‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 54 sur 58 · SUR LES PÎ1RÉ^0PATU1ES · texte numérisé non relu

SUR LES PÎ1RÉ^0PATU1ES

cas, laliëne qui, au principe du mal, est triste ou se fait remarquer par une excessive loquacité, un besoin continuel de se déplacer, une propension a désirer, a vouloir sans cesse des objets nouveaux, éprouve , dès que son sang coule , un aggravement visible dans les phénomènes névrosiques : il tombe souvent dans une syncope convulsive : Toeil est hagard, proéminent; les idées sont moins liées; la tension musculaire est plus grande, les désirs se changent en actes violens : le malade déchire ses vétemens , se met nu et se livre à mille extravagances. Si , infatué deTidée déplorable de vouloir débiliter davantage , on réitère les déplétions, l'aliéné se raidit, cesse de parler, de vociférer et de se débattre: mais il cesse en même temps de répondre à vos questions , et refuse de manger ; ilreste debout , ses membres conservent les inflexions qu on leur imprime ; les fèces coulent involontairement : en un mot, le mode fantastique, l'extase , les convulsions, la démence , remplacent les phénomènes primitifs d'une mélancolie ou d'une manie : c'est, comme dit Hippocrate , comndsiones ab inanitione. Voyez ce qui se passe dans une fièvre masquée , supposons une forte céphalalgie intermittente : saignez le malade, la douleur persistera; réitérez vos déplétions, et la douleur n'en deviendra que plus intense : continuez le même trallement, le malade s'affaiblira a vue d'œil , et succombera a ses souffrances : c'est ce qui arrive également dans l'aliéna lion mentale. Ce que vous avez à combattre, c'est une douleur morale traînant à sa suite des anomalies dans les actes et les idées : affaiblissez ce malade par un légime sévère et les saignées, vous aug-

mériterez sa susceplibilite , et vous donnerez a ses idées ur nouveau développement morbide ainsi oii^ ses déterminations. Or , on ne saurait trop s élever contre labus des saignées dans le traitement des maladies de lesprit.

Partant d'un principe sanctionné par Fexpérience et conforme à tout ce que nous ont appris les praticiens observateurs , j ai peu à dire sur l'efficacité des déplétions sanguines dans le traitement des maladies mentales.

Dans la mélancolie , la saignée est rarement utile ; elle fait passer cette affection en démence incurable, parfois en manie avec démence , ou bien elle donne lieu a des phénomènes fantastiques ou a Textase.

Néanmoins , on est généralement dans Tliabitude de saigner le mélancolique , surtout lorsqu'il éprouve des anxiétés : si cet état d agitation existe sans trouble intellectuel proprement dit , les déplétions sont souvent fort utiles: mais résulte-t-il d'une aberration intellectuelle , d'une mélancolie surtout, la saignée ne fait qu'augmenter l'impressionnabilité du malade.

La mélancolie tient-elle a quelque congestion de la matrice, une congestion veineuse a la télé, une suppression, des menstrues la complique-t elle, celle-ci sedéveloppe-t-elle à l'âge de reto ur , les déplé lions locales ou générales peuvent être instituées, avec espoir de succès.

Il en est de même de la manie et d'autres variétés d'aliénation mentale : mais en faisant ressortir les motifs qui doivent augmenter noire circonspection

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dans l'emploi de la saignée dans cette classe de maladies, mon intenlion n est sans doute pas de vouloir proscrire ce moyen du traitement des affections mentales.

Or , nous devons à la vérité de dire , que quelques exemples attcstentle succès de la saignée, quia fait avorter ou disparaître l'aliénation mentale , quoique aucun symptôme de pléthore ou d'inflammalion ne caractérisât cette maladie. Ainsi , j'ai vu la cessation instantanée de tous les symptômes cérébraux succéder à des saignées répétées; j ai vu , chez une femme d'une constitution nerveuse , une artériotomie temporale être suivie d'une hémorrhagie considérable , et en même temps du rétablissement de la malade. Cependant des réussites pareilles sont excessivement rares, car elles ne se présentent pas une fois sur cent cas.

