‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 53 sur 58 · TA. RÉPRESSION CONSIDEREE COMME AGENT CURATIF DANS LA MANIE · texte numérisé non relu

TA. RÉPRESSION CONSIDEREE COMME AGENT CURATIF DANS LA MANIE

Notre volonté détend ses ressorts en raison du peu d'obstacles qu'on oppose à son activité. L'enfant dont on caresse tous les penchans finit par devenir un être insupportable : il en est ainsi de tous les caractères impérieux et violens , parmi lesquels nous devons placer les maniaques. Ces malades , chez qui prédomine une hyper tonie de la volonté , exigent l'emploi des moyens coercitifs. Mais hâtons-nous de dire qu'il convient , dans le plus grand nombre de cas , d'associer la douceur a la répression : on ne leur parle qu'avec affection , on les loge bien , on leur met des vétemens décens , en même temps qu'on leur fait sentir leur dépendance et qu'on les soumet à un traitement répressif.

De ce que nous avons dit sur rinacUon terebrale , et de ce que nous avons déjà rapporté de la répression , on pourrait nous croire en opposition avec nos propres principes : car soumettre ie malade à une commotion morale , c'est agir sur ses sensations ; c'est le stimuler, dira«t-on : mais lexpérience en décide : cest au médecin d'apprécier les cas oh. il faut ménager la sensibilité et ceuxoù il s'agit de réprimer une volonté impérieuse. Rien ne serait , en efîet , plus irrationnel que de traiter indistinctement les aliénés comme des enfans gâtés, et rien ne serait également plus contraire a la saine raison que d'avoir généralement recours à des moyens coercitifs. Les médecins français se sont élevés avec force contre leur emploi ; mais les Allemands montrent moins d'appréiiension al égard de ces agens : J'ai vu, dit un psycologue allemand, de superbes instituts oii le mot de liberté était à l'ordre du jour : pour moi c'était, ajoute l'écrivain, l'indice d'un défaut radical. CeUe idée de vouloir complaire à toutes les exigences du malade , est commune à tous ceux qui n'étudient point l'aliénation sur l'aliéné même : mais l'expérience ne détrompe que trop souvent celui qui vit au milieu de ces malades. J'ai souvent vérifié l'observation qu'à faite à cet égard un auteur anglais : Dans la convalescence des aliénés , dit Haslam ( i ) , lorsqu'on les interroge sur ce qu'ils croient le plus avoir contribué à leur rélablissement , e'est presque toujours à une mesure répressive qu'ils attribuent cet effet : forcé de comprimer leurs impulsions morbides, ils en

<i) Considérations on tlie moral dérangement. Passage cité par Sthiicidei dans son Hcilmitlcllchre.

éprouvent, a leur dire, une lueur de réflexion. J'ajouterai que des convalescens , m'ont souvent assuré que rien ne les rendait plus calmes que la réclusion dans une chambre bien obscure. Une remarque importante, c^est qu'en usant de condescendance on ne produit sur Falie'në aucune impression qui influe sur ses déterminations futures; tandis qu'en le soumettant à des procèdes rigoureux , on fixe son attention et sa mémoire .plus tard ils lui rappellent ce traitement, et parfois cette réminiscence suffit pour faire avorter ses écarts morbides : un calmant moral ne laisse point de traces ; le malade oublie vos excellens procédés : or , un moyen efficace pour arrêter, chez l'aliéné atteint de manie périodique , des actes désordonnés , c'est le souvenir d'un traitement répressif auquel déjà il a été soumis.

Parmi les modifications différentes sous lesquelles la manie se présente , depuis la simple irritabilité morale jusqu'à la fureur la plus prononcée , il en est peu qui ne demandent pas l'emploi de ces agens.

Envers les aliénés qui se caractérisent par une humeur acariâtre , il faut de la sévérité et une répression plus ou moins énergique. Chaque jour , ils vous tourmentent par leurs exigences et leurs accusations : en les traitant avec douceur , en satisfaisant a tous leurs voeux , on les nourrit dans leurs volontés ; tandis que c'est le cas de leur faire sentir leur dépendance. Alors on obtient de bons effets de la réclusion dans leur chambre.

Dans celte même variété de manie qui se caraclérisc

par un esprit tracassier , par des idées de persécution , certaines impressions sédatives , ayant rapport aux moyens de subsistance de Taliéné , sont suivies , dans quelques cas, du meilleur résultat. Dominé par mille J)ïaintes , et par une volonté mobile et impérieuse en même temps, ces aliénés quittent leur famille et parcourent la campagne , quelquefois des pays étrangers : sans moyens pécuniaires, ils sont bientôt réduits aux plus grandes privations ; mais souvent cet état de gène et d'indigence même, a sur leur moral une influence heureuse. Ainsi guérit un jeune homme qui , aliéné depuis plus d un an et atteint de manie tranquille avec exaltation religieuse , fut lai$sé hors de la maison paternelle sans ressource aucune : la perspective de ne pouvoir plus se procurer le strict nécessaire, l'abandon total dans lequel il se trouvait déjà , éveillèrent chez lui le sentiment de la réflexion , et le déterminèrent h invoquer humblement le secours de ses parens : il retourna chez eux , où paisible et tranquille, il se rétablit en peu de temps.

Chez Faliéné dominé par des idées ambitieuses , sans vice organique du cerveau , et appartenant à la classe des pauvres, je me suis servi d'un procédé analogue au précédent : voulant faire sentir au malade sa véritable situation, je lui accorde la sortie et le renvoi dans sa famille : la , sa femme , ses cnfans, souvent réduits, par son absence, à une misère complète , font sur son moral une impression si douloureuse que , parfois en quelques heures , toute exaltation intellectuelle se dissipe : si fier, si confiant dans sa prétendue fortune , cet homme redouble

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à rinstaht d'aclivité pour subvenir aux nombreux besoins des siens. Je possède dëja quelques cas dans lesquels ce moyeu de répression a éle couronné d'un plein succès.

