‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 52 sur 58 · APPLICATION DU MÊME PRINCIPE AU MODE CONVULSIP · texte numérisé non relu

APPLICATION DU MÊME PRINCIPE AU MODE CONVULSIP

Les considérations précédentes sont applicables au mode convulsif .

Un honorable confrère confia a mes soins sa fille âgée de huit ans et atteinte de maladie convulsive avec un commencement de manie tranquille. Constamment, l'enfant portait ses bras en arrière, les mouvemens de préhension étaient incertains , bizarres, les jambes dans une agitation continuelle ; elle traînait tantôt la droite , tantôt la gauche ; tantôt le bras droit était plus agité que le gauche , le tronc était courbé en arrière et la tète fortement penchée en avant : les convulsions portaient le caractère de la danse de S. Weit. Une certaine incohérence dans les idées , une excessive irritabilité, des momens d'impatience , caractérisaient son état moral : un écoulement abondant de salive se déclara dès la première manifestation de la maladie :

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antispasmodiques, antiphlogisliques, antlielmintiques, dérivatifs, bains, tous les moyens imaginables avaient été employés, mais en vain. Je conseillai le repos absolu, la soustraction de tous les stimulans cérébraux : l'enfant fut séparé de sa famille et confié à des mains étrangères, on Téloigna de tout bruit, de tout tumulte, et une amélioration marquante ne tarda pas à se faire sentir. Soudain la mère se présente et une rechute a lieu. Au bout de quelques jours de repos , l'agitation convulsive diminua derechef; mais une seconde visite de la mère détermina une nouvelle explosion des symptômes : chaque fois que les parens ou les personnes aux soins desquelles la jeune malade était confiée , lui prodiguaient des caresses , on remarquait une aggra-' vement frappant dans tous les symptômes morbides. L'enfant ne communiqua plus avec ses parens , et fut conduit à la campagne oii , après un séjour de deux mois, il guérit complètement. Dix mois après, il éprouva une nouvelle rechute après s'être livré a la joie avec le plus grand abandon , lors d'une fête publique ; mais il guérit encore par le même régime. -^ %

Dès la plus haute antiquité, on a observé que les aliénations se transmettent quelquefois d'individu à individu , par le pouvoir seul d'une imitation morbide : c'est une espèce de contagion morale qui , dans certaines circonstances, produit les phénomènes les plus étonnans. Or , plus que dans toute autre affection ^ cet effet est remarquable chez les aliénés atteints de convulsions ; et chez ces malades plus encore que chez d'autres , il faut éviter les points de contact qu'ils peuvent avoir entre eux : la vue sçule d'un individu tombe

dans des accès d'cpilepsie suffit pour déterminer le même effet chez d'autres e'pileptiques : ce qui plus est? j'ai vu des aliene's, qui jamais n'avaient éprouvé de convulsions , devenir épileptiques , en regardant seulement des malades au moment de Fagitation convulsive. Cette transmission morbide eut lieu, à notre établissement , sur une femme âgée déjà de plus de cinquante ans , et atteinte de manie tranquille : le fait suivant , qui vient de se passer au moment oii j'écris , montre encore cette vérité dans tout son jour.

Appelé , par hasard , dans une manufacture de cotons imprimés ( I ),pour donner messoins à une ouvrière, J[epuis une heure, affectée de convulsions épileptiques, je vois , au moment de mon arrivée , une des filles qui lui prêtaient secours, tomber dans les convulsions : cette dernière est à l'instant transférée dans un vaste atelier oîi d'autres ouvrières sont occupées à leurs travaux : une troisième est prise de convulsions : et bientôt une quatrième , qui vient secourir les deux autres , est atteinte d'épilepsie. Faisons remarquer qu'une seule de ces femmes , la première , était épileptique depuis son enfance.

APPLICATION Dtr MEME PRINCIPE AU DELIRE.

En parlant des associations morbides , nous avons fait entrevoir l'action des agens moraux et physiques sur le moral de l'aliéné atteint de délire.

lies faits que nous avons rapportés à l'article Délire , ofirent des phénomènes que nous croyons dignes de quelque attention ; ceux surtout qui ont rapport à la

(i) De MM. Vos et Fasman.

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trarisUgifratiofi des in^pfessions taorales sont dans ce cas : pour plus d'éclaircissemens , nous y ajouterons le cas suivant :

Un aliène' , depuis long-temps à rinfirmerie , entra dans la voie de la convalescence, et afin de le ramener à ses habitudes sociales , on le transféra dans une autre division où un assez grand nombre d'aliénés se trouvaient réunis : à peine y avait-il séjourné quelques heures, quon remarqua un changement dans ses traits; ils exprimaient la souffrance ; le malade toutà-coup très-attentif à ce qu'on disait autour de lui , ne paraissait pas se plaire dans sa nouvelle demeure : Vous croyez , disait-il , que je ne connais point tout cela ; il se mit à parler avec volubilité : vous pensez que je ne comprends point toutes les absurdités qu'on crie ici ; vous ne voyez donc pas les grimaces qu'on fait autour de moi ; tous ces gens complotent ; ils ne sont pas fous ; ils savent très-bien ce qu'ils disent : c'est une conspiration dont je vais être la victime.

iN^ous possédons de nombreuses observalions qui toutes prouvent la nécessité d'environner le malade d'un calme salutaire , en le soustrayant à toutes les sensations possibles. Transmises au moral, les impressions des sens et du sentiment n'aident en rien à guérir le délire ; elles embrouillent dans le plus grand nombre des cas les idées et en rompent l'association , ou bien agissent sur la volonté en faisait naître des déterminations bi^^arrcs ou violentes.

Conviction, raisonnement. Tous les efîbrls tendent o:\linairemcnl a çouvaincrç l'aliéné de son erreur; aux

yeux de tout le monde , les argumentations , les preuves logiques, paraissent des moyens d'autant plus sûrs , que lalie'ne' paraît doué d'intelligence et d'un reste de raisonnement. Ainsi , on veut faire comprendre au malade , qui se croit élevé à un poste éminent , a une grande dignité , sa véritable condition : mais dans ces efforts infructueux , on le fatigue et on aggrave son état ; souvent il se fâche ; ses idées s'embrouillent. Le docteur Voisin, dans son ouvrage des causes morales et physiques de l'aliénation mentale , a fait entrevoir cette fâcheuse influence. M. Esquirol avait déjà démontré l'inutilité des moyens logiques , lorsqu'il a dit que cette prétention de vouloir guérir les aliénés par des syllogismes , est démentie par l'expérience journalière (i). Rèil avait proposé d'adjoindre au médecin d'un établissement d'aliénés, un profond idéologue (2).

Dans tous les ouvrages de psycologie, se trouvent des relations d'aliénés guéris par la persuasion ; mais il est à remarquer que les mêmes faits se reproduisent partout dans ces écrits. Ainsi, Philodote, combien de fois n'a-t-il point été cité ? Ce médecin fit mettre un bonnet de plomb sur la tête d'un aliéné qui croyait l'avoir perdue; et la pesanteur du métal fit sentir au malade que cette partie ne lui manquait point : on ajoute qu'il guérit.

Cette histoire ainsi qu'une foule d'autres dont nos aïeux ont été prodigues, ne nous inspirent aucune confiance : nous avons , plus d une fois , tenté des

(i) Article Folie du Dictionnaire des Sciences Médicales.

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moyens paî^ells; mais rarement le succès lès a couronnés; nous oserions même dire qu'ils ne réussissent pas une seule fois sur deux cents cas , et que les succès, s'ils ont lieu, sont ordinairement dus a la cessation spontanée de Faction intellectuelle morbide; car il est une époque du mal où le délire ne s'entretient plus que par habitude ; plus que tout autre organe , le cerveau montre une propension a des répétitionsfonctionnellcs. Or, lorsque les conceptions erronées ne sont plus provoquées que par une propension à reproduire les mêmes actes , les mêmes idées , il est réellement avantageux de soumettre le malade a des épreuves logiques. C'est lorsque la convalescence se fait entrevoir , qu'on peut retirer du fruit de cette méthode curative; alors j'en ai eu des succès réels. Dans des cas d'irritabilité morale, je l'ai trouvée de quelque utilité ; mais il faut alors que la persuasion s'allie à un traitement légèrement répressif. Une passion quelconque domine touj ours les aliénés, avons-nous dit ; elle est l'origine de tous les phénomènes secondaires que nous observons dans Faliénation : suivons donc le principe admis pour la guérison des nialadies en général; attachons -nous à la cause du mal et aux symptômes qui le caractérisent dès son début; agissons sur la sensibilité, puisque c'est de son altération qu'émanent tous les autres phénomènes morbides , et ne considérons les preuves logiques que comme un traitement de symptômes. Je le répète , le ■ repos de l'organe malade avant tout : dans les affections pulmonaires, n'évite-t-on pas toute question superflue pour prévenir les efforts de la respiration et l'irritation des poumons? Que dirai t-on, demande Gcorget, du

médecin qui ordonnerait de faire courir un goutteux ou un rhumatisant , respirer à grande haleine un air glacé ou péripneumonique ; qui ferait donner abondamment à boire et à manger à l'individu atteint d'une gastrite? Qu'il est un insensé, et que de la sorte il augmentera au dernier degré les accidens déjà existans^ N'est-il donc pas prouvé qu'il faut de même dans les maladies mentales éviter tout travail intellectuel ? Vous aurez beau démontrer aux aliénés que leurs conceptions sont erronées : les uns, absorbés dans leurs révélations, ne prêteront pas attention à vos paroles; les autres , plus irritables , vous en voudront , croyant que vous vous opposez à leurs desseins , et tous souffriront de la contention à laquelle vous les soumettez. D'ailleurs ne cherchons pas nos preuves dans les maladies; prenons l'état physiologique; voyons l'homme dominé par quelque passion : quelle force sa raison exerce-t-elle encore sur lui? Calmerons-nous son moral irrité par le raisonnement? La volonté a-t-elle un empire réel sur les sentimens ?

