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MUSCLES A CONTRACTION LENTE ET INVOLONTAIRE. MUSCLES LISSES

Les muscles lisses, existent chez l'homme, chez les mammifères et chez un certain nomhre d'autres animaux. Ils sont essentiellement constitués par des cellules fusiformes connues sous le nom de fibres-cellules contractiles. On appelle quelquefois aussi ces muscles, muscles de la vie organique; mais celte expression est inexacte, parce que d'une part le cœur, qui appartient à la vie organique, contient des fibres d'une tout autre structure, et que d'autre part, chez un grand nombre d'animaux inférieurs, les muscles de la vie animale sont formés aussi par des cellules musculaires lisses et fusiformes.

Les premières notions exactes sur la constitution histologique de ce tissu nous ont été fournies par Kôllikcr qui, en isolant la cellule musculaire, a démontré qu'elle constitue l'élément essentiel des muscles lisses. Nous avons placé l'étude de ces muscles après celle du développement des muscles striés, parce que la iibre-cellule complètement formée peut être comparée à un faisceau primitif de muscle strié de majTimifère au début de sa formation, alors que, constitué par une cellule fusiforme munie d'un noyau à son centre, il ne possède pas de sarcolemme et n'est pas encore strié.

ÉumiUiQ Le tissu musculaire lisse se trouve dans un très-grand nombre iimsn.îaiio^ d'organcs, mais on ne peut le reconnaître sans le secours du microscope que là où il se présente en masses, comme dans le tube digestif, la vessie et l'utérus. Lorsqu'il est disséminé au milieu du tissu conjonctif ou bien lorsqu'il forme des couches minces, on ne peut en constater la présence à l'œil nu, et c'est pour cela que les anatomistes anciens ne s'étaient pas rendu compte de toute son étendue.

Ainsi Bichat l'avait reconnu seulement dans le tube digestif, la vessie et l'utérus. Il n'en soupçonnait pas l'existence dans la tête. « La tête, dit-il, ne renferme point de division du système musculaire organique. Cette région du corps est toute consacrée aux organes de la vie animale ^ » .

> KôUiher, Bcitrage zur Kcntniss der glalten Muskeln, Zeitschr. f. wissensch. Zoologie. I8/18, p. 48.

^ Bichnt, Analomic générale. 1812, t. III, p. 339.

Le tissu musculaire lisse forme des couches continues dans l'estomac et les intestins; dans les voies respiratoires, il entre dans la structure des bronches et du parenchyme pulmonaire ; on le rencontre abondamment dans la vessie, les uretères, la prostate, les vésicules séminales; dans l'utérus, les trompes etJes ligaments ronds. Dans la peau, il existe au mamelon et à son aréole, et, sous forme de petits faisceaux distincts, il est annexé aux follicules pileux. Dans l'œil, il constitue le muscle ciliaire et les muscles de l'iris. Enfin, il entre dans la constitution des artères, des veines et des troncs lymphatiques.

Pour étudier ce tissu, il est certains organes que l'on doit choisir de préférence, par exemple la vessie, l'intestin et l'estomac de la grenouille; chez les mammifères, la tunique musculaire de l'intestin et l'utéru's. On emploie des méthodes différentes suivant que l'on se propose d'examiner les fibres-cellules isolées, ou que l'on veut étudier le tissu dans son ensemble, ou encore reconnaître les rapports des éléments musculaires avec le tissu conjonctif, les vaisseaux et les nerfs.

Étude des fliires- cellules isolées. — Pour COnstitUCr UU mUSClc

lisse, les cellules sont si solidement soudées entre elles que, si on cherche à les isoler avec les aiguilles à l'état frais, on n'obtient que des lambeaux irréguliers dans lesquels on aperçoit vaguement quelques noyaux. Si le tissu a été coloré à l'aide du carmin ou du picrocarminate, e.t qu'après avoir enlevé l'excès de la matière colorante on fasse agir de l'acide acétique, les noyaux sont colorés en rouge et se montrent dès lors d'une manière plus évidente. Ils ont une forme qui est considérée généralement comme caractéristique; ils sont très-longs et en zigzag.

