‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 15 sur 151 · CHAPITRE ÏII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏII

Le but de la percussion thoracique étant de rechercher si les organes sont sains ou le siège de lésions anatomiques, il est clair que pour porter un jugement d'après les sons obtenus, il faut bien connaître les résultats de cette percussion chez l'homme sain, afin de pouvoir juger par comparaison de la situation ou des altérations pathologiquesdes organes.

Cette étude préliminaire chez l'homme en parfait état desanté est absolument nécessaire, quoique cette manière si logique d'envisager la question ne soit pas acceptée par Skoda par suite du point de départ qu'il a choisi. Il n'admet pas, en effet, de types physiologiques pouvant servir de comparaison. Sans aucun doute, au point de vue physique, les-

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sons peuvent présenter chez l'homme sain le plus grand nombre des variétés que l'on rencontre dans les cas pathologiques ; mais celte analogie de première impression prouve justement que l'acoustique seule ne saurait suffire à l'étude technique de la percussion. Car dire que toutes les résonnances physiquement appréciées peuvent se constater au niveau de la poitrine, que les organes thoraciques soient sains ou non, ce n'est pas seulement nier l'existence d'un bruit de percussion physiologique comme type, c'est dénier en même temps à toute résonnance pathologique une signification clinique utile.

Il est donc indispensable de consacrer un chapitre particulier à l'exposé des résultats de la percussion chez l'homme sain. Ce chapitre doit comprendre : 1° la détermination de la place occupée par les différents organes contenus dans la poitrine; c2° les variétés des sons de percussion perçus dans les différents points du thorax; 3° les modifications physiologiques que ces sonorités peuvent éprouver.

Art. lor. Topographie des organes intra thoraciques.

Pour constater par la percussion la position naturelle de ces différents organes, il faut savoir d'avance dans quelle partie correspondante des parois thoraciques on les doit trouver et limiter. L'importance de cette détermination n'a pas manqué d'attirer l'attention des observateurs. Piorry a divisé artificiellement le tronc par des lignes perpendiculaires et horizontales fictives, pour décrire les organes que l'on peut rencontrer dans chacune des régions ainsi délimitées ; mais cette méthode topographique artificielle manque de simplicité, en obligeant a retenir de mémoire ces divisions fictives, dont l'application est toujours difficile. C'est onc un procédé insuffisant.

PERCUSSION CHEZ L'HOMME SAIN. -15 On utilisera de préférence celui dans lequel on lient compte de points de repère naturels et par cela même excellents, tels que les parties squeleltiques de la poitrine, si faciles à trouver par la palpalion et même à la simple vue, c'est-à-dire le sternum, l'appendice xiphoïde, les côtes et leurs cartilages, les clavicules, la colonne vertébrale, et même les omoplates, certaines masses musculaires comme celles des muscles grands pectoraux, et enfin les mamelons.

Piorry et ses élèves ont approfondi les questions de percussion relatives à chaque organe chez l'homme sain, au point de vue de la situation et des limites de l'espace occupé par chacun d'eux, mais sans se baser sur les points de repère que je viens de rappeler. Plusieurs autres auteurs ont étudié les rapports des organes intra thoraciques avec les parois de la poitrine.

Les poumons occupent presque toute la poitrine, en

Fig. 21. — Lobes des deux poumons vus en avant.

arrière, en dehors et en avant de chaque côté. Ils reposent inférieurement sur le diaphragme : en arrière, suivant une ligne transversale à la hauteur de la huitième apophyse épineuse dorsale, un peu plus élevée à droite qu'à gauche;

46 PERCUSSION THORACIQUB.

ils occupent loule la partie postérieure du lliorax, sauf au niveau de la colonne vertébrale ; en avant, leur bord inférieur s'étend vers le rebord des fausses côles, un peu au-dessus des attaches du diaphragme et du rebord cartilagineux inférieur de la poitrine (fig. 21) ; leur sommet fait saillie dans le

Fig. 22. — Poumon gauche et ses Fig, 23. — Poumon droit et ses deux lobes vus en dehors.' trois lobes vus en dehors.

