MELANCOLIE FANTASTIQUE
A l'état physiologique : tristesse et simagrées , bouderie, refus de manger, etc. Rien n'est plus fréquent que de voir les enfans , les femmes , les personnes irritables et capricieuses , refuser leur nourriture , s'obstiner à ne pas vouloir répondre aux questions qui leur sont faites , dès qu'elles sont sous l'influence d'un sentiment de tristesse.
Cette même situation de l'esprit se trouve à Vétat
morbide, maïs avec des caractères bien plus prononcés.
La tristesse se peint dans la physionomie; les ac-
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lions décèlent une bizarrerie dans les déterminations.
De toutes les variétés d'aliénation mentale, avec lesquelles le mode fantastique se combine , la lupérophrënie , comme nous avons déjà dit , se fait le plus souvent remarquer par une propension aux déterminations fantastiques.
Quelques malades ont horreur du sang , d'autres se plaisent à le voir couler , d'autres reculent à la vue d'instrumens tranchans , d'autres ont une aversion pour certaines couleurs; d'autres parlent de se pendre , de se noyer, de se couper le cou. Un entêtement excessif , une obstination à ne pas vouloir répondre à vos demandes , un besoin de destruction sans colère , un refus opiniâtre de toute espèce d'aliment, se présentent fréquemment dans le cours de la mélancolie ; mais, de toutes les variétés du mode fantastique , c'est le suicide qui constitue une des complications les plus fâcheuses dans la souffrance morale. Nous avons vu cette détermination être le résultat d'une forte exaltation morbide avec réaction ; nous l'avons vue également comme impulsion fantastique , sans colère ni mélancolie : ici nous la retrouvons associée a la tristesse : c'est le Tœdium vitœ, la Melancholia anglica, le Spleeji,
Il est rare de voir la mélancolie succéder au mode fantastique; ce sont les déterminations capricieuses qui, dans le plus grand nombre des cas, se développent dans le cours de la mélancolie , dont elles aggravent le pronostic. La maladie traîne en longueur, et,
lorsque l'aliéné guérit , le trouble intellectuel ne se
flissipe toujours que lentement; cependant, si le caractère mélancolique prévaut sur les déterminations fantastiques , cette aliénation se guérit souvent. La curabilité est alors comme 3 sont à. 7 chez les femmes , et comme 1 a7 chez les hommes : tel est du moins le résultat des observations recueillies a notre établissement.
Le type de cette association morbide est ordinairement continu rémittent; une intermittence parfaite ne s'y observe presque jamais , mais la périodicité se remarque assez fréquemment. '
Un sujet naturellement sensible , un caractère capricieux , prédisposent particulièrement a ce genre de maladie. ;
Quoique provenant le plus souvent de causes morales, le suicide fantastique avec mélancolie, se trouve fréquemment associé à des maladies du cœur. J'ai constaté l'adhérence complète du péricarde avec cet organe, sur un sujet atteint d'anxiétés périodiques, et qui mit fin a son existence par une profonde incision de la gorge. L'ouverture cadavérique me fit découvrir en même temps une inflammation très prononcée des intestins grêles. Corvisart, Kreisig, Testa, Nasse et d'autres ont fortement fixé l'attention des pathologis tes sur les altérations de l'organe central de la circulation dans les maladies de l'esprit. J'ai déjà dit, dans le précédent chapitre , que les inflammations des intestins grêles acconipagnent assez souvent le suicide.
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MANIE FAHTASTiaiJE.
A Tëtat physiologique : caractère extravagant , sot et capricieux.
Les aliénés présentent un assemblage bizarre de pliënomènes exaltes et fantastiques. C'est la réaction de la manie , renforce'e par des caractères d une irritation plus prononcée : dans la manie, les actes, quoique violens, ne s'éloignent que peu des phénomènes naturels ; l'aliéné est uniquement irritable ou en butte à des accès de colère et de fureur : ici il déchire ses vétemens , se met nu , se bariole la figure de ses fèces , jette ses alimens , et vocifère en même temps; se donne du mouvement, crie, chante : mais, au milieu de ce désordre , il conserve les idées de relation intactes. Quelques malades sentent si bien leur état qu'ils s'en excusent , disant que tout leur est permis , vu qu'ils sont fous. Cette aliénation constitue une variété de la Manie sans délire des auteurs. Parfois la manie fantastique est accompagnée d'un penchant au meurtre ; ces aliénés épient le moment , soit pour vous porter quelque coup , soit pour attenter a vos jours : ils dirigent parfois sur eux-mêmes leurs mains sanguinaires.