Les cellules musculaires sont imies d'une manière intime par Dissociation une substance cimentante, ainsi cp'il ressortira de l'étude que nous ''ccuuics"' ferons de la structure du tissu dans son ensemble. Pour isoler azotique'.'' ces cellules, il fallait donc trouver un réactif qui, tout en leur conservant leur forme, pût dissoudre le ciment. L'acide azotique à 20 pour '100, que K'olhker a employé à cet usage, lui a fait découvrir la fibre-ceHule. Un petit fragment de l'intestin, de la vessie, de l'utérus ou de tout autre organe contenant des fibres musculaires lisses, placé pendant vingt-quatre heures dans cpielques centimètres cubes de ce mélange, est mis ensuite dans l'eau distillée et dissocié avec des aiguilles. On peut aussi placer les fiagmcnts qui ont été soumis à l'action de l'acide azotique dans

un Uibe à expérience rempli ù moitié d'eau, que l'on secoue violemment après l'avoir bouché. On voit alors le morceau de muscle se dissocier d'une manière complète et former un dépôt au fond du vase. Une petite portion de ce dépôt, enlevée avec une pipette et déposée sur une lame de verre, montre à l'examen microscopique un nombre considérable de cellules musculaires.

On peut aussi, mais plus difficilement, obtenir la dissociation des cellules musculaires, après une macération de vingt-quatre heures dans une solution d'acide acétique de 1 h A pour 1 00, dans l'acide chlorhydrique à 1 ou 2 pour 1000, dans le sérum iodé, dans l'alcool au tiers, dans l'acide chromique àl pour 10000, dans les bichromates de potasse ou d'ammoniaque à 1 pour 1000. Enfin, au moyen du réactif de Moleschott (la potasse à 35 ou 40 pour 100), on arrive à une dissociation aussi complète et beaucoup j)lus rapide qu'avec l'acide azotique. Un fragment de muscle lisse, placé dans un ou deux centimètres cubes de la solution de potasse, se dissocie entièrement au bout de quelques minutes.

L'acide azotique et la potasse conviennent pour découvrir les cellules musculaires lisses dans les organes où elles sont en petit nombre et masquées par des couches de tissu conjonctif. Les autres méthodes, c'est-à-dire la macération dans les solutions faibles d'acide chromique ou de bichromates, dans le sérum iodé et l'alcool au tiers, sont au contraire applicables à la dissociation des masses musculaires bien définies, comme celles qui existent dans l'utérus et l'intestin. En colorant ensuite les fibres avec le picrocarminate ou l'hématoxyline, on obtient des préparations démonstratives.

Pour faire ces dernières préparations, il est encore une méthode qui donne de très-bons résultats. Le tissu est d'abord placé dans une solution de bichromate de potasse ou d'ammoniaque à 2 pour 100; lorsqu'il y a séjourné vingt-quatre heures, on le met pendant un jour dans l'eau distillée, additionnée d'acide phénique pour éviter le développement des champignons; il se laisse alors facilement dissocier.

S'il s'agit de l'intestin grêle, on injectera la solution de bichromate dans une portion d'anse intestinale limitée par deux ligatures. Cette anse, ainsi distendue, est enlevée et plongée tout entièi'o dans le réactif, et lorsqu'elle y a st^ourné pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, on peut facilement enlever

(le sa surface, en se servant d'une aiguille et d'une pince, des lambeaux plus ou moins étendus qui contiennent les fibres musculaires et qui, dissociés avec les aiguilles, montreront des cellules iolées. L'avantage de cette méthode consiste en ce que les éléments sont parfaitement tendus au moment où ils sont fixés par le réactif. Après coloration au carmin ou à l'hématoxyline, ces préparations seront conservées soit dans la glycérine, soit dans le baume du Canada (voy. p. 135).

