuse de manger chaque fois qu'on lui présente des alimens ; il les dévore dès qu'il peut les voler.

Le religieux fantastique se prosterne d une manière bizarre et extravagante ; on le trouve a prier pendant des journées entières, a voix haute et criarde; ses signes de croix sont tout-a-fait burlesques ; il se fait des amulettes qu'il se pend au corps : Taliéné qui , au rapport de Ruggieri , parvint à se clouer a une croix, était atteint d'une aliénation fantasque religieuse.

L'aliéné ambitieuoj se pare avec une originalité ridicule ; met , par exemple , un schall sur une redingote, un bonnet de femme au lieu d'un chapeau d'homme ; se fait des ornemens de paille , des turbans , des manteaux, etc. : chez d'autres, il existe une propension continuelle à tracer sur le mur des figures monstrueuses.

Quoiqu'il soit impossible d'énumérer toutes les impulsions bizarres auxquelles les aliénés se livrent, quelques-unes cependant oflfrent une marche régulière et prennent un caractère assez identique et constant , pour qu'elles deviennent susceptibles d'une étude particulière. Indiquons-en les variétés les plus fréquentes.

Égoïsme fantastique , indocilité , humeur contrariante , caractère entêté : Abersinn des x\llemands.

Ne pouvant se conformer aux vœux d'autrui, les aliénés atteints d' égoïsme fantastique s'opposent à tout , ne veulent , ne souhaitent rien de ce qu'un autre veut ou souhaite qu'ils fassent. Un tel aliéné refuse

SUR LES PHRÉNOPATHIES, 227

d'occuper la chambre, le lit qu'on lui destine et reste toute la nuit debout, assis, ou se couche sur le plancher : cédez à ses voeux, il ne voudra plus quitter la chambre ou le lit qui lui était d'abord offert : vous emportez le dmer , et il fait des instances pour le ravoir : point de thé , point de café lorsqu'on lui en présente. Il s'expose obstinément au froid, ne veut pas mettre des vêtemens chauds, aime courir nu tête : en été, il se place au soleil ardent, se couvre d'habits chauds.

Quelques-uns ne souffrent pas qu'on leur fasse la barbe, qu'on leur rogne les ongles, ou qu'on leur coupe les cheveux. Faut-il leur appliquer un cataplasme, ils n'en veulent point ; veut-on les engager au travail , ils restent au lit et ne bougent point. Un grand nombre de ces malades se refusent à changer d'habillemens , et ce tic , qu'ils partagent avec les enfans en bas âge , leur est singulièrement propre. S'avise-t-on , pour réprimer cette volonté morbide , de les mettre à la réclusion , dès qu'ils sont dans la loge , ils n'en veulent plus sortir : souvent ils cèdent à la force , mais presque toujours en y mettant quelque condition ; c'est pour tel ou tel motif qu'ils veulent bien se ranger de votre avis. Pendant l'épidémie du choléra, plusieurs de nos aliénés ont été victimes de leur obstination a refuser tout secours. Ces malades ne trahissent pas leur situation intellectuelle ; par leur extérieur, leurs discours , leurs écrits même, ils laissent a peine apercevoir cpielque trait de folie, surtout lorsque la maladie se présente a l'état d'isolement. Toutefois ils ont une mimique particulière : tous tiennent la tête droite ; elle semble se mouvoir sur un axe passant au centre du crâne :

cest l'attitude dëcnte par Gall, pour Tinstinct delà constance de caractère.

Legoïsme fantastique se présente chez Thomuie aliène' dans la proportion de 1 à 8 , chez la femme , de 1 a 60. On le remarque fréquemment chez des individus naturellement entêtés; associé à cVautres variétés de fantaisies , il y entre comme la 2.

Cette variété est remarquable sous le rapport du pronostic ; elle présage ordinairement Vincurabilité , dès qu elle se rapproche de l'état de monopathie.

ïâOHÔPATHIE.

