RÉSUMÉ DES NOTIONS ACQUISES SUR LE SANG
Les observations et les expérimentations diverses auxquelles nous avons soumis le sang nous ont fourni quelques données certaines sur sa constitution, en môme temps qu'elles nous ont amené à une série de questions non encore résolues. Nous allons i-ésumer ici brièvement le peu de faits que nous avons pu reconnaîlre comme certains, et puis nous indiquerons les problèmes qui restent à résoudi'e à propos de chafiuc partie de ce sujet. Gioiniios Nos études sur les globules rouges nous ont appi'is <à connaître leur dimensions, leur forme chez les différents animaux, leui" nombre approximatif dans une quantité donnée de sang.
Les changements de forme que nous avons vu subir aux globules par suite de conditions simplement physiques, comme par exemple par suite de l'étroitesse ou de la forme tortueuse des passages à travers lesquels les entraîne un courant sanguin, nous montrent que la matière dont ces globules sont composés est extensible et élastique, susceptible de s'allonger, de s'amincir, de prendre des formes diverses. Les aspects que nous ont présentés les globules dans ces conditions et dans diverses autres, comme par exemple par l'action de la chaleur, nous portent à penser, avec la majorité des histologistes, que ces globules n'ont pas une véri-
' Différents anatomo-patholoiîistej, Klebs, Erb, Neumann, ont fait une observation favorable à la théorie de Recklinghausen. Ils ont trouvé dans le sang des leucémiques des globules rouges ayant des noyaux. Dans plusieurs occasions j'ai essayé de répéter cotte observation, je n'y ai jamais réussi.
table membrane. Cependant l'action remarquable de l'alcool dilué et du rouge d'aniline démontre, aussi bien pour les globules des mammifères que pour les globules des amphibies, qu'il y a à la périphérie de ces globules une couche spéciale nettement limitée par un double contour. La constitution de cette couche pourrait, il est vrai, différer très-peu de celle du reste du stroma.
Quant à la forme singulière et spéciale de ces globules, discoïde avec un l'cnflement sur les bords, ou ellipsoïde aplatie, nous n'en connaissons absolument pas la- raison. En s'appuyant sur l'observation des globules plissés que nous avons décrits, on a admis qu'il y avait dans les globules elliptiques des filaments qui unissent le noyau à la périphérie du globule, et qui en détermineraient ainsi la forme, et l'on a supposé qu'il y avait quelque chose de semblable dans les globules discoïdes. Mais nous avons vu que cette observation repose sur une illusion d'optique, et que ces filaments ou prolongements protoplasmiques dont certains auteurs ont parlé n'existent point. Cette théorie tombe donc avec l'erreur qui lui a donné naissance.
La forme et le volume constant des globules rouges ont amené à penser que ces corps sont, ou bien des cellules proprement dites, ou bien des cellules transformées; en d'autres termes, qu'un globule était formé à l'origine par une cellule complète. La présence des granulations vitellines dans les globules rouges de l'embryon de grenouille, l'existence d'un ou de plusieurs nucléoles dans ces globules chez l'animal adulte, viennent donner -un nouvel appui à cette manière de voir.
Quant à la constitution chimique de ces globules, nous savons qu'ils sont composés d'un stroma albuminoïde et d'une matière colorante, l'hémoglobine. La spectroscopie nous a appris que c'est celte matière colorante, cristallisable et définie, qui existe seule dans le sang, tandis que ses dérivés , l'hématine , l'hémine, etc., sont des produits artificiels et ne se trouvent que dans un sang décomposé ou anormal. Mais nous ignorons absolument comment le stroma se trouve disposé dans le globule, si c'est un lacis, une sorte d'éponge dans laquelle se trouve l'hémoglobine, ou en général quelle est la construction intime du globule sanguin.
iNous avons reconnu l'identité des globules blancs avec les cellules lymphatiques ; ils ont les mêmes conditions de vie, de mouvements, d'échanges chimiques que ces cellules, et par consé-
quent nous renvoyons à ce que nous en avons dit au chapitre précédent ; nous avons montré en outre que le nombre plus ou moins grand de ces éléments, que l'on trouve dans un sang donné, tient surtout à la facilité et à la rapidité plus ou moins grandes du courant sanguin.
Granulations Outre ces éléments , nous avons appris à distinguer dans le
et fibrine. , , °
sang deux sortes de granulations , les unes rondes , les autres anguleuses et servant de points d'origine au reticulum fibrineux. Nous connaissons la disposition de ce reticulum chez les mammifères et chez les amphibies, et les réactions microchimiques qui en distinguent les fibrilles ; mais nous n'avons encore aucune notion sur la cause qui produit cette disposition de la fibrine en dehors des vaisseaux.
Oritfine Quaut à la formation des eiobules rouges chez l'adulte, il n'est
les globules. o d >
absolument pas démontré jusqu'à présent qu'ils dérivent des globules blancs, malgré les expériences de Recklinghausen. Cependant, d'une part leur nature cellulaire, démontrée par la présence du noyau et du nucléole chez les batraciens, et d'autre part l'absence de signes de multiplication dans les globules rouges des mammifères une fois formés, puisqu'ils ne renferment pas de noyau, conduisent à penser qu'ils dérivent d'une autre espèce de cellules. Dans cette hypothèse, on ne voit aucun élément de l'organisme en dehors des globules blancs, auquel on puisse altribucr leur production. Reste alors la question de l'origine des globules blancs. Nous avons vu qu'ils peuvent se multiplier et faire souche. Cette multiplication peut avoir lieu dans la lym- * phe, dans le sang, dans les ganglions lymphatiques, voire même
dans les interstices du tissu conjonctif, car l'hypothèse qui les faisait naître spontanément dans un blastème n'est plus guère admise. Sur ce point, comme sur tant d'autres, cette théorie du blastème perd constamment du terrain.