Les cellules musculaires isolées sont renflées à leur milieu, et elles se terminent par des extrémités effilées. Quelques-unes seulement sont régulièrement fusiformes ; en général elles présentent suivant leur longueur des plans et des arêtes provenant soit de leur pression réciproque, soit de celle d'autres parties qui les avoisinent. D'autres sont aplaties et comme rubanées, de telle sorte que vues de face elles paraissent larges, tandis que vues de profil elles semblent filiformes, excepté à leur milieu où elles sont renflées. Chez quelques-unes, l'une des extrémités ou les deux sont bifurquéesou trifurquées ; chacune des divisions se termine par une pointe.

La longueur des cellules varie entre 20 p. et 50 p. Leurs bords présentent des irrégularités et même dos protubérances ou des sortes d'épines plus ou moins nombreuses et plus ou moins longues, bien marquées surtout sur des préparations faites au moyen de l'acide azotique ou mieux des bichronialcs. Quelques cellules sont repliées en zigzag; cette dernière forme est tout à fait accidentelle, elle doit être attribuée à un retrait au moment où le réactif fixe les éléments.

FiG. 180. — Cellules musculaires lisses de l'intestin du lapin , isolées après macération pendant vingt-quatre heures dans l'acide azotique à 20 pour 100.

— 350 diam.

Conslitiition librillairo des cellules musculaires.

Noyaux (les lihi'os niusnilairos lisses.

La substance de la cellule est réfringente et homogène sur les faisceaux musculaires vivants ou bien après l'action de la potasse. Elle montre des stries longitudinales irrégulières et vagues après dissociation par l'acide azotique et les solutions chromiques. Après l'action de l'alcool, cette striation longitudinale est bien accusée et paraît nettement formée par des fibrilles. Pour l'observer il faut procéder de la façon suivante :

Un segment d'intestin de lapin, de chien ou'dc tout autre mammifère est circonscrit par deux ligatures et rempli exactement d'alcool au moyen d'une pipette ou d'une seringue. 11 est ensuite détaché et plongé dans l'alcool pendant un ou deux jours. Puis on arrache de sa surface, à l'aide d'une pince, des lambeaux de la tunique musculaire. La dissociation de ces lambeaux se fait avec difficulté, et il est rare d'obtenir des cellules musculaires intactes. Mais, sur les fragments ainsi détachés et colorés au picrocarminate, les cellulesmusculaires montrent une constitution librillaire très-nette. De plus, il arrive souvent que, par le hasard de la dissocialion, une cellule musculaire étant déchirée, on observe sur un de ses bords ou sur une de ses faces des fibrilles isolées qui s'en détachent. En suivant le procédé que nous venons d'indiquer, il est donc facile de s'assurer que la cellule musculaire est en réalité constituée par un faisceau de fibrilles très-fines, comme plusieurs auteurs l'ont déjà indiqué.

A peu près au milieu de leur longueur, les cellules musculaires possèdent un noyau ovoïde, allongé, qui généralement n'est pas à leur centre, mais plus près de l'un des bords. Cette disposition peut être ûicilement reconnue sur des cellules isolées qui roulent dans le liquide de la préparation. En effet, une cellule musculaire, dont le noyau paraît à égale distance des deux bords, le montre plus rapproché d'un bord que de l'autre lorsqu'elle change de position.

Lorsque les cellulesont été isolées au moyen del'acideazotique, le contenu du noyau paraît granuleux, et les véritables nucléoles sont masqués. Ceux-ci se montrent au contraire d'une manière très-nette, surtout après coloration par le carmin, lorsque la dissociation a été faite après l'action de l'alcool ou des acides faibles. Leur existence a été signalée parPiso-Borme' d'abord, puis

• Pùo~Borme, voir Manuel de Slrickcr, p. 140.

par Ilessliug et Frankcnhaeuser, et dans ces derniers temps, J. Arnold' leur a attribué une grande importance au point de vue de la terminaison des nerfs ; nous aurons l'occasion d'y revenir plus tard.

Aux deuK extrémités du noyau, dans l'axe de la fibre, se trouve une matière granuleuse protoplasmique qui paraît être contenue dans une sorte de canal, et qui tranche nettement sur la substance musculaire réfringente qui l'entoure.

Cette disposition de la fibre-cellule est très-analogue à celle de la cellule musculaire striée à sa première période de développement. Toutes deux contiennent à leur milieu une masse protoplasmique granuleuse, munie de noyaux et entourée de toutes parts de substance musculaire proprement dite.