Stratagèmes. Au rapport de Zacatus , un mélancolique guérit en voyant, au milieu de la nuit, un.homme travesti en ange, portant dans la main gauche une torche allumée , dans la droite un glaive , et se disant porteur de la rémission des péchés du malade»

Un autre se crut mort et refusa de manger : on plaça à ses côtés un prétendu mort couvert d'un linceul, qui se leva et se mit a table en présence du malade. Ainsi laliéné voyant manger un mort , crut également devoir prendre des alimens.

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Tout le monde connaît ces histoires d'aliénés qui , croyant avoir des insectes dans le front , des grenouilles dans le ventre , ont e'të gue'ris en leur pratiquant une incision dans la peau du crâne, ayant soin d'avoir quelque insecte a la main , de déposer quelques grenouilles dans le pot de nuit , afin de montrer aux malades le succès de l'opération ^ ou celui d'un médicament pris h. l'intérieur.

Par ce qui a été dit, le lecteur appréciera notre défiance à l'égard de pareils succès : il est vrai , elle n'a pas toujours été si prononcée chez nous , naguère ayant même imprimé k cet égard des opinions contraires a celles que nous professons aujourd'hui : mieux appris , nous nous faisons un devoir de moins généraliser des principes qui, de notre part, n'ont été mis en avant que sur la foi d'autorités d'ailleurs très-respectables.

Ainsi , les aliénés qui refusent de manger, sont dominés par un entêtement insurmontable ; j amais stratagème ne les fera abandonner leurs idées morbides : mais la douceur avec laquelle on les traite , la crainte qu'on leur inspire les détermineront à prendre des alimens. Dans d'autres cas , si toutefois le malade revient de son erreur , c'est pour tomber dans une autre , et de cette manière on change l'aspect de la maladie , pour y donner une face nouvelle. Un sexagénaire se croyait poursuivi par la justice et attendait avec anxiété l'acte de sa condamnation : je lui fis parvenir un écrit dans lequell'officier de justice annula ses prétendues poursuites : l'aliéné y crut et ne parla plus de son crime; mais, en peu de jours , il se croyait damné , destiné au

supplice éternel. M. Esquiroldit : un mélancolique se croit déshonoré : après avoir inutilement cherché à le rassurer , on lui donne des consolations prises dans la religion, et bientôt il se persuade qu'il est damné.

Force est donc d'admettre que ce n'est point par des démonstrations logiques qu'on parvient à guérir les aliénés ; mais que c'est en dirigeant ses vues sur la source du mal qu'on rétablit l'ordre et 1 enchaînement dans leurs idées : cependant , on peut dire , à l'égard des stratagèmes , que s'ils sont de nature à pouvoir procurer au malade de grandes consolations ^ et si l'aliénation est le résultat d'un grand malheur, alors l'emploi de tels moyens n'offre pas toujours les insuccès que nous venons de voir.

Un homme aux muscles forts, au teint jaune, aux cheveux noirs et plats , employé dans une administration communale , est accusé injustement d'avoir soustrait des fonds dont il est le dépositaire; il en reçoit une impression si profondément douloureuse , qu'au bout de quelques jours il se déclare chez lui une aliénation , caractérisée d'abord par la mélancolie et bientôt par tous les symptômes de la manie fantastique. A son entrée dans notre établissement, il s'exhale en imprécations contre ses chefs, ses prétendus ennemis, qui , en le retenant captif, n'ont d'autre but que d'empêcher qu'il ne fasse parvenir ses justes plaintes au souverain. La séquestration exerce sur son moral l'influence la plus défavorable , les moyens répressifs augmentent son irritabilité et surtout son obstination : déjà une tendance vers les inspirations , les révélations se font observer, et des explosions de manie furieuse

Sun Lf.s pîiKÉAdPA'rîiîES. 3 /S'

annoncent un accroissement progressif de la maladie. Je m'insinuai dans la confiance du malade et dëioulai par me constituer son conseiller : j'eus donc recours à des stratagèmes et qui me réussirent on ne peut mieux. Je dressai une prétendue plainte au ministère public, la justice se saisit de l'affaire; on simula un procès. Le malade , dans un long mémoire à la rédaction duquel il employa plusieurs jours, exposa ses griefs avec une lucidité remarquable : Je fus consulté; des modifications furent apportées a l'exposition des faits ; un temps très-long se passa à achever ces diverses rédactions : de soi-disant officiers de justice , de hauts fonctionnaires , vinrent même interroger le malade \ en lui faisant entrevoir l'éclatante réparation d'honneur qui l'attendait. Trois années s'écoulèrent ainsi , en écrivant des lettres , des mémoires et des consultations, en recevant des promesses, appuyées sur des stratagèmes de toute nature et renouvelés presque tous les jours. Souvent à mon arrivée près du malade, je lui trouvais l'œil terne, le regard oblique , offrant les prodromes d'une manie furieuse : mais une lettre particulière du gouverneur de la province, une prétendue réponse du ministère, opérèrent a l'instant un bouleversement dans ses sentimens. Finalement , l'aliéné perdit tout-a-fait de vue les motifs de son délire et gagna , en quelque sorte , une maladie nouvelle , une manie des procès : les consolations , les distractions , achevèrent la cure , au point que le malade sortit de l'établissement dans un état de santé intellectuelle parfaite, et qu'il put 1 éprendre ses occupations habituelles.

Nous allons , dans la section suivante , continuer ce sujet.

SECTION DEUXIÈME

CALMAKS MORAUX.

Condescendance envers les aliénés, consolations y espérance ; amitié, amour, religion , liberté.

Ici commence , en quelque sorte , un traitement actif, par lequel nous n'entendons point une cure toujours perturbatrice; lamitic , l'amour, l'espe'rance, les consolations de la religion , que nous appelons à notre secours , ne méritent point ce nom : elle est active parce qu'elle est relative à des modifications apportées dans le moral sous l'influence d'impressions nouvelles. Ce que nous avons dit jusqu'ici se rapporte à la soustraction des impressions.

On s'étonne de voir un homme qui s'emporte sans motifs réels ; mais c'est que sa sensibilité exagérée ne souffre plus les stimulans ordinaires. Voyez l'amoureux séparé de son amante , quelles anxiétés ! et rien n'est remarquable comme le calme qui s'empare de tout son être dès qu'il la possède.

Retournant dans le sein de ma famille que j'aime, après avoir essuyé ailleurs quelques contrariétés , des idées sombres me poursuivent; je suis plus impressionnable : si alors on n'use point envers moi de mé

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nagement, mon langage devient acerbe, jeclale : mais qu on'se range de mon avis , qu'on me parle avec bonté , en me faisant entendre la voix de l'amitié , à l'instant cette efifervescence morale , mes plaintes et mes accusations cesseront. C'est le cas du maniaque.

L'expérience a appris qu'on retire souvent d'insignes avantages en accordant au malade l'accomplissement de ses vœux : on aura toutefois égard aux précautions que réclament les circonstances. Parfois la cure n'est que palliative , parfois elle est complète , ce dont la nostalgie nous ofifre un frappant exemple»

Il y a peu d'aliénés chez qui la condescendance y Famitié, les égards de toute nature, ne soient suivis de quelque bon résultat. Souffrez le babil de ces malades , satisfaites à leurs exigences , à leurs petites volontés , vous aurez leur confiance : il est remarquable ce que l'on gagne chez la femme aliénée en lui donnant de meilleurs vétemens, et chez les aliénés des deux sexes en leur accordant une meilleure nourriture , une habitation plus propre et plus riante. Un garçon, âgé de quatorze ans , devenu aliéné parle chagrin que lui causait l'état malheureux dans lequel ses parens , pauvres artisans , étaient tombés à la suite des circonstances politiques, avait été atteint de manie : sa convalescence était marquée par un grand abattement et une profonde tristesse ; déjà des préludes d'un nouvel accès de manie se manifestèrent , lorsqu'un jour se promenant au jardin, il découvrit sous ses pieds une pièce de monnaie : sa joie fut grande; c'était une gaieté d'enfant; mais elle suffit poui' anctcr le retour de la

manie et à consolider saguérison. Dès cet instant, tout symptôme de mélancolie avait disparu.

S'agit-il de re'primer un accès de colère, ce n'est pas a la répression qu'il faut toujours avoir recours ; plus souvent on doit savoir se plier aux goûts de l'aliéné , ne pas heurter ses opinions : ainsi , on le voit refuser obstinément de manger, et il cède aux instances d'un ami et surtout d'une femme. Or , par sa douceur, n'a-t-elle pas vaincu, plus d'une fois, un caractère farouche ? Dans son Coradin , Hoffmann nous a fait à cet égard un tableau bien riche en couleurs et plein de vérité.

Les consolations sont d'une ressource incalculable dans les diverses espèces de mélancolie; anciens et modernes , tous en ont reconnu les excellens effets dans cette affection.

