CHAPITRE II
Nous ne parlerons ici que du sang rouge des animaux vertébrés. Le liquide transparent et incolore que l'on désigne chez les invertébrés sous le nom de sang n'est en effet autre chose que de la lyiiq)he, et nous renvoyons pour son étude au chapitre précédent. 11 n'y a du sang proprement dit que chez les animaux vertébrés ; ce sont les seuls chez lesquels il existe un système de canaux limités formant un circuit fermé et dans lequel circule un liquide rouge spécial. Ce système vasculaire est chez ces animaux un appareil de perfectionnement destiné à permettre un échange plus continu et plus rapide des matériaux de l'économie, soit entre eux, soit avec les gaz du milieu ambiant.
Le s'ang est rouge et liqûîdé^i sorlif'dës vaisseaux ; abandonné à lui-même, il se prend en masse au bout d'un temps assez court et qui varie suivant les espèces d'animaux, suivant les individus et suivant une série d'autres circonstances encore imparfaitement déterminées. Puis, le caillot revient sur lui-même, et, se rétractant, laisse transsuder uiTTiquide jaunâtre qu'on appelle le sérum, Le plus généralement, le caillot est rouge, mais il arrive dans certaines conditions, par exemple lorsque la coagulation se fait lentement, qu'une partie de ce caillot est blanche ; elle forme ce que l'on nomme la co.iienne.
Fibrine. Si Tou bat le sang avec un balai ou avec une baguette lorsqu'il sort (lu vaisseau, il s'atlacheà l'instrument des filaments l)lancli;itres, et le sang qui reste ne se coagule plus. C'est donc à cetlo substance filamenteuse, à la fihr'mc^ qu'est due la coagulation du sang. On ne sait pas encore aujoui d'hui quelle es! la cause
qui produit de l;i librinc solide, soit au dehors, soit au sein de l'organisme '.
La couleur rouge du caillot est due aux globules rouges, qui contiennent nne substance colorante particulière, V hémoglobine, dont rétude n'a été Jnen faite que depuis que l'on y a appliqué la spectroscopie. Pour manifester cette substance, il suffit d'ajouter
' La cause de la coagulation du sang' est une question qui, de tout temps, a préoccupé les médecins. Jusqu'à Huiiter, on s'est contenté de l'explication d'Hippocrate (Œuvres, trad. LiUré, 1853, vol. VIII, p. 576), qui admettait comme causes de la coagulation le repos et le refroidissement. Huntcr [Œuvres, traduction Kiclielot, Paris, 1840, t. III, p. 46), en agitant du sang dans une bouteille, démontra qu'il se coagulait plus vite que le sang laissé au repos. D'autre part, J. Davy {Obs. onthe coagulation of theBloocl,Edinb. Med. and. Surg. Journal, 1828, vol. XXX, p. 251) a prouvé que le froid, loin d'amener la coagulation, la retarde. Ainsi du sang, à la tem])érature de 0°, reste liquide pendant une heure; du sang congelé pendant une denii-heiirc redevient liquide quand on le fait dégeler.
Ou a ensuite admis comme cause de la coagulation le contact de l'air, llewsou (Properties of Vie Blood, in the Works, Loudon, 1846, p. 18), dans le but de s'en assurer, mit trois ligatures sur une veine jugulaire d'un lapin, de manière à eu délimiter deux portions distinctes ; il ouvrit l'une de ces portions, laissa le sang s'écouler et Vair y pénétrer, puis, refermant par une nouvelle ligature la portion de veine où était entré de Tair, il la mit en communication avec la portion voisine où se trouvait du sang, et constata qu'au bout de cinq minutes ce sang était coagulé. D'autre part, Scudamore {Essaij on the Blood, 1824, p. 24), mettant du môme sang dans un flacon ouvert et dans un flacon fermé, constata que le sang se coagulait plus lentement dans le flacon fermé, d'où il conclut que l'air favorise la coagulation ; mais ce qui prouve à l'évidence contre Hewson et Scudamore que l'air n'est pas la cause de la coagulation, c'est que le sang se prend en masse, même dans le vide baromélrique.
