‹ Traité technique d'histologie (volume 2)Chapitre 4 sur 81 · MICROSCOPE COMPOSÉ · texte numérisé non relu

MICROSCOPE COMPOSÉ

Le microscope composé diffère du microscope simple en ce qu'il donne des images beaucoup plus grandes et renversées. Nous en étudierons successivement les parties optiques et les parties mécaniques'.

Parties optiffues. Les parties optiques essentielles qui

constituent un microscope composé sont : l'objectif, l'oculaire, le miroir pour éclairer les corps transparents, et la loupe pour éclairer les corps opaques.

\° Objectif . — L'objectif est en réalité un microscope simple

' Pour toute la description qui va suivre, nous supposons que le lecteur a un microscope devant les yeux.

constitué par une série de lentilles achromatiques superposées. Dans le microscope composé, il agit cependant d'une manière toute différente; il produit une image réelle à une hauteur variable suivant la distance de l'objet à la lentille. Soit un objet ab (fig. 3) un peu au delà du foyer principal de la lentille, cet objet donnera en a'h' une image réelle et renversée.

Pour prouver qu'il en est réellement ainsi, il suffit de débar-

Vis iiiicromctrique.

Fie. 2. — Microscope composé.

rasser le microscope de son oculaire, que l'on remplace par une chambre noire munie d'un écran en verre dépoli, et de chercher l'image en abaissant ou-en relevant l'écran, comme le font les pbotograpbes dans ce qu'ils nomment la mise au point. Une fois l'image obtenue dans sa netteté, si, au moyërTde la vis micrométrique, on rapproclie l'objectif de l'objet, on voit que l'image grandit et se produit plus loin, c'est-à-dire qu'il faut éloigner l'écran |)oiir la retrouver dans sa netteté. Si, an contraire, on

-cnlillc champ.

éloigne l'objeclif de l'objet, il faut abaisser l'écran pour retrouver dans sa netteté une image plus petite que la première.

Le tracé des rayons lumineux l'cnd compte de cette différence ;

supposons en effet l'objet ab, transporté en mn, à une distance un peu plus grande de la lentille, on voit que l'image se produiia en m'n', c'est-à-dire moins loin que a'b\ et qu'elle sera plus petite.

Ce fait trouvera son apjilication à propos de la mise au point du microscope.

2° Oculaire. — Auj trefois l'oculaire se composait d'une seule lentille, qui agissait sur l'image réelle comme une loupe simple sur un objet. Un grand perfectionnement a été de le remplacer par un oculaire composé de deux lentilles plus ou moins éloignées ; l'une supérieure est la lentille oculaire proprement dite, l'autre inférieure est la lentille de cliamp, ou lentille collective. L'oculaire dès lors ne peut plus être considéré comme une loupe agissant sur l'image réelle pour l'agrandir.

Les avantages de c(3lle hintille de champ sont de deux espèces. Lorsque les rayons lumineux ont traversé l'objectif, ils vont en divergeant à partir du foyer, et forment un cône; plus la lentille qui constitue l'oculaire sera distante du sommet de ce cône,

Fir,. 3.

moins elle recevra de rayons luminoux. La lentille de champ, qui est plus rapprochée de l'ohjcctif que la lentille oculaire proprement dite, recueille des rayons lumineux qui n'arriveraient pas à l'oculaire, et, en changeant leur direction, les fait passer par l'oculaire et arriver à l'œil de l'observateur.

Un autre avantage de la lentille de champ, c'est que les opticiens combinent sa construction de manière à corriger l'aberration de l'orme dont nous avons, parlé plus haut. Nous avons vu en effet que l'image produite par l'objectif peut être courbe; à l'aide de la lentille de champ, on arrive à redresser l'image, en taisant croiser les rayons; on peut même dépasser la correction, et il se produit alors une image courbée en sens inverse.

L'oculaire peut donc servir à corriger l'aberration de forme, mais ne saurait servir à corriger l'aberration sphérique de l'objectif.

S' Loupe et miroir. — La loupe, fixée par une monture à la douille de l'instrument, sert à éclairer les objets opaques; mais il n'est pas possible de l'employer avec les objectifs forts, parce que leur monture projetterait de l'ombre sur la préparation.