F. B. , campagnard, âgé de cinquante ans , entre à rétablissement sans qu'on puisse recueillir la moindre notion sur l'origine de sa maladie. Rien îi'annotice, au premier abord , son aliénation : son langage est naturel ; ses discours n'offrent ni incohérence ni délire, et le malade se conduit bien envers tout le monde ; mais à peine a-t-il séjourné quelques heures a l'institut que son caractère entêté se fait remarquer. Etant chez lui, il n'avait mangé que du pain de seigle et se refuse, dès son entrée , a user de toute autre qualité de pain ; conduit à la division des aliénés tranquilles , il ne veut plus la quitter, quoiqu'on lui offre un séjour plus agréable et plus approprié à son état. Il s'alite et refuse d'entrer à l'infirmerie; un ulcère se forme a la jambe, et il s'obstine a ne pas vouloir tenir le lit, au point qu'on est forcé de l'y fixer par des liens : il suffit de lui faire une proposition pour qu'il ne l'accepte point. On n'a qu'a lui parler , son regard , son maintien , un sourire moqueur, vous annoncent un parti pris de ne point

SUR LES PHRtlNOPAïtlïES. 229

satisfaire a voire demande : lui faire mettre d'autres bas , d'autres souliers , une autre veste , un autre bonnet, ne sont pas choses faciles : B. fait la désolation des servans ; jamais on ne vit dans la maison de tête aussi inflexible , et cependant , dans tout ce que cet homme exécute spontanément , rien n'annonce le moindre trait de folie.

Ce fait nous prouve que, pour donner un sens précis de la situation morbide , il faut en faire l'étude dans ce qu'elle a de plus nuancé, dans cet état intermédiaire de la santé intellectuelle parfaite et du désordre prononcé.

Laconisme f humeur silencieuse , mutisme.

Ce qui caractérise l'acte que le vulgaire appelle bouder f constitue un état maladif qui se présente , dans nombre de cas, comme variété de fantaisie, dans l'aliénation mentale.

Rien n'est plus fréquent que de rencontrer des aliénés c|ui refusent de parler ; d'autres parlent peu , ou vous répondent par monosyllabes.

ïl en est qui cessent le discours , dès qu'on touche un certain sujet : c'est ainsi qu un aliéné se tait en lui parlant du lieu de sa naissance et de ses parens.

Lorsque cette aliénation se présente isolément, sans autre association morbide , on lui trouve assez de rapprochement avec la variété de fantaisie que nous venons de décrire. Le laconisme se déclare parfois dans les aliénations traitées par un régime débilitant ; je l'ai remarqué un jour sur un maniaque à qui l'on avait ouvert l'artère temporale : son excessive loquacité se changea tout-a-coup en mutisme complet.

230 TÛAITÉ

MONOPATHIE.

Un garçon , âge d'environ dix-huit ans, est conduit dans notre établissement par la gendarmerie; il ne parle pas et s'exprime exclusivement par gestes ; l'oeil est vif et dénote de l'intelligence : on ne lui remarque aucun acte de folie. Pendant treize mois, il ne profère aucune parole, et, vu le défaut de renseignemens sur l'origine de. sa maladie , tout le monde le croit sourd de naissance. Son ouïe était bonne cependant ; et l'absence d'aucun vice organique a la langue , fit naître en moi des soupçons qui ne tardèrent pas a s'ëclaircir. Un jour, il cessa brusquement son travail; le servant de sa division lui en fit de sévères reproches : ils provoquèrent la, colère du jeune homme ; et il fut question de l'enfermer dans sa loge. La-dessus , Petit Jean cessa de se contraindre : il s'exhala en invectives , et se mit a se battre contre les servans. Dès cet instant, il continua à parler ^ quoique , de temps en temps , sa bouderie le reprît.

Refus de manger et de boire , abstinence spontanée ^ horreur des alimens.

Il est incroyable avec quelle persévérance certains aliénés refusent toute espèce d'aliment , fantaisie qui en conduit un grand nombre a la tombe , et qui , pareille au laconisme, paraît être une variété de l'indocilité fantastique.

Un mélancolique , avant d'être conduit dans notre

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 23Î

etatlîssement , fut quarante-cinq jours sans accepter aucune nourriture; j'ai cité ailleurs un fait pareil, et il se trouve, dans les me'moires de l'Académie des Sciences de Berlin, un semblable cas. Le nommé Guillaume Granier mourut à Toulouse, après avoir été soixantetrois jours sans prendre la moindre nourriture. Un jeune homme refuse de manger depuis six mois , av^c une obstination sans exemple ; trois fois le jour , on est forcé de lui faire passer les alimens dansl'arrière-bouche : son obstination est telle qu'il fait les plus violens efforts pour vomir ce qu'on vientde lui faire prendre ; il tousse , s'agite , jusqu a ce qu'il rend les alimens. Pendant cinq jours , il essaie de s'abstenir de boire ; le cinquième, la gorge s'affecte, et il avale de l'eau froide.