Plus que dans toute autre aliénation , il faut porter le calme et la tranquillité dans l'ame de l'hypocondriaque , le mettre en contact avec tout ce qui peut l'égayer ou le distraire ; il faut surtout éviter avec soin de le contrarier grossièrement , ou de lui faire concevoir de l'inquiétude sur son sort : toute conduite imprudente cause les plus grands malheurs. Un goutteux est atteint de maux d'estomac et s'alarme sans raison; son médecin, las de ses importunités , ou par insouciance , lui fait entendre que l'art ne peut plus rien ; et a peine le malheureux est-il seul , qu'il met fin a son existence en se précipitant dans une citerne.

Un célibataire , d'un âge déjà avancé , affecté d'ulcérations a la jambe et inquiet sur ces infirmités.

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attache un grand prix a se voir débarrassé de ce mal : le médecin consulté à cet effet lui avoue sans détour qu il n'offre plus de chances de curabili té . Peu de temps après , le malade termine ses jours , en se faisant une large incision à la gorge.

Toutefois , il ne faut point donner à ce principe une adaptation trop générale , en caressant toutes les fantaisies , tous les vœux du malade. Ainsi , partout on rencontre des aliénés qui se croient de grands personnages : ils sont par exemple Reine , Roi , etc. ; on les nourrit dans ces lubies et on va même juscju à adapter leurs habillemens aux idées dominantes , en les affublant de costumes grotesques ; quelques malades ont la fantaisie de se mettre au soleil ardent , de fixer cet astre; d'autres aiment à se laisser couvrir de neige, à se placer tête nue sous une pluie abondante : Théroïne de Méricour , aliénée de la Salpétrière , au rapport de Georget, avait, comme il a déjà été dit, l'habitude de jeter tous les soirs quelques seaux d'eau froide dans son lit avant de se coucher. Or , on pêche souvent par trop de condescendance lorsqu'on ne traite point les aliénés avec trop de rigueur , et c'est ainsi qu'ils deviennent très-souvent victimes d'un zèle mal entendu. Rien n'est donc moins rationnel que de complaire éternellement à ces caprices : une condescendance pareille ne peut tendre qu'à détériorer , en mainte circonstance , la santé de ces malades , à les affermir dans leurs erreurs et à empêcher ainsi le retour des habitudes normales du cerveau. Donc , point de costume bizarre , ridicule , pas de sobriquets : ne pas heurter les penchans , les opinions , les habitudes

de laliëné; mais ne pas le nourrir dans ses travers d esprit. Nous reprendrons ce sujet en parlant des agens sédatif.

Entrevue de V aliéné avec ses amis , sa famille. Une demoiselle âgée de trente et un ans perdit l'esprit à la suite d'un amour malheureux : l'accent de sa voix , ses traits, son attitude, trahissent un fond de tristesse : mais son regard est audacieux : elle déchire ses vétemens , se salit de ses fèces ; une incohérence complète caractérise ses idées. Ayant séjourné à notre établissement environ neuf mois , une lueur d'espérance se fit entrevoir : on lui trouva plus de calme ; elle dit souvent : — Ah ! maman; elle est morte , sans doute; — je suis si malheureuse. Pendant tout son séjour , elle ne vit aucun membre de sa famille ; je lui présentai un jour sa mère , et l'effet fut magique. — Ma mère 1 s ecria-t-elle. — Cette entrevue décida de sa guérison : plus aucune parole déraisonnable ; il lui restait bien une certaine mélancolie, une incohérence dans les idées, une propension à répéter certaines expressions ; mais elle les arrêtait en quelque sorte sur ses lèvres,

J. V.., âgée de quarante ans, eut l'esprit troublé par une vive frayeur : le désordre porte le caractère d'une mélancolie avec incohérence dans les idées : la tête penchée de côté , la malade ne profère que des discours sans liaison ; il lui échappe des mots qui se rapportent a quelque malheur a venir. L'aliénée passe trois mois a l'établissement sans communiquer avec sa famille; mais une faible amélioration se déclare.

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Elle reste long-temps dans cet état , sans qu'on lui remarqué des progrès vers la santé; seulement les discours sont plus suivis. La malade me témoigne à différentes reprises un vif désir de parler à son mari : l'entrevue eut lieu et FefFet en fut on rie peut plus heureux. Dès cet instant elle cessa de déraisonner j et sortit guérie au bout de trois mois de convalescence.

M^ Esquirol (i)cite ce cas remarquable; aUnjeutie homme , désespéré de ce que le général Moreau ait été condamné^k-l'exil ^se persuade qu'il est destiné à venger cette mjure faite a, la nation française danà la personne de son premier^ général. Après un long voyage, pendant lequel il prend pour une garde d'hon» neurles gendarmes qui l'accompagnent ptfur sa sûreté, il arrive à Paris.. Outre ses prétentions, il se p^rj^uade qu'un de ses parens , son ami intime , est devenu son plus cruel ennemi qui s'oppose à ses desseins. Quelques mois se passent dans l'isolement et dans l'obligation de suivre un régime approprié. Enân après six mois , cet ami , objet de toute la colère du malade , se présente; celui-ci l'accueille par des injures et des menaces , qui n'empêchent pas son ami de se précipiter dans ses bras : ils restent embrassés pendant quelques minutes ; les larmes coulent , le malade se relève pale , accablé , ne pouvant se tenir debout , et rendu à la raison qui depuis n'a plus offert la moindre altération. )>

a Une jeune demoiselle, dit Georget dans son Traité sur la Folie , est plongée dans la mélancolie la plus

(i) Article Folie, du Dictionnaire rîes Sciences Mt'dicd les.

profonde par un amour contrarié; elle refuse toute nourriture , tombe dans le marasme. Après quelques mois , son amant se présente a elle avec Fassurance d'un mariage certain; elle est guérie. »

J'ajouterai qu'il m'est arrivé de voir des fem.mes, aliénées au suprême degré, recouvrir momentanément la raison, mises en contact avec leurs enfans.

C'est dans le mode mélancolique que l'entrevue avec les consanguins promet le plus d'avantages ; mais ce moyen moral est un de ceux qui demandent dans leur application une grande perspicacité. Il serait difficile d'établir à cet égard une règle à suivre invariablement. Le contact avec les parens est nuisible au début de l'aliénation , il promet, au contraire , de grands avantages à la convalescence : en tout cas, il faut que le mal ait dépassé sa période croissante.

Si l'irritabilité est grande, si le malade se dérange a la moindre secousse, s'il ne fait que s'exhaler en plaintes injustes , si son état correspond à ce que vulgairement on dit être de mauvaise humeur , on doit éviter le contact avec les proches.

Un autre caractère morbide qui mérite toute considération , c'est l'extase. L'aliéné est très impressionnable dans cette affection, quoiqu'il ne le paraisse guère; la moindre émotion jette le désordre dans ses idées : on n'accordera l'accès de la famille que dans l'entière convalescence.

Par ce qui a été dit , on concevra qu'il faut une prudence extrême dans la manie, lorsqu'il s'agit du contact du malade avec sa famille : en tout cas, il faut que la convalescence soit confirmée : autre chose est

SUR LES PHRENOPATHiES. OO é

"e la înanie dans laquelle la maladie ne perd point son caractère primitif, dans rhyperphrënie associée à la mélancolie ; là , il est parfois utile que le malade voie ses proches ou ses amis, et il en est de même des intervalles lucides de toutes les phrénopathies en général.

Amour des sexes. On n'a pas hésité à faire valoir la possession de l'objet aimé , chaque fois que l'aliénation résulte d'une passion contrariée. Ce genre de consolation a été recommandé dans les cas où l'érotisme se développe accidentellement dans le cours du trouble intellectuel; on en a préconisé les eflfets salutaires dans le traitement de toutes les mélancolies indistinctement. Un usage modéré du coït a été même considéré par les anciens, comme un moyen avantageux dans les affections mentales avec caractère de tristesse.

L'aliénation mentale résulte-t-elle réellement d'un amour malheureux , est-elle encore à son début , a-t-elle pour caractère la mélancolie sans délire , ne prend-elle point celui des manies, n'est-elle point accompagnée d'actes fantastiques ; la possession de l'objet aimé peut apporter un calme salutaire , et provoquer la guérison du malade : la durée plus ou moins longue de la maladie , un bouleversement total dans les sentimens et les actes , s'opposeront au succès de cette cure.

Mais on ne réussit point à faire naître une passion nouvelle chez celui dont l'esprit est égaré par la perte d'un objet aimé : de tels succès , si fréqiiens a l'état physiologique , ne le sont guère a l'état morbide. L'es-

prit du malade , livre à des senlimens douloureux , aux regrets que lui cause l'absence ou la mort de celle quil pleure, est incapable d'attention et repousse tout ce qui tend à développer en lui des sentimens affectueux : néanmoins, C:ette cure réussit lorsque la mélancolie est à sa période décroissante.

L'aliénation mentale se déclare -t- elle pendant qu'on éprouve une inclination d'amour, la causé de l'égarement n'a-t-elle point de connexion avec ce sentiment ?on aggrave ordinairement le mal en nourrissant l'aliéné dans cette passion : tnais des privations complètes ne conviennent pas également. La vue de l'objet aimé, la faculté de jouir pleinement de sa présence, produit quelquefois des rémissions dans l'état morbide ; mais l'expérience a appris qu'elles sont de courte durée*

Le malade est-il atteint d'érotomanie , cette anomalie ne résulte-t-elle pas primitivement d'un excès d'amour , et le caractère du mal est-il purement symptomatique ? tout ce qui tendrait a exalter cette passion , augmenterait l'état morbide.

L'aliénation est-elle accompagnée de nymphomanie ? la séparation des .sexes est impérieusement indiquée.

La grossesse survenant dans le cours de l'aliénation mentale, ne produit que rarement un changement favorable au moral.

