‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 10 sur 151 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET THÉORIES DES BRUITS DE PERCUSSION · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET THÉORIES DES BRUITS DE PERCUSSION

A l'aide des moyens de percussion que nous venons de passer en revue, on obtient des sons ou des bruits variés, que nous comprendrons fréquemment sous la dénomination générale ae sonorités. Il est nécessaire de les connaître dans leurs caractères généraux, avant de les considérer isolément comme signes utiles à la pratique médicale.

La distinction des sons et des bruits a peu d'importance au point de vue de la percussion. Aussi considérons-nous comme futile ici toute discussion sur- la signification et la ■différence du son et du bruit. Gavarret (1) a fait remarquer avec raison qu'il n'y a aucune différence fondamentale à ■établir entre le bruit et le son, qui dépendent l'un et l'autre ,de mouvements vibratoires ; et l'on a peine à comprendre qu'en Allemagne on ait voulu, comme nous le verrons, fonder en pratique la distinction de certaines sonorités de percussion sur leurs vibrations régulières ou irréguiières.

La définition physique la plus générale des sons et des bruits a été formulée ainsi par Gavarret : Quel que soif •son état physique, un corps élastique, sous l'influence d'un •choc extérieur capable de modifier momentanément les positions relatives de ses molécules, est le siège d'oscillations, et le mouvement vibratoire qui en résulte, s'il est assez rapide, produit un son qui se communique à la masse d'air

(1) Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, article Acoustique.

THÉORIES DES BltUlTS.

ambiante et se propage sous forme d'ondes alternativement condensées et dilatées (1).

Je dois faire immédiatement remarquer que l'étude des sonorités de percussion comprend à la fois les faits cliniques constatés au lit des malades, et. les faits d'observation et d'expérimentation physique qui leur sont applicables. Ces derniers sont ou admis comme lois dans la science, ou recueillis accidentellement dans les laboratoires. 11 y a, en deux mots, dans cette question complexe de sémiologie, le côté clinique et le côté scientifique, tous les deux connexes et s'enchevêtrant à tel point que, si l'on envisage l'un à l'exclusion de l'autre, on fait une étude insuffisante et provisoire.

La France, fécondant l'œuvre essentiellement pratique d'Avenbrugger, a considéré avant tout les données fournies par la percussion comme des résonnances d'expression variée, en rapport avec la lésion anatomique des organes splanchniques, en négligeant d'abord leur genèse ou leur production au point de vue physique. Skoda voulut faire œuvre nouvelle après la France, qui avait tiré de l'oubli l'œuvre d'Avenbrugger. Reprenant la question au point de vue physique, qu'il considéra comme la base fondamentale de l'étude de la percussion, il démontra le désaccord qui existe quelquefois entre la sonorité de percussion et l'état des organes thoraciques. Il fit table rase de toutes les idées admises jusqu'à lui et les battit en brèche pour leur substituer une théorie nouvelle. En se plaçant ainsi à un point de vue trop exclusif et en prenant son point de départ dans les expériences du laboratoire, le professeur de Vienne, dans son œuvre originale, a été manifestement trop loin. 11 a fait trop exclusivement de la science en lui subordonnant la clinique. Or au lit du malade, c'est la clinique qui s'impose

(!) Gavarrct, Phénomènes physiques de la phonation et de l'audition, 1877, pp. 1 et 2.

32 PERCUSSION THOKAGIQUB.

d'emblée, en appelant à son aide la science du laboratoire.

Il est intéressant de faire sans partialité la part qui revient aux deux écoles allemande et française, en envisageant l'étude générale des caractères des sonorités de percussion comme étant théorique et. clinique.

Théorie des sonorités de percussion. — Comme il s'agit, dans la pratique, de constater les signes fournis par la percussion sur le corps humain, avant de les interpréter aux points de vue clinique et physique, on s'est demandé comment on devait classer les sonorités variées obtenues, et considérées dans leur ensemble.