Quelques aliénés refusent tout aliment solide ; quelques-uns ne se nourrissent que de lait , d'autres ne mangent que des légumes, et ont en horreur la nourriture animale.

. L'abstinence spontanée succède souvent h. rappétit vorace , qui la remplace parfois à son tour.

La plupart des auteurs ont assuré que, dans ce refus obstiné , l'aliéné est mu par un motif erroné , et ont tantôt assimilé ce symptôme au suicide , et tantôt à la crainte qu éprouve le malade de se voir empoisonner par de prétendues substances vénéneuses, mêlées à ses alimens. Ce désir, cette crainte, existent dans certains cas , mais il est plus général de rencontrer le refus de manger comme l'effet d'une détermination capricieuse , sans motif aucun.

Cette variété d'aliénation fantastique ne se présente que rarement a l'état de monopathie, et même au

début du trouble intellectuel ; une seule fols, je l'ai observée sous cette forme : un jeune homme âgé de dix-sept ans rejeta pendant cinq mois ses alimens ; de temps en temps , il s'emparait à la dérobée d'un morceau de pain , mais s'obstinait à ne pas vouloir manger en présence de sa famille. Hors ce symptôme, on ne lui remarquait pas le moindre écart intellectuel.

L'apparition de ce symptôme morbide, dans le cours de l'aliénation mentale , est d'un présage funeste ; elle dénote une irritation croissante du système cérébral.

Les aliénations avec lesquelles l'abstinence a le plus de connexion sont, en général, la mélancolie et l'indocilité ; cependant le refus de manger se présente dans la manie , parfois , sans la moindre apparence de tristesse : on le retrouve chez l'aliéné ambitieux , et il m'est arrivé de le voir associé à la manie joyeuse , chez une fille dont les accès d'aliénation s'annonçaient par une excessive gaieté, et qui dans cet état refusait, pendant plusieurs jours, toute nourriture.

Ce caractère morbide se trouve chez les aliénés dans la proportion de 1 à 9.

Ils ont commis ime grave erreur, ceux qui ont voulu faire dépendre ce symptôme d'une inflammation de l'estomac; jamais je n'ai rencontré, dans des cas pareils, la moindre apparence de gastrite.

SUR LES PHRÊNOPATHIES. 233

Besoin de nuire ; caractère traître , méchant : destruc ti^ité, de Spurzheim,

Il comprend, 1° le penchant a faire soufFrir : pincer, mordre ^ salir , gâter des objets précieux ; 2° le besoin d'incendier, de de'truireim objet quelconque par le feu ; 3° l'inclination au meurtre.

V. H. se lève la nuit et va donner des coups de poing à tous ceux qui couchent dans sa salle ; ceux qu'il reçoit en e'change ne l'en corrigent point.

G. s'ëtant procuré un clou , et se levant en silence la nuit, se porte de lit en lit, et se met, au moyen de cet instrument aiguisé d'avance , a trouer les pots de chambre des aliénés qui couchaient dans le même dortoir.

\]u.Q fille qui s'était toujours distinguée par son désir de nuire , se trouvant au dernier degré d'une pbthisie pulmonaire, profita de l'absence de la sœur infirmière , pour se traîner jusqu'au lit de deux moribondes qui se trouvaient non loin d'elle : chemin faisant , elle ramassa des cendres et de la houille, enfonça ces substances dans le gosier de ces malheureuses , dont les forces épuisées ne leur permettaient plus aucune défense.

Un médecin se trouvait à dîner chez un de ses amis, et prit un couteau , se dirigeant vers la dame de la maison, à qui il annonça, avec tout le calme de l'ame , qu'il allait lui couper la gorge : prêt a effectuer cette affreuse détermination, il fut désarmé par d'autres convives, qui le conduisirent dans un institut d'aliénés, où il se trouve encore.