Religion. Il est utile, dans les établissemens d'aliénés, de soumettre ces malades à certaines pratiques de dévotion ; c'est une des mesures qui contribuent le plus efficacement à conserver la décence parmi eux. Ces

SUR LES PURÉINOPATUIES. 389

pratiques ont lieu dans beaucoup d'établi ssemeus en Angleterre et en Allemagne ; elles sont assez généralement suivies dans ceux de notre royaume. Or , tous les jours, et de grand matin, nos aliénés tranquilles et ceux surtout qui sont dans la voie de guérison , se rendent à la chapelle de l'institut pour y faire leurs prières; des prières générales , des lectures sur la morale religieuse ont lieu le dimanche, dans les salles ; et je suis a même de juger des résultats auxquels , depuis plusieiws années , conduit cette mesure salutaire.

Mon intention n'est certainement pas , eh faisant ressortir les avantages qui se rattachent a cet agent moral , de vouloir qu'on soumette le malade à des épreuves rigoureuses de dévotion , qu'on frappe ses sens ou son esprit , par des peintures affligeantes , qui ne seraient propres qu'à embrouiller ses idées et à lui inspirer des craintes sur son sort futur : j'envisage TinjSuence de la religion comme un puissant moyen destiné à entretenir la régularité du service dans rétablissement, a combattre chez le malade des penchans vicieux, et à lui fournir des consolations qui peuvent tendre directement à sa guérison.

Or, c'est dans la mélancolie qui se rattache à quelque idée religieuse, dans la démonomanie surtout, qu'on peut retirer de grands avantages des consolations , et de <:elles que nous fournit particulièrement la religion.

Je ne puis passer sous silence l'assertion de Fauteur de l'article Mélancolie du Dictionnaire des Sciences Médicales, qui dit : « Les guérisons qu'on rapporte et qu'on attribue à l'influence religieuse ont été opérées chez des sujets qui n'étaient pas dans la mélancolie su-

perstitieuse ; par exemple un homme se désespère pour ne pas avoir obtenu une place ; il se croit déshonore lui et sa famille ; l'assistance religieuse pourra le guérir . . ; Mais le démônomani aqùe ne cède point aux conseils d'un ecclésiastique. On verra dans le cas suivant une exception a cette règle, qui est trop générale.

Un septuagénaire, atteint de mélancolie, avait passé quinze mois à notre établissement, lorsqu'il fut subitement rendu à la raison par le secours de la religion. Cinq années avant son entrée , cet homme s^était présenté à la table sainte , sans avoir obtenu l'absolution ; et l'idée d'avoir commis un sacrilège le poursuivant depuis ce temps , il se croyait destiné aux tourmens de l'enfer : il n'invoqua donc plus le secours du ciel et se livra au plus profond désespoir. Traînant^ pendant quatre ans, une vie pleine de souflfrance, se trouvant sans travail et sans pain, il fut réduit a la plus affreuse misère. A différentes reprises, il tenta de se suicider, en se jetant dans la rivière; mais chaque fois il en fut retiré. C'est dans cet état qu'on le confia à mes soins. Quinze mois s'écoulèrent dans la plus profonde mélancolie : tantôt le malade s'arrachait les cheveux et se jetait la tête contre le mur , pleurant , sanglottant amèrement ; tantôt il refusait obstinément de manger , ou tentait de se détiTiire : un grincement de dents s'ajoutait a ces symptômes : de plus, l'aliéné se grattait le cuir chevelu avec une violence presque convulsive : il parlait peu , mais toutes ses paroles avaient rapport a son extrême affliction .

J'avais prié l'aumônier de rétablissement de faire

Sun LES PHRÉNOPATHIES. 391

tendre ses efforts a gagner la confiance du malade : à peine avait-il donne à Taliëné Fassurance de pouvoir être admis a la communion, en Fy pre'parânt par des actes de dévotion , qu'on vit en quelque sorte renaître subitement Fespërance dans cette ame timorée. Je dois à la vérité de dire que, parmi les guérisons obtenues par des moyens moraux , aucune ne m'a paru plus remarquable que celle que nous venons de voir : aujourd'hui , encore, l'aliéné refusait de manger avec une opiniâtreté extrême, se livrant au plus profond désespoir, avec une incohérence notable dans les idées : dix jours après, sa figure était radieuse , et on ne lui trouvait plus aucun indice de folie. Après cinq mois de convalescence , il sortit complètement guéri de rétablissement. Sous un autre rapport , ce cas nous a permis de faire une observation qui n'est pas dépourvue d'un certain intérêt : les cheveux du malade avaient toujours été remarquables parleur belle frisure , mais pendant le cours de la maladie, ils sont devenus tout-à-fait plats et onctueux : k l'entière convalescence, ils ont repris leur élasticité.

Mise en liberté du malade. Jeannette M..., âgée de trente-trois ans , est convalescente d'une manie fantastique : il lui reste une irritabilité morale caractérisée par de continuelles exigences, des plaintes sans motif : la nuit elle exige avec un ton d'autorité c[ue la sœur servante se place a côté de son lit pour lui donner a boire ; elle prétend ne pas se lever : les sœurs sont à son service ; sa couche est trop dure , ses bouillons ne sont pas assez forts ; elle veut sortir d'uniieu où tout conspire à la rendre malheureuse.

Ses instances sont violentes et suivies de menaces ; mais il y a de la vivacité dans les mouvemens ; l'appdtit est vorace ; elle soigne sa toilette , s occupe au travail manuel , et parle peu : seulement une irritabilité morale , une hypertonie de la volonté caractérisent son aliénation. Craignant une nouvelle explosion par un séjour trop prolongé dans l'institut , je nie déterminai a accéder à la demande réitérée de la malade, et elle obtint sa sortie. Le succès fut complet; à peine rentrée dans ses foyers, elle se calma; son oeil perdit toute expression d'autorité : livrée à ellemême, je la trouvai , au bout de quinze jours , tout-afait rétablie.

Un violent de'sir dç quitter rétablissement se présente donc ici comine;§yrapltQme dominant. Il n'y avait point d'activité musculairç outrée ; il n'y avait point non plus cette loquacité intarissable propre aux manies bien caractérisées. Règle générale : il importe , à la convalescence , de nourrir l'aliéné d'espérance; et, comme à cettç époque , rien ne lui est plus cher que le retour dans ses foyers , rien ne lui sera plus agréable que d'entre voir sa liberté.

Jeanne C..., forte, pléthorique, âgée de trente-deux ans , fit son entrée a l'établissement en 1826. Enceinte de sept mois , elle est atteinte de manie avec délire et propension au suicide. Elle met au monde un enfant vivant; le délire persiste quelques mois après la délivrance, l'exaltation intellectuelle baisse , mais les écarts de l'imagination persistent : elle est riche , possède des millions; on lui vole son bien; tout ce quelle voit lui appartient. Une expression de mélancolie perce

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insensiblement à travers ses paroles : constamment assise, elle pleure souvent et demande a pouvoir sortir de rhospice. — 1830 , mois de mars. Les instances sont depuis quelque temps plus pressantes ; la malade s attache à mes pas et réclame avec force son élargissement : mais le délire conserve ses mêmes caractères : quoique mère de trois enfans, elle n'en eut jamais que deux ; ses biens , son argent , des voleurs , tels sont les motifs dominans de ses discours. Sa tristesse augmente de jour en jour , et, par ses pleurs et ses supplications , elle s attire la commisération de tous les employés de la maison. Elle quitte enfin l'établissement , et, quinze jours après , jela revis , a mon grand élonnement , dans un état de santé intellectuelle parfaite. La guérison a été durable.

Ce n est donc plus ici un simple désir de liberté , tel que nous l'avons rencontré dans le cas précédent ; il y avait mélancolie , ce qui plus est , délire complet , et la malade était loin encore de la convalescence : son séjour à l'institut datait de trois ans : on trouvait chez elle non cette irritabilité morale , caractérisée par des soupçons et des plaintes in j ustes , et que nous avons vue chez Jeannette M.. . , mais ce que nous lui avons trouvé , c'est un vif désir d'obtenir son élargissement , sans actions tumultueuses , sans grande loquacité : ce caractère morbide , nous le répétons , mérite toute attention. Or , aussi souvent que le malade se fait reconnaître par un excessif babil , qu'il change de place a tout moment , qu'il se livre à des actes de violence , on s'exposerait toujours a voir un aggravement de sa maladie en lui accordant sa liberté'.

Une aliénée est atteinte de folie religieuse; pendant quatre ans , constamment agenouillée , elle uc cesse , nuit et jour , de prier à haute voix ; sa folie n'offre cependant aucun des caractères qui sont propres à la mélancolie religieuse : un vif désir se fait sentir de retourner au service d une dame chez qui elle avait été employée comme domestique. Son ancienne maîtresse voulut bien la reprendre chez elle ; et , au bout de quelques jours, tout signe de folie avait disparu comme par enchantement.

Une circonstance qui s'oppose souvent a la réussite de cette cure , c'est la trop grande susceptibilité de l'aliéné : or, ce moyen est rarement couronné de succès chez des hommes sensibles et délicats : à peine le malade a-t-il obtenu sa liberté , qu'il succombe sous de nouvelles impressions, ou s'il ne retombe pointdansla mélancolie , on le trouve sans proférer une seule parole , immobile , refusant de manger , faisant des tentatives pour se détruire. Chez ces personnes, tous les phénomènes moraux dérivent d'un excès de sensibilité.