Un carâcièi^e iiîïperîeux , insurrectionnel , demande l'emploi des agens coercitifs. L'aliéné n'abonde pas en paroles , en démonstrations ; il n'offre même pas de bizarreries dans son extérieur; il mange et boit à des heures réglées : mais son œil est expressif; il a le verbe haut : on remarque de l'audace dans toutes ses impulsions ; il est toujours disposé à vous dire quelque injure ; sa susceptibilité , sa vivacité est extrême : un mot , un geste , manifesté devant lui sans intention, le fait déborder en invectives. Dans ce cas, une trop grande condescendance enhardit ce malade ; il croit découvrir en vous de la pusillanimité, et son cai^actère morbide ne s'en prononce que davantage. Or, la simple réclusion est insuffisante ordinairement; l'aliéné met de lobstination dans ses pensées , ses penchans , ses actes ; isolé dans sa chambre , il médite des projets de vengeance. Il faut avoir recoursa des agens dont il redoute l'action. C'est ainsi que le mouvement rotatoire peut rendre d'utiles services, répété tous les jours ou de jour a autre. Le fauteuil de coercition de Ruschpeut également atteindre le but. On agit encore sur l'amour-propre du malade, on Thumilie : a cet effet, on le fixe au fauteuil , en le plaçant pendant plusieurs jours de suite , au milieu d'autres aliénés : l'impression pénible qu'il éprouve de se voir ainsi Tobjet d une raillerie générale produit souvent les meilleurs effets.

Une excessive vivacité dans les de'ter minations musculaires demande Fusage des moyens asthëniques moraux. Chaque fois que le malade se présente avec un regard vif, animé, audacietix , étincelant, il est nécessaire de déprimer cette forte activité cérébrale et musculaire : il n'écoute point vos paroles , ou les tourne en ridicule ; par son agitation, il porte le désordre partout, et sa mobilité accroît en raison du libre cours qu'on laisse à ses penchans. Il se défait de ses habits , les déchire , les jette au feu ; cependant , il est le plus grand, le plus sage des étres.Exhortez cet homme à se retirer dans sa chambre , il ne vous obéit point et continue ses courses. Dans ce cas, la réclusion est impérieusement exigée ; mais souvent elle est insuffisante : il faut rendre les bras du malade immobiles , en lui mettant la camisole , mieux encore en les fixant a une ceinture de cuir. Haslam suivait cette pratique : nous avons modifié sa ceinture, en y attachant des courroies mobiles qui fixent les avant-bras en laissant les mains du malade libres; de cette manière il peut manger , se gratter , déboutonner ses habits , facilités qu'il n'a point lorsqu'on enferme ses bras dans la camisole : ce dernier moyen a d'ailleurs l'inconvénient de gercer les ongles , et de produire l'ankylose des mains , lorsque Fusage en est long-temps continué ; j'en ai tout-a-fait abandonné l'emploi dans la manie.

D'autres agens de répression , considérés comme moyens curatifs , sont employés dans cette variété de la manie. On recommande les douches , le bain d'affusion, le plongeon ; nous préférons le fauteuil rolatoirc,

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comme un agent qui a prodiiit sons nos yeux de. très bons résultats.

Cest dans la manie fttrieuse queles moyens répressifs rendent non-seulement d'utiles services, raais deviennent encore indispensables : il faut en^pécher que le malade ne tourne contre lui-même sa fureur , ou ne compromette la vie de ceux qui l'entourent : la réclusion dans la chambre, les liens doivent empéeher ces malheurs. Comme agent €uratif,,la rotatiau a été couronnée de succfô. La douche ne m'a» poiut paru utife.

Je ne finirai point sans faire, observer encore , qu'où ne saurait user de trop de précautions a la convalescence des maniaques; aussi long-tenaps qu'il existe une ombre d'activité musculaire y que l'appétit reste vorace, que le malade montre une invincible répugnance au travail , il est nécessaire qu'il reste sous l'influence d'une sage répression : la prolongation de son isolement devient une mesure indispensable^ sauf les exceptions prévues dans nos remarques déjà faites.

En faisant valoir les avantages qui se railachen^tà

la répression morale , on sentira , par ce qui a été dit

au commencement de ce chapitre y que nous nepou^

vons émettre ces considérations qu avee une certaine

réserve ; car tout en agissant sur la volonté par un

traitement répressif, nous ne pouvons , dans aucun

cas, perdre de vue l'état de la sensibilité. En effet,

toute hyper tonie de la volonté n'exige pas invariable-

ment Femploi des moyens coercitifs ; celte exagération même dans les actes , comme il a été dit , doit le plus souvent être considérée comme un eflfort organique salutaire, et qui, de la part du médecin, demande deS précautions extrêmes : c'est là , à dire vrai , encore un objet difficile dans le traitement de la manie, que d'indiquer les cas où il faut déprimer une volonté morbide , et les circonstances où il s'agit de donner un libre essor a cette qualité active de l'entendement. Ainsi , le malade ne se trouve-t-il point atteint de manie furieuse, sonaliénation éclate-t-elle subitement, est-elle encore à son début , se caractérise-t-elle par des plaintes , des accusations , par un besoin de marcher , d'aller voir des amis , de solliciter leurs consolations , leurs conseils , par un penchant à faire des voyages ; la manie tranquille n'est elle pas associée a un trouble notable des idées , à des procédés fantastiques , et l'expérience a-t-elle déjà prouvé que l'aliénation est périodique chez lemalade, qu'elle est de courte durée à chaque retour ; on obtient parfois des résultats satisfaisans en donnant à la volonté un libre cours, en satisfaisant à toutes les prétentions , à toutes les exigences du malade, au lieu de déprimer sa volonté. J'ai vu , il est vrai dans des cas rares , des aliénés abandonner leur famille , se mettre en voyage pour aller voir une connaissance , un ami , et retourner quelques jours après , calmes et raisonnables: toutefois on consultera les circonstances particulières , dans lesquelles se trouve le malade , s'entourant des précautions que réclament son état , sa fortune et les intérêts de la société.

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LA B£PR£SS10N CONSIDEREE C09iai£ AGENT GURATIF DE LA FOLIE.

On ne saurait guère employer un traitement re'pressif violent dans la mélancolie , avons-nous dit ; cependant si elle est associée avec un caractère fantastique prononcé, on peut tenter l'emploi de ce moyen et avec espoir de succès. Nous avons cité l'exemple d'une femme atteinte de mélancolie qui s'était suicidée par pendaison , et qui , rappelée a la vie par de prompts secours, trouva sa guérison dans cette détermination fatale même.

