‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 16 sur 151 · PERCUSSION DANS LES MALADIES · texte numérisé non relu

PERCUSSION DANS LES MALADIES

Les signes morbides que fournit La percussion doivent être envisagés : 1° d'une manière générale; 2° dans leurs caractères particuliers.

Art. I". — Signes morbides de percussion en général.

Ces signes, on l'a vu déjà, sont basés sur les sensations acoustiques, et d'une manière accessoire sur les sensations tactiles.

Les sons anomaux de percussion dus à des lésions n'ont pas par eux-mêmes des qualités spéciales, pathognomoniques, qui doivent les faire considérer comme l'expression d'autant de lésions anatomiques particulières. Si chaque signe répondait à une lésion bien définie, l'étude des bruits morbides de percussion en serait singulièrement simplifiée.' Il n'en est malheureusement pas ainsi; au contraire, le même signe correspond souvent à plusieurs conditions pathologiques différentes ; et cela contribue à rendre cette étude difficile. Une seconde difficulté se rencontre dans ce fait, à savoir que parmi les bruits en question, il ne s'en trouve que très-peu qui ne se rencontrent pas chez l'homme sain. Nous indiquerons, chemin faisant, comment on peut déterminer l'origine physiologique ou pathologique de ces signes, en tenant compte des conditions dans lesquelles se trouve le sujet, de la région où

ces signes se constatent, et des limites dans lesquelles on les perçoit.

Étant admis comme le seul acceptable dans l'état actuel de la science le principe de la sonorité physiologique ou normale de la poitrine de l'homme sain, comme point de comparaison nécessaire, ainsi que je l'ai démontré (voir p. 43), ces signes morbides, malgré leur apparente diversité, peuvent être considérés comme des modifications en plus ou en moins de l'intensité et de la tonalité du son de percussion dit normal, ou des modifications de timbre dans des limites que j'aurai plus loin à signaler. Ils constituent des faits à constater sur le malade par l'observateur; et il s'agit de les rendre aussi compréhensibles que possible au triple point de vue 1° de leurs caractères distinctifs; 2° de leurs conditions anatomiques , puis physiques; 3° de leur signification pathologique.

1° Quant aux caractères, nous avons démontré la nécessité de décrire les signes acoustiques de percussion de telle sorte qu'on les fasse reconnaître facilement par le commun des observateurs et surtout des praticiens, qui sont les plus intéressés à les connaître. Pour cela il ne faut pas aller chercher dans les régions physiques de la science des formules quintessenciées, difficiles à saisir, mais s'attacher à donner une idée aussi claire que possible, une description simple de chaque signe. Pour cela l'on ne saurait s'empêcher, quoi que disent les Allemands, d'avoir fréquemment recours à des comparaisons même vulgaires, car il est impossible, quand on parle des caractères d'acoustique, de se faire comprendre autrement.

2° Un autre principe bien important, c'est que leurs conditions anatomiques se présentent à nous de deux manières.

A. — Les parties percutées sont saines, mais les organes sous-jacents sont déplacés ou refoulés, et par suite modifiés

Woll.LEZ. 4'

physiquement par certaines conditions organiques plus ou moins éloignées.

JB. — La région percutée est le siège d'altérations sousjacentes plus ou moins étendues.

Ainsi, intégrité complète des organes percutés, mais modifications pathologiques matérielles plus ou moins éloignées, — une ascite, par exemple, refoulant de bas en haut les organes inlrathoraciques, — ou bien altérations anatomiques sous-jacentes dans le point percuté : telles sont les deux sources des conditions organiques qu'il ne faut pas oublier, soit pour interpréter la sonorité obtenue au point de vue pathologique, soit pour en formuler l'explication physique.

3° La percussion a donc pour objet non-seulement de faire juger du déplacement des organes, mais encore d'établir la position et souvent l'étendue des tumeurs qui sont à la fois assez volumineuses et assez rapprochées des parois thoraciques pour modifier le son à leur niveau, et de révéler l'existence et l'étendue des épanchements liquides dans les cavités organiques, ou des amas de matières solides dans certains organes.

En constatant par la percussion les limites en surface, et par suite l'étendue des organes ou des tumeurs, il ne faut pas oublier que si quelquefois ces limites peuvent être exactement précisées, elles sont nécessairement vagues dans beaucoup de cas, malgré l'habileté de l'explorateur. Gela tient à l'interposition de certains organes au voisinage de tissus de même compacité, ou a la forme bombée de l'organe exploré, d'où il résulte que sa partie la plus saillante est plus rapprochée ou la seule rapprochée des parois thoraciques, le reste de sa surface s'éloignant de plus en plus de ces parois.

S'il est difficile ou impossible de préciser l'étendue en surface d'un organe ou d'une tumeur, à plus forte raison

SIGNES MOTWUDES. — TONALITÉ. 63

le sera-t-i! d'en apprécier Yépaisseur. Je sais bien que des praticiens très-habiles dans l'art de la percussion ont la conviction qu'il leur est possible, en percutant légèrement ou plus ou moins fortement, de déterminer mathématiquement, même à un millimètre près, l'étendue en surface et même en profondeur, la percussion de plus en plus forte leur permettant une exploration de plus en plus profonde de la poitrine. Mais c'est surtout en largeur qu'une percussion forte provoque au loin des vibrations: aussi est-on dans le vrai en affirmant que la plupart des cliniciens, tout en recueillant les mêmes signes physiques de sonorités et de sensations tactiles, ne peuvent en conscience en déduire des inductions aussi méticuleuses ni aussi assurées. On explique les convictions contraires de la part de l'observateur par la préoccupation préalable de la place que doit occuper l'organe sous-jacent, plutôt que de celle que cet organe occupe réellement chez le sujet exploré.

Je rappelle pour mémoire que les sensations tactiles, dont il sera queftion plus loin, varient suivant l'état matériel ou anatomique des parties sous-jacentes.

Art. II. — Signes morbides en particulier.

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