‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 107 sur 151 · CORPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS

respondant; dans tout le poumon, si la bronche principale est obstruée, ou dans la zone bronchique secondaire, si c'est une subdivision bronchique de moindre calibre. On a noté en même temps une respiration ronflante. J'ai remarqué, dans mon observation d'obstruction d'une bronche secondaire, un souffle tubaire très-net aux deux temps de la respiration dans la bronche principale correspondante, et, au moment de la toux seulement, un bruit donnant la sensation d'un corps mobile qui se déplace, avec bruit de cuir neuf et quelques bulles de râle humide. — Enfin quand l'inflammation suppurative est développée, on observe les signes d'une caverne avec gargouillement, si l'obstruction bronchique par le corps étranger n'est pas complète, en permettant à l'air de pénétrer clans la cavité suppurée. Il y a alors une respiration caverneuse, de la pectoriloquie et du gargouillement (1). Lorsqu'une assez grosse bronche est obstruée, comme dans le fait que j'ai observé, les signes d'une excavation suppurante avec gargouillement considérable, bronchophonie intense et augmentation notable des vibrations thoraciques dans le même point, n'apparaissent qu'après l'expulsion du corps étranger, expulsion suivie d'une expectoration purulente plus ou moins abondante. — Enfin, du côté opposé à l'obstruction bronchique, on a noté, dans certains cas, une respiration exagérée d'intensité et dite puérile. Bertholle ne sait comment expliquer cette respiration exagérée. Elle me paraît dépendre ■de l'hyperémie qui se produit dans les poumons par le fait •de la pneumonie due à la présence du corps étranger (2).

(1) Hamoa de Fresnay a constate, au niveau d'une vaste caverne <lc ce genre, un son tympanique, une voix amphorique et du tintement ■métallique (Gaz. des hôpit,, 1856).

(ï) En outre de ces modes d'exploration physique, Bertholle conseille avec raison l'emploi du laryngoscope, comme pouvant fournir 'les données utiles, lorqu'on soupçonne la présence du corps étranger.

diagnostic. — Les signes que je viens de rappeler acquièrent une grande valeur dès que l'on apprend qu'il y a eu, comme commémoratif plus ou moins récent, un brusque accès de suffocation avec toux convulsive, au moment où le malade tenait dans sa bouche un corps étranger susceptible de pouvoir s'introduire dans la trachée. La respiration devenue ensuite facile ne doit pas être considérée comme une preuve de l'absence du corps étranger dans les voies respiratoires. S'il existe une douleur vers le point où il se trouve, si l'on perçoit par la percussion un son obscur ou mat, avec une respiration affaiblie d'un des côtés de la poitrine; et si l'on perçoit par la palpation ou l'auscultation, au niveau de la trachée, les signes de mouvement du corps étranger que j'ai rappelés, il n'y a pas d'incertitude à avoir sur la cause matérielle des signes observés. Si enfin, dans l'évolution de la maladie, on en vient à constater les signes d'une pneumonie (douleur, crachats rouillés, râles crépitants, respiration bronchique, puis les signes d'une excavation pulmonaire avec gargouillement et une expectoration purulente), ce sera une confirmation des plus nettes de la justesse du diagnostic. Ce diagnostic se révélera quelquefois seulement par l'expulsion inattendue du corps étranger, comme dans le fait intéressant publié par Kuss (l), ainsi que dans celui que j'ai recueilli.

Au point de vue des signes physiques dont je m'occupe, il n'y a pas lieu de traiter du diagnostic différentiel des signes de la présence des corps étrangers dans les voies aériennes et des signes des autres affections asphyxiques, telles que le spasme rabique, l'œdème de la glotte, le croup ou le faux croup. —La confusion pourrait cependant se faire entre une pneumonie simple et la pneumonie occa-

(I) Gazette méd. de Strasbourg, 1876, n° 10.