g. 24. — Rapports du cœur et des gros vaisseaux avec le sternum, les côtes, et la convexité du diaphragme (a b).

triangle post claviculaire ; et enfin, leur bord antérieur ré-

pond à droite à la moitié droite du sternum ; mais à gauchele bord vertical du poumon, supérieurement voisin de celui du poumon droit, présente inférieurement une échancrure angulaire qui découvre en partie le cœur, principalement au niveau du quatrième cartilage costal. Suivant Sibson (1), la saillie légère que peut former la partie supérieure du? sternum indiquerait que les deux poumons se croisent à ce niveau. Il a rappelé l'importance de connaître la direction des cloisons interlobaires des poumons. Nous les rappelonsdans les figures 21, 22 et 23; mais leurs rapports avec les côtes ne peuvent être exactement indiqués, vu la mobilitédes poumons pendant la vie et le refoulement supérieur du diaphragme après la mort.

Des rapports plus nécessaires à déterminer sont ceux du cœur et des gros vaisseaux qui en partent. Ils sont abrités et protégés par le sternum et les parties voisines des parois costales. Le cœur (fig. 24) correspond à la partie inférieure du sternum jusqu'au niveau de l'insertion sternale des cartilages des troisièmes côtes où est sa base; ses limites inférieures sont à la hauteur de l'articulation sterno-xiphoïdienne toujours sensible à la palpation. Son bord droit s'arrondit' un peu en suivant en dehors Je bord droit du sternum, eU le gauche s'avance sous les troisième, quatrième et cinquième cartilages costaux de ce côté, jusqu'à l'articulation chondro-costale des quatrième et cinquième côtes. Inférieurement la limite du cœur s'étend du bord droit, qu'elle continue en s'arrondissant, jusqu'à la pointe de l'organe, et suit une ligne un peu oblique de haut en bas et de droite à gauche. La face antérieure du cœur est constituée presque en entier par le ventricule droit, le ventricule gauche n'occupant que la partie gauche et supérieure de cette face jusqu'à la pointe, qui répond à la cinquième côte,

(I) London médical gazette, 1848; et Arch. gèn. de médecine.

mais qui bat le plus souvent au niveau du quatrième espace intercostal gauche, un peu en dedans d'une ligne verticale passant par le mamelon. Celte position de la pointe du cœur est très-importante à préciser en raison des déplacements qu'elle éprouve, comme nous le verrons à propos de l'auscultation du cœur. L'oreillette droite, comme logée dans le poumon droit, s'étend un peu adroite du sternum, au-dessous de la troisième insertion costale. A la base du cœur, l'artère pulmonaire est située en avant de l'aorte à sa sortie du cœur, mais l'aorte s'en dégage à droite au niveau de l'articulation sterno-costale de la troisième côte droite, remonte exactement derrière la partie droite du sternum jusqu'au voisinage de son extrémité supérieure, et se contourne en haut et en arrière en embrassant la bifurcation droite de l'artère pulmonaire pour se porter profondément vers la gauche delà colonne vertébrale. L'artère pulmonaire a son tronc en-rapport avec la partie interne du deuxième espace intercostal gauche, et sa bifurcation gauche, plus superficielle que la droite, se dirige profondément en haut et à gauche. Notons que le cœur et les gros vaisseaux ne sont qu'en rapport médiat avec les parties des parois thoraciques que je viens d'indiquer; ils en sont séparés par les bords antérieurs des poumons, sauf au niveau de l'écarté ment inférieur de ces deux organes, ou plutôt de l'échancrure du poumon gauche au niveau de la quatrième côte. — Plus profondément, la veine cave supérieure se à trouve droite de l'aorte (fig. 24), et la trachée-artère se bifurque au niveau du corps de la cinquième vertèbre dorsale, qui correspond en arrière cà la saillie de l'apophyse épineuse de la quatrième vertèbre du dos. L'oreillette gauche du cœur est à la hauteur des sixième et septième apophyses épineuses dorsales (1).