Il est des circonstances où une inflammation abdominale est cause du trouble inte^ectuel et oii il est nécessaire d'instituer des déplétions générales ou locales: mais ces inflammations se présentent rarement après l'âge de puberté ; si elles se rencontrent après cette époque c'est presque toujours comme symptômes secondaires et naissant sous l'influence de causes accidentelles , ou bien d'une influence spéciale du système encéphalique sur les organes abdominaux : dans tous les cas cependant , les déplétions locales sont indiquées.

Chez les enfans , les inflammations intestinales ou péri toni aies sont parfois causes de manie , laquelle se trouve fréquemment associée à des convulsions épileptiformes : la langue rouge sur les bcrds , lancéolée , est couverte d'un enduit jaunâtre ; sans cesse le jeune malade porte ses doigts dans les narines ; il

est d'une vivacité , d'une agilité extrême, sa volonté ne connaît point de bornes ; Toeil est étincelant , la figure vultueuse , le pouls d une fréquence extrême ; lenfant se plaint d un violent mal de tête , parfois il est atteint de constipation , parfois de diarrhée : dans tous les cas , les symptômes offrent une grande analogie avec ceux qui caractérisent la première période de riiydrocépliale. J'ai , dans des circonstances pareilles , obtenu d'excellens effets des saignées locales instituées sur la région ombilicale ; je pourrais citer trois enfans déjà atteints de véritables convulsions épileptiques , chez qui, après l'application réitérée des sangsues sur cette partie , j'ai vu disparaître tous les symptômes morbides.

Le sujet est-il pléthorique, on doit avoir recours à la saignée pour prévenir les congestions du cerveau ou celles d'autres organes ; c'est sous ce rapport que les déplé tiens rendent parfois de grands services dans le mode convulsif. Qu'on soit cependant circonspect dans l'emploi de la saignée lorsque le patient , affecté d'épilepsie , n'offre qu'un pouls faible et fréquent , quoique la figure soit rouge ; car très souvent les déplétions donnent une nouvelle intensité aux convulsions et précipitent le malade.

Dans la démence avec paralysie et idées d'exagération ,^ dans le ramollissement cérébral , dans l'engorgement sanguin des méninges, les évacuations sanguines peu\ eut être utiles; mais il est excessivement rare de les voir ramener le malade a un rétablissement parfait ; ce qu'on obtient parfois, c'est une rémission des symptômes ; mais plus souvent on augmente

rëtat morbide ; et il est très vrai , comme l'observe M, Fabre (i), que les déplëtions sanguines trop copieuses ou trop répétées , hâtent souvent Tan ivée de la paralysie générale.

Un moyen qui appartient aux sédatifs antiphlogistiques , c'est le Bain tiède.

Généralement employé dans les maladies pour diminuer une irritation , qu elle dépende ou non d'un état uniquement névrosique , qu'elle résulte ou non d'un état franchement inflammatoire , les bains tièdea ont produit des succès réels , adaptés au traitement des maladies mentales.

La pkipart des auteurs , à l'exception de Pinel peutêtre , ont eu recours a ce moyen , et assurent en avoir obtenu des résultats satisfaisans : mais Pinel attribue Tincurabilité d'un grand nombre d'aliénations à la débilité qui succède à l'emploi des bains.

Dans la période accroissante de la manie et de la mélancolie , les bains font réellement plus de mal que de bien, mais au début, et au déclin de la maladie surtout , ils rendent de grands services.

Ces moyens , employés dans les intervalles lucides , sont avantageux pour prévenir l'explosion des excès,

Esquirol dit que le bain tiède est utile lorsque le malade refuse de manger (2) : mon expérience ne m'a rien appris a cet égard.

Les bains tièdes sont encore utiles en cas d'insom-

(1) Lancette française.

(2) /irt\c\c 3Ia:son d' Aliénés do Dictionnaire des Sciences Médicales.

nie; ils le sont également dans les aliénations qui e'clatent après la suppression des lochies.

Lage du sujet, sa constitution faible ou forte, seront pris en considération.

Sédatifs révulsifs.

Ces moyens consistent dans des stimulations plus L moins violentes diri sur la surface cutanc'e.

ou moins violentes dirigées sur le tube intestinal ou

Purgatifs. Des la pîiis Kaute antiquité', ces moyens ont été eaiployés dans les maladies mentales; on les choisissait parmi les drastiques, et presque toujours dans rintention de chasser une substance acre qui obstruait les vaisseaux mésentériques , ou d évacuer une bile noire c[ui engorgeait le foie. L'Ellébore «tait le purgatif de prédilection.