Dans la lupérophrénie avec abstinence volontaire , on parvient à déterminer le malade à prendre quelque nourriture en le traitant par la persuasion ; mais on réussit plus souvent parla répression : vous l'exhortez à avaler son bouillon , et il reste insensible à vos paroles de bonté : entre temps, l'aliéné maigrit , le dos se courbe , la poitrine s'affecte ; il tousse , rend des crachats bruns , sanguinolens , purulens, ^fétides, et dé* périt a vue d'oeil.

Dans des cas pareils , ]'ai encore obtenu de bons résultats delà rotation. A peine le mouvement se fait-il sontir que l'aliéné accepte les alimens qu'(m lui présente ; il suffit chez quelques-uns de parler du fauteuil pour qu'a l'instant ils se déterminent à manger. Quelquefois l'effet est nul lorsque le malade conserve assez de sens pour fermer les yeux pendant la rotation. Il ne reste a la fin que le biberon pour faire passer des alimens liquides. En d'autres circonstances, on réussit

en entourant le malade d'un grand nombre de servans , en lui faisant des menaces , ou en le logeant , par système de correction, dans un appartement moins agre'able que celui qu'il occupe.

Dans la mélancolie avec procédés bizarres ^ entêtement , laconisme , etc . , on se trouve ordinairement bien de soumettre l'aliéné à une influence sédative. Au lieu donc de le consoler , de lui témoigner de Tafifcction , d'aller au-devant de ses désirs , il convient de ne le traiter qu'avec peu d'égards , de ne faire que peu de cas de ses complaintes , de le voir avec indifférence et de ne lui adresser la parole que rarement , en lui faisant , parfois , de dures menaces.

Ces cas sont les seuls , que je sache , qui promettent, dans le mode fantastique, de l'avantage ; dans les autres variétés, qui sont relatives, par exemple, a l'ambition , a l'avarice ou a Tesprit religieux , on n'obtient pas d'effet d'une cure répressive ; elle est nulle aussi chez l'égoïste , et celui qui est dominé par des impulsions automatiques. Or, j'ai tenté l'emploi des douches dans ce cas-là , mais sans succès. Un aliéné dont il a été question , était dominé par une monopathie de prosternation; les exhortations ayant été épuisées, j'eus recours au fauteuil de rotation; l'action fut même poussée jusqu'à provoquer des vomissemens : mais en sortant de la machine, chaque fois le malade de saluer , de se prosterner plus profondément que de coutume.

Ces hommes endureraient destourmens atroces sans présenter aucune amélioration ; néanmoins, si le genre fantastique est relatif à quelque conception bizarre ,

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sans excessive opiniâtreté , on peut invoquer la re'pression avec espoir de succès. Ainsi, un paysan qui refusait depuis plusieurs mois de manger de la viande , se soumit à la vue seule du fauteuil. Un autre refusa de mettre sa chemise; on agit avec dureté et il devint docile. Un troisième ne voulut point quitter ses habits des jours de fête , et la réclusion d'un jour suffit pour le faire changer d'avis. Un quatrième s'oLslina à ne pas vouloir aller a la selle ; d'abord on y vit une constipation : le malade repoussa tout médicament : on en vint aux lavemens; mais à la vue delà seringue, il s'écria : « Laissez-moi, j'irai, » et il effectua à l'instant sa promesse. La vue du clystoir , depuis ce temps , suffit pour lui faire abandonner ce singulier tic. Les parens m'assurèrent qu'avant son entrée , il avait retenu ses selles pendant plus de quarante jours.

Chez des êtres délicats , on parvient a vaincre une opiniâtreté morbide en blessant leur amour-propre. Une jeune demoiselle , dont l'éducation avait été soignée , se trouvait depuis plusieurs jours à notre institut sans qu elle daignât dire un seul mot; aux questions qu'on lui faisait , elle restait muette. La sœur servante, qui d'avance avait reçu mes instructions , m'arrêta devant la malade pour mêla signaler comme étant trèsmalpropre , ajoutant que, la nuit, elle remplissait sa couche d'ordures et qu'il fallait la transférer dans la division des aliénés immondes : elle affecta , dans ses semonces , un ton d'ironie qui blessa fortement l'aliénée : celle-ci se mit à l'instant en devoir de répliquer vigoureusement et de protester conti^e une si fausse accusation : ce furent les premières paroles qu'elle

noiis fit entendre. Depuis ce moment , nous lavons sans eesse agacée ; elle a fini par répondre à toutes nos gestions, s'est mise au travail , et est sortie de le'ta^ blissement après un traitement si peu important en apparence : mais une rechute eut lieu plus tard.

Dans le but d'agir sur l'amour-propre du malade , nous le faisons changer de cour , de chambre , de réfectoire , tantôt comme moyen de punition , tantôt comme agent d'encouragement.

tA RÉPaESSION, AGENT MORAL DANS l'eXTASF.

Le repos de l'âme et du corps , l'excessive tranquillité , l'habitation dans un lieu agréable , sont les principales conditions exigées pour la guérison des malades atteints d'exlase. Les mesures répressives ne seraient que nuisibles dans cette maladie.

LA RÉPRESSION , Af&ENT CURATIF DANS LE MODE CQNVULSIF.

, Mon expérience ne m'a fourni jusqu'ici que de faibles lumières sur l'utilité des agens répressifs dans les convulsions qui compliquent les aliénations mentales.

Je n'ai vu qu'un seul fait annonçant des succès; plusieurs de mes confrères l'ont observé avec moi.

Une fille , épileptique depuis plusieurs années , est atteinte des accès de cette maladie à des époques irrégulières. Chaque fois ils se manifestent avec violence et laissent la malade pendant des jours dans un état

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d'imbécilitë complète avec des emporteméns de fureur. Le sujet est âgé de vingt- trois ans , et se trouve fortement contrarié dans une inclination d'amour. Elle forme le projet de se noyer, et l'exécute bientôt en se précipitant d'un pont : mais sur le point de périr, elle est recueillie par des bateliers. Depuis ce temps , ses accès convulsifs ont disparu complètement,

LA RÉFBESSION, AGEKT GURATIF DANS LE DELIAS.