(i) Je reviendrai, à propos de l'auscultation du cœur, sur les données topographiques relatives à cet organe.

La convexité supérieure du diaphragme (fi g. 42, a b) à la base de la poitrine met des organes contenus dans l'abdomen en rapport médiat avec les parois thoraciques ; parmi eux est le foie, occupant l'hypochondre gauche jusqu'au rebord inférieur des côtes. Il doit être mentionné ici, comme s'élevant par sa convexité supérieure presque jusqu'au niveau de la quatrième côte. Sa limite supérieure s'y arrondit et s'abaisse au-dessous du cœur, dont le diaphragme le sépare jusqu'au voisinage de la pointe de ce dernier organe. Je reviendrai sur ces rapports du foie à propos de la percussion des organes abdominaux.

Ces rapports physiologiques des organes en rapport avec les parois thoraciques sont très-importants à bien connaître, car on a constamment à les utiliser dans la plupart des questions de percussion et d'auscultation.

Art. II. — Sonorités thoraciques chez l'homme sain.

Les sons obtenus par la percussion d'une poitrine saine, varient non-seulement suivant les organes sous-jacents, mais encore selon l'état des parois thoraciques et certaines conditions physiologiques déterminées. On doit étudier ces sonorités en se basant sur la position relative des organes intra thoraciques comme point de départ.

Nous allons donc les examiner : 1° au niveau des poumons, 2° du cœur et des gros vaisseaux, 3° du foie, 4° de la rate.

1° Régions pulmonaires. — Les régions occupées par les poumons, qui envahissent presque toute la poitrine, donnent à la percussion un son clair dont nous devons exposer les caractères et les conditions organiques etphysiques.

Caractères. — Dans toute l'étendue de la poitrine occu-

50 PERCUSSION THORAGIQUE.

pée par les poumons, la percussion médiocrement forte obtient un son plus ou moins clair, plus ou moins accentué, suivant les diverses régions du thorax.

On a l'habitude de considérer comme type normal la sonorité obtenue sous la clavicule par une percussion modérée chez les individus sains, dont les parties thoraciques ne sont pas recouvertes de parties molles épaisses. Il est impossible de définir exactement la sensation que cette résonnance produit à l'oreille ; et c'est en vain malheureusement que l'on a tenté de la reproduire artificiellement. Avenbrugger comparait le son rendu par la poitrine saine à celui d'un tambour recouvert d'une étoffe de laine grossière et légèrement percuté avec les doigts; Piorry, au bruit obtenu par la percussion d'un matelas ou d'un fauteuil de crin. Ces comparaisons manquent de justesse, car le tambour ni le fauteuil de crin, ni tout autre corps percuté ne sauraient fournir une sonorité ayant toutes les qualités de celle dont nous nous occupons. Mais pourquoi aller chercher si loin? Pourquoi, si l'on aune poitrine saine, ne pas se percuter soi-même sous l'une ou l'autre clavicule, en y appliquant l'indicateur ou le médius de la main gauche et en percutant avec les doigts de la main droite? On a là le meilleur moyen, lorsqu'on débute dans l'étude de la percussion, d'habituer son oreille à la résonnance en question. Quel que soit le procédé employé, il faut s'exercer longtemps, ainsi que le recommande Avenbrugger lui-même, à constater la résonnance du poumon sain avant d'étudier ses modifications morbides.

La sonorité de percussion n'est pas égale, chez l'homme sain, clans toutes les parties correspondant aux poumons. Le son obtenu est d'autant plus accentué que les parois percutées sont plus résistantes, au niveau de la partie supérieure du sternum, par exemple, et là où le poumon a plus d'épaisseur, comme sous les clavicules, en dehors au-des-

sous des aisselles, et en arrière aux régions dorsales latérales, au-dessous des omoplates. Il est amoindri, au contraire, par l'épaisseur plus ou moins considérable des parois thoraciques chez les sujets obèses ou puissamment musclés, et au niveau des omoplates, La sonorité est encore atténuée dans les parties où un organe compacte et privé d'air est situé sous les bords amincis du poumon : au niveau du cœur et du foie, comme on le verra plus loin. C'est surtout par une percussion forte que l'atténuation de la sonorité est sensible.