Le. miroir placé au-dessous de la platine est destiné à éclairer par transmission les objets transparents; il sert beaucoup plus . souvent que la loupe. Il est plan ou concave. Le miroir plan s'emploie avec les faibles grossissements ; le miroir concave avec les grossissements considérables; ce dernier donne un faisceau lumineux conique dont la pointe vient éclairer l'objet, tandis que le miroir plan donne des rayons parallèles.

Le miroir peut être disposé de manière que son centre corresponde à l'axe optique de l'instrument, ou bien il peut être disposé obliquement; on a dans ce cas ce qu'on appelle la lumière oblique. Enfin, pour éclairer très-vivement les objets, on se sert de lentilles ou de systèmes de lentilles disposés au-dessous de la platine du microscope, et qui se nomment des condensateurs. 11 y en a de deux espèces : les uns, imaginés par Dujardin, donnent un faisceau lumineux à rayons convergents se réunissant sur l'objet; les autres, construits par Hartnack, donnent un faisceau a rayons parallèles; ce parallélisme des rayons s'obtient en les faisant passer par unii série de lentilles disposées à cet effet.

Porties mécaniques. — Lc microscopc présente en outre à considérer des parties purement mécaniques : la platine, la monture du miroir, le tube sur lequel sont adaptés les objectifs et les oculaires, etc.

Mii'oii' plan et miroir concave.

Luiniùrc oblir|iie.

Condciisaleurs.

Platiiii'

L;i platine est la petite table sur laquelle repose l'objet soumis îV l'observation; elle est percée d'un trou central sufiisant pour laisser passer les rayons lumineux. Il est nécessaire de pouvoir en diminuer à volonté l'ouverture. Pour cela, au-dessous de la platine est adaptée une plaque tournante munie de diaphragmes de dimension variée, et qui peuvent se présenter tour à tour. Diaphrafrmcs. Cette disposition n'est pas suffisante pour l'observation des objets fins; les diaphragmes de petite ouverture sont rarement assez bien centrés, c'est-à-dire qu'ils se trouvent rarement tout à fait dans l'axe optique du système des lentilles. De plus, ces diaphragmes sont toujours à la môme distance de la platine, on ne peut ni les rapprocher ni les éloigner. C'est pour cela que, dans les microscopes bien construits, on a des diaphragmes cylindriques bien ajustés qui sont reçus dans le trou même de la platine; ils peuvent être élevés ou abaissés à volonté, sans qu'il se produise un défaut de centration. Ils offrent de plus l'avantage de pouvoir être remplacés par un condensateur ou un appareil à polarisation.

La monture du miroir n'est point indifférente; il faut .qu'il puisse se déplacer dans diverses directions, soit latéralement, soit verticalement. La disposition la plus avantageuse consiste dans la combinaison de deux articulations dites à genou par les constructeurs ; cette disposition permet toutes les positions possibles du miroir dans l'axe du microscope et en dehors de l'axe.

Le miroir doit avoir deux laces, une plane et une concave pour que l'on puisse les employer alternativement.

Le corps du microscope, aux extrémités duquel sont adaptés les objectifs et les oculaires, est constitué par deux tubes en cuivre, qui doivent glisser l'un sur l'autre à frottement doux, de manière qu'on puisse faire varier la dislance entre l'objectif et l'oculaire.

La manière dont le corps du microscope est adapté à l'instrument est variable; le plus généralement il glisse dans une douille fixée au pied de l'instrument, et fendue dans sa longueur pour présenter une élasticité qui régularise et adoucisse le frottement. Dans certains microscopes, le mouvement du tube s'effectue au moyen d'une crémaillère.

Quant aux mouvements lents qui établissent d'une manière nette le point exact, on les obtient au moyen d'une vis micrométrique très-bien construite, qui agit tantôt sur un cvlindre creux

Corps du microscope

Vis micrométrique.

qui glisse sur un axe cylindriqu'^, tantôt sur un prisme triangulaire qui glisse dans une ouverture prismatique. La disposition prismatique vaut mieux ; elle ne permet pas les déplacements latéraux.Un ressort à boudin placé dans la cavité cylindrique ou prismatique maintient le tube du microscope à la plus grande dislance que permet la vis micrométrique, et le fixe dans cette position.