Ce genre de cure réussit moins encore dans la mélancolie proprement dite : l'abattement, le désespoir, le suicide , sont des caractères dont il faut se défier , lorsqu'il s'agit de rendre le malade à sa famille , à moins que le trouble ne résulte de l'absence d'un objet vers lequel tendent ses désirs : tel est le cas de la nostalgie et de la mélancolie amoureuse ; tel est encore celui des hommes devenus aliénés a la suite d'un délit ou d'un crime qui a provoqué leur emprisonnement : la mise en liberté du malade décide souvent de sa gué-

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 395

risoTî ; cependant cet effet salutaire n*a lieu que lorsque le mal a de'passé sa pe'riode accroissante.

Dans la démence avec paralysie , provenant de ramollissement cérébral , souvent le malade semble fort avancé dans la convalescence et désire ardemment retourner dans le sein de sa famille : c'est le cas de le tenir sous la dépendance ; car rien nest plus trompeur chez lui que ces apparences de guérison : à peine a-t-il quitté l'établissement que sa marche devient vacillante , que sa langue s'embarrasse, et qu'il retombe dans le délire des exagérations.

C'est donc le désir de liberté sans une trop forte susceptibilité , sans une trop grande activité ^ ou sans un trop grand abattement musculaire , sans paralysie, qui constitue l'indication fondamentale de ce genre de cure. Or , cet espoir , ce désir , est un puissant mobile de la cure morale, et le changement qui s'opère dans le malade , dès qu'il entrevoit son élargissement , est parfois bien remarquable. Mais que le médecin s'arme de précautions en ne se rendant pas trop promptement aux instances de l'aliéné ; il faut même qu'il le contrarie dans ses vues , afin que le malade attache à sa mise en liberté le plus haut prix possible. Ainsi, le jour de sa sortie arrivé , on y apporte quelque obstacle : l'aliéné s'en afflige , parfois s'en irrite , mais en même temps il perd de vue l'objet de son délire : toutes ses idées se concentrent dans une autre sphère : on provoque ainsi une aliénation nouvelle, une espèce de monophrénie , une nostalgie , afin d'amortir ses idées morbides. Toutefois est-il nécessaire de ne point porter trop loin ces épreuves morales ; l'explosion d'une

manie , une mélancolie de consternation, le suicide ou Faggravementdes symptômes primitifs, pourraient en être le résultat. A lobservateur exerce' appartient seul la direction de cette cure.

Indépendamment des faits cite's , J'ai vu réussir ce traitement dans des manies tranquilles, dans des Hionopathies ambitieuses sans ramollissement du cerveau y une fois dans un cas de délire monopathique dans lequel la malade se croyait ensorcelée.

Ces considérations sont applicables aux sorties temporaires qu'on accorde au malade : or , rien ne tend souvent plus au rétablissement de certains aliénés que de leur permettre d'aller voir de temps en temps leurs connaissances ou leurs amis : néanmoins , je crois utile de faire remarquer , d'après ce qui a été dit précédemment, que ce genre de cure exige des précautions.

SECTION TROISIÈME

DERIVATIFS MORAUX.

Distractions, Musique, lecture, culture des arts et des sciences , exercices corporels.

Valentin , dans son opuscule intitulé Voyage en Italie ( 1820 ) , rapporte les circonstances suivantes sur

SUR LES PHRÉN0PATHIE5. 397

rinstilutdes aliénés à Aversa, situé dans les environs de Naples.

Les aliénés y sont exercés au chant et à la danse ; et cet exercice a lieu au moins une fois le jour. Avant le dîner, un concert se fait entendre; cest une musique militaire bruyante : ce qui plus est, on y joue la comédie. Les bustes dune foule de grands hommes, tels que Socrate , Platon , Erasme , de quelques divinités, Apollon, Esculape et d'autres, y décorent un vaste salon ; il s'y trouve également une riche bibliothèque des meilleurs ouvrages connus.

Un luxe pareil , il faut le dire , ne s'adresse qu'au public , toujours avide de trouver du merveilleux dans un asile d'aliénés ; il ne sert qu'à exalter l'imagination , et doit paraître si absurde à tout homme tant soit peu observateur , qu'on serait tenté de croire que c'est la spéculation seule qui l'a inventé. Un spectacle devant un auditoire d'insensés ! Quel bien veut-on attendre d'un moyen qui, agissant sur des individus sidifférens eu égard a la nature de leur maladie, exalte l'esprit et remue si fortement le cœur?

Dans un établissement de notre royaume , il y avait naguère des jours consacrés à certaines fêtes; on faisait de la musique , on dansait vigoureusement : les cris , les chants étaient généraux , mais les rixes ne Tétaient pas moins : jamais ces fêtes ne se terminaient sans que les pauvres malades qui en faisaient les honneurs ne fussent enfermés , pendant plusieurs joiurs, dans leur chambre ; l'exaltation était chaque fois à son comble , et ceux qui se voyaient exclus de l'allégresse générale s'en irritaient : à peine cette coutume et d'autres de

ce genre, furent-elles abolies, qu'on remarqua une diminution frappante dans le nombre des maniaques fiirieùx.

Les anciens aussi ont attaché ) dans le traitement des maladies mentales , une importance extraordinaire aux moyens de distraction et k ceux-là surtout qui frappent les sens du malade et exaltent son imagination : des jeux, des apparitions magiques, le sonde quelque instrument, des spectacles divers , des cëre'monies religieuses , e'taient les moyens auxquels ils avaient recours de préférence : or, nous savons , depuis Teloge que nous en a fait Pinel , que les temples de Saturne, destine's parmi les Egyptiens a ce genre de traitement , avaient acquis , sous ce rapport , une grande cëlébrîtë. Mais , ni ces agéns , ni les voyages même à Antycère , ni le séjour dans ces îles d'enchantement dont parle l'histoire, et oii l'aliène, sous l'influence de fantasmagories toujours renouvele'es , ne goûtait pas un moment de repos , ne nous inspirent pas cette confiance illimile'e qu'on semble, avec tant de bonne foi et comme à l'envie , accorder à ces moyens.

On a vanté la Musique comme agent curatif dans l'aliénation mentale ; mais les émotions qu'elle fait naître ne sauraient être avantageuses qu'adaptées à l'individu : comme moyen général de distraction , elle est plutôt nuisible qu'utile dans les établissemens. Dans la manie les impressions musicales augmentent l'exaltation , et dans les différentes périodes de la maladie. Ainsi , j'ai tenté cet agent chez des maniaques convalescens , et toujours avec désavantage : le malade

SUR LES λHIIÉN0PATUIES. 399

entendait-il le son dW instrument, il se mettait a chanter ou à siffler ; chaque fois il fallait cesser l'emploi de ce moyen pour prévenir un aggravement du mal. Si le fait a été tel qu'il est rapporté dans les journaux, un célèbre violoniste demandé a Bedlam pour mettre son talent à contribution , a failli être victime de son empressement à répondre aux offres de la famille d'un jeune homme aliéné , sur qui on voulut tenter llnfluence de la musique.

Cultivé par le malade même et dans la période décroissante de sa maladie, cet art peut, dans des circonstances données, lui procurer une distraction agréable et salutaire. Ainsi guérit un jeune homme atteint depuis un an d'aliénation intermittente avec caractère mélancolique : un goût décidé pour le piano s'était manifesté chez lui ; j'accédai a ses vœux; un maître de musique lui donna deux leçons par semaine, et insensiblement on vit disparaître touslessymptômesmorbides. Au bout de trois mois de traitement, le jeune homme sortit de l'établissement dans un état de guérison parfaite, qui jusqu'ici a été durable.

Lecture. Jamais je ne la conseillerai comme moyen de distraction utile a tousles aliénés indistinctement; la lecture ne profite qu'a un petit nombre de ces malades : souvent lem^ esprit , occupé des passages qu'ils ont lus , s'identifie avec les personnages du livre , qu'ils retrouvent encore dans leurs compagnons.

La lecture est avantageuse dans cette période qui annonce une diminution du stimulus morbide ; car alors il est nécessaire d'agacer plus ou moins l'organe

intellectuel. A.u physique, les tissus long-temps irrite's demandent le repos de l'organe , mais l'état aigu passé , un excitant favorise parfois la solution du mal; par le même motif, la nouvelle activité communiquée à l'organe cérébral, favorise son retour à l'élat naturel. Or, si le délire ne se rapporte qu'à des objets isolés, si le malade témoigne un goût décidé pour la kcture , si elle est son occupation favorite , s'il possède un esprit cultivé, des connaissances^ il serait peu utile , même dangereux , de l'arracher a un délassement qui , pour lui , est devenu habitude , nécessité , plaisir. Ce qui plus est , si le malade est susceptible de quelque attention, on pourra éveiller en lui l'amour de l'étude; si ses inclinations le portent vers cette occupation, il sera même avantageux de lui faire surmonter des difficultés dans l'une ou l'autre branche des arts ou des sciences. Des tentatives pareilles m'ont réussi. C'est dans cette vue que je permets aux aliénés de notre établissement la lecture des journaux , toutefois avec les restrictions que réclame leur caractère morbide. Pour atteindre le même but je soumets parfois les aliénés dont l'éducation a été négligée à une espèce d'enseignement primaire , en leur apprenant à lire et à écrire , exercice que j'ai vu suivi de bons résultats , surtout chez des individus jeunes encore. Ainsi , un homme né dans les Flandres , âgé déjà de quarante ans, et sans notion aucune sur la langue française à son entrée dans l'établissement , la parlait assez correctement à sa sortie. Dans quelques cas, j'ai obtenu de l'avantage en inspirant au malade le goût pour le dessin : un jeime homme , jardinier et atteint

sua LES PHRÉNOPATKIES, 401

de manie tranquille à la suite d'une frayeur , parvint à une convalescence parfaite en s'exerçant au dessin des fleurs : un autre aliéné ^ artiste très-distingué , lui servit de maître.