Skoda pense que l'on ne saurait résoudre ce problème que par un nombre immense d'expériences à faire. « Le son, dit-il, se développe d'après les mêmes lois dans les matières organiques que dans les matières inorganiques, dans les corps vivants de même que dans les corps morts; mais dans l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas possible de rendre compte d'une manière satisfaisante de toutes les différences de sons que l'on rencontre dans la percussion du thorax et de l'abdomen. De nouvelles recherches sont donc nécessaires à cet égard : pour cela il faudrait d'abord déterminer toutes les variétés possibles de sons de percussion, s'assurer ensuite des conditions auxquelles se lie chaque variété, et chercher enfin à faire concorder ces observations avec les lois bien connues de l'acoustique. Mais il est évident que, pour la solution de toutes ces questions, il faudrait se livrer à un nombre immense d'expériences, tant sur les personnes en santé que sur les personnes malades, tant sur le vivant que sur le cadavre (1). »

Malgré cet aveu de l'insuffisance des résultats obtenus par la méthode expérimentale, Skoda n'en considère pas moins la théorie des bruits de percussion comme fondée.

(1) Skoda, ouvrage cilé, trad. Aran, p 5.

THÉORIES DES BRUITS. àd

On sait que celte théorie consiste pour le professeur de Vienne à considérer en bloc tout l'ensemble des bruits de percussion, sans aucune distinction préliminaire, et à diviser leurs caractères en quatre groupes formant ce qu'il appelle des séries, et qui sont les suivantes :

1re série : du son plein au son vide;

2° série : du son clair au son sourd;

3e série : du son tympanique au son non tympanique ;

4° série : du son aigu au son grave.

Comme cette division, en dehors des faits importants et nouveaux que Skoda a signalés, constitue le point de départ de ses études sur la percussion, il importe d'en approfondir l'examen. D'ailleurs, on a dit que ces études ramenaient les qualités particulières du son de percussion à leurs causes physiques générales, ce qu'il est indispensable de discuter.

Pour bien comprendre les sonorités de percussion ainsi groupées, il est clair qu'il faut avant tout avoir une idée précise des termes de la division ou du classement. Or nous n'y trouvons de parfaitement compréhensible, au point de vue physique, que les expressions aigu et grave, qui sont précisément les expressions de la série à laquelle Skoda croit inutile de s'arrêter comme étant de trop minime importance, et les mots clair et sourd ou obscur, qui se rapportent aux anciennes données de percussion d'Avenbrugger (vel clarior vel obscurior). Quant aux mots plein ou vide, tympanique ou non tympanique, il faut renoncer à en trouver, dans tout ce qu'a publié Skoda, une définition précise qui puisse être utilisée dans la pratique.

Skoda fait remarquer que nous ne pouvons juger des dimensions d'un corps sonore par l'intensité du son qui frappe notre oreille; il admet aussi que nous ne pouvons pas juger de ces dimensions par la hauteur relative des sons qu'il rend, ce qui est trop absolu, car le son aigu d'un petit tambour et celui d'une grosse caisse donnent

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manifestement une idée du volume relatif des deux instruments. Il en est de même pour les instruments à vent C'est en partant de ces deux principes qu'il crée une dénomination générale nouvelle qui lui paraît désigner la qualité des sons en rapport avec le volume des corps. Il appelle plein ou sonore le son plus persistant, plus étendu plus ample par conséquent, par opposition au son vide, présentant des conditions opposées de persistance et d'étendue moindres.

Gréées dans le but de donner l'idée du volume des partie, ou se produit la sonorité de percussion, les dénominations de son plein et vide sont impossibles à admettre. En physique,^» signifie l'espace que l'on suppose entièrement rempli de matière; or le son plein de Skoda ne peut se percevoir qu'au niveau d'organes raréfiés conlenant de l'air, tandis que le type du son vide est indiqué par lui au niveau de la cuisse qui est entièrement privée d'air. Ainsi le son plein serait rendu par une partie qui contient de l'air dans des vides plus ou moins grands, plus ou moins multipliés; et le son vide serait produit par un organe compacte, sans vide contenant de l'air.

( Les deux mots plein ou vide expriment donc en français l'opposé de ce que le professeur de Vienne a voulu leur faire •exprimer relativement au volume des corps percutés. De là une confusion complète dans l'esprit du lecteur qui prend connaissance de la classification de Skoda. Cette première série de sons aurait été mieux comprise s'il l'avait rattachée à la hauteur ou à la tonalité des sons, comme le prouve sa ■comparaison du son plein d'une grosse cloche avec le son vide d'une clochette, à intensité de son égale. Ces considérations me semblent suffire pour faire rejeter la première ■division de la nomenclature des sons de Skoda comme n'étant nullement applicable à l'étude physique ou pratique de Ja percussion. Ajoutons que le style aphoristique du pro-

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