Pour qu'une vis micrométrique fonctionne bien, il faut qu'il n'y ait pas d'irrégularités de froltement et qu'il existe une tension constante. Ces conditions sont plus importantes qu'elles ne le paraissent à première vue; en effet, ce n'est pas seulement avec ses yeux que le micrographe examine, il s'aide pour ainsi dire de ses main.';, car il a besoin continuellement de faire vai'ier le lieu de son observation, de voir plus ou moins profondément, et la perfection du mouvement de l'appareil lui est absolument nécessaire.

maniement du microscope. — La première chose à faire, ciuand Neiioyag,-

'■ ' ' des verres.

on veut se servir d'un microscope, c'est de s'assurer que toutes les lentilles et les miroirs sont parfaitement propres; pour cela, il faut les passer en revue successivement.

Si les faces libres de l'oculaire ne sont pas bien nettes, le meilleur moyen de les nettoyer est de les essuyer avec un morceau de moelle de sureau fraîchement cassé, sur lequel il n'y a encore aucune poussière ni aucun corps étranger qui pourrait rayer le verre. S'il y a de la poussière sur la face interne des lentilles, il est facile de les dévisser et de les essuyer de même avec un fragment de moelle de sureau. Les faces libres des lentilles de l'objectif seront nettoyées de la même façon. Quant aux faces * cachées des lentilles, si l'on y aperçoit de la poussière, il ne faut essayer de les dévisser et de les nettoyer soi-même que si l'on est expert dans la partie, autrement il vaut mieux porter l'objectif <'hez un opticien et le prier de le nettoyer.

11 faut aussi que le miroir soit parliiitement pur; on l'essuie avec un linge fin. Quand on se sert des condensateurs, on les examine et on les nettoie comme les objectifs.

Lorsque le microscope est bien net, il fout choisir sa lumière. ...ci'oix. On éclaire généralement le miroir avec la lumière naturelle ; pour cela, on y fait tomber les rayons lumineux venant non pas (hrectement du soleil, mais d'un point du ciel assez clair, un nuage gris ou blanc par exemple.

Il an-ive souvent aux personnes qui n'ont pas une grande habilude de l'éclairage au microscope, de trouver difficilement

de la lumière.

une bonne position du miroir. Elles perdent ainsi beaucoup de temps, et souvent n'arrivent pas à éclairer convenablement le champ du microscope. Pour obvier à cet inconvénient, il faut enlever le tube et chercher, en regardant directement, quel est le point du ciel le plus lumineux. On a ainsi orienté son microscope, et il suffit de remettre le tube dans la douille sans rien changer à la position de l'instrument. Cette manœuvre est surtout utile avec les objectifs forts. Dans certains cas, il est important que le miroir soit parfaitement centré, c'est-à-dire que son centre soit exactement dans l'axe optique du microscope. Pour s'assurer qu'il est en effet dans cette position, il faut examiner une bulle d'air dans l'eau en mettant l'objectif au i)oint pour sa partie supérieure. Si le miroir n'est pas bien centré, les diflérentes zones de l'image n'ont pas des bords parallèles; il faudra faire varier la position du miroir jusqu'à ce que l'image soit bien régulière. Il sera alors certain que le centre du miroir est dans l'axe optique de tout l'instrument.

uimièro Dans des cas pressants, on peut aussi travailler à la lumièr(3 artificielle. La source de lumière qu'il est préférable de choisir est un bec de gaz ou une lampe à pétrole à mèche plate. On met sur le trajet des rayons lumineux une lentille biconvexe pour les rendre parallèles. Comme cette lumière est beaucoup plus jaune que la lumière solaii'c, il est bon d'atténuer cet inconvénient en plaçant un verre bleu, soit sur le miroir, soit sur la platine audessous de la préparation.

s(! nu poiiu. Une fois que l'on a trouvé une bonne lumière, il s'agit de mettre l'instrument au point. On fait glisser le tube soit directement avec les mains, soit avec une crémaillère, si le microscope en possède une. Quand on a quelque habitude, on préfère généralement le glissement direct. Lorsque le microscope est neuf, le glissement est facile et régulier; mais au bout de quelque temps, il s'accumule entre la douille et le tube des parcelles de cuivre détachées par le frottement, des poussières, des matières grasses ou sahnes provenant des doigts, etc. Par suite du glissement, cette crasse se forme en rouleaux qui gênent le mouvement. Il se produit des résistances qui amènent des ressauts brusques, et le mouvement n'est plus régulier. Le meilleur moyen pour enlever cette crasse est de frotter le tube du microscope et la douille avec un papier poreux.