D'autres ont admis que les vaisseaux exercent une action spéciale. Ainsi, d'après Malgaigne {Anatomv: générale, p. 483), il se ferait à la surface interne des vaisseaux une exsudation particulière qui empêcherait la coagulation.
Pour Briicke (British and foreign Medico-Chirurgical Review, January, 1857, cité dans le Journal de la physiologie, t. I, 1858, p. 820), c'est l'action de la pi^ioi même des vaisseaux qui empêche la coagulation. Cet observateur ayant laissé du sang dans un cœur de tortue, ce sang est resté liquide à -j-l° pendant huit jours, a -j- IQo pendant trois jours, à + 24" pendant vingt-quatre heures, le cœur étant parfaitement en repos. Cependant, dans certaines 'circonstances, le sang se conserve très-longtemps liquide dans l'organisme, en dciiors môme des vaisseaux.
D'après Hichardsdu [The cause of Ihe coagulation of the Blood, Lond., 1858, et Journal de physiologie, t. I, p. 389), la fluidité du sang à l'intérieur de l'orgaiysme est duc à la présence d'une petite quantité d'ammoniaque. Uije fois h^ sang sorti ik-s vais.seanx, cette anuuoniaqiie s'évapore et le sang se coagule. lUnnU, pour démontrer la iausseté de cette manière do voir, de faire remar(iuor .pie le sang se coagule aussi à l'intérieur de l'organisme.
il y a quchincs années, A. Sclnnidl((/6'irT den Faserslo/f und die Ursachen seine''
THAITK TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
de l'eau au sang; le liquide, d'opaque qu'il était, devient Iransparent, la matière colorante se dissout dans l'eau, tandis que le stronia des globules reste en suspension dans le' liquide. Nous parlerons plus tard, à pi'opos de l'analyse spectroscopique du sang, de la forme cristalline de cette substance et de son état dans le sang.
Outre la fibrine et les globules, le sang contient de l'aUDumine, des matières grasses, des matières sucrées, etc. '
Gerïmnmg, Arch. Reichert et du Bois-l\eymond , 1861, p. bhb) a prclendii que la coagulation de la fibrine se produisait par le mélange d'une matière fibrinogèue qui se trouverait dans le sérum, et d'une matière fibrino-plastique qui se trouvprail dans différentes parties de l'organisme , et entre autres dans les globules rouges du sang. Une petite quantité de cette matuNrc suffirait pour déterminer la formation de la librine.
Plus récemment, eu présence du l'ait de la conservation à l'état liquide de collecr lions sanguines dans l'économie, comme ces collections contiennent dans le sérum de la substance fibrinogènc et dans les globules de la substance lîbrino-plastique qui doit être mise en liberté |)ar l'altération de ces derniers, Schmidt s'est trouvé coiuluil à inodilier sa première bypolhèse, et aujourd'bui il admet que, pour déterminer la i'ormatiim de la fibrine, il faut, outre les deux substances en question, l'acliou d'un ferment spécial qui se trouverait dans le sang. (Voy. Centralblatt, 1872, |). 2^5).
En résumé, la cause de la coagulation du sang est encore incoiunie; on ne sait pas si la fibrine ne se forme qu'au moment où le sang se coagule, ou si elle e.Kiste dans le sang liquide, soit à l'état liquide, soit à un état de di\isiou tel qu'elle n'empéche pas la fluidité du sang. Du reste, nous indiquerons plus loin, dans le cours de ce chapitre, (piehpics i)liciioniènes qui peuvent jeter un certain jour sur la question.
' Nous ne saurions entrer ici dans tous les détails au sujet de la composition chimique du sang. INous nous contenterons d'en indiquer une analyse. D'iqirès Dumas, 1000 parties de sang contiennent :
Les analyses modernes ne diffèreut pas beaucoup de celle-là. Du reste, comme la composition du sang varie suivant le vaisseau où on le prend, il ne i)eut jamais être question que d'une moyenne.
Outre ces parties constituantes, le sang contient des gaz. Sur 100 volumes de sang, il y a :
Eau
Globules
Fibrine
Albumine
Matières grasses et sels
Oxygène.
Acide carbonicpic
Azote
10 à 17 volumes.
liicliardson y a signalé des traces d\num(iiiia(pie : ou eu trouve en cflcl (juand on
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