Une aliénée de notre établissement , presque toujours enfermée dans sa cellule , par rapport à ses dangereux desseins, offre, dans toute sa mimique, le caractère des animaux carnassiers ; endormie dans sa couche, elle se lève sans bruit , dès que quelqu'un vient ; elle se blottit derrière la porte de sa loge , afin de guetter ainsi sa proie : s'approche-t-on , et pendant qu on la cherche des yeux , rapidement elle passe le bras par le guichet, vous jette quelqu ordure , ou vous saisit par l'habit, le salit ou le déchire : alors elle se met à rire. Une autre aliénée, ayant un jour découvert dans rétablissement oiielle était enfermée, le moyen de pénétrer jusque dans un des greniers, exhorta une autre aliénée à la suivre , se réjouissant d'avoir trouvé une voie de s'évader : elle poussa la pauvre fille , avec la rapidité de l'éclair , par une lucarne donnant sur la rivière qui côtoie l'établissement , et la fit tomber , d'une hauteur de trente pieds , dans l'eau , où elle se noya.

Il y a des aliénés qui se lèvent la nuit pour aller assassiner sans pitié leurs amis , leurs enfans , leur femme ; d'autres mettent le feu a leur maison , ou à celle de leurs voisins , brûlent et détruisent des objets précieux; et tout cela se fait sans humeur, sans colère. C'est en cela que la fantaisie dont il s'agit diffère de la manie : celle-ci est accompagnée d'une forte exagération dans la sensibilité , d'un caractère d'exaltation , d'un débordement de volonté, d'une explosion instantanée de mouvemens rapides ; la face est animée , l'oeil menaçant : mais, dans le penchant à nuire, l'aliéné est calme , la circulation n'est point activée ; il n'y a pas

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 235

d'appareil de symptômes imposans , point d agitation générale du système molem' : une volonté bizarre pousse seulement le malade; elle est telle que le vulgaire n'y voit ordinairement que l'influence du démon.

ÏÏONOPATHIES.

Un paysan , âgé d'environ quarante ans , vint me consulter, étant, a son dire, afifecté d'une maladie diabolique. Il avait éprouvé des chagrins domestiques , et , depuis ce temps , se trouvait dans un état tout-àfait étrange. «Il me prend , me disait le malade, tout- » à-coup un besoin de souffleter mes enfans; parfois je » suis sur le point de les assommer , et vous me deman- » derez quel est le motif qui me pousse à ces actes )) cruels, je ne le sais point. Parfois, dominépar ce goût, » tenant un de mes enfans par la tête ou par le bras, j'ai » senti le moment où j'allais le massacrer : alors, ajou- » tait-il, je me dis : le ferais-je, le ferais-je ? Je me sens » faiblir , et ce désir affreux se dissipe^ »

On trouve dans Georget des exemples de Monomanie homicide, aussi curieux qu'instructifs pour le médecin légiste (i).

Une dame , âgée de soixante ans , entre à notre établissement , dominée par un besoin de nuire. Elle répond avec bon sens à toutes les questions qui lui sont faites; mais, au milieu de ses discours, elle vous saisit par le bras ou par l'habit et vous pince cruellement :

(1) Discussion médico-légale sur la folie.

Examen des procès criminels de Léger , Lecouffe , Felcltma» , Papavoine , et d'Hçnrictte Cornier.

à peine faites-vous signe de douleur qu'elle s'afflige et vous fait comprendre qu'elle agit malgré elle , et qu'il n'y a que le démon qui puisse lui inspirer de tels goûts. Souvent le matin , avant de se lever , elle fait ses besoins dans son lit , et cela dans le seul but d'indisposer les gens du service.

Suicide fantastique.

Le suicide, dans le plus grand nombre des cas, marche de pair avec un état de tristesse et d'abattement : cette règle cependant est loin d'être générale : le suicide peut se présenter comme symptôme d'un fort accès de manie , mais , ce que l'observation confirme , c'est qu'il appartient plus exclusivement au mode fantastique qu'à toute autre Variété d'aliénation mentale. Dans quelques familles , ce malheureux penchant paraît héréditaire , et , dans ce cas , il n'est pas rare de le trouver sous cette forme. Ce qui mérite d'être noté , c est le grand calme du malade : se détruire est pour lui l'acte le plus indifférent ; il s'y prépare avec insouciance , sans que la parole ni l'expression de la figure dénotent chez lui la moindre mélancolie , sans qu'aucun motif ait pu le conduire a cette détermination fatale.