En somme, il reste encore à résoudre, à propos du sang, une grande quantité de problèmes; les résultats que nous avons indiqués constituent à peu près l'ensemble de ce que la science a acquis de cerLain sur ce point jusqu'aujourd'hui. Les procédés que nous avons décrits minutieusement, ainsi que les faits que chacun d'eux nous a mis à même de constater, pourront guider pour la méthode à suivre dans des observations ultérieures. Fonctions Lcs résultats que nous venons de résumer permettent, malgré du sang. ^^^^ insuffisance et les nombreuses lacunes qui restent à com-
bler dans cette partie de l'histologie, de tirer des faits quelques déductions intéressantes sur le rôle du sang dans l'économie.
Gomme nous aurons l'occasion de le démontrer plus complètement dans la suite de ces études, en traitant de la circulation, le sang, contenu dans un système de canaux limité et formant un circuit fermé, ne se trouve nulle part en communication directe avec les tissus; il n'est donc pas exact de dire que les tissus de l'économie sont baignés dans le sang, et que c'est le milieu dans lequel ils vivent. Le liquide dans lequel les organes sont plongés et dont ils sont imbibés, c'est, comme nous l'avons vu, la lymphe; c'est la lymphe qui sert d'intermédiaire entre le sang et les éléments des tissus, et qui est l'organe de leurs échanges mutuels.
S'il n'est pas directement en contact avec les éléments, le sang n'en a pas moins vis-à-vis d'eux une fonction très-importante, celle de leur apporter l'oxygène dont ils ont besoin. Les recherches histologiques récentes, et en particulier les découvertes faites avec le spectroscope, ont mieux précisé le mécanisme de l'hématose et montré que l'oxygène n'est pas charrié indifféremment par touteç les parties du sang. C'est l'hémoglobine, contenue exclusivement dans les globules rouges, qui a la propriété, comme l'ont démontré lloppe Seyler et Stokes, d'entrer en combinaison avec l'oxygène ; cette substance peut, comme nous l'avons vu, s'oxygéner, être réduite, et puis s'oxygéner de nouveau. Les globules rouges, entraînés par le courant sanguin dans toutes les parties de l'organisme, y apportent avec eux l'hémoglobine , et par son intermédiaire l'oxygène dont elle s'est chargée lors du passage des globules dans les capillaires pulmonaires. C'est donc par le moyen de ces organitcs que l'oxygène est mis à la portée de tous les éléments irrigués par les capillaires sanguins. A ce point de vue, le système vasculaire sanguin remplit donc chez les animaux supérieurs la même fonction que remplissent chez les insectes les trachées. Ces dernières présentent un réseau encore plus ramifié et à terminaisons beaucoup plus fines que les capillaires sanguins ; elles sont aussi destinées à amener l'oxygène ftu contact des tissus, mais elles y apportent l'air en nature, tandis que chez les animaux supérieurs il y est amené par l'intermédiaire des globules rouges.
iXous avons rcmar((ué, en étudiant l'action des divers réactifs sur les globules sanguins, qu'ils ne se comportent pas tous de la même façon vis-à-vis du même réactif qui les atteint en même
Le sang^ ne baigne pas les tissus.
Los globules
apportent l'oxygène aux tissus.
Rôle nutritif des globules rouges.
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temps : il s'en trouve qui perdent leur forme dès les premiers instants, d'autres qui la conservent pendant des heures; certains abandonnent leur hémoglobine dès qu'ils sont, mis en contact avec l'eau ; d'autres , au contraire , conservent longtemps leur couleur jaune. Ces différences dans l'action des réactifs paraissent tenir à des différences dans la vitalité des globules et viennent de ce que ces globules sont dans des périodes d'évolution différentes. Dans les premiers temps, dans une période plus rapprochée de celle de leur' formation, c'est du moins ce que nous supposons, ils opposeraient à la destruction une force de résistance plus grande que dans la suite. Il y aurait donc des périodes dans la vie des globules où ils résisteraient moins aux actions chimiques. Si nous rapprochons de ces observations le fait que nous avons signalé (p. 188), la destruction des globules rouges par la bile, il paraît assez vraisemblable qu'il y a dans le corps des organes où les globules rouges, à une période donnée de leur évolution, peuvent perdre leur forme et disparaître comme éléments en se dissolvant dans le plasma, dont ils augmenteraient la richesse nutritive. Les globules sanguins, outre qu'ils portent l'hémoglobine, auraient donc encore pour rôle de transporter dans l'organisme des matières nutritives sous un petit volume et de servir ainsi à la nutrition.
Ce fait n'est du reste pas isolé; dans les cellules lymphatiques de l'écrevisse et du homard, nous avons signalé des granulations qui possèdent les mêmes caractères que les corpuscules vitellins de certaines espèces animales. Ces granulations paraissent avoir le môme rôle que possèdent les globules rouges chez les animaux à sang chaud, celui d'être détruites pour servir à la nutrition. Ce qui confirme cette hypothèse, c'est précisément la ressemblance de ces granulations avec les corpuscules vitellins, car ces derniers sont évidemment destinés à la nutrition.
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