Il ne faut point enfoncer directement le tube du microscope,

mais le faire tourner en même temps, de manici'e à lui imprimeiun mouvement en hélice. Avec un peu d'habitude, on arrive à mettre à peu prés au point, c'est-à-dire à voir l'objet, sans s'être servi de la vis. Il faut ensuite tourner la vis micrométrique trèslentement, de manière à arriver à la vision distincte : du reste, tout en observant, il faut garder la main sur le bouton de la vis, de manièrfc à voir successivement, par un déplacement léger de l'objectif, les points de l'objet situés plus ou moins profondément. Lorsque l'on fait usage des objectifs forts, la mise au point est une opération beaucoup plus délicate qu'avec de faibles grossissements. En effet, dans ces cas, le plus léger déplacement de l'objectif, celui, par exemple, qui correspond à ^ , à de tour de la vis, change totalement l'aspect des objets très-petits que l'on examine; il faut donc apporter une très-grande précaution au mouvement de lavis, et cela d'autant plus que l'objectif ayant un très-court foyer touche presque la préparation, et qu'un mouvement un peu trop considérable de la vis fait porter l'objectif sur le verre recouvrant qui écrase la préparation ou qui se brise.

Nous avons imaginé, pour obvier à cet inconvénient, d'arriver Mise au poi» à la mise au point par le déplacement, non pas de l'objectif ou du de'' rSirc corps du microscope tout entier, mais simplement par le déplacement de l'oculaire. Nous nous servons pour cela d'un appareil très-simple (fig. 4). Il consiste en deux anneaux en laiton, reliés entre eux par une crémaillère au moyen de laquelle on peut augmenter ou diminuer la distance qui les sépare. Le premier de ces anneaux a s'ajuste au haut du tube du microscope; dans le second on fixe l'oculaire que l'on peut de cette façon faire plonger plus ou moins dans le tube du microscope en manœuvrant le bouton de la crémaillère. En nous servant de ce petit instrument avec des objectifs forts, comme par exemple avec le n" 10 à immersion de Ilartnack, nous avons constaté que l'on dispose, pour effectuer la mise au point, d'une étendue beaucoup plus considérable que lorsqu'on déplace l'objectif; c'est-à-dire qu'un changement dans 'l'image, obtenu avec ^, ou ^, de tour de la vis ordmaire, n'est obtenu avec le déplacement de l'oculaire que par un tour tout entier du bouton de la crémaillère. C'est là un avantage très-grand. La difficulté de l'observation avec les forts grossissements et la fatigue qui en résulte sont en effet dues en grande partie a la dilficullé de mettre exactement au point. L'œil do l'observateur essaye dans ce cas de complétai- ce qui manque à

Lumière direclc.

Lumière transmise.

Franges

l'instrument et de s'accommoder le mieux possible ; c'est cet elFort d'accommodation fatigant qui est évité par le déplacement de l'oculaire. Un autre

FiG. 4. — Crémaillère tnicroniôtrique oculaire '

pour la mise au point. gGV d une Ires-pctite quan-

tité le point de la vue distincte, on arrive, grâce à ce petit instrument, à résoudre plus facilement une série de problèmes encore discutés. Nous aurons souvent l'occasion, dans le cours de cet ouvrage, d'en citer des exemples.

Aspect des objets au microscope. LeS objctS peUVCUt être

examinés sous le microscope soit à la lumière directe, soit à la lumière transmise.

A la lumière directe, on voit les objets comme dans le monde extérieur, sauf qu'ils sont renversés et dès lors paraissent avoir leur ombre du côté d'où vient la lumière. On se servait beaucoup autrefois de la lumière directe; récemment encore on l'employait souvent pour étudier les préparations microscopiques injectées, lorsqu'on n'avait comme masses d'injection que des matières colorées opaques ; maintenant que l'on se sert presque exclusivement de masses transparentes, les préparations où les vaisseaux sont injectés doivent aussi être étudiées à la lumière transmise.