Le suicide reconnaît , en quelques cas , l'action de causes particulières ; les auteurs rapportent qu'il peut devenir épidémique , et même se communiquer par une contagion morale. Quelques maladies de la peau semblent disposer au suicide; c'est ainsi qu'en Italie, la pellagre (dartre squammeuse) conduit souvent le malade à se détruire : la pellagre exerce surtout ses

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ravages dans le royaume Lombardo- Vénitien, dans les duchés de Parme et de Plaisance , et dans le grandduché de Toscane. A Milan , on évalue le nombre des aliénés pellagreux au quart, et souvent même au tiers , deletablissementde la Sénavre. Cette affection cuta» née est presque inconnue dans les autres parties de l'Europe. Elle porte quelquefois à la monopathie homicide , dans laquelle les individus sont portés à tuer leurs enfans (i).

MONOPATHIE.

Un vieillard , âgé de quatre-vingts ans , atteint de suicide fantastique, avait tenté de se détruire par divers moyens , et mettait dans ces tentatives la plus grande indifférence : voyant ses plans manques , il se plongea un jour la tête dans un seau rempli dWu ; il s Y serait noyé si un servant ne fut accouru : déjà il y avait im commencement d'agonie.

Fantaisie d'éplucher, d'êpeler, de lacérer; carphologie.

C'est une impulsion qui porte certains aliénés à déchirer leurs habits , leurs matelas , leurs couvertures ; a détruire tout ce qui leur tombe sous la main, sans aigreur ni violence. Un tel s'occupe sans relâche à égratigner le bois de son lit, a. tirer en lambeaux ses vêtemens ,^ son linge , ses draps ; tel autre s'amuse à réduire sa paille au plus petit volume possible. Je vois journellement de cçs malades au lit de

(i) Revae Britamiîque. Mars i833.

mort a qui on est forcé de mettre la camisole , pour empêcher qu'ils ne déchirent leur linge. Ceux-ci arrachent l'ameublement de leur chambre ; ceux-là font des entailles à leurs habits : quelques-vins abattent des murs, des édifices entiers , sans humeur ni colère. Un aliéné fut conduit par son frère dans notre établissement , et, après une longue conversation , il me fut impossible de deviner qui des deux était l'aliéné , tant les discours du malade étaient sensés. Le lendemain de son entrée, il avait réduit en lambeaux ses rideaux de lit : il déchira plus tard la visière de son bonnet , les pans de son habit : se plaisant a cet acte et vu qu'il pouvait payer ce qu'il détruisait , il trouvait extraordinaire qu'a cet égard on lui faisait des remontrances. On ne lui remarqua point une seule parole déraisonnable , pendant tout son séjour a l'établissement.

Le désir de la destruction se tourna, chez une femme, contre sa propre personne : elle s'éplucha la peau du nez au point de donner lieu a des escarres et des ulcères sanieux. La malade guérit, mais au bout de trois mois une rechute eut lieu. Alors la fantaisie changea de caractère; l'aliénée se mordait les doigts, en rongeait la chair au point de mettre à nu les tendons. Le même phénomène eut lieu chez un autre aliéné : il s'arrachait avec ses ongles, qu'il eut soin de laisser croître, des pincées de peau, de manière que son visage en était tout défiguré.

Un de nos aliénés essaya, à trois reprises, de s'amputer la verge, au moyen d'une ficelle avec laquelle il étrangla celte partie : il y eut même un commen-

cernent de gangrène , suivi d'une abondante suppuration.

Fantaisie de se déshabiller.

Cette impulsion s observe fréquemment dans Faliénation mentale; 1^6 des aliènes en offre des exemples.

Elle se rencontre souvent chez ceux qui sont renfermes dans leurs loges. Elle se présente chez quelquesuns subitement et souvent dès l'invasion de la maladie. On la trouve ordinairement associée à d autres varie'tés d'aliénation mentale.

Fantaisies de boire de Veau froide.

Il y a chez quelques aliènes un besoin de se laver la tête avec de l'eau ; les vms aiment à marcher sur des terrains humides , les autres se mouillent continuellement les habits , et se les laissent sécher sur le corps : quelques-uns boivent des quantités énormes d'eau froide ; d'autres se plaisent à en jeter sur le pavé de leur cellule. Georget parle d'une maniaque qui avait l'habitude de verser dans son lit, avant de s'y coucher, plusieurs seaux d'eau froide. Des idiots se lavent les mains , la tête, vingt fois dans la journée.