Indépendamment des cas où une forte constipation réclame l'emploi de ces moyens pour débarrasser le tube intestinal, les purgatifs ont été employés par les modernes comme des moyens propres a exercer sur le canal alimentaire une stimulation, salutaire afin de déplacer Faction morbide du cerveau.

Mais on a exagéré Futilité de ces moyens ; leur action n'est pas aussi efficace qu'on Fa cru : elle est nulle dès que la maladie offre un caractère d'intensité , elle est nulle encore lorsque Faliénation se trouve à sa haute période : il n'y a qu'au début qu'on en obtient de Favantage, et encore faul-il que le mal n'olTre pas un caraclcrc grave. On peut , pour ce qui est relatif aux

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indications ciirativesde ces moyens, consulter Hoffman, Vogel , Ludwig , Van Zwieten , Pinel et d autres : ma propre expérience ne ma fourni que des faits rares parlant en faveur de lemploi de ces agens.

Épispastiques . Ils sont parfois employés avec succès au début de Falicnation, alors quelle ne s'annonce encore que par la mélancolie ; et le succès en sera d'autant plus assuré quon applique le vésicatoire éloigné de la tête, au bas de l'épine dorsale, aux bras, aux jambes, aux cuisses surtout, et qu'on y entretient long-temps une suppuration abondante : appliqué au cou , les épispasticjues font plus de mal que de bien. Or, dès que l'aliénation s'éloigne de son caractère primitif, dès cju'il y a manie , déterminations capricieuses , surtout extase , ces moyens , comme il a déjà été démontré, aggravent presque toujours l'état du malade. Dans un seul cas de démence j'ai vu l'application d'un vésicatoire au cou être suivie d'un abondant écoulement séreux , aucjuel a succédé la guérison complète du malades.

Frictions avec la pommade stibiée , sur la peau du crâne. Ce n'est pas sans raison que quelques auteurs, tel entre autres le docteur Mùller, de Wiïrtzburg ( 1 ) , ont mis la plus grande confiance dans ce moyen ; on en obtient des succès réels dans la cure des maladies mentales. Les frictions stibiées ne sont guère de grande utilité , dans les aliénations mentales de

(i) Die Irrenanstalt zu Wiirtzburg.

Naise , Zeitschrift i823 , heft i.

longue durée ; dans la démence , elles ne promettent aucun avantage, mais dans la mélancolie et la manie, dans le délire même , lorsque ces affections sont encore a leur période d accroissement , j'en ai obtenu de bons résultats. Ils ont été moins satisfaisans chaque fois que le sujet était très irritable , ou que sa maladie offrait un caractère extatique. Pour de plus amples détails , on peut voir mes essais tentés avec ce moyen et dont le résultat se trouve consigné dans un ouvrage déjà cité.

Us don de la peau du cou, du crâne ou de V épaule. L'action du moxa ou du cautère actuel doit être considérée en partie comme sédative dans la cure de l'aliénation mentale. Ce puissant irritant agit sur la sensibilité physique par la douleur et la destruction des parties vivantes ; mais il agit aussi sur le moral par la frayeur qu'il inspire. Sous ce rapport , l'action se rapproche en quelque sorte de là douche, dont Telfet éminemment douloureux , est propre en même temps à causer une vive frayeur. C'est Valentin cjui , dans son mémoire sur TUstion , et dans son Voyage en Italie , a fait connaître les succès du cautère actuel dans l'aliénation mentale. C'est moins sur le cuir chevelu que sous l'occiput qu'il veut en faire l'application : il ajoute que la brûlure doit être large et profonde , et en rapporte des cures étonnantes. Le docteur Buccinelli , médecin à l'hospice des insensés à Milan , a fait caute'riser le cou a vingt- cinq maniaques , et un tiers de ces malades a récupéré le libre exercice de la raison. Les soeurs de l'honital des aliénés de St. -Nicolas, près de

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Nancy , s'étaient servi dix-neuf fois du cautère actuel appliqué au cou, et sont parvenues à rendre la santé h treize aliénés. Percy père a cautérisé , a Lausane, trois furieux avec un succès complet. En Toscane , on avait autrefois l'habitude de cautériser les enfans épilep tiques à la nuque. Le docteur Gross, kPforzheim, a employé ce moyen avec avantage chez les aliénés.