La lumière transmise donne lieu à des phénomènes de diffraction qu'il est essentiel de connaîti^e, parce qu'ils peuvent prêter à des erreurs et à de fausses interprétations des images que donnent les objets.

di

côté avantageux de ce procédé, c'est qu'avec la mise au point très-exacte que l'on obtient ainsi , il " est beaucoup plus facile de se rendre compte de la superposition des plans pour des objets très-petits, de savoir par exemple si une fibrille proche d'une cellule passe audessous ou s'anastomose avec elle. Comme l'oculaire doit être déplacé d'une façon très-appréciable pour clian-

On sait que si l'on fait entrer dans une chambre noire un rayon lumineux très-mince, et qu'on en intercepte une partie par un écran, l'autre partie, reçue sur un autre écran, n'y produit pas une surface blanche homogène. Il s'y montre des stries, des raies alternativement claires et obscures, plus ou moins lumineuses que le fond blanc, et variant suivant la façon dont on a disposé les écrans. Si, au lieu de la lumière blanche, on emploie la lumière monochromatique jaune (voy.plus loin), les phénomènes deviennent beaucoup plus saillants, les raies s'écartent et deviennent plus nettes. Ces raies que l'on a appelées franges de diffraction sont dues à des interférences ; nous n'avons pas à nous occuper ici de la théorie qui en explique la production ; mais il est important de les noter, car elles ont donné lieu à des erreurs en micrographie. — Ainsi, dans les sarcoiis éléments de Bowmann (voy. plus loin tissu musculaire), Rouget a observé des stries transversales; d'autre part, Krause y a vu des stries longitudinales ; comme nous le verrons plus tard, ces stries n'existent pas dans l'élément histologique; ce que ces auteurs ont pris pour des stries n'est en réalité que des franges de diflraction.

Les tissus soumis à l'observation microscopique doivent le De nnfluence

, , . , . -, . . , f I des

plus souvent être exammes dans un milieu liquide. Ils sont en milieux

rr. 11 • 1 < 1 1 ' 1 / 1 1 • • l'aspect

effet pour la plupart humides a 1 état normal, et la dessiccation des objets, les déforme en les faisant revenir sur eux-mêmes; d'autre part, l'air, venant à s'introduire dans les interstices de ces tissus ou dans les intervalles qui en séparent les fragments, change complètement leur aspect, par suite des phénomènes optiques auxquels donne lieu la différence de son indice de réfraction avec celui des tissus, en sorte que l'observateur n'a plus qu'une image confuse ou inexacte de l'objet, lorsqu'il l'examine à l'état sec.

Or, suivant le milieu dans lequel est plongé un objet, il est vu d'une façon tout à fait différente. S'il est placé dans un milieu qui ait le môme indice de réfraction que lui, il n'existe pas pour l'œil ; dans un milieu moins réfringent, il a les caractères d'un corps solide; dans un milieu plus réfringent, ceux d'un corps creux. Une expérience facile à faire rend le phénomène très-sai liant. On prend trois flacons semblables remplis, le premier d'eau, le second de sulfure de carbone, le troisième de baume du Canada. A travers le bouchon qui ferme chacun d'eux, on foit passer une baguette de verre qui plonge dans le liquide. En regardant à travers le llacon qui contient de l'eau, celte ba-

guette paraît solide ; dans le flacon au sulfure de carbone, elle paraît creuse, et dans le flacon au baume du Canada, on ne la voit point du tout. Les indices de réfraction des différents corps employés dans cette expérience nous permettent de nous rendre compte de tous ces phénomènes. En effet, le baume du Canada a à peu près le même indice de réfraction que le verre.

L'eau a pour indice 1.336

Le verre 1.563

Le sulfure de carbone 1.640

Aiiiiiyscop- Pour nous rendre compte de l'influence des milieux sur la mades b"nes nière dont on voit les objets au microscope, nous allons étudier globules ^ des corps d'une forme déterminée dans un milieu plus réfringent

( 1 0 ro i ^sc • • • • •

et ensuite dans un milieu moins réfringent qu'eux-mêmes. Nous allons faire l'analyse optique d'une bulle d'air dans l'eau, d'une bulle d'air dans le baume du Canada et enfin d'un globule de graisse dans l'eau.

Huile d'air dans l'eau. — On emprisonne dans l'eau, entre la lame et la lamelle, une bulle d'air assez petite pour qu'elle ne soit pas comprimée, et qu'elle garde une forme sphérique. On place la lame sur la platine ; au-dessous, à cinq millimètres environ de la bulle (en comptant l'épaisseur de la lame de verre et celle de la platine), on met un diaphragme d'environ 2/3 de millimètre d'ouverture, et l'on éclaire avec le miroir concave bien centré.