Fantaisies de manier des immondices.

Certains aliénés portent a la bouche toutes sortes d'immondices ; ils boivent leur urine et s'emparent avec avidité de leurs fèces, qu'ils avalent aussitôt. Il

se trouve a notre établissement deux sœurs dominées par ce penchant, et sur lesquelles il faut la plus stricte surveillance pour empêcher que ce goût insolite ne s'accomplisse à tout moment chez elles.

D'autres aliénés aiment a se salir la figure et les bras , de leurs ordures.

Ce penchant est propre a un haut degré de la manie ; il y aurait, cependant, erreur de croire qu'il appartient exclusivement à cette affection.

'Automatisme.

Quelques aliénés tiennent étendus un bras , une main ; lèvent une jambe , un pied et restent dans cette attitude des heures entières. D'autres balancent le corps de droite et de gauche , ou alternativement en avant et en arrière.

L'action de monter et de descendre , d'aller et de venir, sans but déterminé, appartient à cette fantaisie ; celle de fouiller dans ses poches , dans son lit, comme pour y trouver quelque chose; se boutonner, se déboutonner, sans relâche; marcher dans une direction, dans une allée d'arbres , les compter les uns après les autres , continuer cette action pendant des heures , et la recommencer sans cesse , caractérisent parfois cet état. Se placer dans un coin et y rester immobile, tenant les yeux fermés; porter le plat de la main sur le sommet de la tète et conserver cette attitude ; passer rapidement et légèrement la main sur le menton, tenir ensuite les bouts des doigts rapprochés en les éloignant subitement de la face ; comprimer ensuite le pouce

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 241

d'une main par les doigts rapproche's de lautre , ïes détacher lentement de cette partie et exécuter un mouvement avec les doigts comme s'ils étaient collés par une matière glutineuse ; répéter ces impulsions avec une excessive vitesse ; se placer debout sur une chaise , sur une table , vous regarder sans rien dire ; frapper sans relâche de la main , du pied sur la porte ou le plancher ; crier a tue tête et toujours sur le même ton ; après avoir fermé une porte , la secouer comme pour s'assurer si elle est bien fermée ; se livrer aux contorsions les plus bizarres du visage , sont autant d actes fantastiques qui, avec mille autres nuances, entrent dans la catégorie des impulsions automatiques , et constituent , soit a Tétat d'isolement , soit combinées avec d'autres modifications morbides , un symptôme fâcheux , à moins que leur apparition soudaine n'ait lieu au début de la maladie.

MONOPATHIE.

Un célibataire , âgé de quarante ans , entre a notre établissement ; rien n'annonce , ni dans ses discours ni dans son maintien , 1 aliénation mentale : mais , au bout de quelques jours , on est frappé de la bizarrerie de ses actions : il salue les murs , les chaises , son lit, les arbres; ces salutations ont ceci de particulier, que l'aliéné se courbe au point cjue son tronc forme avec ses jambes presque un angle aigu. Chaque fois , en me voyant, il répète ses courbettes : d'abord, il ôte son bonnet , puis il se penche fortement en avant , en réitérant cet acte trois, quatre fois de suite; souvent , il en fait de même devant les infirmiers et

ses compagnôhs : il répéta un jour cette singulière mimique devant un mur , avec tant de prestesse et de violence, que la sueur inonda son visage. Souvent je lui ai demandé le motif de ce procédé , et chaque fois j'ai obtenu pour réponse que cela dépendait du goût. Une autre variété de geste est venue , à la fin , s ajouter à celle que nous venons de décrire; celaient des génuflexions qu'il répéta avec une célérité incroyable, et en ne posant toujours qu'un seul genou en terre. Ainsi, tout annonce chez cet homme un besoin de produire ces mouvemens bizarres ; il s y plaît, c'est une pure fantaisie. Plus tard, cette monopathie se compliqua d'un refus de manger de la viande.

La remarque que nous avons faite , en parlant de l'exaltation réactive considérée à son état d'individualité , est applicable à ce que nous venons de dire du mode fantastique, oîi rien n'est moins fréquent qu'une variété de paraphrénie tout-a-fait isolée d'autres penchans bizarres; ordinairement divers caractères morbides affectent simultanément le malade.