Parmi les moyens de distraction nous devons encore placer le travail manuel et corporel , les jeux , les promenades, les voyages^

Les Exercices corporels sont féconds en résultats avantageux. Je puis assurer que sur près de deux cents aliénées qui habitent notre hospice des femmes , il ne s en trouve pas dix qui du matin au soir ne s occupent, soit aux soins de la maison, soit à filer, à tricoter, à coudre, à faire des dentelles ; et parmi nos hommes, nous avons des jardiniers , des cordonniers , des tailleurs , des charpentiers. La guérison se déclara chez une demoiselle , atteinte depuis deux ans d'un délire d» persécutions , dès qu elle se mit à faire des fleurs artificielles. Une démonomaniaque se rétablit en s'occupant à coudre et broder. Un aliéné , ouvrier maçon, et atteint de manie tranquille depuis deux ans , quitta rétablissement , après avoir exécuté difîerens travaux de maçonnerie , occupation qui avait porté une amélioration sensible dans son moral. Un aliéné, charpentier, qui croyait partout entendre des voix parlant a ses oreilles, fit de grands progrès vers la guérison en exécutant des travaux de menuiserie; une surdité qui s était déclarée au début de son délire , se dissipa insensiblement : sa maladie datait de trois ans : mais

plus tard une rechute eut lieu.

A' la Charité , a Berlin , les aliénés se livrent a des exercices gymnastiques , sous la surveillance spéciale dune personne charge'e de leur enseigner cet art d'agrément. Dans le but de provoquer chez ces malades les contractions musculaires et de leur fournir en même temps des sujets de distraction , on a construit récemment au Bedlam , à Londres , deux espèces de Tourniquets , placés dans une grande cour , et tournant sur leur axe , au moyen d'une force imprimée par les aliénés à quatre longs leviers étendus horizontalement à hauteur de bras , et passant , en se croisant , par un cylindre vertical. Ces appareils donnent l'impulsion à deux machines, l'une destinée à conduire l'eau jusques dans les étages supérieurs du bâtiment , l'autre a la mouture de toutle grain qui se consomme dans ce vaste établissement et dans deux hospices voisins. En aucune manière , l'on ne force les aliénés a se livrer a cet exercice , mais ils y trouvent tant d'agrément , qu'on voit les machines continuellement en grande activité. Ce procédé nous semble mériter l'attention de tous ceux qui sont chargés de la direction des établissemens d'aliénés ; ils savent tous combien on éprouve parfois de difficulté a inspirer a certains malades le goût pour tout exercice régulier ; combien aussi un agent pareil doit favoriser dans l'institut , les mesures d'économie. Le caractère naturel du malade , les aptitudes industrielles, doivent soigneusement être prises en considération, car en les mettant a profit, on peut produire une dérivation morale salutaire dans l'organe intellectuel Mais dans tous les cas, il est de la plus grande importance de ne jamais perdre de vue l'amour-pro-

SUR LES PHRÉNOPATIIIES. 403

pre; ce puissant mobile de nos actes considérés dans l'état de santé , ne l'est pas moins adapté à la cure des troubles de l'esprit : on y arrive de mille manières , mais on ne saurait les indiquer, encore nioins les décrire : or, une longue expérience, une Connaissance profonde du cœur, sont les conditions de rigueur en des occurrences pareilles.

Il ne faut pas non plus avoir recours à ces a gens avec précipitation ; il ne convient , en tout cas , de les appeler à son secours que lorsque la maladie a perdu de son activité ; en éveillant une faculté instinctive, on pourrait déplacer la maladie et attirer l'exaltation morbide sur celle donton sollicite l'activité : rien n'est en effet plus fréquent chez les aliénés que ces métamorphoses morbides ; je pourrais même à cet égard citer des cures malheureuses. Ce qui plus est, la grande utilité de ces moyens de distraction résidera toujours dans Tordre général qu'ils contribuent a entretenir : tout le monde étant occupé, cette agitation, ce tumulte, qu'on rencontre dans les établissemens où les aliénés restent oisifs , ne se fait point remarquer : il en résulte moins de cjuerelles et de combats, une tranquillité plus grande et un repos salutaire dans l'organe intellectuel : le malade songeant moins souvent à sa captivité , s'en afflige moins : de là encore la nécessité d'écarter de lui tout ce qui pourrait la lui rendre insupportable , en lui faisant trop sentir sa dépendance

Les jeux d'adresse , les jeux de calcul même , quoiqu'on en tUse , ne peuvent être négligés dans le

trailement des maladies mentales. On ne pourra , cependant , avoir recours a ces agens , aussi long-temps que la maladie porte un caractère d'exaltation prononcée : ainsi c est dans les phre'nopathies tranquilles et généralement dans la période décroissante de toutes les variétés des aliénations qu'ils sont spécialement indiqués. A cette époque du mal , le malade est souvent livré à de sombres réflexions ; parfois il souffre beaucoup d être privé de sa liberté , mais sa captivité sert à le soustraire aux influences extérieures et à affermir sa guérison : c'est alors que les jeux d'adresse et de calcul , les cartes , le domino , les dames , l'échec, rendent parfois des services réels ; ils font passer le temps agréablement , et ce qui plus est , en stimulant Famour-propre du malade, par des idées de perte ou de gain, tendent à fixer son attention , a exercer son jugement et à déraciner ses penchans, ses idées , ses habitudes morbides. Mainte fois, j'ai constaté les changemens favorables survenus au moral de ces aliénés lorsqu'on pouvait les déterminer a s'exercera l'un ou l'autre jeu : aussi les jeux sont fortement en usage à notre établissement, chez les hommes cependant plus que chez les femmes , qui se livrent plus volontiers au travail que les premiers.

Dans le cours de ce chapitre , j'ai déjà fait ressortir les avantages qui se rattachent slux promeiiades et aux Vojages . On a reconnu généralement l'efiicacité de ces moyens de distraction , qui ne conviennent cependant que dans ces phrénopathies sans réaction violente, et presque exclusivement dans celles qui ne sont plus

SUR LF.S PHRÉNOPATHIES. 405

entretenues que par une habitude fonctionnelle morbide du cerveau. Or, cVst à la convalescence de la mélancolie qu'on obtient le plus de succès de ces agens de distraction.

SECTION QUATRIÈME

SEDATIFS.

Sédatifs moraux : Répression , mojens coercitifs,

Antoinette M , campagnarde, âgée de vingttrois ans , est atteinte d'aliénation erotique , par suite d un amour contrarié. La maladie avait duré plus de deux mois, lorsqu'un jour, assise devant le foyer , le feu prit a sesvétemens. Elle se saisit vivement , poussa des cris , appela du secours , et , chose remarquable , dès cet instant elle recouvra sa santé.

Un jeune homme devient aliéné sans que la cause de sa maladie soit connue, li cesse insensiblement son travail , abandonne la maison paternelle , et commet , tous les actes d'une folie bien caractérisée ; enfin il quitte la ville , et laisse toute sa famille dans Finquiétude. Après bien des recherches on apprend qu'il se trouve dans un village à sept lieues de la ville , où il était retenu par le bourgmestre de l'endroit. Le père s'y rend et emmène l'aliéné , qui ne cesse d'attirer l'attention de tous lespassans. Faligué des exhortations

et des prières qu'il ne cesse d'adresser à son fils , il lui fait entendre ce peu de mots, mais qui prononces avec fermeté, produisent un effet magique: «Jean, demain tu travailleras ; sinon cette canne t'attend. » Le jeune homme se lève de bon matin , se remet à ses occupations , et pendant les deux années qui suivirent cette aliénation , on ne put soupçonner chez lui la moindre apparence de folie. Une rechute eut lieu au bout de ce temps.

Une femme maniaque se trouvait depuis huit ans à notre établissement; gloutonne, elle avalait sans le broyer tout ce qu'on lui présentait. Un jour , une aliénée lui donna sa portion qui contenait un os assez grand , qu elle avala. Elle fit de violens efforts , enfonça la main dans Tarrière-bouche pour extraire le corps étranger qui s'y était fixé , mais en vain. Ce qui étonna, c'était de voir que la malade avait récupéré sa raison ; et sentant la mort s'approcher ( car on ne put venir a bout d'extraire le fragment d'os ), elle s'y prépara avec une résignation toute religieuse.

Une autre aliénée , atteinte depuis trois ans de mélancolie avec penchant au suicide , se pend : arrivé à temps , on coupe la corde. La malade est transférée à l'infirmerie dans un état d'asphyxie complète , la figure boursouflée , bleue , l'écume à la bouche. Pendant trois jours ^ elle reste dans une situation de mort apparente. \u bout de ce temps , la tête se dégage , et dès cet instant le délire avait cessé , et la malade sortit guérie de l'institut.

Un aliéné, dans les transports d'une manie furieuse, se soustrait a la vigilance de ses gardiens et court droit

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 407

dans Teau : il fait de vains efforts pour regagner le rivage , est sur le point de périr, lorsque des personnes arrivées sur les lieux parviennent a le sauver : le malade était revenu à la santé. Van Helmont nous a donné les détails d'un fait pareil; dans un autre ouvrage, j'ai rapporté des cas de cette nature.