En mettant l'objectif au point pour le centre de la bulle, ce qui se reconnaît à ce que les bords de la bulle sont bien nets (fig. 5. B), le centre de l'image est très-clair, plus clair que le reste du champ ; il est entouré d'une zone grise et d'un anneau noir assez large, interrompu par un ou plusieurs cercles plus clairs ; autour de l'anneau noir se trouvent encore un ou plusieurs cercles concentriques plus clairs que le champ. Ces cercles clairs sont des cercles de diffraction. Nous ne nous occuperons pas en ce moment de la théorie qui explique leur production.

En rapprochant l'objectif de la préparation à l'aide de la vis micrométrique, de manière à inspecter la partie inférieure de la bulle (fig. 5. A), le cercle central blanc diminue et devient plus clair ; son bord devient plus net ; il est entouré d'un anneau noir très-large, environné lui-même à sa périphérie d'un ou plusieurs cercles de diffraction.

Si l'on éloigne au contraire l'objectif pour examiner la bulle dans

sa partie siipéi-icure (fig. 5. C), ou remarque que le cercle central augmonte en étendue ; il est entouré d'un plus ou moins grand nombre d'anneaux de teintes grises variées, autour desquels on retrouve un anneau noir plus mince que ceux que l'on voyait dans les deux autres positions de l'objectif; tout à lait aux bords, on remarque des cercles de diffraction en plus grand nombre que précédemment.

Fin. 5. — 1. liuUe il'aii- dans l'eau. A, l'objectil' élaiit mis au point sur la partie profonde; 1$, rol)jcctif mis au point sur sa partie moyenne; C, l'objectif mis au point sur sa partie supérieure.

2. liulle d'air dans le baume du Canada. Les lettres A', B', C indiquent des positions semblables de Tobjectif par rapport à la bulle.

3. Globule de graisse dans l'eau. A", l'objectif mis au point sur la partie profonde; IJ", l'objectif mis au point sur la partie moyenne; C", l'objectif mis au point sur la partie supérieure.

L'explication de ces pliénomèncs (abstraction faite des cercles nénexi.m de diffraction ;' voy. plus loin) se trouve dans ce que l'on appelle la réflexion totale. — On sait qu'un rayon lumineux ca (l'ig. G), qui

THAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

passe obliquement de l'eau E dans l'air A se rélVacte en s'éloignant de la normale; plus le rayon incident est oblique, plus le rayon réfracté se rapproche de la surface oo', de sorte qu'en considérant des rayons de plus en plus obliques, on arrive à un rayon incident co pour lequel le rayon réfracté serait parallèle à la surlace du liquide. Ce rayon co ne se réfracte plus; il subit ce que l'on nonune la réllcxion totale. L'angle ocm que fait alors le rayon incident avec la normale est l'angle limite, c'est-à-dire l'angle qui limite les rayons qui pourront sortir de l'eau pour arriver dans l'air. En effet, tous les rayons plus obliques encore seront à plus forte raison réfléchis, et un point lumineux r, placé dans l'eau

Fie. 6.

n'éclairera qu'une surface dont la section sera oo'\ tout le reste sera obscur.

Cela posé, si nous prenons une bulle d'air placée dans l'eau (iîg. 7) et recevant par en bas une série de rayons parallèles, chacun de ces rayons est supposé rencontrer la tangente à la surface de la sphère au point où il touche cette surface; le rayon qui arrive au point a fait avec cette tangente un angle de 90' ; il passe sans déviation; le rayon tombant en a' ne fait plus qu'un angle par exemple de 70° avec la tangente; il a par conséquent un angle d'incidence de 20", et le rayon qui, arrivant en fera avec la normale un angle de /i-S^SS' (angle limite pour les rayons qui passent de l'eau dans l'air) subira la réflexion totale. A plus forte raison, tous les rayons qui viendront tomber plus loin que sur la surface de la bulle n'arriveront pas à l'œil de l'observateur. Il en résultera sur les bords- de la bulle une zone obscure, tandis que le reste sera éclairé. En examinant

colle bulle au microscope, on devra donc voir, lorsque l'objccliC sera rapproché de manière à distinguer nettement le fond de la bulle, un cercle central blanc (fig. 5, A) entouré d'un anneau noir correspondant à la zone obscure dont nous venons de parler. On voit par le tracé (fig'. 7) qu'en relevant l'objectif de manière à percevoir distinctement la portion centrale de la bulle, le cercle blanc central augmentera d'étendue , et son bord deviendra diffus, tandis que l'anneau noir s'amincira. C'est en effet ce qui a lieu (fig. 5,B). Enfin, en éloignant l'objectif de manière à voir distinctement le haut de la bulle, on devra apercevoir en- Fh.. i.

core moins nettement la

zone obscure. Par contre il se produira alors une série de cercles de diffraction beaucoup plus nombreux, soit vers le centre, .soit vers la périphériq, parce que la partie inférieure de la bulle avec sa zone obscure, agissant sur les rayons lumineux qui la ti'aversent comme un diaphragme, détermine la formation de franges de diffraction.