Dans Taberration pure et simple des idées, sans altération notable dans les déterminations , la méthode répressive n'ofifrira point de chances de succès aussi fortes que dans la manie ; il en est de même du délire associé au mode mélancolique ou à l'extase. Dans ces dernières variétés , c'est le domaine sensible qui est profondément atteint, et la répression n'y serait, dans le plus grand nombre des cas , qu'un agent nuisible.

Dirigée sur une volonté morbide , la répression sera utile dans le délire accompagné d'exaltation dans les instincts et les déterminations , de plaintes injurieuses, d'un besoin continuel d'agir et de parler. Or, dans des cas rares , il est vrai, j'ai vu des améliorations et quelques guérisons complètes obtenues par la cure répressive. Le séjour prolongé dans l'établissement , le violent désir d'en sortir , ont opéré cet effet salutaire dans les idées.

Reil ( I ) rapporte qu'un jeune homme atteint de délire ambitieux, se croyait un prince suédois;

(i) Voir Schneider : Heilmittellehrc.

confié aux soins dWe femme qui avait acquis une certaine renommée dans le traitement des aliénés , il fut guéri par un procédé qui attesterait l'efficacité des moyiens de répression dans le délire. A table, le malade étant un jour placé à côté de sa patronne^ raisonna très bien sur des sujets qui n'avaient point de rapport avec les idées erronées qui le dominaient : cependant, il lui arriva de parler dans le sens de son délire ; mais force lui fut de se taire , car à l'instant il reçut sur la joue un violent coup du plat de la main. Stupéfait de se voir ainsi traité par celle qu'il croyait sa protectrice , le malade en reçut une impression si forte , que , dans la suite, il n'osa plus revenir sur son sujet de prédilection, et qu'il guérit à la longue, en pex*daut de vue ses idées morbides.

Pour retirer de Favantage d'un moyen répressif quelconque , il faut que le sujet sur lequel on a^ tente l'emploi , soit accessible aux irritans moraux : or , o» n'arrive à la volonté que par la sensibilité , et là o« elle est éteinte , il faut désespérer de modifier le principe de nos déterminations.

Dans toutes les aliénations avec diminution des rap^ ports ou grand affaiblissement de l'intelligence et die la sensibilité , la répression ne procure pas le moindre succès ; elle peut tout au plus , dans ce cas-là y être envisagée comme moyen de sûreté.

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Sédatifs narcotiques.

Nous renfermons dans un même cadre les narcotiques , tels que la digitale, la stramonëe, Topium, Feau de laurier-cerise , et le tartre stibië donne' a forte dose , Faction de ces substances devant tendre chez les alie'ne's à produire une prostration, dans l'énergie intellectuelle et musculaire.

Une diminution de la sensibilité et des ide'es de rapport, un affaissement dans les actes volontaires, tels sont les premiers phénomènes qui succèdent a l'introduction de ces substances dans les premières voies. Si la dose du narcotique est forte , une prostration considérable a lieu dans tous les phénomènes organiques. En parlant au malade, il ne prête point attention; indifférent à tout ce qui se passe autour de lui , il vous reconnaît à peine, ou semble ne pas attacher d'idée à votre présence : il cherche le repos ; ses mouvemens , ses actes , de violens qu ils sont , s'affaiblissent à vue d'œil ; les sphincters se relâchent , labouche est béante, la paupière ouverte , la pupille dilatée ; l'urine coule involontairement; il y a déjection involontaire des fèces. A mesure que ces effets se prononcent , les pulsations du cœur s'affaiblissent , deviennent plus fréquentes, rares parfois, parfois intermil tentes. Une sécheresse générale envahit les muqueuses ; souvent des sueurs froides couvrent la peau ; la voix est rauque, la langue s'embarrasse, les lèvres se fendillent et se couvrent de pellicules noires ; des nausées ou le vomissement se décluvent : de plus , le malade est en

butte a des impulsions automatiques ; il promène ses mains sur ses couvertures , la carphologie se manifeste ; un e'tat de paralysie et d'insensibilité générale s'établit , souvent accompagné de léthargie et suivi de la mort , si le narcotisme est poussé trop loin.

Dans l'action de la Digitale et de Y Aqua-Laurocerasi, l'influence sédative se porte principalement sur le système circulatoire , dont elle retarde les pulsations. Suivant une opinion générale, ces substances diminueraient la force propulsive du cœur et des artères ; mais une observation constante m'a convaincu que les pulsations cardiaques , loin de s'affaiblir , acquièrent plus de force sous l'emploi de ce moyen : dans chaque systole, on sent le coeur se contracter plus fortement; la contraction est en quelque sorte convulsive : elle se fait sentir au doigt qui comprime lartère : de la un plus long intervalle de temps entre chacune des diastoles et le retard de ces dernières dans Tordre de leur succession.

La Stramonêe est douée de qualités soporifiques plus fortes; les individus soumis à l'action de ce poison sont dans un état d'ivi-esse apparente. Ils dorment les paupières entr ouvertes , sont agités par des soubresauts des tendons, et éprouvent des visions fantasmagoriques. L'anomalie dans la contraction de l'iris n'est pas du tout constante.

Ces effets soporifiques sont plus prononcés encore dans le narcotisme opéré par \ Opium.

Dans le mode d'agir du Tartre stibié donné a forte

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dose , tout indique une asthénie dans le principe moteur, au point que j'ai vu naître un état d'abattement général et de résolution musculaire complète , chez des maniaques soumis a l'emploi de ce moyen. La figure est pâle, défaite , le pouls est petit , tantôt lent , tantôt fréquent; l'évacuation de l'urine est involontaire , la sécrétion en est abondante; souvent un état soporeux se manifeste , pendant lequel le malade semble pio fondement endormi , phénomène qui a été observé en premier lieu par Yan Swielen.