Un septuagénaire est pris d'une mélancolie fantastique avec extase; sombre et triste, il refuse démanger et de parler : on avait épuisé toutes les ressources de l'art, lorsque tombant d'une hauteur considérable, il se fractura la clavicule : le malade en éprouva une vive frayeur , mais presque à l'instant même , il répondit aux questions qui lui étaient adressées, et mangea ce qu'on lui présentait. Sa guérison fut entière. Je tiens ce cas , ainsi , que le précédent de mon estimable ami, le docteur Puis.

L'examen de ces faits nous laisse donc voir une impression profonde portée au moral , à laquelle succède promptement le rétablissement de l'aliéné.

Or, ilestdesagens qui, par une simple transmission sentimentale d'individu à individu , ont la force d'éveiller nos désirs et nos passions , d'imprimer à nos combinaisons intellectuelles un surcroît d'activité.

Mais il en est d'autres , dont l'action, non moins remarquable , est relative a une asthénie de ces mêmes fonctions : ce sont les sédatifs moraux.

L'action de ces modificateurs dérive d'un sentiment de dépendance , d'une crainte , d'une frayeur , qu'ils inspirent ; c'est le principe actif de l'entendement

qu'ils dépriment : un aflfaiblissemeiit dans les mani* fes talions intellectuelles , une prostration dans la volonté , dans Te'nergie musculaire , dans les fonctions organiques même , en est le re'sultat.

Il n y a dans cette influence débilitante , inconnue dans sa nature, mais bien réelle, bien frappante , rien de matériel ; et hormis les poisons, sur toute la liste des modificateurs physiques de notre organisme , nous ii en trouvons aucun dont Faction soit aussi instantanée et aussi puissante : c est en quelque sorte un narcotisme qui envahit d'abord le système intellectuel , et qui , de la simple suspension des actes moraux , peut descendre à lexlinction complète de toutes les fonctions. Or , dans les fortes frayeurs , les muscles de la vie de relation sont frappés de résolution; les sphincters se relâchent, les matières fécales coulent involontairement , le pouls cesse de se faire sentir , le cœur de battre ; la syncope et la mort même succèdent^ en quelques cas, k cet état de débilité extrême.

Nous avons déjà vu que la plupart des aliénations sont dues à des chagrins, à des craintes, a des frayeurs, et que le repos de Torgane intellectuel est une des indications les plus urgentes dans le traitement de ces affections : ajoutons a cela les effets désastreux que peuvent faire naître dans nos organes les passions déprimenles , et nous serons convaincus de la prudence extrême qui doit guider le médecin dans l'emploi de ces agens.

Des exemples déjà cités prouvent néanmoins les succès que promettent dans l'aliénation mentale ces sédatifs. Or, une infinité de nuances se pré-

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 409

sentent dans leur mode d'agir, depuis le simple étonnement jusqu'à la terreur la plus prononce'e.

Chez les alie'ne's , ces modificateurs du moral se re'duisent, conside'rés comme agens curatifs, aux suivans :

Un sentiment de dépendance auquel on soumet Taliënë , en changeant ses relations sociales , en le mettant en contact avec des personnes qui , par l'ascendant de leur volonté , ont le pouvoir de lui inspirer une certaine soumission , un respect , une crainte;

Des paroles se'vères , des menaces parfois ;

Des atteintes portées à l'amour-propre ;

L'isolement dans une maison particulière ou dans un e'tablissement spécial ;

La réclusion dans la chambre ;

Le lit , le fauteuil rotatoire ;

La position droite de répression ;

Le fauteuil de répression de Rusch ;

Les douches , le bain d'afiusion , le plongeon ;

Rarement, la faim , la soif.

I^Isolement dans un institut â! aliénés, est un de ces agens dont l'expérience a sanctionné à jamais les avantages dans le traitement de l'aliénation mentale ; il renferme , seul , tous les modificateurs dont se compose la cure sédative. Basé sur un sentiment de dépendance qu'il fait éprouvera l'aliéné, il agit puissamment sur sa volonté qu'il déprime : soumis à des règles de conduite , forcé de se conformer à une volonté étrangère, le malade en éprouve une dépression salutaire dans ses forces intellectuelles. Nous aurons occasion , en consacrant un article spécial à Tinfluence

de letafclîsseniéht , de revenir sur les avantages qui se rattachent a ce moyen curatif.

E Isolement dans la chambre, est, parmi les agens répressifs, celui dont lusage, le plus général et le plus commode , offre le moins d'inconvéniens dans son emploi.Son action peut être considérée sous le double rapport de son influence sm* la sensibilité et de celle qu'il exerce sur lès déterminations. L aliéné libre , court de droite et de gauche , Foeil étincelant , la face injectée : on renferme dans sa loge : seul, abandonné a toute sa mobilité , il ne chantera bientôt plus , il cessera à la fin de parler , de s écrier , de s'agiter ; il restera au lit : le sommeil revient , la face se désenfle : il paraît abattu , la paupière est pesante : on le fait venir au grand air, il chancelle , ^ouflre à peine la lumière, demande à se reposer. Vraiment, une large saignée ne produirait point un afiaissement des foyçe^ ^craies et physiques aussi considérable.

Si au lieu d'enfermer l'aliéné, on le soumet à l'action du Fauteuil ou du Lit rotatoire, l'efiet répressif sera plus prompt et plus violent encore : au bout de quelques momens, la figure perd son expression : le malade cesse de vociférer ; il pâlit, la tête s'infléchit sur la poitrine : on arrête le mouvement de rotation : le pouls donne % peine quelques pulsations ; l'aliéné fait des efîbrts pour vomir, et vomit en effet : un affaissement général se déclare, le malade se soutient mal , cherche le lit et s'endort paisiblement. Parfois , l'hypertonie morbide cesse à la première rotation , et l'aliéné se

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trouve rendu à la raison. Cet eflfet prompt, salutaire, a principalement lieu lorsque l'aliénation est récente , le sujet jeune et la cause morale. Il est étonnant que cet agent, dont la puissance a e'të reconnue surtout en Allemagne, ne se trouve dans aucun institut de Paris ; il paraît même que les me'decins français en ignorent le véritable mode d'agir: C'est un moyen imaginé par des têtes plus malades que celles qu'on voulait guérir, dit Tauteur anonyme de l'article Folie du Dictionnaire abrégé des Sciences Médicales; et il ajoute, «que les médecins français, loin d'adopter ce traitement de la folie, l'ont repoussé avec dédain et même avec indignation. » Ceelius Aurœlianus ( i ) est le premier qui ait donné l'idée de cet agent ; il avait proposé de bercer le malade dans un lit suspendu. Darwin (2) a conseillé de tourner l'aliéné placé dans une couchette, sa tête se trouvant à la circonférence et ses pieds au centre du mouvement. Mais c'est Cox (3) qui en a fait le premier usage dans l'aliénation mentale : son appareil consiste dans un fauteuil suspendu par quatre cordes à un crochet mobile. Von Hirsch (4) a rendu l'action de ce moyen moins violente en berçant le malade dans une espèce de lit de navire, pratique qui avait été conseillée également par Hallaran. A Berlin , on a construit , dans l'hospice delà Charité, deux machines, l'une pour la rotation horizontale , l'autre pour la perpendiculaire : la dernière est le fauteuil de Cox perfectionné ;

(1) Morbi chronici. L. I, c. 5, page 161.

(2) Zoonomie, traduite par J. Kluyskens, tome IV, page 607,

(3) Practicaî Observations , traduction de Reilj page 1 49.

(4) Nasse , Zeitschrift : 1823, heft 2 , s 459.

celui dont nous tious servons en est une modification : il consiste dans un fauteuil dej^pis solide , tournant sur un pivot. ^ -^

Soumettez Talienë à la Position droite de répression, il y aura moins de malaise, mais plus de souffrance : k peine se trouvera-t-il fixé debout pendant quelques heures , que son abattement sera extrême ( r ).

Il est attache' par une bande qui lui ceint le corps , laquelle est pourvue en arrière d un anneau par où passe une corde tendue du plancher au plafond. Les bras sont retenus dans les manches de la camisole ; celles-ci se trouvent étendues jusqu'à deux cloisons late'ralcs de la chambre ; une corde est tendue latéralement de chaque côté, et qui passant dans deux anneaux adaptés a la ceinture , se fixe dans Tendroit oii les manches qui contiennent les bras du malade sont attachées à un crampon chassé dans le mur (2).

Heinroth (3) parle d'un agent de répression employé dans quelques instituts d'Allemagne et qui consiste « dans une espèce d'^rmo/re, de longueur d'homme , à peu près dans le genre des châssis qui servent de supporta certaines horloges. On y place le malade debout ; l'armoire se ferme en avant , par un panneau ; on ne voit de l'aliéné que la tête , qui , libre en haut , se trouve dans Tendroit où les boîtes à horloge portent leur cadran. »

(i) Schneider Heilmittellehre.

(2) Voir notre ouvrage cité.

{3) SlôruDgen des Seeleulebens.