Or, le cas suivant donne l'idée d'une aliénation purement fantastique, mais dans laquelle on découvre à la fois des anomalies diverses associées entre elles.

M. N., doué dès son enfance d'un caractère très-opiniâtre, devient aliéné a Fàge de dix-neuf ans, à la suite de pénibles éludes et de scrupules religieux ; après un séjour de plusieurs années à la maison paternelle, il est transféré a notre établissement : son aliénation se caraclérise par les phcnonocncs suivans :

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Indocilité. Il refuse d'entrer au lit et de se mettre à table aux heures accoutumées; il est d'un système d'opposition continuel.

Laconisme. Il ne répond à aucune des questions qui lui sont faites : parfois, lorsqu'elles l'intéressent personnellement , il dit quelques mots et se tait aussitôt.

Abstinence. De temps en temps , refus de manger et pendant trois, quatre jours de suite.

Impulsions fantastiques. Pendant la nuit, il déplace son lit contre la porte de sa chambre , et s'y couche tout habillé; avant de se mettre a table , il retourne les plats quinze ou vingt fois de suite , comme pour s'assurer s'ils ne sont point troués : il en fait de même avec le s gobelets , les canettes . Avant de s'asseoir , il essaie la chaise pour voir si elle pourra le supporter : même répétition de mouvement ; pendant des heures , il tâche de mettre sa culotte en guise d'habit. Pendant dix jours , il s'abstint d'aller a selle , et parvint à retenir son urine pendant plusieurs jours.

L'aliéné atteint de paraphrénie n'a que rarement la conscience de son état; il m'est cependant arrivé de l'entendre dire : « Je me sens dans une position étrange ; je suis forcé , malgré moi, de faire le signe de la croix , de prendre telle ou telle position, de me livrer à tel ou tel geste, sans que je puisse arrêter ce mouvement de mes bras ou de mes jambes. » Nous avons à cet égard cité l'exemple d'une fantaisie de nuire a l'état de monomanie avec entière conscience.

La Mélancolie, avons-nous vu, constitue la Lésion fondamentale de toutes les aliénations. Ainsi :

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DanslamaJQriié(îeseas,rëtat(΀ tristesse etd'abattement n est qu'une prolongation de la première impression douloureuse a laquelle le malade a été soumis.

Dans quelques cas exceptionnels , l'aliénation ne re'sulte point d'une cause morale, mais elle se développe à la suite de quelque agent physique irritant , soit idiopathique soit sympathique : la mélancolie est le premier symptôme qui se présente.

Le trouble intellectuel tient parfois à des causes débilitantes et c'est encore la mélancolie qui vient s'offrir au principe du mal.

Quelle que soit donc la cause morbide, un état de tristesse amioncc , dans tous les cas , le début de l'aliénation ; quel que soit le mode de réaction dans le système cérébral y vous trouverez une lésion de la sensibilité affective , ayant pour caractère primitif la mélancolie.

Or, par la description que nous avons donnée de la manie , nous avons pu voir que l'état de tristesse qui constitue le prodrome de l'hyper phrénie , n'apparaît chez quelques sujets que momentanément, et se trouve en quelque sorte a l'instant remplacé par des impulsions violentes.

Mais, dans le mode fantastique, l'état de mélancolie se prolonge ; le développement des phénomènes fantastiques ne se fait point si promptement dans cette affection comme dans la manie ; ces indices de la réaction cérébrale ne portent point , comme dans l'hyperphrénie , un caractère d'exaltation et de violence : l'influx de la volonté, en se localisant, en se métamorphosant en détermination , en impulsion , en acte moral ou

physique , acquiert dans la paraphrénie , comme il a ëtë dit , un aspect bizarre , capricieux» Ce qui plus est, dans le mode fantastique , on observe un intervalle plus long entre le premier développement de ces symptômes qui annoncent la lésion de la sensibilité , et celui qui comprend les phénomènes qui appartiennent à la réaction cérébrale.

Les fantaisies se développent dans le cours de la manie ; elles s'associent avec toutes les variétés connues des aliénations mentales : dans tous les cas , elles sont le résultat d'une surexcitation cércbrale. Lorsque ce caractère morbide est parvenu a un certain degré d'élévation , il change l'aspect de l'aliénation ; il éclipse les altérations primordiales , et ne se fait plus reconnaître que dans un état de combinaison avec d'autres variétés d'impulsions réagissantes , provenant avec lui d'une source commune : la douleur morale.