La Digitale a été recommandée dans presque toutes les variétés de Faliénation mentale. Cox , Fanza^fo - Currie , Parkinson , Halleray et d'autres , nous en ont particulièrement recommandé l'usage. J'ai répété leurs expériences et trouvé c[ue, parmi les narcotiques , ce mpyen est un de ceux qui fournissent le plus de chances de succès. J'ai cru observer que l'emploi en est le plus recommandable dans la mélancolie par cause morale, sans délire , et que les succès en sont d'autant plus assurés que la maladie est récente, le sujet jeune et délicat; chez les hommes robustes et sanguins, je n'en ai point obtenu de grands effets. Or, je dois plusieurs guérisons complètes à ce médicament ; aussi est-il auvent employé par moi et notamment dans la mélancolie.

Il est d'ailleurs utile dans la manie lorsque la convalescence se fait sentir; il favorise alors beaucoup la

prompte solution de la maladie. A cette époque da mal , le malade est irritable ; le pouls est d une fréquence extrême, les pupilles sont dilatées, les lèvres légèrement bleuâtres ; le malade ne répond que par monosyllabes ; il éprouve des anxiétés : en les soumettant a Faction de la digitale , on voit souvent, au bout de quelques jours, tous ces symptômes se dissiper. Je Tunis fréquemment à la valériane, combinaison dont j'ai obtenu des effets très satisfaisans.

L'Aqua-Laurocerasi ne m'a point paru douée de vertu pour la cure des maladies mentales.

LeDatura Stramonium m'a servi à des expériences nombreuses , mais aucune n a produit sous mes yeux de résultats favorables : elle augmenta chez quelques aliénés les symptômes morbides.

L'Opium a été souvent recommandé pour la guérison des aliénés , mais rarement on en a obtenu des succès complets, quoiqu'il soit permis de le donner a de fortes doses ; il aggrave , dans nombre de cas , la maladie. J'ai fait des expériences nombreuses avec ce moyen, mais il ne m'a réussi que dans quelques mélancolies sans délire : néanmoins j'ai pu constater le succès que lui attribuent , dans la manie des ivrognes , plusieurs auteurs, entre autres, Sutton , Trotter, Gunther, Kriebel et Topken; j'oserais presque le considérer dans cette affection comme une remède spécifique , lorsqu'il est donné au début de la maladie; car dans les cas où elle a fait quelques progrès^ oii le cerveau a déjà

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acquis des hatkndes morbides, raliénation reste le plus souvent rebelle à ce moyen.

Le Tartre stibie', tel qu'il a e'te employé parle docteur Weiseaer ( i) , à la dose de quinze à cinquante graini, a prendre dans un véhicule aqueux, en vingtquatre heures, est doué devertusmédicamenteuseslMen constatées. L'emploi en est avantageux dans la manie avec grande agitation et fureur , et dans sa période croissante. Des essais tentés sur des sujets divers, et en diverses circonstances , m'ont appris que l'art possède de ce côté de grandes ressources.

Des malades, à qui j'avais prescrit cette substaiK:e, n'en ont obtenu aucune amélioration : c'étaient des manies qui duraient depuis des mois ; d'autres n'en ont éprouvé qu'un bien-être passager : chez quelquesuns , la manie furieuse est passée en délire calme ; chez d'autres, j'ai observé une solution totale delà maladie. Le docteur Weisener a été plus heureux; car, de seize maniaques soumis à ses expérienœs, un seul est resté rebelle à la cure.

Le cas suivant donnera une idée du mîode d'agir de ce moyen et des chances de succès qu'il peut offrir dans le désordre intellectuel.

M. V....,fort, bilieux, âgé de vingt-huit ans, est pris tout-à-coup , pendant nos troubles de 1830 , de manie mélancolique avec incohérence dans les idées.

Dans son état d'égarement, caractérisé par une excessive agitation , des anxiétés et une propension à la fureur , les affaires politiques l'occupent fortement ; il parle , quoique confusément, de soldats, d'attaques, de

(i) Hufilaml's Journal.

conspirations , d^officiers de Justice , de constitution.

Une saignée fut faite au pied qui augmenta les symptômes morbides. Le pouls était d^une célérité étonnante ; on remarqua une légère trémulation des membres.

Je fus appelé en consultation avec mon honorable confrère , M. Lutens. Nous prescrivîmes le tartre émétique àhaute dose : la maladie datait de dix-huit jours. On donna dix grains de tartre stibiédans six onces d'eau distillée , à prendre , par cuillerées , en vingt-quatre heures.

Le lendemain , calme complet ; vers le soir , le malade cessa de rêvasser.

31 octobre ( 1830 ) , troisième jour de mon arrivée chez le malade , la prostration est grande : l'aliéné ne déraisonne plus et parle peu. Le pouls est filiforme et très fréquent. Les membres sont froids, la face est décomposée. Une diarrhée abondante se déclare. — Lavement d'amidon et continuation de la potion stibiée. — 1«^ novembre. Le malade n'a plus la force de se lever sur son séant ; Toeil est terne , la face grippée. La diarrhée a cessé : le malade jouit de toute sa raison. — 2 novembre. Le hoquet se manifeste et des crampes d'estomac se font sentir. On cesse l'usage du tartre stibié. Cinq grains de thridace. — 3. Amélioration. -— 4. 0)nvalescence.

On a préconisé le tartre émétique dans les aliénations mentales qui résultent de quelque obstruction abdominale , dans celles qui se déclarent a la suite de la suppression des menstrues ; on l'a également recommandé comme sudorifique dans les troubles de l'esprit

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qu on supposait provenir d une transpiration arrêtée.

La doctrine humorale a fortement contribué a accréditer l'emploi des évacuans dans l'aliénation mentale ; c'était toujours une humeur acre ou épaissie qu'il fallait chasser au dehors : mais, par ce qui a été dit sur les causes et le siège de l'aliénation, il est facile de voir que l'utilité de ces moyens ne sera guère relative à l'évacuation d'une humeur stagnante , et que les vomitifs ne seront que rarement indiqués dans la suppression des menstrues , puisque dans la majorité des cas, les anomalies de ce flux doivent leur origine au trouble moral même , à l'exception de celles qui se développent à l'âge de retour.

Comme sudorifique , le tartre stibié ne sera jamais avantageux chez les aliénés, quoique les abondantes sueurs , qu'on observe parfois chez les mélancoliques et les maniaques surtout au début de leur maladie, indiquent un travail organique du système dermoïde : mais , comme nous avons vu , cette diaphorèse n'est guère critique. Or, la vertu du tartre émétique est due chez les aliénés à une action sédative.