Dans ces variétés d'aliénation , le caractère mélancolique a tout-à-fait disparu. Les caractères fantastiques succèdent ordinairement à la manie ; qui se présente , soit a l'état de réaction furieuse , soit a celui de manie tranquille : dans quelques cas rares , c'est la manie qui
se déclare dans le cours de Faliénation fantastique, dont le type , ordinairement continu , parfois rémittent , n'offre jamais une intermittence parfaite.
Le passage de la manie a la réaction fantasque est loin d'aggraver l'état du malade; mais lorsque l'hyperphrénie succède au mode fantastique , ce redoublement dans les efforts de la nature n'est guère d'un bon présage.
J'ai ^^ guérir un homme , atteint depuis un an de manie fantastique religieuse , par l'apparition d'un nombre considérable de furoncles.
Parmi les causes morales, toutes indistinctement enfantent la manie fantastique chez des individus nerveux robustes et naturellement exaltés de caractère ; parmi les physiques, nous comptons en première ligne l'étude forcée , les privations , l'abstinence , les veilles prolongées et surtout Fabus des spiritueux.
MELANCOLIE fflAWIAQIJE AVEC FOLIE.
L^accent de la voix , l'expression de la figure , l'attitude du corps , annoncent une peine de l'ame : mais le malade esten même temps d'une susceptibilité extrême ; soupçonneux, exigeant, colère, il se plaint d'injustices exercées à son égard. Un instinct de nuire, des désirs sanguinaires, souvent le suicide, compliquent cet état.
Cette variété d'aliénation mentale , ordinairement intermittente , succède souvent à de longs chagrins ou. Il une vive frayeur. Tout-a-coup, la figure du
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malade annonce une profonde tristesse , et porte souvent l'empreinte du désespoir ; il quitte la maison , marche à pas redoubles, éprouve une forte oppression de poitrine , et parfois immole à son ressentiment morbide les êtres qu'il rencontre sur son passage. Il se plaît à voir couler le sang , aime à côtoyer les ri^ vières , où le de'sespoir lui fait souvent chercher la mort : c'est la Mélancolie anxieuse^ avec penchant au meurtre ou au suicide ; selon quelques-uns , la Manie homicide et suicide ; complication fâcheuse , souvent rebelle à tout ce que l'art peut tenter.
Parfois le malade jouit de toute son intégrité de conscience, et apprécie tout ce que sa situation a d'horrible. Les extraits des lettres qui suivent et qui m'ont été adressées par un célibataire atteint de la variété d'aliénation qui nous occupe, peuvent nous donner une idée de ce qui se passe chez ces malades. « Il me » faut , dit l'aliéné, détourner les yeux de tout ce qui » se rapporte à la religion. L'impression que j'en » éprouve me poursuit pendant des heures. Il me vient » à la bouche des paroles obscènes que je tâche d'é- » carter en vain. Cet état m'abat quelquefois à ne plus » me laisser de forces. Je me suis dit souvent , puis- » C[ue je n'ai plus de contentement , je vais me couper » le cou. Je suis toujours a réfléchir sur ma triste si- » tuation; je m'en afflige et je pleure. C'est toujours » par la pensée que commence ma maladie ; de la elle » se porte à la poitrine , qui s'échauffe : je me sens » alors oppressé , et le mal retourne à la tête , avec » des sueurs froides. » Dans sa dernière lettre, il s'exprime ainsi : « Je suis en contradiction avec ma
» volonté Je jure , je me mets en colère ,
j) je me donne des coups de poing a la poitrine.... » Je fais tout ce que je n'ai jamais fait , et ce que » j'ai en horreur de faire : par exemple, j'ai tou- » jours haï le blasphème, et je hlasphème. J'ai tou- » jours e'të exact à remplir mes devoirs religieux , et » je n'y puis plus penser sans ressentir une oppression » de poitrine. Qu*on perde la tête , ajoute le malade , » par scrupule ; cela, je le conçois; mais raisonner avec » bon sens, comme je fais, c'est ce qui passe ma pauvre » cervelle. » 11 termine sa lettre par un bulletin de sa maladie. « Aujourd'hui, dit-il, j'ai bien dormi. A mon « lever, il ni'estvenu à l'idée de voir passer un prêtre; » cette idée m'a poursuivi pendant trois quarts d'heure. » J'ai vu alors un enfant portant une bannière de )) Notre-Dame de Halle : cela m'a fait grand effet. Je » lui ai adressé plusieurs mots outrageans; je l'ai me- » nacé ; et ces mots ne m'étant jamais sortis de la » bouche, ils m'ont poursuivi toute la journée. Vrai- » ment on dirait que je suis possédé du diable. Mon « existence me pèse et je crains de faire un malheur. »
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SECTION QUATKIÈME.