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Dans quelques ëtablissemens d'Allemagne , on se sert d'un Sac de toile ( gewaschte Schud ) , de forme ordinaire , ayant la longueur et la laf gêur suffisantes pour en couvrir entièrement le malade : le tout est couvert d'un autre sac de tollë cirée , afiil d'empêcher l'entrée de la lumière. Il est inutile de dire qu'un tel moyen peut donner lieu aux accidens les plus fâcheux. ' "^ '

Casper (i) a vu faire emploi dune espèce de Cage en osier , de longueur d'homme , dans laquelle le malade , étendu sur un matelas , était condamné à une immobilité complète. Laçage est munie d'un couvercle , échancrée a l'extrémité qui correspond a la tête de l'aliéné. -^^ ,

Un autre agent de répression , c'est le Fauteuil de coercition , décrit d'abord par Rusch sous le nom de Tranquiliser (2) ; Zwangstuhl , Beruhiger , des Allemands : fauteuil construit en bois fort , présentant deux travers , un en bas sur lequel s'appuient les pieds du malade , et l'autre plus haut qui sert de repos à ses avant-bras. Ce moyen est d'une grande utilité ; mais lorsqu'on en prolonge trop l'emploi, il fait naître l'œdème des pieds, des gerçures, des inflammations, la gangrène et l'ankylose de ces parties (3).

Afin d'obvier a l'immobilité à laquelle cet agent

(i) Charakteristik der fi anzôsischen Médecin , etc.

(2) Philadclph. médical Muséum.

(3) Voir notre ouvrage cité.

condamne Faliënë , on a conslruit un fauteuil de répression qui repose sur une espèce de gros soufflet : la moindre agitation produit des mouYcmens analogues au saut d'une voiture.

Reil a inventé une Cage mobile, ayant la forme en grand de ces roues où Ton met les écureuils, et dans laquelle il propose d^enfermer les maniaques. La machine tournant sur un axe , au moindre mouvement, raliéné est ballotté en tout sens, et la sensation désagréable qui résulte de ce mouvement le force a se tenir tranquille. 11 y a quelques années , une machine en ce genre se trouvait encorealaSalpêtrière à Paris , mais on n en faisait aucun emploi.

D^autres moyens , tels que la camisole, la ceinture en cuir de Haslam , les bandes de cuir ou de toile qui servent a lier le malade dans son lit , peuvent être considérés comme des agens de répression.

. La Douche ; moyen très-usité dans les établissemens d'aliénés et surtout en France. Dififérens auteurs ont fait leloge de cet agent de répression; d'autres assurent n'en avoir obtenu aucun avantage marquant , et je dois me ranger de Tavis de ces derniers, l'ayant trouvé plus propre a augmenter l'exaltation intellectuelle qu'à la calmer : J'ai vu le malade exposé à ce moyen, être plus irritable , la face s'injecter, l'oeil devenir brillant , la mobilité prendre un caractère plus général. Ce n'était point immédiatement après Temploi de la douche que cet aggravement de symptômes avait lieu , il s'écoulait

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un intervalle de quelques heures ordinairement. Gcorget ( I ) a fait une remarque semblable. « Qu on se figure , dit l'ancien interne de la Salpêtrière , une montagne de glace qui e'erase par son poids , et anéantit par sa tem?» pe'rature, qui empêche de respirer et de se plaindre en obstruant la bouche et les narines , et on aura une idée des eflfets de la douche ; c est par expérience que j'en parle, ajoute Fauteur. Ce sont des souffrances si grandes , que les alie'nës les plus furieux ont assez de raison pour demander instamment qu'on les leur e'pargne. Les premières fois, il survient ordinairement des faiblesses d'estomac , des nausées , quelquefois des vomissemens ; la tète devient froide comme l'eau qu'elle reçoit, et peu après , il se développe une chaleur considérable dans cette partie. La douche doit finir par désorganiser le cerveau et déterminer l'incurabilité delà folie dans bien des cas. Je pense donc qu'on doit la proscrire entièrement comme moyen médical. »

Même observation a l'égard du Bain d'affusion. Lorsque la manie tend vers sa période décroissante, les affusions d'eau froide , ou une colonne d'eau dirigée sur la tête , rendent parfois d'utiles services ; au début de l'aliénation, cette même impression a provoqué, dans quelques cas , le rétablissement prompt du malade : il faut, cependant, avec ce moyen , comme avec tous ceux qui agissent d'une manière active , user de précautions , avoir égard k la période de la maladie , à rimpressionnabilité du sujet , et aux symptômes qui annoncent une congestion du système cérébral. Dans

(i) De la Folie.

ee dernier cas surtout, les affusions d'eau froide peuvent êtres nuisibles ; car en déterminant une constriction dans les capillaires du cuir chevelu et dans tout l'arbre vasculaire cutané, on force le sang à se diriger vers intérieur du crâne , et c'est ainsi qu'on aggrave plus d'une fois l'état du malade. Si le moyen est employé au début de la maladie , si la commotion à laquelle on soumet l'aliéné , n'est point suivie d'un prompt allégement , il faut cesser à l'instant l'emploi de cet agent.

Un moyen, soit dit en passant, dont Faction est moins intense et auquel on peut , dans nombre de cas , avoir recours avec espoir de succès , ce sont les lotions d'eau froide faites sur la tête : j'en ai obtenu des avantages dans des cas où la convalescence procédait lentement , et où une certaine confusion dans les idées , une agilité dans les déterminations musculaires , où une légère stupeur, faisaient prévoir un état stationnaire de la maladie. Les avantages ont été réels aussi dans des cas de démence avec légère apparence d'engorgement des méninges : en lavant la tête du malade , trois ou quatre fois le jour, j'ai très-souvent vu la vacillation des membres , le léger embarras de la langue , l'obnébulation des idées , se dissiper insensiblement. Lorsque l'engorgement du cerveau ou des membranes est trèsprononcé , les lotions d'eau froide m ont paru presque toujours l'aggraver.

Je passe sous silence l'utilité des aspersions d'eau froide dans la manie hystérique ou épileptique , ce moyen n'étant dans ce cas que palliatif.

SUR LIS PIIRÉi\OPATIi ES. 417

Dans les aliénations périodiques , avec caractère maniaque , j'ai , en quelques cas , rares il est vrai , arrête' le développement de la maladie , en appliquant sur la tête de la glace pilée et renfermée dans une vessie. Un jour j'ai vu des résultats satisfaisans de l'applicalion de la glace sur les parties génitales , chez un homme atteint , depuis quelques jours seulement, des prodromes d'une manie.

On a eu recours au Bain de surprise, au Plongeon, Des cas fortuits et quelques expériences sembleraient attester l'efficacité de ce moyen ; mais comme cette commotion répressive est d'un emploi difficile et expose à des malheurs , ce ne sera qu'avec des précautions extrêmes qu'on y aura recours,

LA RÉrUESSlON ÉTUDIÉE DANS LA MÉLANCOLIE.

La répression, employée comme agent perturbateur, peut être utile dans quelques cas de mélancolie. Il ne faut cependant y avoir recours qu'avec une réserve extrême. C'est ainsi que lemploi du fauteuil rotatoire , en agissant promptement , en exposant le malade à une forte secousse , est capable d'imprimer a ses idées une direction salutaire. Or, l'impression qu'il reçoit à son entrée dans un hospice d'aliénés peut , en quelque sorte , être assimilée à cet effet répressif : la vue du local et des figures nouvelles, le sentiment de sa captivité , lui inspirent une crainte soudaine et changent le mode d'être de ses sensations , de ses idées : en thèse générale , la secousse qu'il éprouve dans cette circonstance , est un des modificalcurs curatifs dont les bons

effets ont e'te le mieux constatés. Le malade se plaint de sa réclusion , c'est, dit-il, un acte d'injustice, qu'on exerce sur lui ; il accuse de cruauté ses parens : mais, comme déjà il a été dit , en s'occupant de cette idée , il est moins dominé par sa tristesse : insensiblement son état s'améliore , les traits deviennent plus expressifs ; il se met au travail et guérit souvent en peu de jours.

Haindorf (i) cite le cas d'une dame qui , atteinte de mélancolie, guérit en éprouvant une forte frayeur : on lui avait conseillé les distractions , et en voyage depuis deux jours , elle se plaignait amèrement d'ennui et de fatigue , lorsque tout-à-coup , la voiture dans laquelle elle se trouvait, versa; elle se saisit vivement, mais dans ce moment même, la dame revenue a elle jouit de toute l'intégrité de sa raison et continua a rester dans cet état de santé intellectuelle parfaite.

Mais un traitement répressif énergique ne peut que rarement convenir aux mélancoliques; je dirai plus, chaque fois que la tristesse prévaut sur l'exaltation dans les actes, lesagens coercitifs , pour peu qu'ils soient violens , ne pourront que nuire au malade. )Nous vérifions ce principe dans l'association de la mélancolie avec la manie tranquille : les aliénés sont dans l'impossibilité de rester une minute en place ; leurs anxiétés sont continuelles : voulez-vous aggraver leurs souffrances, enfermez-les dans leur chambre ; faites-les sor tir, donnez leur autant de liberté que faire se peut , ils se calmeront.

Lors d'une visite que je fis , il y a quelques années , dans un établissement voisin, j'y trouvai une jeune de-

(i) Eulwurf zu einer Hcilraittellehre von P.-J. Schneider.

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moiselle devenue aliénée par suite d'un amour malheureux : depuis plusieurs mois enfermée dans un cachot obscur , au rapport des gens du service , elle était furieuse par momens ; et , en effet , son extérieur annonçait de l'audace. Je lui parlai en termes affectueux, elle fondît en larmes en répétant sans cesse qu elle était si malheureuse. Serendant a mes instances, on la fit sortir de sa loge , on lui donna une chambre plus agréable et un lit plus propre ; près d'elle était une infirmière uniquement destinée a son service. J'appris dans la suite que le changement au moral avait été étonnant : tous les jours sa guérison se prononçait davantage ; de temps en temps , des accès d'exaltation avaient lieu, mais jamais des voies de fait ; et au bout de deux mois, je la revis tout-à-fait convalescente.

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