Tout en reconnaissant l'utilité des narcotiques sédatifs dans l'aliénation mentale, et notre observation est applicable a tous les médicamens internes, nous en pouvons passer sous silence l'extrême difficulté qu'on rencontre dans l'administration de ces moyens. Le malade refuse obstinément d'avaler le liquide qu'on lui présente , ou il le rejeté aussitôt ; et s'il obéit à la force , bientôt la bouche se ferme convulsivement : on aggrave ainsi sa maladie tout en faisant des efforts pour le

guérir.

Sédatifs antipêriodiques ,

Avtînl la dëcouvertedu sulfate de quinine , l énorme dose d'ëcorce du Pérou iju'il fallait ingërer dans Festomac était un obstacle inévitable qui rendait toute expérience , avec ce moyen , souvent impossible. Mais, depuis qu'on est parvenu à réduire le principe fébrifuge à nn volume excessivement petit, on a pu en augmenter la dose , et il est permis de croire que des expériences ultérieures tentées aTec ce moyen conduiront a la connaissance de vertus thérapeutiques encore ignorées jnsqu'ici. J'ai fait de nombreux essais avec le sulfate de quinine adapté au traitement de l'aliénation mentale : prescrit a la dose ordinaire , l'effet était nul ; il a fallu le donner en grande quantité , et c'est alors , seulement, que j'en ai obtenu le plus de succès. Nous avons déjà vu quelles énormes doses de médicamensles aliénés peuvent supporter : ainsi trente grains de sulfate de quinine , donnés en vingt-quatre heures , n'opèrent sou vent aucun effet sensible ; et pour peu que l'ai iénation offre un caractère grave , il faut porter la dose jusqu'à un dragme par jour , encore n'observe-t-onpas ces tintemens d'oreilles , cet engourdissement du moral , cette surdité , si fréquente après l'administration de ce médicament chez des personnes saines d'esprit.

Un phénomène remarquable , et dont j'ai déjà fait mention , c'est le changement du type des phrénopathies , en passant du continu au rémittent ou à l'intermittent , par l'administration du sulfate de quinine donné à haute dose : ce qui n'est pas moins extraordinaire, c'est qu'il change parfois l'aliénation enfièvre

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intermittente simple , disparaissant à son tour , sous l'emploi continué du remède. J'ai vu souvent le malade être pris d une transpiration abondante surtout la nuit ; en d'autres cas, les lèvres se couvrir d'e'ruptions pareilles à celles qui se manifestent dans les fièvres intermittentes. Mon honorable ami, le docteur Bauwens, d'Ostende, à qui j'avais fait part de cette observation , m'a assuré avoir remarqué le même phénomène , mais dans d'autres circonstances : des malades , pris d'un état fébrile peu prononcé , offrant des exacerbations très-irrégulières, accompagnées de douleurs aux lombes, de dilatation de la pupille , de perte d'appétit , de pâleur de la langue , ont éprouvé un changement remarquable par l'emploi du sulfate de quinine : la fièvre qui était peu apparentese changea en intermittente, soit quotidienne, soit tierce , caractérisée par des périodes régulières de froid, de chaleur et d'exhalation cutanée.

J'ai remarqué de grands avantages de ce moyen lorsque le mal est à son début , qu'il offre un type rémittent ou tt)ut-a-f ait intermittent chez des individus maigres, délicats , doués d'un tempérament nerveux et principalement chez les femmes , ainsi que chez les sujets qui offrent un pouls vif et fréquent. Dans les aliénations de longue durée , dans celles qui sont périodiques , on le donne ordinairement sans succès. Dans le mode fantastique, il ne m'a procuré que de faibles avantages; ceux-ci ont été réels dans la mélancolie simple , sans délire bien prononcé.

L'effet du remède m'a paru plus sur étant combiné avec l'opium , à ladose de cinq , dix ou douze grains par leur : dans cet état de combinaison cenarcoii<|iie paraît

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doue de verlus thérapeutiques, que, donne' seul, iî n offre pas toujours.

Ouelques faits, pris parmi d'autres , nous donneront une idée du mode d'agir de ce moyen et des cas dans lesquels il peut être utile.

Une fille , servant en qualité de cuisinière a notre établissement, fut prise de mélancolie. Tout-a-coup les traits changèrent , elle cessa son travail ; le regard triste, la tête penchée sur la poitrine, elle ne parlait plus; les pupilles étaient très-dilatées : mais de jour à autre , son état moral se marqua par des intervalles lucides. Cette affection avait duré neuf jours, lorsquelle prit une dragme de sulfate de quinine en vingtquatre heures : elle fut guérie au bout de huit jours , et reprit ses occupations habituelles. Huit mois après , la mélancolie se montra de nouveau : même traitement , même succès.

Une dame d'une constitution nerveuse , s'alarme fortement , voyant entrer chez elle des soldats qui lui présentent un billet de logement; elle ne dort pas, éprouve des angoisses , la figure se décompose; elle est abattue , s'effraie au moindre bruit , se retire seule dans sa chambre, est agitée et ne cesse de pleurer. Le matin , il y a de l'amélioration ; vers midi , l'agitation , les pleurs recommencent : plus de sommeil. Cet état avait duré dix jours , lorsqu'elle prit quarante grains de sulfate de quinine avec cinq grains d'opium, en vingt-quatre heures : le rétablissement fut complet au bout de huit jours.

Une demoiselle , âgée de trenle-huitans , se trouvait atteinte de mélancolie avec manie depuis six mois; la

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maladie laissait des intervalles plus ou moins lucides d'un, de deux jours. Une excessive loquacité , une agitation continuelle sans transports furieux , caractérisaient cette aliénation. La malade dormait bien et était hien réglée : quarante grains de sulfate de quinine et huit grains d'opium furent donnés tous les jours , et le traitement fut continué pendant dix jours. La face se désenfla , la rougeur des joues disparut ; le pouls ralentissait ses pulsations ; les exacerbations ne se manifestaient plus; mais la loquacité persistait : cependant trois semaines après l'administration du remède , l'aliénation disparut insensiblement.

