‹ Traité technique d'histologie (volume 2)Chapitre 38 sur 81 · T • -1 • • 1 1 ^' ' cartilage · texte numérisé non relu

T • -1 • • 1 1 ^' ' cartilage

tenus dans des canaux sinueux. Le tissu cartilagineux qui borde ces canaux est formé d'une substance fondamentale plus dense et généralement de capsules aplaties. Cette disposition est semblable à celle que l'on observe à la surface de tous les cartilages adultes. Les vaisseaux sanguins n'occupent pas complètement les canaux qui les contiennent. L'espace laissé libre est rempli d'un tissu spécial connu sous le nom de moelle du cartilage. Cette moelle est constituée par des cellules lymphatiques et des cellules de tissu conjonctif, voire môme quelquefois par des fibres de ce tissu.

Il est assez diflicile de faire des coupes crui tombent précisé- D.ivTioppe^

'■ ^ , IllCIlt cli'S

ment sur l'extrémité d'un bourgeon vasculaire, de manière v.iiîsoai.xci.nis à montrer nettement la façon dont il creuse sa cavité dans le cartilage. Souvent, lorsque l'on croit avoir sous les yeux une extrémité vasculaire , on n'a affaire qu'à une sinuosité du vaisseau, qui passe dans un autre plan, et non à l'anse terminale. Quand on arrive réellement à voir l'extrémité du bourgeon, on reconnaît que la cavité médullaire du cartilage se produit par la dissolution de la substance cartilagineuse et la mise en liberté des cellules. Le bourgeon vasculaire use pour ainsi dire la substance fondamentale ; les cellules dégagées tombent dans le creux ainsi formé ; elles y deviennent lenticulaires, plates, et font une sorte de gaine aux vaisseaux.

Nous reviendrons du reste sur cette question à propos de l'ossification.

Étude des cart:iagc.<s ù la lumière polarisée. — LcS aUtCUrS

allemands admettent en général, depuis les travaux de Brûcke, qu'une substance qui possède la double réfraction est d'une autre nature que celle qui ne possède que la simple réfraction (voy. Polansaiinn, p. 38). C'est ainsi que Brûcke a signalé dans les mu.scles deux substances, dont l'une est monoréfiïngente et l'au-

Le cartilaf^c eiiibryoïinairc est rnonoréfriiiffciit.

Biriifriiigence variant dans les difH'rentcs

couches d'im carlil.ijjo diartlii'udial.

292 TRAITK TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

tre bii'éfringente. On s'est engagé dans cette voie à la suite de cet histologistc, et aujourd'hui on note toujours, et pour chaque tissu, s'il est monoréfringent ou biréfringent.

Chez l'embryon, les cartilages possèdent tous la réfraction simple. En d'autres termes, quand les deux niçois sont croisés et que le champ est noir, la préparation est noire aussi, et, dans quelque sens qu'on la tourne, elle ne rétablit pas la lumière. 11 en est ainsi, quel que soit le mode de préparation que l'on ait employé.

Chez les animaux adultes, il en est tout autrement. Etudions un cartilage diarthrodial de l'homme ou de tout autre mammi-

fère sur une coupe perpendiculaire à la surface, placée dans l'eau ou montée dans le baume du Canada. Les deux niçois étant croisés, le cartilage rétablira la lumière dans deux positions perpendiculaires l'une à l'autre, comme le ferait un tendon, une fibre musculaire ou un poil. Seulement le rétablissement de la lumière ne se fait pas dans toutes les parties du cartilage, et, dans celles où il se montre, il se fait inégalement. Ainsi, sur la préparation de cartilage orientée de manière à avoir le maximum d'intensité lununeuso(fig.91),nous observons, immédiatement au-dessous de la suriiicc, ime bande claire qui correspond à la couche des capsul. lenticulaires, puis une bande sombi e, correspondant à la coucliu des capsules rondes, ensuite une seconde bande claire plus- large que la première et qui correspond à la couche à capsules primitives allongées disposées en séries et perpendiculaires à la surllice. Cette bande est moins lumineuse que la première. Elle est plus large et s'étend jusqu'à la couche calciliée. A la limite qui sépare le cartilage hyalin du cartilage calcilié, il existe une seconde bande obscure très-étroite ; enfin une dernière haïule claire est formée par le cartilage calcilié lui-môme. La limite entre la preiiiièr,ybaude obscure et les deux bandes claires qui

l'"u;. 91. Ciirlilaj^c de la lèlc d'un luélacariiicu de l'homme adulte. Coupe perpendiculaire à la surface, faite sur le cartilage frais, et examinée dans l'eau à la lumière polarisée, les deux niçois étant croises. — 18 diani.

TISSU CARTILAGINRUX. 293 ravoisincnt n'est, pas ncLlc; elle se fait par une sci'ie de teintes dégradées.

Faut-il conclure de celte observation qu'il y a dans le cartilage ^ cause^dos^^ plusieurs substances disposées par couches successives ? Si l'on rcfiacUon. admettait la théorie de Briickc, il faudrait en reconnaître au moins deux, disposées alternativement : l'une raonoréfringente, l'autre luréfringentc.

En ce qui concerne le cartilage, cette manière devoir est insoutenable. Saufla couche calcifiée, qui est évidemment une substance diiïérente puisqu'il s'y est déposé des sels calcaires, on saitparfaiment que la substance cartilagineuse est homogène. 11 n'y a de différent dans les diverses couches de cartilage que la forme des cellules ; et c'est la même cause qui fait varier la forme des cellules et qui donne à la substance fondamentale ses propriétés monoréfringentes ou bii'éfringentcs.