Envisagée au point de vue de ses caractères physiques d'intensité, de tonalité ou de timbre, on peut considérer cette sonorité comme ayant une intensité faible ou moyenne (1) dans les conditions de type qu'on lui attribue, une gravité dont j'aurai à indiquer les caractères à propos de la tonalité des sonorités anormales, et un timbre sourd. Je ne puis admettre que le timbre soit nul en pareil cas, ainsi qu'on l'a dit en n'attribuant le timbre qu'aux bruits musicaux.

Conditions anatomiques et physiques. — On conçoit la difficulté d'imiter artificiellement la sonorité pulmonaire, quand on songe aux conditions matérielles que présente la poitrine, à ses éléments anatomiques divers, à sa fonction respiratoire et au mode de percussion employé.

Comme éléments anatomiques, nous trouvons : une cavité cono'ide à parois molles, mais soutenue par une charpente osseuse particulière; cette cavité est occupée en majeure partie par deux organes spongieux et élastiques, les poumons, composés de solides mous dans un état de tension habituelle, chacun d'eux occupant un espace plus grand que son volume propre, ayant son tissu infiltré de liquides

(1) On dit que l'intensité du son normal est moyenne, parce qu'elle est relativement très-prononcée chez les sujets très-amaigris, et au contraire très-amoindrie chez les sujets obèses ou à parois thoraciques épaissies pour toute autre cause.

sanguins, et d'air ramifié clans toutes ses parties, mais cet air formant un tout continu sur lequel j'ai appelé l'attention (1), et qui communique à l'extérieur avec l'atmosphère : tel est l'ensemble des éléments anatomiques qu'il nous importe de constater.

De son côté, la fonction respiratoire maintient le poumon dans un élat d'extension permanente, qui augmente pendant chaque inspiration, en même temps que la tension excentrique se prononce davantage. Enfin la percussion des parois thoraciques produit un bruit de percussion pulmonaire d'autant plus intense qu'elle est pratiquée avec plus d'énergie: aussi faut-il s'appliquer à employer la même force des deux côtés correspondants de la poi-' trine, lorsqu'on veut y comparer les sonorités déjà obtenues.

Les oscillations vibratoires qui donnent lieu à la production du bruit de percussion qui m'occupe se produisentelles exclusivement dans les parois thoraciques, comme le pense Williams (2), ou dans l'air contenu dans le poumon, comme le veut Skoda? Ces deux manières de voir sont insuffisantes. Il est reconnu en physique, en effet, que tous les corps sont susceptibles de produire un son ou un bruit, et que les solides le transmettent plus vile que les liquides, et les liquides plus vite que l'air. Toutes les parties sousjacentes dans le point percuté, solides, liquides et air, concourent donc par leur ébranlement vibratoire à la production du bruit obtenu. Le point de départ de ce dernier est dans l'ébranlement brusque des parois thoraciques, qui provoque des vibrations dans les parties sous-jacentes: tandis que la continuité de la masse d'air auquel il est transmis par le poumon, ainsi que la tension des parois

(lj Études sur l'auscultation des organes respiratoires. (Arch. gên. de méd., juillet et août 1865.) (2) Lectures on diseases of the chest.

aériennes, contribuent principalement à le renforcer et à lui donner son caractère.