Une dame , âgée de trente-trois ans , d'une constitution bilieuse et d'un caractère très-sensible , mère de trois enfans , était depuis plusieurs mois atteinte d'une mélancolie , caractérisée par une excessive impressionnabilité et des frayeurs imaginaires. La malade recherchait la solitude et évitait avec soin toutes les impressions inaccoutumées qui auraient pu l'émouvoir; elle n'osait plus faire aucune lecture, craignant touj ours d'en éprouver quelque secousse au moral : conslamîiiient elle était préoccupée de son état , ne cessant de. répéter qu'elle allait perdre l'esprit : elle s'accusait de ne plus aimer ses enfans , et de voir son mari avec indififérence. Le pouls était d'une fréquence extrême , ics urines étaient décolorées , le sommeil était irrégulier et parfois nul ; une sensation ingrate , sourde , se faisait sentir au sommet delà tête. Pendant cet état, elle devint enceinte , et la grossesse ne détermina dans son moral pas le moindre changement. L^ne saignée lui fut instituée, et depuis ce temps les symptômes

morbides prirent un aggravement très sensible. On eut recours aux lumières de mon estimable confrère et ami , M. De Muynck, qui , après avoir employé tous les antispasmodiques connus , se détermina à suivre la méthode curative indiquée , en donnant a la malade trente grains de sulfate de quinine , à prendre en vingtquatre heures. D'abord elle éprouva quelques nausées, et fut prise de diarrhée : on réduisit la dose du remède à vingt grains, en y ajoutant deux grains d'opium, et on en continua lusage pendant trois jours. L'efifet fat magique : c'est l'expression de la malade même ; car elle n'éprouva plus, depuis ce temps, le moindre indice de sa maladie. Immédiatement après l'administration du remède , on observa un changement remarquable dans le pouls , qui devint presque subitement grand , mou et lent. La guérison fut durable.

Une aliénée, atteinte de mélancolie avec incohérence dans les idées , se trouve a l'établissement depuis cinq mois : le regard est inquiet , les yeux sont hagards, le pouls est vif , la peau froide. Elle prit le sulfate de quinme seul, sans opium , et à la dose d'une dragme en vingt-quatre heures. L'usage fut continué pendant quinze jours. 4 la première dose, des sueurs abondantes se manifestèrent , les lèvres se couvraient d'éruptions , un accès complet de fièvre intermittente eut lieu ; il se répéta a deux reprises et ne reparut plus. Les anxiétés disparurent : plus de mélancolie, plus d'intermittence; mais la malade n'offrait point d'amélioration sensible dans ses idées : elle pré tait tant soit peu plus d'attention a ce qui se faisait autour d'elle , à ce qu'on lui disait; elle s'amusait même au travail; mais elle était

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loin depouvoir rentrer dans sa famille. DclcgèiTs congeslions s'établirent a la tête , que je combattis facilement par les dëplétions locales.

Une demoiselle très délicate, âgée de trente-quatre ans, vil mourir, à la suite d'une aliénation mentale, son frère pour qui elle avait toujours eu un tendre attachement : assistant a son agonie , elle n'eut , dès cet instant, plus de repos; les règles se supprimèrent en même temps Or, une mélancolie morbide caractérisée par des prévisions sinistres , ne tarda pas à se manifester : la malade se disait réduite à la plus afîreuse misère , destinée au supplice de la guillotine : mais son délire n'offrait point le caractère franc des monopathies : les anxiétés étaient continuelles , et l'aliénée tenta, dans un de ses accès, de se suicider, voulant se précipiter d'un premier étage. Elle prit vingt grains de sulfate de quinine avec cinq grains d opium , dans les vingt-quatre heures, et pendant dix jours le remède fut donné sans qu'aucun changement favorable se fit apercevoir au moral : le onzième jour , une amélioration frappante se déclara : le pouls devint tout-àcoup lent, d'excessivement fréquent qu'il avait été; la peau qui avait toujours été froide au toucher , augmenta en température; la face moins souffrante , avait acquis plus d'expression. Le sommeil était paisible; plus d'agitation , rarement des prévisions sinistres , à moins qu'on ne fatiguât la malade par des cjuestions oiseuses. Le remède fut donné encore pendant quelques jours, et tout annonça au moral un prompt rétablissement , lorsqu'une perte de l'appétit , de légers vomissemcns bilieux , me firent suspendre

l'usage de ce moyen : la langue n'était point rouge sur les bords, lurine e'tait de couleur naturelle. Pendant cinq semaines , elle prit de temps en temps de le'gères doses de sulfate de quinine unies a quelques grains d'opium, et elle resta dans un état de convalescence incomplète. Il fallut a la fin renoncer à l'usage du sulfate , l'estomac ne pouvant plus supporter ce médicament : au bout de quinze jours d'expectation , les symptômes primitifs se déclarèrent de nouveau et cette fois-ci la malade refusait avec obstination de prendre aucun médicament.

Une femme , âgée de soixante-douze ans , éprouva pendant notre dernière révolution de vives inquiétudes, qui , à la longue , dégénérèrent dans une mélancolie morbide avec manie. Après avoir passé dans cet état plus d'un an, elle fut atteinte , au dire des parens , d'une maladie très grave : convalescente de cette dernière affection , on observa des intermittences très prononcées, un état de calme et d'intégrité intellectuelle presque complète de jour a autre. — La malade prit d'abord, dans l'intervalle lucide, trente-cinq grains de sulfate de quinine divisés en huit doses : l'exacerbation suivante fut a peine sensible . Une dose équivalente à la première fut encore prise par la malade, et au bout de peu de jours tout trouble au moral avait disparu. Mais une diarrhée copieuse survint, qui me fit supprimer le remède et avoir recours a l'opium donné à la dose de quatre grains : la diarrhée persista , circonstance qui me détermina a continuer d'une part l'administration de l'opium à l'intérieur, et de l'autre a ingérer le sulfate par la méthode endcrmiqiic , afin

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de prévenir une récidive de Taliénation. Comme Vépispastique applique a cet effet au bras , ne produisit qu'une légère irritation , il fallut renoncer encore à ce procédé. Or , après quinze jours d'intégrité intellectuelle parfaite , la malade offrit une propension a la tristesse, accompagnée d'interprétations fâcheuses : la nuit , elle était ordinairement inondée de sueurs. J'eus encore recours à la méthode endermique , mais le vésicatoire qui cette fois-ci fut encore appliqué , après avoir fait éprouver a la malade de fortes douleurs , détermina un bouleversement total dans ses idées : la partie dénudée fut couverte de quinze grains de sulfate de quinine : cette médication fut continuée pendant six jours , sans produire aucun changement favorable au moral ; car au bout de quinze jours, l'aiiénation était redevenue complète.