J'ai répété les expériences de Valentin , actuellement je les répète encore, mais mes résultats ne se sont point tout-à-fait trouvés conformes aux siens : des furieux sont devenus à l'instant calmes et ont continué à l'être , mais sans qu'ils se soient trouvés guéris. Je ne puis jusqu'ici citer aucune guérison complète obtenue par ce moyen : or, chez quelques-uns, l'aliénation a pris le caractère d'une forte tension nerveuse , et chez un aliéné à quilemoxa avait été appliqué sur l'épaule , les parties brûlées ont dégénéré dans un fonguscancéreux.

Sans parlager l'appréhension de De Haen , sur les fâcheux résultats de l'application du cautère actuel sur le cuir chevelu , sans reconnaître avec le docteur Millier de Wûrtzbourg, TinefFicacité absolue de ce moyen , je crois qu'il peut être réellement utile dans l'aliénation, lorsqu'on saisit bien le moment de son application.

Selon ^ Exutoires. Jusqu'ici on n'a pas encore constaté lesavantages de l'emploi du séton, chez les aliénés.

Ce moyen m'a quelquefois paru utile dans les cas d'engorgement séreux du cerveau ou de ses membranes, s'annonçant par une raideur des membres, des écoulemens par les paupières, et une légère difficulté d'articuler les phrases iin-des : mais dos que la maladie se carac-

terisait par une grande perte de rinlelligence et de la mémoire, par un assoupissement, les succès furent nuls.

Dans le délire, dans les monopathies , la douleur causée par Tirritatlon du séton, a toujours augmenlc les symptômes morbides : employé dans la mélancolie, ce moyen a été plus nuisible qu'utile.

Les Exutoires ont été recommandés dans les aliénations périodiques afin de prévenir le retour des accès. Ils doivent être utiles à l'âge de retour , pour prévenir ces maladies , d'autant plus qu'une disposition héréditaire fait soupçonner le développement de ces affections. On a surtout préconisé ces agens dans l'aliénation qui résulte d'une maladie cutanée.

D'autres agens ont été employés dans le traitement de l'aliénation mentale.

On a conseillé rinnoculation de la gale - voir Metzel(i),Reil(2),Hufeland(3).

he Mercure paraît avoir été employé avec succès par les docteurs Palmer (4) , Burrow (5) , lieinroth (6) et

(i) Collection d'observations, tome I.

(2) Fieberlehre, tome IV^.

(3) Journal, B. XXV.

(4) The Londou Médical rppository, lib. XIV.

(5) The London Médical repositorj.

(6) Nasse, Zeilschrift, heft H , 18l8.

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d'autres : mes essais faits avec ce moyen me portent à le considérer comme un agent plutôt nuisible qu'utile aux aliènes.

Les Antivermineux ont été donnés dans quelques cas avec avantage : M. Esquirol en a obtenu de bons résultats; avant lui , le docteur Prost (i) avait déjà fait connaître les succès de ces moyens.

L Huile de thérébentine a été préconisée, par le docteur Percival (2), dans la manie compliquée de convulsions ; ses expériences, répétées par le docteur Horn, de Berlin (3), ne se sont point trouvées confirmées ; elles ne lont pas été par nous (4).

Le Camphre. Ce moyen a été employé par les docteurs Consbruck (5) , Dopson (6) , Avenbrugger (7) , liufeland (8) , et surtout par Perfect (9). Il ne paraît pas que les succès qu'ils attribuent a ce moyen dans la manie , se soient ultérieurement réalisés.

(i) Médecine éclairée par Tobservation et l'ouyerture des corps. — Mémoire sur la Sensibilité.

(2) Edinb. Médical and Surgical journal.

(3) Arohiven, 1819.

(4) Ouvrage cité.

(6) Klinische taschenbuchern.

(6) Sararalungen fur practicsche aerzte , B. XIII.

(7) Experimeutura nascens de remedio specifîco sub signo specifico in mania.

(8) Journal, Bd.XXlII.

(9) Anuals of insanity.

SECTION CINQUIÈME

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