Bulle d'air dans le baume. — Dans le baume du Canada, qui est beaucoup plus réfringent que l'eau, l'angle limite, au lieu d'être de 48° 35', a une valeur beaucoup plus petite^-c'est-àdire que des rayons tombant beaucoup moins obliquement sur la surface de séparation subiront déjà la réflexion totale. Sur une l)ulle d'air, il n'y aura donc que les rayons tombant Irès-près du pôle inférieur de la bulle qui arriveront à l'œil de l'observateur, et la zone marginale noire (fig. 7) sera beaucoup plus étendue.

En effet, lorsqu'on examine dans les mômes conditions que précédemment une bulle d'air dans le baume du Canada, on voit,

Ranvier. Histol. 0

lorsqu'on rapproche l'objectif de manière à examiner le fond de la bulle, une calotte spliérique noire A' (fig. 5, 2) percée au centre d'un petit trou comme taillé à l'emportc-pièce et d'un blanc plus éclatant que le reste du champ. En mettant l'objectif au point pour le centre de la bulle, c'est-à-dire à l'endroit où les bords de la bulle paraissent bien nets, on obtient la figure B'; on voit qu'elle est analogue à la ligure B correspondante que donnait la bulle d'air dans l'eau, avec cette différence que le cercle central est moins considérable. De même, la figure C qu'on obtient en considérant la partie supérieure de la bulle ressemble à la ligure G ets'exphque delà môme façon.

Globule de graisse dans l'eau. — La graisse a un pouvoir réfringent plus considérable que celui de l'eau ; un globule de graisse examiné dans l'eau nous fournira donc un bon exemple des phénomènes que peuvent présenter les corps très-réfringents entourés d'un milieu moins réfringent.

Pour se procurer un bon objet d'observation, il suffit de prendre à la pointe d'une aiguille une goutte d'huile d'olive ou d'huile d'amandes douces et de la battre dans un peu d'eau. On dépose sur la lame de verre une goutte du mélange, on recouvre avec la lamelle, on dépose l'objet sur la plaline, et l'on cherche, parmi les globules de graisse qui se trouvent dans la préparation, un globule assez petit pour être parfaitement sphérique. On l'observï" dans les mêmes conditions que nous avons indiquées plus haut, avec le miroir bien centré et un petit diaphragme.

En mettant l'objectif au point pour la partie inférieure du globule, il apparaît comme. un disque gris un peu plus foncé que le champ et séparé du reste du champ par un anneau un peu plus clair (lig. 5, A").

Si l'on éloigne fobjectif et qu'on le mette au point pour le centre du globule, celui-ci devient un peu plus clair, tout en restant gris, et l'on voit apparaître sur les bords un anneau noir mince, bordé en dedans et en dehors de cercles de diffraction (fig. 5, B")..

En continuant d'éloigner l'objectif, cel anneau noir devient de plus en plus large en gagnant sur le cercle central clair, et quand on examine le pôle supérieur du globule, on voit un centre blanc, plus blanc que le reste du champ, limité nettement par un anneau noir assez large, plus foncé vers le centre que vers la périphérie (^fig. 5, C").

iMIGRUSCOPE.

corps ou moins réfringents eur

Sans entrer dans l'explication de ces derniers phénomènes, ^^p^^.!,^""*^ nous constatons qne les images diverses que présente le globule i'';^'? de graisse sont précisément l'inverse de celles que présente la 'ijje feui bulle d'air.

La bulle d'air a un anneau noir et un centre blanc d'autant plus nets que l'on rapproche l'objectif du pôle inférieur de la bulle. Le globule de graisse a un anneau noir d'autant plus large et un centre d'autant plus net que l'on rapproche l'objectif de son pôle supérieur.

Les études qui précèdent, outre qu'elles nous permettront de distinguer dans les préparations les bulles d'air et les globules de graisse, et qu'elles nous empêcheront de les confondre avec des éléments histologiques, nous servent à établir ici ces deux principes généraux : '

Les corps plus réfringents que le miheu qui les entoure ont un centre blanc d'autant plus net et plus petit et mi anneau noir d'autant plus large qu'on se rapproche de leur face supérieure, c'est-à-dire qu'on éloigne l'objectif.