Nous avons dit que le son obtenu par la percussion de la poitrine n'était pas le même dans toute l'étendue des parois de cette cavité splanchnique chez l'homme sain. Ces différences dépendent principalement, comme on l'a vu, des conditions organiques des parties percutées. La résistance osseuse des parois donne beaucoup d'intensité au son obtenu au niveau du sternum, quoique les poumons n'y soient présents que par leur bord antérieur aminci; il est dès lors évident que la charpente costale des parois antérieures, latérales et postérieures de la poitrine n'est pas étrangère à la production plus facile du son obtenu. C'est ce qui explique en grande partie l'intensité plus grande du bruit de percussion chez les sujets maigres. La maigreur permet à la cage thoracique d'être plus facilement ébranlée par le son de percussion, et de provoquer des vibrations aussi bien généralisées que localisées. Les omoplates seules, malgré leur résistance osseuse, atténuent le son au lieu de l'augmenter, parce que ces os sont comme matelassés en dessous et au-dessus par des parties charnues. La présence de l'air au niveau des vides aériens qui pénètrent partout l'organe, et les vibrations irrégulières provoquées par la percussion au niveau de cet air et des parois de ces vicies arborisés, expliquent la production du bruit clair obtenu au niveau du poumon. Si, de plus, on considère que les cavités aériennes intrapulmonaires d'un seul poumon peuvent être pénétrées expérimentalement de cinq litres d'air (1), et qu'elles forment une sorte de vase dont l'orifice est constitué par une ouverture relativement étroite, la glotte, on comprendra comment l'ébranlement vibratoire de l'air contenu dans cette cavité

(1) C'est ce qui résulte de mes recherches avec le Spiroscope, dont il sera question à propos de l'auscultation.

donne lieu à un bruit grave (1). Enfin, la mollesse charnue des tissus est bien en rapport avec le timbre du son de percussion obtenu au niveau du poumon.

2° Région du cœur. — L'absence d'air dans le cœur diminue la clarté du son dans la région occupée par cet organe. Cette diminution d'intensité du son à la région précordiale a été signalée par Avenbrugger, de même que l'ont été les variations de sonorité dues à la maigreur, à l'embonpoint, au développement des muscles en général, et à la présence des omoplates et des muscles scapulo-rachidiens, qui amoindrissent le son obtenu à leur niveau.

On a cherché vainement à bien préciser la matité due à la présence du cœur. Corvisart a fait observer que cette obscurité du son de la région précordiale peut manquer

(1) Dans une intéressante communication faite le 23 avril de cette année à l'Académie de médecine, Marc Sée à cherché à démontrer que les cavités aériennes des poumons ne constituaient pas une cavité conique à sommet supérieur. Voici les conclusions résumant son travail :

« 1° A l'état normal, les calibres réunis des deux bronches sont égaux au calibre de la trachée; on peut ajouter, d'après un petit nombre de mensurations, que les calibres réunis des divisions bronchiques sont égaux au calibre de la bronche qui leur a donné naissance. Les voies respiratoires représentent donc un cylindre et un cône. % » 2° A l'état pathologique, l'équilibre entre la capacité de la trachée et celle des bronches peut être rompu soit au profit des bronches, comme dans la tubereulisation chronique, soit à l'avantage de la trachée, comme chez les emphysémateux. » (Bulletin de l'Académie de médecine, 1878, p. 408.)

Quand on considère la multitude des vacuoles et des derniers conduits qui leur correspondent, même en ne tenant compte que de ceux aboutissant à la surface des deux poumons, on ne saurait admettre que l'ensemble des subdivisions terminales des bronches ne représente pas une cavité supérieure de beaucoup à celle des grosses bronches. C'est là le vrai cône au-dessus duquel, suivant Marc Sée, les grosses bronches et la trachée constitueraient une cavité de capacité cylindrique. Mais n'oublions pas qu'à l'entrée des voies aériennes il y a la glotte, qui constitue un véritable rétrécissement au sommet des cavités aériennes.

lorsque le cœur est d'un petit volume ou que les sujets sont très-maigres, ce à quoi l'on peut encore ajouter : lorsque les poumons sont volumineux et. recouvrent à peu près complètement le cœur. Suivant Piorry, on pourrait toujours, par un percussion forte et une habitude suffisante de la percussion, limiter le cœur et en tracer le pourtour sur la peau d'une manière mathématique. Cette délimitation n'étant pas toujours facile, il est essentiel de bien connaître la position naturelle du cœur et ses rapports avec les poumons.