Lorsque les cellules musculaires ont été dissociées après l'action de l'acide azotique, elles se colorent mal par le carmin et par les autres réactifs colorants. On réussit beaucoup mieux ces colorations lorsque la dissociation a été obtenue après macération dans l'alcool ou les autres réactifs que nous avons cités. Le carmin colore la substance musculaire en rose et les noyaux en rouge plus ou moins vif; le picrocarrainate donne une couleur rouge au noyau et une couleur orangée au reste de la cellule. Les couleurs d'aniline et l'hématoxyline colorent l'élément tout entier, mais le noyau d'une manière plus intense.

Après cet exposé rapide des différentes méthodes employées dans l'étude de la cellule musculaire, il nous reste, pour finir son histoire, à poser en quelques mots les problèmes soulevés par les faits que nous avons observés, et les questions qui sont encore à résoudre sui" sa constitution.

Nous avons vu que la cellule musculaire est en réalité un faisceau de fibrilles ; elle correspond ainsi morphologiquement au faisceau primitif des muscles striés. Nous avons donc à nous demander si elle n'est pas, comme le faisceau primitif, entourée d'une enveloppe, si elle n'a pas un sarcolemme. Les méthodes que nous avons suivies pour examiner la structure de cette cellule ne nous ont pas permis de voir quelque chose d'analogue à

' Arnold, Gewebe der organisclien Muskeln Ilandbuch der Lchre von den Geweben, hurausrjerjeben von S. SLricker. Leipzi;r, JS?!, p. 140 (voir dans ce travail, p. 139 et 140, les indications des travaux de V. llessling et de Franiienhaeuser),

]$ap|i()rls (lu proluplasiii;!

avec la subslaiico miisculaii'o dans Ja lihïocellule.

une membrane enveloppante. De plus, aucun auteur n'a signalé un fait quelconque qui pourrait faire croire à son existence. Il est donc probable que cette membrane n'existe pas et que la cellule

n'a d'autre limite que sa propre substance.

Une seconde question qui se présente à nous est celle-ci : Quel est, dans la cellule musculaire, le rapport des parties constituantes : le noyau, le protoplasma central et la substance musculaire proprement dite?

A propos de cette substance musculaire que nous avons vue composée d'un paquet de fibrilles, et en nous laissant guider, comme dans la première question, par l'analogie morphologique avec les muscles striés, nous devons nous demander si ces fibrilles sont groupées en un seul faisceau, ou si la masse musculaire de la cellule ne serait pas composée de plusieurs faisceaux , analogues aux cylindres primitifs des libres musculaires striées.

Comme nous l'avons vu, les cylindres primitifs forment, sur la coupe transversale des muscles striés, des champs polygonaux, champs deCohnheim. Remarquons -nous quelque chose d'analogue à ces champs sur la coupe transversale des muscles hsscs?

La préparation qu'il faut faire pour constater que ciîtte disposition existe est facile à réaliser.

Le grand épiploon d'un lapin (il vaut mieux choisir pour cette expérience un animal maigre) est plongé dans une solution de bichromate d'ammoniaque pendant vingtquatre heures; puis il est lavé à l'eau distillée et coloré soit avec

FiG . 1 81 . — Arlériole du grand épiploon du lapin, comprise dans la membrane traitée par le bicln-omale d'ammoniaque, puis par le picrocarminate. — B, vaisseau examiné, l'objectif étant mis au point sur la coupe optique de son bord. Les cellules musculaires laissent voir leurs noyaux et les champs qui les entourent. — A, l'objectif est mis au point sur la surface supérieure. On y reconnaît des groupes de fibrilles ou cylindres primitifs vus suivant leur longueur. — 230 diam..

le picrocarminatc, soit avec la purpurine. La préparation est montée clans la glycérine.

Les cellules niusaulaires des petites artères que l'on observe dans la membrane sont disposées en une couche simple, comme nous le verrons plus loin (voyez A r/moZes). Sur les bords du vaisseau, ces cellules présentent leur coupe optique, tantôt prise à leur milieu et montrant par conséquent le noyau, tantôt dans un point plus ou moins rapproché de l'une des extrémités.