INFARCTUS DES POUMONS. 629

sionnée parle corps étranger. Mais si l'on tient compte des accidents suffocants primitifs, on ne saurait commettre d'erreur. On n'oubliera pas qu'il peut s'écouler un long temps, des années mêmes, depuis que le corps étranger a pu rester fixé dans les conduits respiratoires sans produire d'accidents immédiatement menaçants. Il est d'autant plus important d'avoir un diagnostic précis, dans certains faits, qu'il peut y avoir gangrène du poumon, perforation de la plèvre et formation d'un abcès intercostal (1), par le fait du cheminement du corps étranger vers l'extérieur. La mort peut d'ailleurs survenir dans le marasme.

INFARCTUS DES POUMONS.

On sait que l'on entend par infarctus des noyaux indurés qui sont la conséquence des embolies capillaires, c'est-àdire produits par des corpuscules migrateurs clans le système circulatoire sanguin. Ces infarctus subissent des transformations anatomiques qui ont été bien étudiées dans plusieurs organes dont je n'ai pas à m'occuper ici, et qui sont les mêmes dans le poumon (2). Mais malheureusement ceux du poumon sont mal connus. On sait cependant que l'infarctus y a pour base, comme dans les autres

(1) Hévin a rapporté de nombreux exemples d'épis d'orge ou de fausse avoine qui ont eu cette évolution, que la forme de ces épis, introduits du côté de leur tige, fait parfaitement concevoir (Mémoires de l'Acad. de chlr., t. III).

(2) Parmi les travaux les plus intéressants, je dois citer : les études expérimentales de Prévost et Colard (Gaz. mèd. de Paris, 1866) faites sous l'inspiration du professeur Vulpian;'la thèse remarquable de Ch. Lcfeuvre (Eludes physiologiques et pathologiques sur les infarctus viscéraux, 1867); et surtout l'ouvrage de Feltz (1868 et 1870) ayant pour titre : Traité clinique et expérimental sur les embolies capillaires.

organes, un foyer hémorrhagique dépendant de la rupture des capillaires; qu'il y est susceptible de résorption, mais aussi de fonte et de ramollissement rapide, pouvant laisser un vide caverneux si une bronche s'y abouche (1). Feltz a démontré que les embolies capillaires peuvent, tantôt amener la mort dans un accès de dyspnée, tantôt produire un infarctus hémorrhagique, puis un abcès, ou enfin ne causer que des troubles fonctionnels passagers.

Les infarctus pulmonaires donnent lieu à des signes de percussion et d'auscultation qui méritent d'attirer l'attention, malgré leur incertitude, car ils peuvent être confondus avec ceux de plusieurs autres affections pulmonaires.

Au début, ces signes peuvent coïncider avec une hémoptysie quelquefois abondante. Il peut y avoir des signes physiques de congestion pulmonaire localisés ou généralisés, c'est-à-dire de la submatité ou du tympanisme, et les diverses respirations anomales : respiration affaiblie, sibilante, ronflante, soufflante, expiration prolongée, et enfin des râles humides. Si l'expectoration sanguinolente continue, elle peut devenir infecte, et faire croire à une gangrène pulmonaire. Plus tard, les noyaux d'infarctus pulmonaire subissent une transformation et un ramollissement central, constituant un véritable abcès clos ou bien ouvert dans les bronches, et donnant lieu alors aux signes de percussion et d'auscultation caractérisant les abcès ou les cavernes pulmonaires.

Pour se prononcer en pareils cas sur la signification des bruits constatés, il faut se demander s'il y a ou non probabilité d'un infarctus, et en rechercher soigneusement la cause. On peut craindre leur production quand il existe une affection ou une condition organique qui est l'origine •des corpuscules (2).

(1) Les abcès dits mélastatiques ne sont que des infarctus ramollis.

(2) Les corpuscules des embolies capillaires proviennent de sources

OBLITÉRATIONS SANGUINES. 631

Les signes observés peuvent faire croire à une tnberculisation, soit à son début, soit à sa dernière période (cavernes); à une congestion pulmonaire, etenfin à désaffections qui peuvent être considérées comme simples, tandis qu'elles sont provoquées par les infarctus. Ce sont : Y œdème du poumon, la pneumonie, la gangrène pulmonaire et même Y hydro-pneumothorax, qui sont autant de complications. C'est un sujet qui demande de nouvelles recherches.

Page 1