Bientôt nous aurons occasion de faire connaître ces différentes anomalies morbides.

On a pu voir, dans les considérations sur les lésions fondamentales de l'aliénation mentale , combien la folie offre une tendance destructive des fonctions intellectuelles : en effet , aucune variété , à l'exception de la démence chronique , ne présente , dans nos cadres statistic[ues , une aussi forte mortalité que la réaction fantastique. Ainsi il y a un accroissement progressif, avons- nous dit, dans cet effet morbide : la maladie s'annonce par un entêtement excessif, un refus de manger , auxquels succèdent le besoin de nuire , celui de la destruction , les gestes automatiques , qui ,

souvent a leur tour , dëge'nèrent en convulsions , en de'mence , etc. Plus ces caractères se rapprochent de 1 état de monopathie , moins les chances de guërison sont favorables.

Le type morbide est ordinairement continu , parfois continu rémittent, très rarement intermittent, et presque jamais il n'est périodique.

L e'numëration des modifications morbides que nous faisons ici connaître , a ceci d'intéressant , qu'elle nous conduit à déterminer les divers degrés de la sensibilité lésée , les ressources qu'offre la nature dans ses efforts de réaction , et l'influence que ces diverses anomalies doivent exercer sur le traitement des aliénés.

ASSOCIATIONS MORBIDES

Mélancolie j Manie j Folie.

Dans l'hyper phr énie , il y a un caractère d'activité qui se dessine dans les traits et dans toutes les actions du malade.

Ce qui frappe l'observateur dans la paraphrénie , c'est un air calme : pas de vivacité dans le pouls, il est ordinairement lent , parfois grand ; la figure est plutôt pâle qu'injectée; un sourire parfois l'anime; l'accent, la parole est nalurclle; les discours de

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ces aliènes sont peu verbeux, ils s'énoncent bien; les lettres qu'ils écrivent sont pleines de bon sens : or, le désordre réside dans cette force qui nous pousse à une action quelconque. Ajoutons à ces caractères morbides une insensibilité pour les irritans physiques et moraux; ces êtres soutiennent les privations les plus pénibles , la faim , le froid , des douleurs atroces, sans en être affectés visiblement. Ce qui est digne de remarque chez l'aliéné fantastique , c'est le développement de ses forces musculaires : ces malades soulèvent de grands fardeaux : tout ce qu'ils ont en main, ils le tiennent avec fermeté : peu querelleurs, peu agresseurs, ils ne font mal à personne, sachant très bien, cependant, mettre à la raison quiconque viendrait troubler leur repos.

Le malade dort ordinairement bien : l'appétit n'est point vorace ; dans le plus grand nombre des cas , les excrétions sont naturelles.

Tout ceci est applicable seulement à l'aliénation mentale fantastique simple ; dès qu'elle s'associe avec la souffrance morale ou avec le mode exalté , les formes diverses qui se rapportent a ces dififérens genres d'altération se fondent ensemble , et ojGfrent ainsi un assemblage de caractères les plus disparates»

Ainsi , revenant au point d'où nous étions partis d'abord , nous avons vu la mélancolie a son état de plus grande simplicité ; ensuite , nous l'avons étudiée combinée avec la manie : nous avons ici a examiner , d'abord la souffrance morde avec la réaction fantastique , puis celte dernière avec l'exaltation réactive, cl, en dernier lieu, l'association ternaire

qu'offrent entre elles la mélancolie, la manie et la folie.

Avant d'exposer ces différentes cpmbinaisons , il nous reste à faire une observation concernant la lésion fondamentale du trouble intellectuel : il a été prouvé <]ue tous les autres phénomènes en procèdent, et , dans lin strict sens, cette modification de la sensibilité devrait, par conséquent, être représentée dans toutes les descriptions des associations morbides : mais nous avons vu que les différentes réactions impriment à la sensibilité morale des modifications telles , qu'elles changent parfois tout-à-fait son caractère morbide primitif. Ainsi , nous ne décrirons la mélancolie , comme lésion d'association , que pour autant qu'elle conserve son caractère primordial pendant le cours de la maladie.

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