IIYDATIDES DU TOUMON ET DE LA PLÈVRE
Les tumeurs hydatiques méritent une mention spéciale. Comme toute autre tumeur intra-tkoracique, elles donnent lieu à une dyspnée qui peut être considérable, à une matilé et à l'absence du bruit respiratoire. La résistance des côtes empêche malheureusement la palpation et la percussion de constater les signes différentiels des deux espèces de tumeur : forme égale, arrondie, élasticité et parfois frémissement particulier à la percussion, avec la tumeur hydatique; forme inégale, irrégulière., résistance dure, excessive, dans les faits de cancer. Mais, en dehors de ces caractères impossibles à vérifier, il y a un état général de plus en plus grave, et de nature cachectique, avec les fumeurs cancéreuses; tandis que la santé générale reste relativement satisfaisante avec l'affection hydatique pendant un temps plus ou moins long. Yigla a publié un excellent mémoire sur les hydatides de la cavité thoracique (1), qui renferme des indications importantes de diagnostic, dont j'extrais l'analyse que j'en ai faite dans mon Dictionnaire de diagnostic médical.
Vigla a montré qu'en tenant compte de tous les signes locaux, on peut arriver à diagnostiquer ces tumeurs. Il distingue les hydatides intra-thoraciques développées : 1° dans la cavité même des plèvres ; 2° en dehors du feuillet pariétal ou viscéral des plèvres; 3° dans l'un des médiaslins; 4° dans le foie ou la rate, et ayant envahi la poitrine après avoir refoulé et perforé le diaphragme.
Vigla insiste dans son travail sur les signes qui doivent
(1) Arch. de médecine, 1855, t. VI.
HYDATIDES INTRA-THORACIQUES. (551
fixer l'attention : sur la valeur sémiologique de la dyspnéeconstante, progressive, sans symptômes généraux; sur la dilatation inégale et partielle de la poitrine du coté affecté, avec matilé procédant d'un point quelconque de la circonférence, sans niveau régulier, indépendante des lois de la pesanteur, pouvant s'avancer en pointe du côté opposé, avec absence de tout bruit respiratoire au niveau de la saillie, avec refoulement des organes vo is ins, marche chronique et durée très-longue dès le début. Dans le fait très-remarquable qui a été recueilli par lui, il insista sur
Fig. 85. Coupe de la poitrine dans un cas de tumeur hydatique intra-thoraciquc, occupant le côté antérieur droit.
la saillie anomale qui siégeait en avant du enté droit de la poitrine, sans s'étendre en dehors au nivean de l'aisselle, comme dans les épanchements pleurétiques du côté droit, ou comme les tumeurs volumineuses du foie, affections qui se trouvaient ainsi exclues du diagnostic. Cette première considération sur la saillie thoracique, à propos de laquelle le docteur Vigla voulut bien me demander mon avis, qui
fut conforme au sien, fut le point de départ de son diagnostic par exclusion. La coupe de la poitrine, que je relevai avec mon cyrtomètre, me donna le tracé de la fig. 85. La forme insolite de la matité fit également éloigner l'idée d'un épanchement pleurélique, de même que l'absence de battements vasculaires et de bruits respiratoires au niveau de la saillie lui fit rejeter l'existence d'un anévrysme ou d'une tumeur solide qui aurait transmis les bruits du cœur et du poumon. Il arriva ainsi à admettre la probabilité d'un kyste hydatique, et une ponction faite par Monod, sur la demande .de Vigla, vint donner la certitude à ses inductions, car le malade, après avoir eu d'abord des accès de suffocation menaçants , guérit après l'évacuation , par le trocart, de 2 -450 grammes de liquide avec des fragments de vésicules hydatiques.
Dans la plupart des faits observés, leshydatides, occupant la base d'une des cavités latérales de la poitrine, ont été prises pour des épanchements pleurétiques, et celles occupant le sommet pour des tuberculisations pulmonaires. La rupture du kyste et l'expulsion des hydatides (liquide ou éléments microscopiques) par l'expectoration, viennent ordinairement révéler la nature de l'affection intra-thoracique jusque-là méconnue. C'est ce qui m'est arrivé pour un malade soumis à mon observation, et chez lequel l'expectoration subite d'un liquide séreux très-ténu me donna l'éveil. Aucune autre affection qu'un kyste hydatique ne peut, en effet, fournir un liquide transparent de ce genre, sa nature étant facilement déterminée par l'addition de quelques gouttes d'acide nitrique qui ne produisent aucun précipité, à moins que le liquide expulsé ne contienne du pus. S'il y a en même temps expulsion de débris de membranes des parois kystiques, la toux peut avoir un caractère d'opiniâtreté quinteuse extrêmement pénible.
En supposant que l'on arrive à la connaissance du kyste
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intra-thoracique, on ne saurait avoir la prétention de préciser s'il occupe le poumon, la plèvre ou le médiastin. Il y a plus : on a contesté la possibilité de distinguer d'un kyste intra-thoracique un kyste ayant son point de départ dans le foie ou dans la rate, et qui aurait envahi le côté correspondant de la poitrine. Cependant, s'il y a expectoration d'hydatides, il est clair que le mélange de la bile démontrera qu'il s'agit d'un kyste du foie ouvert dans les bronches. C'est ce que j'ai reconnu une fois chez une jeune femme qu expectorait des crachats tachés de sang et mélangés de débris membraniformes jaunâtres depuis plusieurs semaines. Ces débris, examinés par Ranvier, furent reconnus pour être des fragments de vésicules hydatiques avec des éléments biliaires. Outre une toux fréquente et extrêmement pénible, il n'existait, comme signes locaux, qu'un petit nombre de râles sous-crépilants à la base du poumon droit en arrière, et une matité du foie remontant de deux bons travers de doigt de plus que de coutume, sans que cet organe dépassât inférieurement le rebord des fausses côtes.
Il ressort de ce qui précède que les signes physiques des kystes hydatiques intra-thoraciques doivent être très-incertains dans la plupart des cas, et principalement s'ils occupent le voisinage du foie, cet organe étant comme on le sait, plus fréquemment qu'aucun autre, le siège de ces kystes, par suite de ses communications vasculaires directes avec l'intestin, d'où proviennent les germes des hydatides.