Il ne faut pas oublier que le cœur est comme couché, par son bord droit ou inférieur, sur le diaphragme qui le sépare du lobe gauche clu foie, ce qui fait que le son mat des deux organes peut s'y confondre. La matité cardiaque, lorsqu'elle existe, se perçoit le plus souvent au niveau de la portion du cœur qui n'est pas recouverte par les poumons. Le professeur Bouillaud a bien indiqué les rapports de ces différents organes : « Tandis que le bord antérieur du poumon droit s'avance un peu inférieurement sur la portion droite du péricarde et la moitié correspondante du cœur, le bord antérieur du poumon gauche s'avance également sur la portion gauche du péricarde et recouvre en grande partie les cavités gauches du cœur. La portion du péricarde qui n'est pas ordinairement recouverte par les poumons appartient donc principalement aux cavités droites, et spécialement aux deux tiers de la face antérieure du ventricule droit (1). »

Cette superposition des poumons sur le cœur par leur bord antérieur aminci, empêche la matité de la partie libre du cœur d'être aussi netle qu'on le pourrait croire. Elle occupe la partie intermédiaire entre le mamelon gauche et le bord correspondant du sternum, dans une étendue de 3 à 4 centimètres en remontant de la pointe du cœur. Celte matité s'atténue au delà dans tous les sens, excepté en bas,

(1) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur, 1835, t. I, p. 6.

où le lobe gauche du foie peut donner lui-même un son mat, à moins que le grand cul-de-sac de l'estomac ou le côlon ne fournisse au-dessous du cœur un son exagéré ou lympanique par rapport cà celui que fournit plus haut le poumon.

Bouillaud recommande de percuter suivant des lignes concentriques, de la périphérie vers la région précordiale, dans le sens vertical, horizontal et diagonal, en marquant les points où le son cesse d'être clair.

3° Région du foîe. — La présence du foie sous les fausses côtes droites, comme l'exprime le mot hypochondre, produit une matité qui, du rebord inférieur des côtes,

Fig. 25. — Matité du foie et ses rapports avec celle du cœur (Piorry) Position de la rate à droite de la figure.

remonte plus ou moins haut (fig. 25). On ne saurait, comme cela a été fait cependant, étudier la position du foie sur le cadavre pour en déduire des mesures de matité applicables à l'homme vivant, attendu que le foie est plus ou moins refoulé vers la poitrine avec le diaphragme après la mort, par suite de la pression atmosphérique sur l'abdomen. Sur l'homme vivant et sain, cette matilé ne peut être appréciée

PERCUSSION CHEZ L'HOMME SAIN. 57 que d'une manière approximative au niveau de ses limites supérieures, d'abord parce que le volume du foie est trèsvariable suivant les individus, et ensuite parce que sa forme, convexe supérieurement, le fait s'écarter des parois thoraciques à mesure qu'il s'élève, et qu'il en est séparé de plus en plus dans ce sens par le poumon droit. Par une percussion forte, on constate ordinairement que la matité n'atteint pas le niveau du mamelon. Ce niveau de la matité contourne la poitrine en dehors pour s'abaisser et se perdre en arrière ; tandis que vers la gauche elle est limitée audessous du cœur, au niveau duquel elle se confond avec la matité fournie par le cœur lui-même, la ligne de démarcation se trouvant un peu au-dessus du niveau des attaches du diaphragme.

Suivant Piorry, cette matité hépatique, qui n'est pas extrême, vu l'interposition du bord inférieur du poumon, se limiterait h un ou deux centimètres au-dessous du mamelon droit. De plus, l'étendue verticale de -celte matité serait de 5 centimètres à gauche de l'appendice xyphoïde, d'un peu plus de 6 à droite, de 8 environ sous le mamelon, et de plus de 10 au niveau de l'aisselle. Ces chiffres sont loin d'être absolus.