Si nous examinons une cellule dont la coupe optique correspond à sa partie moyenne, nous observons d'abord le noyau coloré assez vivement, autour de lui une petite zone protoplasmique incolore et à la périphérie une série de cercles légèrement colorés, disposés les uns à côté des autres et représentant autant de champs distincts. Ces champs sont séparés les uns des autres par des lames qui ont les mêmes qualités optiques que la masse entourant le noyau. Ce sont donc des lames de protoplasma partant de la masse protoplasmique centrale.

Cette observation nous conduit à admettre dans les cellules musculaires l'existence de cylindres primitifs analogues à ceux qui existent dans les muscles striés. Elle nous montre encore que la masse protoplasmique centrale rayonne suivant une série de plans passant par l'axe de la cellule.

Cette répartition du protoplasma dans l'élément contractile remplit certainement un rôle important dans la nutrition de cet élément. En effet, d'après ce que nous savons aujourd'hui , du protapiasma, on a le droit de penser avec quelque raison que dans la cellule musculaire il préside aux échanges nutritifs des éléments contractiles proprement dits.

Étude du tîssu musculaire lisse. — Pour étudier, saus y faire de coupes, le tissu musculaire lisse dans son ensemble, on peut choisir les membranes minces qui en contiennent, comme la vessie de la grenouille, les tuniques de l'intestin ou les parois des veines.

Parmi tous ces organes, la vessie de la grenouille est celui qui vcssin permet d'obtenir le plus facilement et le plus rapidement d e gren'ouillo. bonnes préparations. ^

Enlevée à l'animal fraîchement tué, elle est placée d'abord dans quelques centimètres cubes d'alcool au tiers (voy. p. 77). Lorsqu'elle y a séjourné pendant quelques heures, elle est mise dans l'eau, largement ouverte avec des ciseaux, lavée au pinceau pour en chasser l'épilhélium, puis tendue sur une. lame

de verre, en suivant le procédé de la demi-dessiccation (voy. p. 73). On peut alors la colorer avec du picrocarminate, et les fibres musculaires qu'elle contient montrent un réseau d'autant plus apparent que les travées sont colorées en jaune, tandis que les noyaux sont colorés en rouge. Mais, pour observer certains détails de structure qu'il importe de déterminer tout d'abord, il convient d'employer la coloration à l'hémaLoxyline. A cet effet, lorsque la vessie est régulièrement tendue sur la lame de verre par le procédé de la demi-dessiccation, on laisse tomber sur sa surface quelques gouttes d'une solution d'hématoxyline chargée de matière colorante (voy. p. 103). Sous l'influence de l'alun et de l'alcool que contient cette solution, la membrane est fixée; on l'enlève et on la plonge dans la môme solution où elle doit rester douze à quinze heures, afin que la coloration soit très-intense; puis elle est lavée avec le pinceau afin d'enlever le dépôt grumeleux de matière colorante que l'on rencontre souvent après cette réaction. La membrane est alors régulièrement étalée sur une lame de verre et montée en préparation, soit dans la glycérine, soit dans le baume du Canada.

Les cellules musculaires colorées en bleu forment par leur réunion des faisceaux qui s'anastomosent pour constituer un réseau dont les travées ont des diamètres très-inégaux. Le noyau des cellules est coloré en bleu foncé; leur corps présente une couleur bleue moins intense mais très-suffisante, quand on a opéré comme nous venons de l'indiquer, pour qu'il soit possible d'en bien distinguer les limites. Pour former les faisceaux, elles sont engrenées les unes dans les autres, de telle sorte que l'extrémité effilée des unes vient se loger entre les parties renflées des autres, et réciproquement. On remarque alors que les bords de ces cellules ne se touchent pas, et qu'elles sont séparées les unes des autres par des bandes incolores, très-régulières. Ces bandes, correspondant au ciment qui réunit entre elles les cellules musculaires, sont d'autant plus larges et d'autant plus marquées que l'extension a été plus complète.