J'ai combiné avec succès le sulfate de quinine avec la digitale pourprée ; par ce moyen , je suis parvenu a dissiper une mélancolie hypocondriaque , dans laquelle le malade , croyant élre atteint d'une consomption incurable, éprouvait des anxiétés continuelles.

Une demoiselle , âgée de plus de quarante ans , ayant fait de grands excès dans les boissons , devint aliénée après des contrariétés domestiques. Caractérisée d'abord par un état d'abattement et de tristesse, son aliénation prit bientôt l'aspect d'une mélancolie avec manie et délire. La malade éprouvait des illusions visuelles et croyait voir des hommes , des animaux d'un aspect effrayant qui voltigeaient autourd'elle et la menaçaient. Cette aliciialion , accomnn^nce de fortes

anxiétés, était intermittente , mais revenait a des périodes irrégulières , pendant lesquelles la malade conservait plus ou moins le sentiment de son état. Cette affection avait duré k peu près quinze jours, lorsque je vis l'aliénée de concert avec mon honorable ami le docteur Cales. Un scrupule et demi de sulfate de quinine et deux scrupules de tincture de digitale , dans un véhieule aqueux , furent donnés et répétés pendant vingt jours , avec un succès tel , qu'au bout de ce temps, le trouble intellectuel avait disparu. Depuis l'administration de ce moyen , et il y a actuellement un an , ladite personne n a pas éprouvé la moindre récidive.

Dans beaucoup de cas, j'obtins des résultats satisfaisans , des guérisons parfaites, en d'autres TeiFe t du sulfate de quinine fut nul. Sans attacher une importance exclusive à ce moyen, je suis convaincu qu'il peut rendre de grands services : or, ces succès prouvent, comme nous en avons déjà fait la remarque , l'analogie existant entre l'aliénation mentale et les mivroses : ce qui plus est, dans les né vralgies delà face, dans celles des dents, de l'oeil, dans l'hystérie surtout, affections qui sent rémittentes, intermittentes ou périodiques comme l'aliénation , on donne le sulfate de quinine avec le plus grand avantage. C'est ainsi que M. Falret (i)est parvenu à guérir un enfant, atteint de convulsions depuis plusieurs années, en continuant l'usage de ce remède pendant

un an.

Néanmoins il faut , dansFadministration de cet agent,

(i) Mémoire sur la nature et le traitcnicnf de plusieurs névroses , par M. Pf 0/77-. — Journal Universel et Hebdomadaire.

user de toute la prudence que réclament les complications morbides. Or, Faliënatioii se caracterise-t-elle par des symptômes cjui annoncent une congestion des méninges ou du cerveau , il faut soigneusement écarter ce moyen : le malade a-t-il perdu toute me'moire , n est-il plus intelligent, éprouve-t-il , en même-temps , des vertiges , offre-t-ii une certaine raideur dans les membres , un embarras plus ou moins prononcé dans la langue ? on aggraverait toujours son état en faisan t usage du sulfate de quinine et surtout en le combinant avec l'opium : sous l'emploi de ces moyens et dans les circonslances dont je parle , la iigure delaliëné s anime , l'œil est ëtincelant, les joues s'injeclent , le malade e'prouve de fortes anxie'tés et laisse ordinairement couler ses fèces : dans le plus grand nombre des cas , la langue devient tout-à-coup sèche et Furine rougeàlre.

Sédat ifs a n ( ipJi logistiques .

11 n'y a pas de moyen qui ait èlé plus fréquemment employé dans Taliènation mentale que la Saignée; la plupart des alie'nés qui entrent dans nos élablissemens , ont e'té saignes et même a différentes reprises : mais tous, a de très faibles exceptions près, ont éprouvé un aggravement dans leur malndie.

La folie est dans le sang dit le vulgaire : de la cet empressement, sanctionné malheureusement par beaucoup de médecins, de vouloir saigner le malade dès quH montre le moindre égarement intellectuel.

On ne peut révoquer en doute que les qualités du sang, ou trop ou trop peu slimulanles, n'influent point

sur nos actes moraux; tous les jours , Texperlence démontre qu un sang peu riche en oxigène et en principes nourriciers, conduit à un affaissement intellectuel parfois très prononce : et il est e'galement prouve qu un régime ve'gétal long-temps continué rend notre système cérébral moins apte aux fortes réactions , et contribue évidemment a adoucir notre caractère. Les hommes dont le tempérament est sanguin ont plus de force dans les impulsions que ceux dont le sang est rare en principes stimulans : nous savons d'ailleurs qu'une nourriture substantielle, que l'usage des boissons fortes impriment au moral une grande excitabilité , une forte propension à la réaction.

Si Taliénation mentale résultait d'un sang riche en parties nutritives , d'un sang trop stimulant , il ne faudrait pas hésiter un instant à diminuer la masse de ce fluide : mais chez les aliénés, la cause de leur maladie ne réside point dans le système circulatoire , elle est dans le système nerveux : or, celui-ci n'influe sur le sanguin que d'une manière secondaire.

On a confondu, comme nous l'avons déjà dit , l'exaltation fonctionnelle du système nerveux avec celle du système circulatoire , et voila une cause d'erreur : on a cru voir dans l'exaltation de la sensibilité morale et dans l'hyper tonie de la volonté , une excitation inflammatoire : c'est ainsi que Thabitude de combattre les maladies sténiques par les débilitans , a conduit des praticiens peu familiers avec l'observation des phrénopathies, a traiter ces maux par les saignées et le régime antiphlogistique employé dans toute son étendue. Mais qu'en arrive t-il? Dans le plus grand nombre des

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