4° Rate. — La rate, située plus profondément que le foie dans l'hypochondre gauche, où se trouve aussi le grand cul-de-sac de l'estomac et le côlon, ne fournit pas de signes de sa présence aussi nets que ceux du foie à droite. Elle y flotte et se déplace, grâce à des moyens d'attache trèsmobiles (repli du péritoine et vaisseaux) ; aussi est-il quelquefois impossible de trouver la rate saine par la percussion, quoi qu'on ait dit. Située habituellement sous la concavité du diapliragme, où une lame de poumon l'éloigné des côtes (fig, -25), elle est en même temps souvent masquée vers l'abdomen par le côlon ou l'estomac. Ce n'est donc que dans

le cas où elle se rapproche des parois thoraciques inférieures ou abdominales que l'on peut la délimiter, et encore cet examen produit-il fréquemment des résultats différents sur le cadavre et sur le vivant, de l'aveu même de Piorry, qui attache tant d'importance à l'exploration de cet organe. La rate d'ailleurs a une forme qui est loin d'être toujours la même, et la matité qu'elle peut fournir à l'état sain dans les conditions les plus favorables, vers l'union des deux tiers inférieurs de la poitrine, en dehors de l'hypochondre gauche, n'a que 4 centimètres dans le sens horizontal ou de sa longueur. Naturellement Piorry ne croit possible l'exploration de la rate saine que par l'emploi du plessimètre, et il trace ainsi les règles de cette exploration :

Le malade ayant son bras gauche relevé, le médecin se place en arrière et percute clans la direction d'une ligne verticale qui, du milieu de l'espace axillaire, s'étendrait jusqu'au rebord du bassin. La percussion doit être forte et profonde en haut jusqu'à ce que l'on trouve en descendant une matité éloignée et accompagnée d'un certain degré de résistance au doigt. C'est ordinairement la rate, profondément placée et recouverte par une lame fort épaisse de poumon, qui donne lieu à ces premiers résultats. Piorry conseille des recherches réitérées pour s'assurer ensuite que les sensations de dureté et de matité sont exactes. Il convient d'ailleurs des difficultés que l'on rencontre, l'obscurité du^son pouvant ne pas se rapporter seulement à la rate. Cette obscurité peut, en effet, se confondre en avant avec celle que donne le foie, et en arrière avec celle du rein gauche. En présence de semblables incertitudes, il serait puéril de chercher à délimiter la rate saine au niveau de la poitrine, surtout lorsqu'il existe une affection des organes voisins donnant lieu à une matité. Ce n'est que lorsqu'elle est déplacée et refoulée en bas par le diaphragme qu'elle peut être trouvée au-dessous des fausses côtes gauches.

PERCUSSION CHEZ L'HOMME SAIN. oJ

On doit conclure de ce qui précède que la poitrine d'un homme sain donne à la percussion un son clair au niveau des poumons et des organes digestifs qui occupent l'hypochondre gauche, parce que tous ces organes contiennent de l'air, tandis que l'on obtient seulement une sonorité obscure ou mate au niveau des organes compactes qui ne contiennent pas d'air, comme le foie et le cœur.

Art. III. — Modifications physiologiques de la sonorité

thoracique.

On n'a pensé que les conditions physiologiques qui augmentent la quantité d'air dans les poumons donnent lieu à un son plus clair que dans les conditions contraires. A priori on a tranché la question par l'affirmative. On a prétendu que le son des poumons était un peu moindre chez les pléthoriques que chez les anémiques, parce que, dans les poumons des premiers, le sang envahissait en partie l'espace réservé à l'air.

On a dit que pendant une grande inspiration, le thorax rendait un son plus clair qu'après l'expiration. Mais ce sont des assertions basées sur ce que l'on croit devoir être, et non sur ce qui est réellement. La vérité est que l'intensité du son ne varie pas sensiblement pendant l'inspiration et l'expiration; c'est un fait très-facile à vérifier, et qui s'explique peut-être par celte condition de la respiration, à savoir qu'en même temps que l'inspiration fait pénétrer plus d'air dans les cavités aériennes, elle appelle en même temps par aspiration plus de sang dans les artères des poumons, ce qui semble devoir établir une compensation.

PERCUSSION TUORACIQUG.

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