Onc^eut aussi obtenir de l'intestin des différents animaux de très-bonnes préparations d'ensemble, en suivant le procédé déjà indiqué, qui consiste à remplir d'alcool au tiers ou d'une solution faible de bichromate de potasse ou d'ammoniaque une anse d'intestin prise entre deux ligatures. Après un séjour de vingtquatre ou quarante-huit heures dans le réactif qui a servi à dis-

leiidrc l'inlostin, on enlève de la surface avec une pince lie grands lambeaux qui contiennent d'habitude la couche péritonéale, la couche des libres longitudinales et quelques faisceaux appartenant à la couche musculaire transversale. Ces lambeaux, colorés et étendus comme nous l'avons indiqué pour la vessie de la grenouille, montrent, entre autres détails, les plans musculaires avec leurs cellules munies de noyaux et leur substance intercellulaireincolore bien nette, lorsque l'on a employé l'hématoxyline.

Si l'anse intestinale prise entre deux lioalures a été remplie impiv-naiion d'une solution de nitrate d'aroent à 1 pour 1000 et qu'elle soit au tlssn

luusculairi!

lisse.

Fk;. 182. — Veine jugulaire du lapin imprégnée d'argent par injection limitée. Dessiccation. Eclaircissement dans l'essence de girolle et le baume du Canada. ^ — m, libres musculaires lisses dont les limites sont accusées par le dépôt d'argent; c, cellules endothéliales. — 250 diam.

plongée ensuite dans une solution à 1 pour 500 on distingue, sur des lambeaux, enlevés de la surface lorsque l'imprégnation a été produite, les cellules musculaires incolores ou faiblement teintées, séparées par des lignes noires produites par un dépôt d'argent dans le ciment intercelluhiii'e.

L'imprégnation de la substance inlercellulairc des tuniques musculaires des vaisseaux se produit facilement par injection de tout le système vasculaire (voy. Vaisseaux sanguins). On obtient

llAKViEn, Histol. 34

o30 THAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

de fort belles préparations de la veine jugulaire du lapin, à cause de la minceur des tuniques. Yoici comment il faut procéder : Cette veine étant dégagée dans toute sa longueur, on y applique une ligature à la partie supérieure du cou, on y fait une petite incision longitudinale à la partie inférieure, et, lorsqu'elle a été vidée de tout le sang qu'elle contenait, au moyen d'une pipette introduite par l'ouverture et fixée avec un fil, on la distend par une solution de nitrate d'argent à 1 pour 500. Lorsque l'imprégnation est produite, la solution de nitrate d'argent est enlevée, et la veine, insufflée et fermée par une seconde ligature, est enlevée et soumise à la dessiccation. Quand elle est bien sèche, on en découpe des portions qui sont étalées sur une lame de verre, éclaircies à l'essence de girofle et montées dans le baume du Canada.

Au-dessous de l'endothélium, les fibres musculaires apparaissent comme des figures allongées, claires, séparées par des lignes noires formées par le dépôt d'argent dans le ciment intercellulaire (fig. 182). D'ordinaire, les noyaux ne sont pas apparents. Coupes Pour acquérir des potions plus complètes sur les rapports des

ti'tiusvcrsîilcs •

(lu lissa cellules musculaires, sur les faisceaux qu'elles forment et sur lisse. leurs relations avec le tissu conjonctil et les vaisseaux, il est utile d'avoir recours à des coupes faites dans diverses directions sur des tissus durcis ou desséchés.

On emploie avec avantage la dessiccation pour l'étude des couches musculaires de l'intestin, des vaisseaux et de la peau, parce que la minceur et la disposition des parties constitutives de ces organes permettent de les étaler convenablement pour obtenir une dessiccation rapide. Les coupes seront faites dans des directions bien déterminées d'avance, et, après qu'elles auront été ramollies dans l'eau, elles seront colorées par du picrocarminate et conservées dans de la glycérine contenant 1 pour 100 d'acide formique.