Les corps moins réfringents que le milieu dans lec[uel ils sont placés ont un centre d'autant plus blanc et plus petit et un anneau noir d'autant plus large et d'autant plus ibncé qu'on se rapproche de leur l'ace inlérieure, c'est-à-dire qu'on abaisse l'objectif.

Lorsqu'on examine les objets à la lumière monochromatique Lumièr jaune obtenue, soit par la combustion du sodium, soit par la dé- '"""îiq'TJ! composition de la lumière solaire au moyen d'un prisme, on observe en gros les mêmes phénomènes que nous venons de décrire, mais les franges de diffraction sont plus nettes, plus éloignées

' Ces phénomènes ont déjà été bien observés par Dujardin. — Voici ce qu'il dit : « ...Une bulle d'air et une gouttelette d'Iiuile dans Veau paraîtront l'une et l'autre bordées d'un cercle noir et pourvues d'un point lumineux au centre, si on les examine séparément et si l'on cherche pour chacune la distance convenable; mais si on les examine ensemble et comparativement, on reconnaîtra bientôt une différence essentielle entre ces deux petites boules. L'une, celle d'air, représentant un espace vide et moins réfringent par rapport à l'eau, agira comme une petite lentille biconcave, et n'aura son centre brillant que si Von rapproche robjectif du microscope, I.uisque le petit faisceau lumineux qui la traverse devient divergent et doit avoir son fover au delà de cette sphère. La petite boule d'huile, au contraire, réfractani la lumière plus fortement que l'eau, agira comme une lentille biconvexe, et montrera son centre plus brillant quand on éloigne l'objectif du microscope, » - Dujnrrhn, l'observateur au microscope. Paris, 18/i3, p. 55.

les unes des autres cl. en beaucoup plus grand nombre qu'avec la lumière ordinaire. Les franges internes de la bulle de graisse entre autres sont multipliées à l'infini; la goutte de graisse paraît constituée par une série de couches concentriques comme un grain d'amidon. A la lumière monochromatique bleue, les franges de diffraction sont aussi multipliées, mais elles sont rapprochées les unes des autres et plus fines, de sorte qu'elles ne sont pas si aisément visibles. Aussi la lumière monochromatique jaune con-

stitue-t-ehe un bon moyen de constater si des stries qu'on aperçoit dans un objet lui appartiennent en propre, ou si ce ne sont que des stries de dilTraction. Lorsque ces stries appartiennent à l'objet, elles ne sont pas exagérées par la lumière monochromatique ; si au contraire on les voit doublées ou quadruplées avec cette lumière, on peut être assuré que ce sont des franges de diffraction '.

Objets co7icavcs et convexes. — Les objets convexes et plus réfringents que le milieu qui les entoure se comportent tous comme h's globules de graisse , c'est-à-dire que, s'ils sont sphériques, leur centre devient brillant quand on éloigne l'objectif, obscur quand on le rapproche; s'ils sont cylindriques, ils présentent suivant leur axe une raie brillante quand on éloigne, obscure quand on rapproche l'objectif.

Les objets concaves, au contraire, situés dans un milieu moins j'éfringent, se comportent comme les bulles d'air, c'est-à-dire qu'ils

' On peut, au moyen d'une disposition assez simple, arriver à éclairer le microscope avec une lumière monochromatique quelconque. Dans une pièce oîi pénètre le soleil, on place près de la fenêtre un prisme triangulaire, de telle façon qu'il renvoie horizontalement le spectre lumineux vers le fond de l'appartement. Il sufTit alors de mettre le microscope sur un support dont la hauteur peut varier, pour observer tour à tour un objet dans les diverses lumières colorées. Pour bien faire, il faudrait se servir d'un héliostat; autrement, le soleil se déplaçant constamment, le miroir du microscope n'est pas longtemps éclairé parla même couleur, et il faut le déplacer pour continuer l'observation.

La lumière jaune peut aussi être obtenue d'une autre façon : on trempe dans une solution de soude une fine spirale de platine, que l'on met ensuite dans la flamme U'un bec de gaz. Il se produit une belle flamme jaune, dont on peut se servir pour l'éclairage; son inconvénient est d'être un peu tremblotante.

Page 1