Dans la couche superficielle où les cellules sont aplaties parallèlement à la surface, la substance cartilagineuse est aussi comprimée dans ce sens, et c'est cette compression qui la rend biréfringente. Dans la couche profonde, où les cellules sont allongées ■perpendiculairement à la surface, la substance fondamentale, par la même cause, est comprimée dans cette direction, et cette çom- , pression la rend de même biréfringente. Entre ces deux couches, dont l'une subit une pression perpendiculaire à la surface du • cartilage, et l'autre une pression dirigée dans un sens parallèle à 1 celte surface, se trouve une couche intermédiaire où ces deux pressions se neutralisent, pour ainsi dire. C'est la couche où les cellules sont rondes, et elles ont précisément cette forme parce qu'elles sont comprimées également dans tous les sens. La substance intercellulaire n'étant pas comprimée dans une direction donnée est restée monoréfringenle, et c'est pour cela que la première bande obscure se trouve au niveau de la couche des cellules rondes.

Il est un fait parfaitement en rapport avec celle interprétation. Lorsque, sous rinlluoiice d'une iri'ilalion (rluunatisme articulaire aigu ou chronique, arthrite scrofuleusc), les cellules des couches superficielles du cartilage se sont gonlïées el ont proliféi'é, et que la substance fondamentale de ces couches a subi un certain degré de ramollissement, ces couches ne sont plus biréfringentes ; elles restent noires sur champ obscur, quelle que soit leur orientation. Il a donc suffi d'un processus pathologique changeant la constitu-

Lion physique de celle couche pour hii faire perdre sa douhlerélVaclion. Celle-ci n'est donc pas liée à un élal chimique de la substance, et il est logique de l'attribuer seulement à un état physique.

Pour terminer ce qui est relatif aux 'cartilages diarthrodiaux étudiés à la lumière i)olarisée, je dois dire que la descri|)tion qui précède ne s'applique pas aux régions marginales d'un revêtement articulaire cartilagineux. Au voisinage du périoste et des capsules articulaires, les rapports intimes de continuité entre le tissu cartilagineux et le tissu fibreux (rapports que nous étudierons plus loin) changent les conditions optiques, de telle sorte que l'image régulière dont nous avons parlé ne se produit Ca.iiinpps plus. Enfin, les cartilages des côtes, du larynx, de la trachée et ciu'hrvnx.Tic. dcs bronchcs , examinés sur des coupes perpendiculaires à la surface et placés suivant une orientation convenable, montrent le périchondre fortement biréfringent; les couches superficielles munies de capsules lenticulaires se comportent comme la couche superficielle des cartilages diarthrodiaux, tandis que les couches profondes formées de capsules rondes, sont monoréfringenles ou possèdent une biréfringence faible, excepté dans les points où il s'est produit une segmentation fibrillaire de la substance fondamentale. Ces derniers points sont alors biréfringents. Accroissement des cartilages. — A l'aidc dcs méthodcs qui permettent de voir les cellules de cartilage dans leur intégrité, il est possible de suivre toutes les phases de la multiplication des .

cellules et de la formation de la substance fondamentale.

Chez les jeunes embryons de mammifères, dans les couches du cartilage qui vont bientôt être envahies par l'ossification, on trouve de grandes cellules claires, riches en matière glycogène et ne contenant pas de granulations graisseuses. Parmi ces cellules, il y en a qui contiennent deux noyaux (fig. 0-2). D'autres fois dans une môme capsule existent deux ccUuies côte à côte, ou séparées par une mince cloison de subslance foudamenlale. En comparant Ic^

FiG. 921 — Cellules cartilagineuses, du calcanéum d'un embryon de chien, prises au voisinage de la ligne d'ossification et examinées dans une solution saturée d'acide picrique. — d, capsules primitives et secondaires; c, protoplasma cellulaire; 6, noyau; a, nucléole; c, substance fondamentale segmentée.

unes aux autres ces dilTérentes Ibrmos, on arrive à la noLion du mode suivant lequel les cellules rartilagineuses se multiplient : division du noyau, segmentation de la masse protoplasmique pour former un corps cellulaire distinct autour de chaque noyau, puis, autour de chacune des cellules, formation d'une capsule distincte d'abord et qui ensuite tend à se confondre avec la capsule pi'imitive.

Chez les grenouiUes, où le développement du cartilage se fait avec lenteur, mais se poursuit constamment, on trouve dans le carlilage de la tête du fémur un certain nombre de cellules contenant deux noyaux, et des cellules c[ui, contenues dans une capsule primitive, sont disposées l'une à côté de l'autre ou sont" séparées par une lame cartilagineuse excessivement mince.

Aussi bien chez la grenouille que chez les mammifères, la multiplication des cellules cartilagineuses se produit par division, et chacune des nouvelles cellules s'enveloppe d'une capsule secondaire distincte de la capsule primitive.

Les auteurs classiques d'histologie désignent la reproduction des cellules cartilagineuses et la formation de leurs capsules sous le nom de génération endogène. Cette expression est vicieuse, car elle fait supposer que les cellules de nouvelle formation naissent dans l'intérieur de cellules semblables, tandis qu'elles tirent leur origine de la division de cellules anciennes.

Les mots de capsule mère et de capsule fdle sont également mauvais, puisque la capsule primitive ne concourt nullement à la formation des capsules secondaires. Ces dernières proviennent, comme nous venons de le voir, d'un travail physiologique, accompli par chacune des cellules de nouvelle formation '.

Page 1