DES SPECTRES PRODUITS PAR LES MUSCLES STRIÉS
Les stries transversales des faisceaux musculaires agissent sur la lumière blanche comme les réseaux pour produire des spectres ^ Lorsque l'on veut observer le spectre donné par les
1 Les réseaux dont se servent les physiciens pour produire des spectres sont (institués par des stries très-fines tracées au diamant sur une lame de glace. Ces stries doivent être parnlléles et équidistantcs. L'étendue du spectre produit par un réseau est d'autant plus grande quo les stries sont plus rapprochées, et cela dans un rapport mathématique déterminé.
muscles, il faut procéder de la façon suivante : Chez le lapin, immédiatement après la mort de l'animal, un ou deux faisceaux secondaires d'un muscle blanc sont isolés avec ménagement et placés sur une lame de verre. Ils y sont convenablement étalés bans addition d'aucun liquide et recouverts d'une lamelle dont les bords sont ensuite lutés avec de la paraffine, pour prévenir l'évaporation. En regardant cette préparation à contre-jour, on voit déjà des irisations comme celles de la nacre, mais, pour observer dans toute leur beauté les spectres produits par les muscles, il faut se placer au fond d'un appartement dont on a fermé les volets de manière à ne laisser passer la lumière que par une fente. La préparation de muscle est alors mise au devant et très-près de l'œil de l'observateur, les faisceaux primitifs étant orientés de manière que leur axe soit perpendiculaire à la fente formée, par les volets de l'appartement. Il apparaît alors de chaque côté de cette fente un, deux ou trois spectres disposés symétriquement et dont les premiers sont les plus brillants et les moins étendus.
Les muscles de la grenouille, et principalement le muscle couturier, dont tous les faisceaux sont bien parallèles, conviennent aussi pour ce genre d'observation. Avec le muscle couturier, on obtient des préparations persistantes dont on peut se servir pour des études spectroscopiques.
Lorsque ce muscle a été enlevé avec soin sur une grenouille vivante, on le fait sécher au-dessus d'une étuve chauffée à 40.degrés,après l'avoir réguhèrement tendu avec des épingles sur une lame de liège. Au bout de quelques heures, la dessiccation est complète ; les deux faces du muscle sont alors régularisées en les rabotant avec un scalpel bien tranchant, et en opérant comme un menuisier sur une planche lorsqu'il veut la dresser. Pour obtenir une préparatiomdéfinitive, il suffit d'imbiber avec de l'essence de térébenthine et de monter dans le baume du Canada.
Au moyen de cette préparation, si elle a été faite avec soin, on k^opeut réaliser l'observation spectroscopique du sang. A cet effet, nous avons fait construire un petit appareil (fig. 179), formé d'un tube t' noirci à l'intérieur, ayant 42 centimètres de longueur et 4 centimètres de diamètre. Il est fermé à l'une de ses extrémités par un diaphragme muni d'une fente verticale f, dont la largeur' est d'un demi-millimètre. L'autre extrémité porto un diaphragme percé d'un trou ceniral o, de 5 millimètres de
ol8 TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
diamètre. Une préparation de muscle esL disposrée au devant do ce dernier trou et y est fixée au moyen des valets v, de telle sorte que l'axe des faisceaux musculaires soit perpendiculaire à la fente/". En regardant alors à travers le trou, tandis que Tinstrument est dirigé vers un point lumineux, on aperçoit des spectres à gauche et à droite de la fente.
Pour observer les bandes d'absorption de l'hémoglobine (voy. p. 200) il faut feire traverser une couche de sang à la lumière qui arrive dans le myospectroscope. Dans ce but, cet instrument est complété par un tube t, qui enveloppe le premier et glisse sur lui avec frottement. Ce second tube est muni à son extrémité d'un diaphragme présentant suivant son diamètre vertical une large
FiG. 179. — Myospectroscope. — p, platine sur laquelle on fixe la préparation de muscle à l'aitle de valets, v; T' , lube principal, à l'une des extrémités duquel se trouve la fente f spectroscope ; 7', tube que l'on ajoute pour l'examen spcctrojcopique du sang, ni à T'extrémilé libre duquel se trouve la fente dans laquelle est engagé le tube à analyse s, contenant la solution de sang.
fente f dans laquelle on engage un tube à analyse s contenant une dilution convenable de sang.
Pour faire l'examen spectroscopique du sang à l'aide de ce petit appareil, la préparation de muscle étant fixée et orientée comme il aétéditplushaut, on éclaire soit avec une lampe, soitavec un point lumineux du ciel, de manière à apercevoir nettement un des spectres. Puis on adapte le tube à analyse, dans lequel on a mis du sang dilué (couleur lleur de pêcher). Si la préparation est bonne, on voit nettement les deux bandes d'absorption de l'hémoglobine oxygénée. Dès lors, l'observation de l'hémoglobine réduite sera facile (voy. p. 200).
En partant de cette notion qu'un spectrc>produit par un réseau est d'autant ])lus étendu que les stries de ce réseau sont plus rapprochées, on est conduit à rechercher si au moment de sa conlrac-
TISSU MUSCULAIRE. .'ilO
lion 1111 muscle donne un spectre plus étendu que lorsqu'il esJ; à l'état de repos. Voici comment il Faut faire l'expérience.
Chez une grenouille, la moelle épinière est détruite au moyen ^spccu'cs^
(l'un stylet pour amener l'immobilisation complète de l'animal. Les rciàciic
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muscles de la cuisse sont découverts. Le tendon postérieur du .couturier est divisé transversalement au niveau de son attache au tibia. En le saisissant avec une pince, il est facile, au moyen de quelques coups de ciseaux, de détacher le muscle de ses voisins et de l'isoler dans toute sa longueur, tout en le laissant fixé par son insertion supérieure. Prenant alors d'une main la grenouille immobile et de l'autre l'extrémité du couturier, on tend horizontalement ce dernier au-devant de l'œil, en se plaçant, comme nous l'avons dit, au fond d'une chambre où la lumière ne pénètre que par une fente étroite. Dans ces conditions, le couturier, qui convient très-bien pour l'examen spectrométrique à cause de sa minceur et de sa forme rubanée, donne, dans les conditions indiquées plus haut, des spectres fort nets. Si on l'étend par une légère traction, les spectres deviennent plus étroits et se rapprochent de la fente lumineuse. S'il survient une contraction dans le muscle sous l'influence de l'irritation produite par la' traction et qu'on le laisse revenir sur lui-même , les spectres deviennent plus étendus et s'éloignent de la fente. Cette étendue augmente encore, si, tout en le tenant près de l'œil, on l'excite par un courant interrompu qui l'amène à son maximum de raccourcissement.
Tendu ou non tendu, en pleine activité ou dans les états intermédiaires entre le repos et la contraction la plus énergique, le muscle donne toujours des spectres. Dans tous ces états, il conserve donc sa striation transversale.
Les muscles de différents animaux, étudiés dans les mômes conditions, ne donnentpas des spectres identiques ; par exemple ceux des muscles de grenouille sont plus larges que ceux des muscles blancs du lapin dans la proportion de 9 à 7. La striation transversale est donc plus fine chez la grenouille que chez le lapin. C'est, du reste, ce que l'on constate à l'aide du microscope