Pour obtenir du tissu musculaire lisse des coupes qui permettent l'observation des parties les plus délicates, il faut avoir recours à la congélation faire des sections perpendiculairement à la direction des fibres et examiner la préparation soit dans le sérum légèrement iodé, soit dans une solution d'acide chromique à 1 pour 10 000. On peut aussi faire agir après la congélation le

' Arnold, Gewcbc der organisclien Muskcln. Stricker's Handiudi, p. 137.

TISSU iMUSCULAlHE. o3I

chlorure d'or. Nous y reviendrons à propos de la Lorminaison des nerfs.

Pour donner aux organes contenant des fibres musculaires lisses un durcissement convenable, on peut aussi employer l'alcool, l'acide picrique et les bichromates de potasse ou d'ammoniaque, seuls ou combinés à l'action de la gomme et de l'alcool (voy. Méthodes générales). La coloration se fera soit avec le carmin, soit aveclepicrocarminate, soit avec la purpurine, et les préparations seront examinées dans la glycérine ou, après déshydratation et éclaircissement, dans le baume du Canada.

Sur les coupes transversales très-fines, les cellules musculaires se montrent sous la forme de champs polygonaux de diamètres inégaux, séparés les uns des autres par des espaces linéaires dont la réfringence est moindre que celle de la cellule musculaire elle-même. Aussi deviennent-ils brillants quand on rapproche l'objectif, obscurs quand on l'éloigné, tandis que dans cette dernière condition les champs qui correspondent à la section des fibres musculaires deviennent brillants. Dans certains de ces champs on voit un noyau, tandis que d'autres n'en présentent pas.

Cette différence, ainsi que la variété de dimension des champs, tient à ce que, dans un faisceau musculaire, les cellules sont étagées d'une façon très-irrégulière, de telle sorte que, sur une tranche transversale, les unes sont coupées au voisinage d'une de leurs extrémités, tandis que les autres sont atteintes au niveau de leur renflement et de leur noyau.

Les rapports des cellules musculaires avec le tissu conjonctit Éldmonls et avec les vaisseaux sont très- variables. Lorsqu elles constituent vaisseaux des faisceaux distincts, ces faisceaux sont entourés de tissu con- dl.''iiss'u jonctif absolument comme les faisceaux primitifs des muscles '""iissc.'''' striés, et les vaisseaux sanguins se ramifient dans ce tissu conjonctif en donnant un réseau à mailles allongées suivant le sens des fibres, ainsi qu'on peut facilement l'observer dans les tuniques musculaires de Tintestin sur des coupes de pièces injectées. L'intestin grêle du chien, dont les tuniques musculaires sont très-épaisses, convient spécialement pour cette étude.

FiG. 183. — Coupe transversale des fibres musculaires de l'intestin du chien, aprè^ durcissement par la gomme et l'alcool. — Coloration au picrocarminate. — c, cellules; n, noyau. — 320 diam.

o32 TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

Sur une coupe transversale de l'intestin, les capillaires de la couche musculaire longitudinale sont coupés en travers et forment autant de petits cercles entre les faisceaux, tandis que le réseau capillaire de la couche circulaire apparaît suivant sa longueur et forme des mailles allongées semblables à celles que l'on observe dans les muscles striés.

Dans la tunique moyenne de l'aorte, les cellules musculaires sont isolées ou groupées en très-petit nombre dans un réseau élastique. Nous en ferons l'étude complète à propos du système vasculaire. Nous renvoyons également au chapitre destiné aux vaisseaux sanguins ce que nous aurions à dire des rapporlsdes cellules musculaires dans les artérioles, nous bornant à indiquer qu'elles y forment une couche continue sans interposition de tissu conjonctif et par conséquent de capillaires sanguins.

Pour la terminaison des nerfs dans les muscles lisses elles méthodes spéciales à employer pour en faire l'étude, voir le chapitre : Si/slème nerveux, terminaison des nerfs.

SYSTÈME VASGULAIHE SAiNGUlN

Le système vasculaire a sa place indiquée à côté de celle du système musculaire, parce que les ribres-cellules entrent dans la constitution dos artères et des veines, et parce que l'organe central de la circulation, le cœur, est un muscle. Nous l'éludierons d'abord. Les artères, les veines et les capillaires formeront à la suite autant de chapitres spéciaux.

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